Si loin de toi…

Chapitre 2

Castle

L'écrivain arriva dans une sorte de couloir, tout blanc, presque éblouissant. Il avança à l'aveuglette en priant de ne pas faire la connaissance d'un objet se trouvant sur sa route. Il ne savait pas vraiment ce qu'il faisait là, il était comme perdu. Il ne se rappelait de rien. Du moins, il ne se souvenait pas du chemin qu'il avait fait pour en arriver là, dans cet étrange couloir blanc. Il avança encore jusqu'à ce que la lumière devenue aveuglante. Il mit alors sa main devant ses yeux et continua d'avancer…

Avant qu'il puisse comprendre ce qu'il se passait, la lumière aveuglante laissa sa place à une pièce, tout blanche. Il se frotta les yeux pour tenter d'apercevoir quelque chose, ou quelqu'un, qui pourrait l'aider à savoir où il était. Puis il entendit une voix :

- Hey ? Asseyez-vous, ce sera bientôt votre tour.

Il sursauta, il ne s'attendait pas à voir quelqu'un ici. Et peu importe ce que ce « ici » signifiait.

- (un peu perdu) Ou suis-je ?

L'homme qui se trouvait en face de lui le fixa un bon moment avant de poursuivre…

- Je pense que vous pouvez le deviner de vous-même.

L'écrivain se mis à sourire malgré la situation inconnue dans laquelle il se trouvait.

- Pourquoi souriez-vous ?

- Sérieux, vous me demandez de deviner ?

- Exactement.

- Wow, j'ai l'impression d'être dans une publicité là.

- Pardon ?

- (il se mit à rigoler et changea de voix) Nespresso, What else ?

Il était bien le seul à trouver ça drôle…

- Vous êtes un individu étrange, monsieur. Allez vous asseoir je vous prie.

- Et si je n'ai pas envie de m'asseoir ?

- Vous faites ce que vous voulez, si vous voulez rester debout ça vous regarde. Mais plus vite vous serez assis, plus vite, on pourra commencer.

- Commencer quoi ?

Il regarde l'homme qu'il avait en face de lui puis décida de capituler…

- Ok c'est bon je m'assois. (Il prit place sur ce qui semblait être un banc) Voilà, je suis assis… Et j'attends… J'attends quoi d'ailleurs ?

- Oh, s'il vous plait, vous devez savoir où vous êtes ?

Il regarda rapidement autour de lui…

- Quoi, je suis mort ?

- Ne soyez pas bête…

- C'est déjà bon à savoir, à un moment j'ai cru que vous êtiez-

- Dieu.

- Ouais ! C'est marrant, hein ?

- Non, puisse que dans ce cas, vous seriez mort…

- Ah oui, tout juste. Bon alors, si je ne suis pas mort, ou suis-je ?

- A votre avis.

- Vous allez rigolez, mais j'aurais bien dit : dans mon esprit… Mais si c'était vraiment le cas, il n'y a pas grand monde… (d'un air suspicieux) C'est à se demander comment j'ai pu écrire autant de bestsellers avec si peu de monde dans ma caboche… Ou alors ils font la fête un peu plus bas…

Malgré la situation Castle ne pu s'empêcher de se marrer…

- Essayez de vous rappeler.

- Me rappeler de ?

- Et bien, comment vous êtes arrivé ici.

- Déjà faudrait que je sache où je suis.

- Inutile. Cela ne vous aiderait pas.

L'écrivain sentit un frisson le parcourir, comme s'il était assis sur quelque chose de froid...

- Oh, c'était quoi ça ?

- Un rappel.

- Un rappel, de ?

- De ce qui vous est arrivé pour que vous tombiez ici.

- Quoi ?

- Vous devez vous souvenir et apprendre.

- Qu'est-ce que vous me racontez ?

- Souvenez-vous, et apprenez…

- Ok, vous êtes flippant… Qui que vous soyez !

Il se leva, il voulait retourner dans ce couloir avec cette lumière aveuglante, mais quand il passa la porte, il tomba dans une autre pièce. Sombre, les murs étaient usés, les plafonds formés de poutre en béton et en acier. Des débris jonchaient le sol, il y a faisait froid, très froid. Il remarqua sur le sol, comme du sang séché. Il commençait à se rappeler, Hollywood, sa fille, cet homme, le coup de feu, cette vive douleur, Beckett…

- (Se parlant à lui-même) Quoi… Je suis mort ?

- Non.

L'écrivain sursauta.

- Ne me refaites plus jamais ça ! Vous m'avez fait flipper !

- Vous n'êtes pas mort…

- Mais ce type m'a tiré dessus… Beckett-

- Elle a tenté de vous sauver.

