Chapitre 2: Une tête rousse
- Professeur Snape, vous ne pouvez pas!
Il regarda le demi géant avec tout le mépris dont il était capable avant de rétorquer sèchement:
- Qui ira? Vous peut-être?
- Si vous me le demandez.
- Ne soyez pas ridicule!
- Je le ferai pour Dumbledore.
Il renifla son dégoût à l'emploi de ce nom.
- J'ai tué Dumbledore
- Albus Dumbledore était un grand homme. S'il avait du respect pour vous et vous faisait confiance alors j'ai le même respect pour vous et vous avez toute ma confiance.
Snape soupira visiblement exaspéré par tant mièvrerie.
- Je connais le Seigneur des Ténèbres mieux que personne ne le connaîtra jamais.
- Après la découverte de votre trahison vous ne pouvez pas vous exposez! Il n'aura aucune pitié! Dumbledore n'aurait jamais…
- Dumbledore est mort Hagrid!
Le demi géant sentit sa gorge se serrer mais se résigna:
- Comme vous voudrez Professeur.
Quel était ce pincement au cœur qu'il ressentait en observant le demi géant quittait son bureau? Serait-ce de la culpabilité? Des regrets? Impossible, pas lui. Pas Severus Snape.
Trois coups fermes retentirent et le sortirent de ses perturbantes réflexions.
Une tête rousse apparut dans l'encadrement de la porte entrouverte.
- Mr Weasley? Interrogea-t-il non sans pointe d'aversion.
- On raconte partout dans Hogwarts que vous allez partir. Affirma-t-il d'une voix morne.
- Pour votre grand plaisir. Termina-t-il sarcastique.
- Pas vraiment.
Snape étudia le jeune Weasley un instant, tentant vainement de détecter la moindre trace d'animosité.
- Je sais que je ne suis personne pour vous en dissuader mais Hermione et moi, Il rougit légèrement, on pense que vous devriez rester.
- Effectivement, vous n'êtes personne et je vous prierai vous et Hermione, insista-t-il vicieusement sur le prénom, de me tenir à l'écart de vos «pensées» Termina-t-il une once de méchanceté dans la voix.
Mais Ron était à Gryffindor et tous les adjectifs qui leur revenaient de droit faisaient donc partie de lui et après tout ce qu'ils avaient vécu, Snape n'était plus vraiment la terreur des cachots, ni un deatheater. A la vérité, il ne savait plus trop ce qu'il était et ne souhaitait pas s'attarder sur la question mais un cap avait été franchit il y avait de cela onze mois.
Il ne se laissa donc pas démonter.
- Nous n'avons plus que vous. Murmura-t-il.
Snape leva brusquement la tête. De quel droit osait-il? Il ne voulait rien avoir à faire avec ses sales gamins et surtout pas des gryffindors. De quel droit osait-il l'affubler d'une telle responsabilité? Il refuserait catégoriquement. Mais une partie de lui savait qu'il avait déjà capitulé. Il avait déjà accepté cette lourde charge lorsqu'il avait revêtu la robe symbolique du directeur de Hogwarts.
- Vous êtes affligeant Weasley! Cracha-t-il.
- Non, défia-t-il, je suis affligé! Une poignée de gamin à peine sorti de l'école, sans formation aucune au combat et si peu d'expérience contre une armée de barbares sanguinaires entraînés dans un seul et unique but, nous détruire! S'emporta-t-il.
- Je vous signale que j'étais l'un de ces barbares sanguinaires! Rétorqua-t-il avec mépris.
- Mais aujourd'hui vous avez pris la tête de l'Ordre et vous ne pouvez pas nous tourner le dos!
- Ceci ne vous concerne en rien Weasley!
Il tapa violemment du poing sur le bureau avant de hurler:
- VOUS N'ETES DECIDEMENT QU'UN SALE…
Snape n'avait pas attendu qu'il élève la voix, la main déjà crispée sur sa baguette, il avait juste attendu le bon moment pour fondre sur Ron comme un prédateur sur sa proie. Il le tenait maintenant en respect, la baguette pointée sur sa gorge.
- Un sale quoi, Weasley? Vous n'êtes plus un élève et les accidents de baguette sont très répandus, le ministère ne s'en formalisera pas! Pressa-t-il d'une voix dangereusement calme.
A sa grande surprise puis consternation, Ron se laissa tomber à genou auprès de l'ex-deatheater, les bras le long du corps et la tête baissée. Plus encore que la tournure inattendue que prenait cette entrevue, ce fut le ton suppliant du jeune homme qui émut le professeur, maintenant directeur, Snape. Mais un Severus Snape ne s'émeut pas.
- Ne nous laissez pas vous aussi. Chuchota-t-il.
Un long silence s'installa dans le bureau du directeur. Il savait à quoi cet être si abattu à ses pieds faisait référence. Ils avaient perdu beaucoup et pourquoi? Pour se cacher de tout et de tous, dissimulés derrière les remparts de leur nouvelle forteresse. Il avait tué Dumbledore. Mac Gonagall lui avait succédé, succédé à ses fonctions, puis succédé dans la mort. Remus avait pris sa place, en mission chez les loups garous, il avait été torturé jusqu'à la folie par Greyback, toujours suspicieux, il avait alors rejoint Alice et Franck Longbottom dans une section de Sainte Mangouste d'où l'on ne ressort plus.
