Et bien… A l'unanimité, suite ! Et pour ceux qui restaient hésitants, il n'y a aucune obligation de lire bien entendu ;-)
Merci à tous d'avoir répondu à l'appel et d'avoir donné votre avis, ça fait chaud au cœur ^^ Ne vous arrêtez pas en si bon chemin, vos ptits mots sont toujours très appréciés !
So, enjoy =)
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De l'autre côté, seconde partie
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Eventuellement… A lire avec : http://www deezer com/track/365461
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Un mois plus tard
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Un soir d'hiver. Il faisait froid, même très froid pour la saison. La ville de Princeton croulait déjà sous un épais manteau de neige. Alors qu'il faisait nuit depuis plusieurs heures et que chacun s'était réfugié auprès de sa cheminée, une petite silhouette courait à travers la ville. C'était un enfant. Il portait une épaisse doudoune, une écharpe de laine et un bonnet qui laissaient à peine entrevoir le bout de son nez. A bout de souffle, il ralentit sa course en s'engouffrant sous un pont. Il hésita devant une forme sombre couchée dans un recoin, à l'abri du vent. Il prit une profonde inspiration et s'en approcha. Il secoua la masse. Un visage sale, presque effrayant, sortit de l'extrémité d'un duvet poisseux. L'enfant ignora l'odeur nauséabonde et tendit une main au malheureux.
Ils marchèrent ensemble à travers les rues, main dans la main, l'enfant déterminé tirant toujours l'homme usé derrière lui, malgré les salves de jurons qu'il lui adressait. Enfin, ils atteignirent une vaste façade éclairée. L'ambiance joyeuse qui en émanait les happa sur les derniers mètres. Et soudain, le clochard n'en était plus un. De multiples sourires l'accueillirent. Une couverture fut déposée sur ses épaules. Un verre de vin chaud lui fut glissé entre les mains. Autour de lui, des centaines de personnes de sa condition, ayant oublié leur calvaire pour une soirée. L'enfant qui l'avait conduit jusqu'ici avait disparu. Le rescapé s'assit confortablement dans une chaise et il commença à siroter son vin. Sa chaleur envahit son corps glacé et raviva les battements de son cœur fatigué. Un sourire étira ses lèvres craquelées de crevasses. Un son vint à ses oreilles, quelque chose qui se détachait du brouhaha général, quelque chose de mélodieux. Il tendit l'oreille et reconnut la plainte déchirante d'un piano jazz. Il chercha le musicien des yeux, mais c'était peine perdue, lui qui était presque aveugle. Il renonça à l'apercevoir. Les paupières désormais closes, il s'installa plus confortablement et laissa la musique délicieuse le transcender, chaque nouvelle phrase décuplant toujours plus ces émotions oubliées. La sensation de bien-être remonta de ses pieds couverts d'engelures à ses jambes frêles, puis enveloppa sa poitrine avec volupté, le frisson se prolongeant le long de son échine et de sa nuque. Il sentit à peine le doux tissu d'une robe effleurer ses genoux lorsqu'une lady passa devant lui, riant aux éclats.
Dévorée par les yeux de l'homme qui l'accompagnait, la lady progressait avec grâce à travers l'assemblée crasseuse, dessinant une fracture entre deux univers. Une fracture ? Non, ce soir c'était un pont. Un verre de vin chaud à la main, ils s'avançaient vers la scène où un musicien anonyme leur offrait un jazz saisissant. L'homme, habillé d'un simple costume de lin, fut le premier à lever les yeux vers l'artiste. Subjugué par le jeu de ses doigts sur le clavier d'ivoire, il en oublia presque la lady qui l'accompagnait.
« Cet homme est un génie !
Il détourna ainsi la discussion sur ce qui se déroulait sous ses yeux. Ils observèrent tous les deux en silence le talentueux artiste, levant la tête en l'air comme pour regarder les étoiles. En portant son attention sur le visage crispé du musicien, il remarqua que ces yeux étaient clos et son expression presque douloureuse. Il ajouta, comme pour lui-même :
- Ceci dit, il m'a l'air bien triste ce pianiste. »
Personne ne lui répondit. Il osa un regard vers la femme qui l'accompagnait. Le menton toujours en l'air, ses yeux clairs étaient rivés sur la scène, écarquillés. Ses boucles brunes descendaient dans son dos, leur reflet contrastant avec le noir élégant de sa robe. Il se sentit fondre.