Castle assistait comme impuissant au film de sa propre mort. Il voyait Beckett tenter de le réanimer en faisant un massage cardiaque. Il voyait la tristesse dans ces beaux yeux, ces jolies mains recouvertes de son sang.

- Kate…Elle n'a pas réussi c'est ça ?

- Pendant trois longues minutes, elle a tenté de vous faire revenir.

- Donc, c'est bien ce que je dis, je suis mort.

- Non. Je vous l'ai dit, vous devez vous souvenir et apprendre.

- Apprendre ? Si j'avais su que j'allais participer à « Question pour un champion, spécial au-delà », j'aurais révisé !

- Vous devez vous souvenir avant…

- Me souvenir ? ça y est, je me souviens : ce type m'a flingué, ensuite il s'est fait descendre, Kate a tenté de me sauver et elle a échoué. Fin de l'histoire, là je dois être en train de bouffer des pissenlits par la racine. Et je n'aime même pas ça !

- Si vous n'apprenez pas, ce voyage est inutile.

- Quoi ?

- Les gens changent quand ils frôlent la mort…

- Ouais, quand ils la frôlent… Moi j'ai plongé dedans. Oh… C'est ça les portes de la mort ? Ce couloir tout blanc, cette pièce blanche, un type bizarre… D'ailleurs, si on est dans mon esprit, vous êtes moi ? (Il fronça les sourcils) Chouette ! Je me parle à moi-même… Si je ne suis pas mort, je suis bon pour l'asile…

- Les gens changent quand ils frôlent la mort…

- Oui, ça va, j'ai entendu, pas la peine de répéter.

- Les gens-

- Shhht ! Vous m'énervez là !

- Vous devez apprendre.

L'écrivain soupira.

- C'est fatiguant de mourir…

Mais avant qu'il puisse continuer de se plaindre, en l'espace d'un battement de cil, il était ailleurs.

C'était étrange. La pièce sombre et froide avait laissé sa place à une allée gravillonnée, il marchait au milieu d'une route encerclée par deux trottoirs. Il ne voyait pas grand-chose, une lumière l'éblouissait, il croyait reconnaitre le soleil.

Alors que sa vue revenait, il aperçu au loin une silhouette qui ne lui était pas inconnue. Oui, cela ne pouvait être qu'elle. Il tenta de s'approcher, mais ses jambes refusaient de lui obéir. Il regarda autour de lui. Une pluie fine venait percuter les feuilles de cet arbre, là où la jeune femme se tenait. Il connaissait ce lieu, c'était un cimetière. Est-ce qu'il était vraiment mort ? Est-ce qu'il se voyait se rendre sur sa propre tombe ? Il ne saurait le dire. Mais s'il était là, il devait bien y avoir une raison.

Il fixa la jeune femme, oui il la connaissait. Quand son regard parcourait cette silhouette il ne pu s'empêcher d'afficher un petit sourire. Sourire partagé entre la joie de la revoir et la tristesse de ne pouvoir la serrer dans ses bras.

Elle lui manquait. Son sourire, son air épuisé face à ses blagues, son odeur, sa façon de bouger. Tout lui manquait chez cette femme.

Il essaya une nouvelle fois de s'approcher. Il eu la surprise de constater que cette fois, il pouvait bouger. Mais en s'approchant il remarqua dans les jolies mains de cette belle femme, une arme à feu. Peu importe ce qu'il était en train de vivre même s'il ne s'agissait que d'un rêve, il ne pouvait pas, il n'avait pas le droit de la laisser faire ça. Il la vit diriger le canon sur sa tempe en passant par ce beau visage. Il devait l'empêcher de le faire.

Il posa délicatement une main sur cette épaule. Elle se retourna tout doucement, alors il apposa son autre main sur son visage, effaçant au passage quelques larmes. Ou était-ce la pluie ?

Il sentit la femme frémir alors il lui demanda de la regarder. Elle ne pouvait pas le faire, elle semblait avoir honte de quelque chose, il ne comprenait pas quoi. De quoi pouvait-elle avoir honte ?

Il voulait revoir ces beaux yeux, peu importe ce qu'il était en train de revivre, il voulait replonger dans son regard. Alors il se servit de son index pour élever son regard au sien. L'écrivain commençait à comprendre ce que l'autre homme voulait lui faire en comprendre en répétant : « Les gens changent quand ils frôlent la mort… ». Il savait ce que ça voulait dire. Il savait qu'il n'avait plus beaucoup de temps, il se sentait partir.

Il serra la jeune femme une dernière fois et il pu lui chuchoter : « Nous sommes liés pour l'éternité… »