Et bonjour! Pour débuter, bonne année! Et une bonne santé, aussi! Pour bien débuter l'année, je poste ENFIN la suite de ma fic! Je ne m'attarde pas, car je ne vois pas vraiment ce que je pourrais dire.

Bref, bonne lecture!


Sousuke l'avait prévenu. Il l'avait prévenu, et Rin savait bien que son ami avait raison. Demander à la dernière minute à Haruka de l'accompagner en Australie, c'était une mauvaise idée. Une très mauvaise idée. Une idée foireuse comme on en voit rarement. Une idée qui, appliquée à n'importe qui, engendrait un « beau bordel », pour reprendre les termes de Sousuke. Mais alors, appliquée à Haruka, c'était dix fois pire ! Rin s'en était pourtant tenu à son idée, à son plan pour le moins culotté. Et maintenant, il en payait les conséquences.

Il les payait de bonne grâce, cela dit. Le simple fait que Haruka ait accepté de venir avec lui l'avait tellement rendu heureux qu'il aurait pu rester sur le pas de la porte du dauphin pendant des heures, un stupide sourire aux lèvres. Il s'était abstenu d'agir ainsi, bien entendu. Quoiqu'en dise Sousuke, il n'était pas idiot. Bon, d'accord, sa décision l'était. Mais il ne regrettait pas.

Quoiqu'il en soit, Rin s'était retrouvé à devoir faire face à des conséquences aussi nombreuses qu'étranges. Comme par exemple, expliquer à Haruka qu'il n'avait pas le temps de prendre un bain ce matin. Ou encore, qu'il n'avait pas vraiment le temps de se faire griller du maquereau, qu'il fallait qu'il fasse simple et rapide pour son petit-déjeuner. Et il n'empêche que ça avait été une belle prise de tête. Car quand Haruka le voulait, il pouvait se montrer particulièrement obstiné : ne pas prendre de bain le matin ? Renoncer à ses maquereaux ? Non mais et puis quoi encore ?!

Au final, Haruka avait cédé pour ce qui est du bain, mais pas pour le maquereau. Pendant qu'il préparait un sac de voyage, Rin avait dû lui en préparer. Un compromis qui leur permit d'arriver à l'heure à l'aéroport, malgré que Haruka se soit plaint que Rin ait failli cramer les maquereaux.

S'ensuivit une longue et interminable attente dans l'aéroport, tout du moins au yeux de Haruka, Rin en ayant pour sa part plus ou moins l'habitude. Mais ils finirent enfin par se retrouver dans l'avion, assis sur leurs sièges. Et c'est là que Rin se rendit compte que dans son plan aussi génialissime que stupide, il avait oublié un petit détail. Oh, c'était trois fois rien, ou presque. Haruka… n'avait jamais pris l'avion.

Bon, dit comme ça, c'est sûr que ce n'était pas grand-chose. Mais Rin, en observant le dauphin, comprit qu'il en allait autrement pour son ami. Ce dernier, bien que gardant un visage neutre, semblait légèrement nerveux. Ses mains, notamment, le trahissaient : elles étaient quelque peu crispées sur les accoudoirs…

Et Rin songea que c'était normal, qu'il aurait même dû s'en douter. Haruka se trouvait présentement dans l'équivalent d'une de ses boîtes de maquereau qu'il appréciait tant. Une boîte de conserve qui allait bientôt se retrouver à plus de 10 000 mètres d'altitude. Un espace clos, sans échappatoire possible. Arraché à la terre ferme, éloigné des grands espaces que Haruka appréciait tant. Lui qui désirait plus que tout être libre se retrouvait maintenant littéralement pris au piège. Il y avait de quoi être nerveux…

Rin observa discrètement son ami, qui s'obstinait à garder le silence depuis leur départ. Le requin comprenait assez bien pourquoi : la dernière fois qu'il s'était vu, Haruka s'était violemment mis en colère contre lui. Et c'était sans aucun doute la première fois que Rin l'avait vu dans une telle fureur. D'ordinaire imperturbable, c'était une véritable tempête qui s'était déchaînée ce jour-là. Rin était certain que Haruka s'en voulait. Si seulement il savait combien lui aussi se sentait coupable…

