CHAPITRE 2 – POUDLARD EXPRESS
Le croassement retentit encore, tirant Luna de ses pensées. Elle chercha du regard d'où venait le bruit et après un troisième croassement, elle vit du coin de l'œil un crapaud marron perché en haut d'un siège.
« Que fais-tu ici tout seul ? » murmura Luna qui l'attrapa entre ses mains.
Le crapaud se laissa faire et elle le mit sur ses genoux. Dans les couloirs, on pouvait entendre la rumeur des élèves qui se saluaient chaleureusement, rigolaient mais aussi des lourdes valises que l'on traîne sur le sol. Le train roulait depuis 15 bonnes minutes lorsque la porte du compartiment de Luna s'ouvrit :
« Bonjour. Excuse-moi de te déranger, tu n'aurais pas… Oh ! Trevor ! »
Un garçon au visage lunaire se précipita et attrapa le crapaud installé sur les genoux de Luna. Il était suivi de près par une jeune fille aux cheveux épais.
« Merci… pour Trevor… » bredouilla le garçon.
« De rien. » répondit Luna.
« Excuse-moi. Est-ce que l'on peut s'installer dans ce compartiment ? Enfin, si ça ne te dérange pas. » demanda la jeune fille.
« Non, non. Allez-y. »
Luna était contente de pouvoir partager son compartiment avec d'autres élèves. Vu leur assurance, il semblait que ces deux élèves devaient être en deuxième ou troisième année.
« Je m'inquiète beaucoup Neville. Où sont Harry et Ron ? Nous ne les avons vu nulle part. »
« Ils sont peut être avec Fred et George ? » balbutia le dénommé Neville.
« Je ne sais pas. Je vais faire un tour dans les couloirs. » la jeune fille qui semblait inquiète se leva et ferma la porte du compartiment derrière elle.
Luna observait Neville du coin de l'œil. Celui-ci était occupé à mettre dans les filets sa grosse valise marron. A ce moment là, le train prit un virage serré et la valise tomba sur le pied du pauvre Neville qui commença à hurler toutes sortes de jurons en se tenant la jambe.
« Ah ah ! Laisse-moi t'aider. » rigola Luna qui se leva et s'approcha de lui.
« D'accord. » marmonna Neville, rouge de honte.
Luna et Neville installèrent alors la grosse valise dans les filets et ce dernier bredouilla un rapide merci à la jeune fille, toujours mort de honte. S'asseyant près de la fenêtre, Neville fit semblant d'être intéressé par un point dans l'horizon afin d'éviter d'entamer une discussion avec Luna qui souriait encore à la pensée de la tête du jeune homme qui venait de se faire écraser le pied. Elle fit semblant de s'intéresser au paysage à son tour et en profita pour s'observer dans le reflet de la vitre. Elle avait de longs cheveux blonds pâles et emmêlés qui ondulaient sur ses épaules et tombaient en cascade dans son dos. Ses yeux, larges et ronds, étaient d'un bleu soutenu et son teint était plutôt pâle. Le défilement du paysage devant ses yeux ne tarda pas à l'endormir.
Une explosion dans le compartiment tira Luna de son sommeil en sursaut. Elle chercha du regard d'où venait ce bruit et ne tarda pas à voir un garçon, le visage couvert de suie et les cheveux roussis assis sur la banquette en face d'elle à côté de Neville. Deux nouveaux garçons étaient venus rejoindre Neville et la fille aux cheveux épais. Celle-ci semblait inquiète et lançait, derrière le gros manuel derrière lequel elle se cachait, des regards désapprobateurs aux garçons qui rigolaient. Personne ne semblait avoir remarqué qu'elle s'était réveillée. Elle se leva et décida de se dégourdir les jambes en faisant un tour dans le train. Elle ferma la porte du compartiment derrière elle, étouffant les rires joyeux des garçons. Elle se promena une bonne vingtaine de minutes dans le train, observant les visages réjouis, les tentatives plus ou moins probantes de sortilèges compliqués. Son ventre gargouilla bruyamment, lui rappelant qu'elle n'avait toujours rien mangé depuis son réveil. Il devait être environ 13 heures. Comme une réponse à son souhait informulé de nourriture, elle entendit :
« Qui veut quelque chose ? Vous désirez une petite douceur. »
Une femme d'un certain âge poussait devant elle un chariot qui débordait de friandises et autres sucreries et s'arrêtait à chaque compartiment. Luna fixa les bonbons avec envie et tâta ses poches pour se rendre compte qu'elle n'avait pas une pièce sur elle. A contre cœur, elle décida de retourner dans son compartiment. Une odeur de brûlé s'échappait dans le couloir et lorsqu'elle rouvrit la porte du compartiment, l'odeur était tellement forte que cela en devenait insoutenable. Un silence de plomb pesait dans le compartiment et à la vue de la mine renfrognée de la fille aux cheveux épais, il ne faisait nul doute qu'elle s'était emportée contre les trois garçons qui étaient assis à présent en silence.
« Le chariot de friandises va bientôt arriver. » annonça doucement Luna.
