Four Minutes

"The road to hell is paved with good intentions

But if I die tonight at least I can say I did what I wanted to do

Tell me how 'bout you?"

(Madonna feat Justin Timberlake- 4 minutes)

La première fois qu'il a touché un ballon, c'est grâce à son frère aîné. Certainement le plus passionné des deux. Akiteru mangeait et buvait volley-ball. Tous les aspects de sa vie tournaient autour. Il vivait pour ce sport, pour cet instant béni où ses doigts touchaient le ballon et qu'il offrait quelques points à son équipe, pour cette adrénaline unique en son genre. Membre de l'équipe de son collège, il a tout naturellement continué dans cette voie à son entrée au lycée. Un destin glorieux s'offrait à Akiteru, lorsqu'il est devenu membre de l'équipe de Karasuno. Il ne pouvait en être autrement. Après tout, les corbeaux volaient encore à cette époque et s'apprêtaient à atteindre les sommets en participant aux nationales. Kei était fier de son aîné, le glorieux champion de l'équipe de Karasuno. Il rêvait avec ce dernier, à chaque nouveau récit de match mettant Akiteru en vedette.

Jusqu'au jour où le rêve s'écroule, tel un château de cartes.

Akiteru n'a rien d'un champion. En fait, il ne joue même pas. Son frère n'est même pas assez bon pour prétendre au poste de remplaçant, voilà la cruelle réalité. Il a caché la vérité à tous, autant pour ne pas les décevoir que pour ne pas y faire face lui-même. Se cacher derrière ces récits mensongers, c'est se protéger de sa propre déception. Qui lui arrive en plein visage, avec une force insoupçonnée, quand Akiteru croise les yeux d'or de son petit frère dans la tribune d'en face. Kei n'est même pas triste qu'il lui ait menti, il l'est pour son rêve envolé en fumée. Le plus dur à supporter, c'est cela pour Akiteru. C'est ça qui lui vaut de pleurer comme un bébé, roulé en boule sur le sol de sa chambre. Sans soupçonner la promesse que Kei se fera à lui-même, ce soir-là. Il ne doit pas s'investir autant que lui dans un club, équipe sportive ou pas, pour ne pas souffrir autant que lui.

Alors quand il entre au club de volley, à son entrée en seconde au lycée Karasuno, c'est avant tout pour agrémenter son dossier scolaire. Et emmerder le roi du terrain et son faire valoir, le rouquin monté sur ressorts, histoire de se distraire. Les affronter tous les deux avec Yamaguchi, fait ressortir son esprit de compétition. Kei s'amuse, d'une certaine façon. Autant qu'il le lui est possible au volley-ball, en tout cas. Il reste quand Daichi le lui demande, même s'il sait que tout ce qu'il pourra faire se verra éclipser par les actions d'Hinata Shoyô. Son rôle à lui, c'est d'être tape à l'œil. Le sien, c'est de faire de son mieux et ce sans faire de vagues. Les matchs s'enchaînent, victoires comme défaites, et Kei voit ses coéquipiers changer autour de lui. Ils veulent tous s'améliorer, et pour cela ne comptent leurs heures d'entraînements. Bordel, même Yamaguchi s'y met. S'il y a bien quelque chose qu'il ne comprend pas chez ses coéquipiers, c'est bien cela. Pourquoi s'acharner à toujours voler plus haut, alors que tout le monde sait qu'il y aura toujours quelqu'un de plus fort que soi ?

Ils finiront toujours déçus malgré leurs efforts,

Parce que l'Enfer est pavée de bonnes intentions.

La réponse à cette question, il l'obtient de l'être le plus inattendu qui soit. Kuroo, central et capitaine de Nekoma. Un membre de l'équipe rivale qui vous invite à vous entraîner à ses côtés, c'est idiot selon lui. Ils ne se connaissent pas, après tout. Kei accepte tout de même, parce que cette saleté de chat a su appuyer où cela faisait mal. Le central est doué pour cela, il faut bien l'avouer. Il ne peut que s'incliner, quand on s'attaque à sa fierté personnelle. Bien sûr qu'il ne veut pas laisser le minus l'écraser. Parce que si Tsukishima peut accepter qu'il existe meilleur que lui dans ce monde, ce n'est pas pour autant qu'il veut vivre avec des regrets. Sa fierté, son orgueil même passe avant tout. C'est ce qui l'a poussé dans ce club, c'est ce qui le pousse à se confronter à Bokuto à la lueur de la lune. Sans jamais que le capitaine de Nekoma ne le lâche des yeux. Kei peut sentir la brûlure de ces yeux onyx, remonter le long de son échine. C'est aussi dérangeant qu'agréable. Il suit les recommandations à la lettre de son aîné, sans faiblir et sans y trouver de l'intérêt non plus. Finalement, la séance se termine comme elle a commencé. Avec l'un des célèbres éclats de voix de Kei, agacé par le manège des deux capitaines. Un sourire étire les lèvres du central de Nekoma, alors que sa silhouette disparaît dans la nuit.

« Es-tu sûr de n'avoir rien à regretter,

Mon charmant binoclard ? »