Alors que l'avion commençait à décoller, Rin se promit intérieurement une nouvelle fois de ne plus jamais abandonner Haruka. De toujours être là pour lui. Oui, il allait l'aider. Haruka prétendait ne pas avoir de rêves ? Ne pas avoir de futur ? Il allait lui montrer qu'il avait tort. Avec ce voyage, Rin comptait bien montrer au dauphin de nouveaux paysages. Des paysages fait de rêves et d'avenir…


Haruka… détestait l'avion. C'était officiel, il détestait l'avion. Dès l'instant où il avait posé un pied à l'intérieur de ce monstre de métal, il s'était senti oppressé, comme enfermé dans une cage. Et cette sensation ne le lâchait pas. Un vrai cauchemar, qui allait en plus durer plus de 10 heures. D'ailleurs, combien de temps cela faisait-il désormais ? Une heure ? Deux heures ? Peut-être plus ? Haruka n'en avait pas la moindre idée. La notion du temps lui échappait complètement dans cette avion.

Assis à la gauche de Rin, le nageur essayait vainement de se détendre, mais rien à faire. L'avion était entré il y a peu dans une zone de légères turbulences, et à chaque fois qu'une petite secousse parcourait la carlingue de l'appareil, les mains de Haruka se crispaient brusquement sur les accoudoirs.

Le dauphin avait très mal dormi la nuit dernière. Il se sentait fatigué, nerveux et crispé comme jamais. Et comme si ça ne suffisait pas, il ne pouvait s'empêcher de réfléchir à pourquoi Rin avait décidé de l'emmener avec lui en Australie. Il se sentait presque indigne de l'accompagner après s'être montré si brutal lors des régionales. Et il ne comprenait pas pourquoi, d'entre toutes les personnes que le requin aurait pu choisir, c'était à lui qu'il avait demandé de venir pour ce voyage. Pourquoi lui ? Pourquoi pas sa sœur, Gou ? Ou pourquoi pas son ami Sousuke ?

Ses réflexions furent une fois de plus interrompues, alors qu'une nouvelle turbulence ébranlait légèrement l'avion. Et à nouveaux, ses mains se crispèrent sur les accoudoirs. Sauf que cette fois-ci, la main de Rin vint se poser sur la sienne. Apportant une vague d'apaisement. Presque involontairement, Haruka tourna la tête vers Rin, surpris d'un tel geste. Mais alors que jusqu'à maintenant, c'était le dauphin qui avait tout fait pour fuir le regard de son ami, c'était au tour du requin d'éviter de le regarder. La tête résolument tournée vers la droite, Rin ne faisait pas un geste, se contentant de garder sa main sur celle de Haruka.

Le dauphin observa un instant la main de Rin apposée sur la sienne, confus, et hésitant sur la conduite à adopter. Ne rien faire ? Interpeler Rin ? Serrer sa main dans la sienne ? Cependant, parmi toutes les options possibles, l'idée de retirer sa main ne lui traversa même pas l'esprit. Car dans le fond, le dauphin se rendit compte qu'il ne voulait pas changer quoique soit au moment présent. C'était… étrange. Il ne parvenait pas à expliquer pourquoi, mais le simple contact de la main de Rin l'apaisait. Pour la première fois depuis qu'il était monté dans cette avion, Haruka se sentait détendu. Et c'est sans crier gare que toute la fatigue accumulée le rattrapa. Il renonça à réfléchir. La présence de Rin à ses côtés, et sa main sur la sienne… C'était rassurant. Il se laissa donc glisser dans le sommeil, son regard posé sur Rin.

La dernière pensée qu'il eut avant de fermer les yeux fut que finalement, l'avion, ce n'était pas si horrible que ça. Pas tant que Rin était avec lui…


Rin marchait rapidement, le regard fixé devant lui, ne s'arrêtant pas une seule seconde dans l'aéroport. Il ne devait pas se retourner. Pas maintenant. Oh, non, surtout pas maintenant. Pas avec Haruka derrière lui, qui n'arrêtait pas de l'appeler.

