Chapitre 1
ou les frères inventeurs ET otakus sont tous des cons !
Ma journée s'était pourtant bien passée.
Quelques heures avant le moment fatidique…
Je viens de rentrer du lycée on a eu sport, mais aucune interro : en gros, tout baigne ! Oui, j'aime le sport, et alors ? ce n'est pas ma faute ! Je suis obligée d'en faire plusieurs heures par jour sinon je n'arrive pas à dormir. Anormale, moi ? encore plus que vous ne le pensez, ne vous rassurez pas… Vous n'avez encore rien vu.
J'ouvre donc la porte de chez moi et crie un « JE SUIS DE RETOUR ! » retentissant. Une minute plus tard, il débarque dans la cuisine alors que je nous prépare notre goûter habituel.
Arrêt sur image.
Vous voyez ce gars à l'air louche, qui a une belle gueule mais un sourire complètement crétin ? ce type mal rasé coiffé d'un bob et qui porte des getas ? cet ahuri essoufflé mais à l'air heureux et avec une clé à molette à la main ?
Attendez… clé à molette ? Je soupire intérieurement et me pose une énième fois la même question : « mais qu'est-ce qu'il a encore inventé comme connerie ?... » Je vais vous expliquer. Je lui tends le Shônen Jump de la semaine, une moue dégoûtée aux lèvres.
- Tiens, ton truc…
Croyez-le ou non, voilà la phrase à la con qui a changé mon destin à jamais…
Il se jette dessus comme un chien sur un os et le feuillette directement avec fièvre, une étincelle de folie dans les yeux. Voilà le gros problème de mon frère Kisuke : c'est un otaku fini. Il passe des nuits entières à découvrir des séries, éplucher des scans ou dévorer des fanfictions. Mais le pire… c'est qu'il ne lit que des shônen ! A son âge (25 ans) en plus ! Dois-je préciser qu'il s'agit là d'un de nos majeurs sujets de dispute ?
Je suis totalement accro à tout ce qui touche aux shôjo, mais moi je suis encore lycéenne ! c'est de mon âge !
En plus, s'il y a bien un genre de manga que je déteste par-dessus tout, c'est bien le shônen : les mecs passent leur temps à se taper dessus et à devenir les plus forts du monde (en accessoire, juste pour les "héros")… et les filles sont des mannequins à bonnet G existant pour le plaisir des yeux du lecteur, ne servant qu'à être jalouses, se faire sauver ou faire des gosses (en dernier recours) !
Voilà bien le type de pensée machiste qui m'horripile !
Je m'assoie à la table et commence à avaler mon thé (spécialité maison du frangin), suivant des yeux le mouvement de doigts (tourner les pages) rapide de mon aîné.
- Alors, Kisuke, qu'est-ce que t'as mis au point aujourd'hui ? Un détecteur de mensonges ? un corps artificiel ? Ou bien une machine pour traverser le temps ?
Je remarque qu'il ne touche pas à son thé, lui qui d'habitude en est friand. Bah, il est trop plongé dans Naruto ou One Piece je suppose… Un sourire d'imbécile heureux étire pourtant ses lèvres.
- Tu verras par toi-même, Soi-chan. Tu verras…
Je hausse un sourcil, un peu perplexe de sa réponse.
Soi, c'est pas mon prénom. A l'origine, je m'appelle Shaolin mais j'ai dû le changer il y a quelques années. Mais tout le monde m'appelle Soi Fon même si je suis japonais, ma mère Xiang est chinoise. Ou était vu que je ne sais même pas où elle est. Elle pourrait être en train de crever que cela ne me dérangerait pas plus que ça. Bref…
Je suis plutôt petite (pour ne pas dire carrément !) j'ai des cheveux noirs courts dont les extrémités partent dans tous les sens des yeux gris orage bridés qui me donnent constamment un air dur et une poitrine quasi-inexistante. Une des rares choses que j'aime chez moi est ma minceur, due au sport intensif (taïjutsu, ninjutsu, aïkido, kenjutsu: 1 heure et demie chacun par semaine).
Sinon… on peut dire que je suis l'opposée de ce que recherche le lycéen japonais moyen : douée en sport mais plus que lui, intelligente mais pas bosseuse, mince mais pas sensuelle, jolie mais pas belle ni superficielle… Autrement dit (le tact en moins, quoi) : j'ai aucun succès avec les mecs ! Enfin, si c'est pour me coltiner un copain complètement macho, non merci.
Le rire étouffé de Kisuke me fait lever les yeux au ciel. Mais quel gamin !