L'Ordre était désemparé. Qui les guiderait? Tous s'étaient naturellement tournés vers Harry mais Arthur s'y était virulemment opposé. Qu'avait-il dit: trop jeune, trop de responsabilité, trop de pression, trop de morts, trop de tristesse? Il ne savait plus très bien.
La discussion avait été plus qu'animée ce soir-là, et puis pourquoi avait-il tous tellement besoin d'un chef, d'un leader, d'un responsable. Voilà où se situait le nœud du problème, ils avaient besoin d'un responsable, responsable pour les têtes qui tombaient, le sang qui coulait, les erreurs qui s'accumulaient et tous l'avaient trouvé mais il aurait préféré qu'ils le choisissent lui, plutôt que l'Autre. Les voix s'échauffaient, les mains s'agitaient, personne n'avait réellement compris ce soir-là, ce qu'ils se rappellent tous, c'est que le demi géant quasiment muet depuis la mort de Dumbledore s'était levé. Le silence sépulcral s'abattit sur la pièce imbibée de cette odeur animale qui leur collait à la peau alors que les éclats de voix n'en finissaient plus.
Il avait l'air si las, il n'avait pas dormi depuis deux ans, depuis la mort de Dumbledore. Il leva sa main pour la passer dans l'épaisse masse brunâtre qu'il appelait cheveux puis dit simplement:
- Je propose le Professeur Snape.
Il se rassit, dans le même silence qu'avait provoqué son premier mouvement.
- Mais enfin vous délirez complètement! Accusa Alastor Moody dit Mad-Eye.
La réaction de Hagrid ne se fit pas attendre alors que l'ensemble des membres commençait à protester vivement. Il se leva une fois de plus, un peu plus lentement pour ajouter:
- Le Professeur Dumbledore avait une entière confiance dans cet homme. Dumbledore était un grand homme.
Puis il se rassit et à la surprise de tous, l'élu s'était levé, difficilement, ses mouvements étaient maladroits et il semblait souffrir des jambes pour on ne sait quelle raison mais personne ne remarqua rien.
- Je suis d'accord avec Hagrid.
- La ferme Potter, siffla Mad-Eye, ne vous mêler surtout pas de ça!
Draco s'était interposé, le doigt pointé sur Mad-Eye, ses deux billes d'acier en fusion se liquéfiaient sous la colère:
- Je vous interdis de le traiter de cette manière!
- On défend son petit ami Malfoy, comme c'est honorable! Railla-t-il.
- ASSEZ!
Les échos de la voix de Snape résonnèrent dans la pièce circulaire. Les voix se turent, les mains tombèrent, et tous les yeux convergèrent dans la même direction: Snape.
- Je ne veux pas de ce poste! Finit-il par dire non sans une pointe de colère dans la voix.
- Je suis d'accord avec Hagrid. Intervint Arthur.
Les regards consternaient de l'assemblée passaient successivement de Snape à Arthur puis de Arthur à Mad-Eye en passant parfois par Harry, prostré sur sa chaise.
- Enfin Arthur, vous n'y songez pas!
- Ecoutez, Alastor, Severus est le plus qualifié d'entre nous. Il connaît Vous-Savez-Qui mieux que personne. Il maîtrise des techniques de magie que nous ne pouvons que rêver d'avoir un jour et tous, nous savons ici qu'il sait prendre les décisions graves et s'y tenir.
Le discours de Arthur avait soulevé de nombreuses interrogations et les murmures parvenant aux oreilles de Snape se firent plus favorables.
- Severus, continua Arthur, je vous en prie, pour Dumbledore.
Voilà comment Severus Snape se retrouvait désormais dans le bureau des regrettés Albus Dumbledore, Minerva Mac Gonagall et Remus Lupin, dans l'ordre chronologique, cette tête rousse toujours baissée, ce long corps solide toujours à genoux devant lui.
- Debout Weasley. Intima-t-il.
Le jeune homme releva la tête mais ce fut le seul mouvement qu'il esquissa. Snape franchit le peu de distance qui les séparait et agrippa le bras de Ron sans ménagement. Il le remit debout maladroitement et le projeta sur la chaise en face de son bureau.
- A quoi jouez-vous Weasley? Demanda-t-il sèchement.
- Je ne joue pas Monsieur. Soupira-t-il. Ne me dîtes pas que vous n'avez rien remarqué, c'est insupportable!
Snape le considéra un instant, bien sûr qu'il avait remarqué, comment ne pouvait-il pas? Peut-être que c'est ce qui l'avait poussé à accepter finalement, il ne savait pas trop. Weasley semblait soulever un point crucial que tous semblaient avoir décidé d'ignorer d'un commun accord.
- Vous n'êtes pas différent des autres Weasley! Accusa-t-il.
- Et vous pensez que j'en suis fier peut-être? S'emporta-t-il.
Il se leva puis tourna le dos au nouveau directeur, et poursuivit:
- Hermione pense que nous sommes injuste!
- Mais elle laisse faire, n'est-ce pas Weasley? Demanda-t-il cruel.
- Elle est humaine… murmura-t-il.
- Et vous êtes tous à vomir! Eructa le maître des potions furieux.
La porte claqua lorsque Ron quitta le bureau, laissant Snape seul à ses souvenirs douloureux.