Le pianiste, cabré dans un effort insaisissable, se concentrait sur la chute de son morceau. Tout autour, emplissant cette vaste pièce, des centaines de personnes qu'il ne connaissait pas, mais qui avaient au moins aussi froid que lui. La mélodie toucha à sa fin, achevée avec une ardeur et un émoi magnifiques. Quelques applaudissements s'élevèrent de la foule. Il ne s'expliquait pas sa présence ici. S'être porté volontaire pour « réchauffer le cœur de quelques naufragés » n'était vraiment pas son style d'occupation. C'était toujours pareil depuis un mois. N'importe quoi pour s'occuper l'esprit. N'importe quoi pour combler le vide… Il jeta un coup d'œil à la salle des fêtes. Il y vit le reflet de sa propre misère. Jouer encore, pour oublier toutes ses idées noires… Et c'est alors qu'une silhouette légère attira son attention, juste un fragment de seconde. Il la reconnut. La dernière personne qu'il avait envie de voir. Diable, que faisait-elle donc là ? Figée au milieu de la foule mouvante, la bouche entrouverte, un verre à la main, splendide dans sa robe noire, elle le fixait, stupéfaite. Soudain, il ne se sentit plus capable de continuer. Ses mains agiles quittèrent le clavier. A l'aide de sa canne, posée contre la paroi invisible de l'instrument, il souleva sa lourde carcasse et abandonna son public.
Le temps pour lui de récupérer son épais manteau aux coulisses, puis il fonça à travers la foule, fixé sur l'idée de sortir d'ici au plus vite. Il manqua de renverser un démuni confortablement affalé dans une misérable chaise, un verre de vin chaud encore plein entre ses mains squelettiques. Il s'attarda trop sur cet homme, laissant ses chances de salut s'évanouir. La voix très reconnaissable de la lady l'interpella. Il devina qu'elle était trop proche pour pouvoir lui échapper. Il se détourna à contrecœur de la sortie. Evitant de croiser son regard inquisiteur, il toisa l'homme d'une quarantaine d'années bien tassées qui l'accompagnait. Il tenait un verre en plastique semblable à tous les autres.
« Bonsoir, susurra-t-il, les yeux volontairement dans le vague.
- House, qu'est ce que vous faîtes là ?
- Vous vous connaissez ? s'exclama l'intrus.
- Euh… balbutia Cuddy. Dr. House, voici Flashe Clark, le principal organisateur de la soirée. Mais peut-être que vous vous connaissez déjà, ajouta-t-elle d'un ton passablement réprobateur.
- Alors c'est vous le fameux Dr. House ? Tout s'explique !
- Hum.
- Vous ne buvez pas ? s'étonna-t-il en désignant les mains vides du diagnosticien.
- Non, merci.
- Lisa et moi tenions à vous féliciter pour votre performance au piano. C'était époustouflant ! J'en reste encore sans voix.
Pourtant on ne dirait pas…
- Je n'avais pas encore eu l'occasion de vous rencontrer et de vous remercier. Après tout, si vous ne vous étiez pas proposé, je n'aurais jamais eu l'idée d'un fond musical. Tout le monde m'a l'air ravi, c'est une vraie réussite !
Ce type avait décidemment perdu une occasion de se taire. House baissa la tête, faisant semblant d'être gêné. En fait, il aurait aimé être invisible.
- Mais… Vous partez déjà ?
- Euh… oui. Une urgence… à l'hôpital.
Lui-même n'aurait pas cru à son mensonge.
- C'est bien dommage ! Mais je suppose qu'on s'arrache vos services. C'est bien normal, un homme d'une telle générosité…
Mais tu vas la fermer, oui ?
Clark lui tendit une main. House leva son regard vers lui et se décida à lui répondre. Il afficha un maigre sourire.
- Bonne soirée à vous, lâcha-t-il à demi-voix.
Il hésita lorsque son regard croisa celui de sa patronne.
- Dr. Cuddy », la salua-t-il simplement, avant de fuir son regard en faisant volte-face vers la sortie.
Il l'ignora lorsque qu'elle le rappela à plusieurs reprises, s'obstinant à poursuivre son chemin.
Ne pas se retourner, ne surtout pas céder. Même si elle hurle. Même si elle me le fera payer.
A quelques mètres de là, un sans-abri rouvrit doucement les yeux. Perturbé par un morceau de piano, il avait perdu le cours de la réalité. Son corps retenait naturellement la chaleur transmise par les si parfaites notes. Reprenant ses esprits, il aperçut une lady devant lui, immobile. Tout comme lui, elle semblait perdue dans des pensées lointaines, irréalistes.
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TBC…