Je sens soudain le sol bouger en dessous moi. Non, c'est ma tête qui bouge ? Rho la la, j'ai mal au crâne… ! je me sens tomber. Mes paupières se ferment sur les yeux brillants de malice de mon frère. Je viens de comprendre : le thé !
Je…
Retour dans le présent…
Et c'est comme ça que je me suis retrouvée là.. assise sur un mec de manga dont je ne connais que trop bien la tête, avec une poignée d'autres gugusses qui me regardent l'air de dire « mais c'est une suicidaire, cette fille ! »
Parce que l'excité aux cheveux en piques que je viens à moitié (hum… chui gentille) d'écraser, vous le connaissez sans doute.
Il fait partie d'un shônen qu'on nomme culte, mais dont beaucoup trouvent qu'il est mal dessiné et dépassé. Un manga qu'on cite continuellement en référence majeure dont mon frère a été fan dès le premier regard (et qui me donne toujours envie de vomir, soit dit en passant c'est tellement sexiste et décalé !).
Allez, un petit effort ! Le héros y est totalement attardé, doublé d'une mentalité de crétin altruiste honnête et crédule. C'est rempli de grand-méchant-pas-beau-alien-qui-veut-détruire-et/ou-conquérir-{l'Univers la planète Terre - veuillez rayer les mentions inutiles}-et-qui-est-le-plus-fort-mais-qui-est-battu-de-juste-justesse-par-le-héros-stupide. Héros qui appartient en fait à une race d'aliens (lui aussi) et qui n'a que des amis (même des anciens ennemis, qui sont en fait pas si méchants que ça enfin, moi je trouve qu'ils le cachent bien le fait qu'ils sont sympas. Nan je ne vise personne, et surtout pas le crétin en dessous de moi).
Quoi, vous avez toujours pas deviné ? Allez un dernier indice : le nom de la série est inspirée d'une histoire de dragon et de boules de cristal.
Eh oui. Bah oui.
J'ai atterri dans Dragon Ball Z. Sur un Saïyen. Et pas n'importe lequel en plus. P*tain, mais pourquoi c'est toujours moi qui se paie les cas sociaux ? Il a fallu que ce soit un des types les plus forts du manga : le mec au caractère le plus merdique qui soit, alias Végéta (prince du peuple Saïyen enfin si on peut encore appeler ça un peuple).
Je suis pas dans le caca, non… Surtout qu'un sac (MON sac ! de cours) à l'air bien lourd vient justement de lui écraser la gueule. Je le ramasse et me lève en vitesse (l'instinct de survie qui clignote : Danger !) et fouille dedans. Je grince des dents en faisant l'inventaire : un appareil photo rose bonbon, un disque dur où est collé une image de Dragon Ball, une boîte de bonbons (avec une tête de lapin), une trousse, quelques vêtements fourrés en boule et un manga aux pages blanches. Je soupire de soulagement en voyant que mon téléphone répond présent et (surtout !) qu'il y a du réseau. J'appelle mon frère dans la seconde. Une sonnerie, deux…
- Allo ? ~
- KISUKE ! T'ES VRAIMENT C*N ! Ramène-moi TOUT DE SUITE !
Alerte rouge ! alerte rouge ! je répète : alerte rouge pour l'instinct de survie : l'individu « crétin de Saïyen (alias Végéta) » s'est redressé !
Il a pas l'air ravi. Oups. Je crois que j'ai fait une grosse bourde…
- Désolé, je peux pas ! ~
- Tu… tu déconnes ? Tu peux pas ? C'est quoi ce délire ?
- Je peux pas t'expliquer, tu comprendrais pas… Au fait, y'a Freezer et son "father" qui vont débarquer dans quelques secondes.
Gros moment d'incompréhension, durant lequel je joue au loup avec Végéta. Il me court après, avec apparemment la pacifique intention de me trouer la peau. Peace & Love, mec !
- Freezer ? Comme un congélateur ?
Les personnages s'immobilisent (le crétin de loup aussi) alors que mon frère soupire.
- Nan, le mec qui balance des grosses boules de feu. Si tu ne tiens pas à voir ton espérance de vie faire une chute libre, je te conseille d'avaler un des bonbons qui sont dans ton sac.
- … Aaaaah, tu veux parler de Lézard-man ?
Silence au bout du fil.
Je crois que Kisuke est consterné.
Je sens soudain quelque chose de très très négatif dans mon dos. Quelque chose de pire (et largement) que l'autre crétin, qui lui aussi s'est figé.
Je me retourne pour voir une sorte de vaisseau spatial atterrir quelques centaines de mètres plus loin.
Je pousse un juron et commet une des plus grosses erreurs de ma vie : j'obéis à mon frère et avale un bonbon…