Les garçons levèrent la tête et se regardèrent, sourire aux lèvres. Et en effet, pas plus de 5 minutes plus tard, une femme âgée, potelée et au sourire charmant se présenta à la porte du compartiment :
« Bonjour. Est-ce que vous désirez un petit quelque chose ? »
Les cinq élèves ne se privèrent pas et achetèrent toutes sortes de friandises. Luna avait acheté plusieurs Chocogrenouilles, quelques Patacitrouilles, des Malices Réglisses, une boîte de Dragées Surprises de Bertie Crochu et une poignée de Fondants du Chaudron.
Ils mangèrent tous dans la bonne humeur : les garçons rigolaient et faisaient des blagues qui firent bien rire Luna. La fille, qui s'appelait Hermione, s'était replongée de nouveau dans son livre « Vadrouilles avec les Goules ». Un peu plus tard, les trois garçons, repus et excités par la venue d'un grand garçon roux surexcité quittèrent le compartiment pour voir la nouvelle création d'un certain Lee Jordan. Luna se retrouva alors seule en compagnie d'Hermione. Après un long moment de silence, Luna s'adressa timidement à l'autre jeune fille :
« Excuse-moi… tu es dans quelle maison à Poudlard ? »
Hermione, surprise, mit quelques secondes pour détacher son regard du manuel et lui répondit calmement :
« Je suis à Gryffondor, en deuxième année. Et toi, tu es nouvelle je suppose ? »
« Oui je vais rentrer en première année. »
« Oh, peut-être nous reverrons nous alors à la table des Gryffondor ce soir. »
« Oui peut-être. »
Hermione se replongea dans son livre et Luna colla son front contre la vitre du compartiment. Dehors, le ciel commençait à devenir plus sombre et un fin croissant de Lune se dressait déjà fièrement entre les nuages. Gryffondor… c'était la maison où était Harry Potter. Elle l'avait lu dans le Chicaneur. C'était certainement lui, le Harry qu'Hermione avait cherché et dont elle s'inquiétait depuis le départ du train. Puis, elle pensa aux maisons. Dans quelle maison allait-elle être envoyée ? Pourquoi pas Gryffondor. Elle était courageuse. Et puis elle aurait aimé rencontrer Harry Potter dont elle avait tant entendu parler. Elle ne se sentait pas l'âme d'un Serpentard par contre. Pourquoi pas Poufsouffle ou Serdaigle. Serdaigle… comme ses deux parents. Son père serait tellement fier et heureux. La nuit tomba rapidement et le train commença à ralentir son allure. Hermione conseilla à Luna de revêtir sa robe de sorcier. Les garçons revinrent dans le compartiment un peu plus tard, cachant dans leurs poches divers Pétards surprises et gadgets de formes étranges. A en croire le rouge et or de leurs robes de sorciers, les trois garçons étaient aussi de la maison Gryffondor. Les couloirs redevinrent de plus en plus bruyants à mesure que le train ralentissait. Puis, il s'immobilisa enfin dans un chuintement. Les élèves se précipitaient dehors sur le quai, éclairés par les lampadaires qui bordaient la gare. Luna attrapa sa valise et la traîna derrière elle difficilement. Une voix bourrue hurlait dans la nuit :
« Les première année, par ici s'il vous plaît. Veuillez me suivre ! »
Un bras de la taille d'un tronc s'agita dans l'obscurité. Luna s'approcha. Ce bras appartenait à un demi-géant à en juger par la taille de son propriétaire. Il était très grand et portait une barbe brune, longue et touffue assortie à ses cheveux. Certains élèves se regardaient avec les yeux ronds, d'autres semblaient effrayés.
« Vous êtes tous là ? Bien, n'ayez pas peur. Suivez-moi. Et laissez vos valises par ici. Elles seront installées dans vos dortoirs. »
Luna suivit, le cœur léger le géant dans la forêt. Celui-ci leur expliquait qu'ils allaient monter à bord de barques. Une brise soufflait sur leurs visages lorsqu'ils montèrent dans celles-ci. Luna partagea la sienne avec une jeune fille rousse et un jeune garçon qui tenait entre les mains un appareil photo étrange de Moldus. Il faisait froid tandis qu'ils glissaient sur le lac noir entouré d'arbres d'une hauteur vertigineuse. Puis, au bout de longues minutes, au détour d'un léger virage, le château de Poudlard leur apparut dans toute sa splendeur. Il surplombait le lac de toute sa hauteur. On pouvait voir sa silhouette sombre se découper sur le ciel couleur d'encre. De nombreux petits carrés de lumière se détachaient de sa façade. Luna en eu le souffle coupé et bon nombre de ses camarades poussèrent des « waouh » de stupéfaction. Ils arrivèrent bientôt chacun leur tour sur un quai où ils descendirent. Le géant leur fit monter plusieurs escaliers et ils tournèrent à différents endroits. Enfin, ils se retrouvèrent face à une immense porte d'entrée grande ouverte, prête à les accueillir au sein du château. L'homme les emmena près d'une grande porte de bois d'où s'échappait la rumeur de conversations impatientes. Là, il les laissa et une grande femme à l'air sévère qui portait une longue robe verte foncée, des lunettes et un chignon serré perché sur son crâne. Elle observa l'assemblée de jeunes élèves frissonnants devant elle :
« Bonsoir à tous, je suis le professeur McGonagall. Bien. Vous allez être répartis dans les quatre maisons de Poudlard, veuillez me suivre s'il vous plaît. »