-Rin !

Bon, sang, mais qu'est-ce qui lui avait pris dans l'avion ? Poser sa main sur celle de Haruka, comme ça, non mais franchement, à quoi il avait bien pu penser ?! Ah oui, c'est vrai, le dauphin semblait stresser à mort, et sur le coup, ça lui avait semblé être le meilleur moyen pour l'aider. Seulement voilà, il ne s'attendait certainement pas à ce que Haruka s'endorme, sa tête glissant jusqu'à reposer sur son épaule qui plus est !

-Rin !

Et comme si ça ne suffisait pas, une hôtesse était passée dans l'allée juste à ce moment. Rin avait cru mourir de honte devant le regard mi-amusé et mi-attendri qu'elle avait eu en les regardant. Il faut dire aussi, leur position était pour le moins source de quiproquo ! Rin était certain qu'ils avaient dû passer pour deux amoureux ! Jamais il ne s'était senti aussi gêné, et en même temps… En même temps, il n'aurait bougé pour rien au monde. C'était stupide, mais Haruka semblait si apaisé dans son sommeil… Rin l'avait rarement vu comme ça, aussi… attendrissant. Alors, il n'avait pas bougé, et il était certain qu'il avait sans doute eu un stupide sourire attendri pendant qu'il observait Haruka.

Il avait eu l'impression qu'il n'y avait que lui et Haruka dans l'avion. Et il aurait pu rester des heures comme ça, sa main posée sur celle du dauphin, tandis que ce dernier dormait, la tête posée sur son épaule. Finalement, Rin s'était lui aussi laissé aller à s'endormir, sa tête vaguement penché à gauche, jusqu'à finalement reposer sur celle de l'autre nageur. Le moment avait été… étrangement parfait.

Seulement voilà. Une fois l'avion atterri, il avait senti le rouge lui monter aux joues alors qu'il se réveillait, et reprenait conscience de la position dans laquelle lui et Haruka se trouvait. Toute la gêne précédemment ressenti devant le regard de l'hôtesse de l'air l'avait soudainement assailli, et il s'était dépêché de réveiller le dauphin pour fuir au plus vite l'avion. Et maintenant, il était là, se dirigeant rapidement vers la sortie, Haruka sur les talons, qui ne cessait de l'appeler.

-Rin ! Où comptes-tu m'emmener ?

OK, là, il fallait vraiment qu'il se calme et réponde au dauphin, celui-ci semblait vraiment agacé par son silence. En même temps, comment était-il censé se comporter maintenant ? Ce voyage avec Haruka semblait plus compliqué que prévu… Bon, une chose à la fois. Ils étaient enfin sortis de l'aéroport, et allaient maintenant prendre le bus. Se retournant à moitié, Rin répondit enfin à Haruka :

-Suis-moi, tu verras bien. On prend ce bus. On monte, dépêche-toi.

Sa voix avait été parfaitement normal, miracle ! Il avait réussi à ne pas flancher devant le regard du dauphin, c'était une bonne chose. Et ce trajet en bus allait lui permettre de souffler un bon coup, et de se calmer. Il se dépêcha donc d'y monter, ne jetant qu'un bref regard en arrière pour s'assurer que Haruka le suivait. Le bus était déjà bien rempli, si bien que les deux nageurs n'eurent d'autres choix que de se séparer pour s'assoir. Et paradoxalement, être éloigné du dauphin soulageait Rin autant que cela lui déplaisait. Franchement, depuis quand c'était devenu aussi compliqué ?!


Assis sur le rebord d'une fontaine, Haruka ne prononçait pas un mot. Et Rin non plus d'ailleurs. Les deux nageurs étaient descendus du bus à un arrêt proche d'un parc, et Rin lui avait proposé d'en profiter pour y faire une courte pause. Cela faisait bien 5 minutes qu'ils étaient là, assis, sans prononcer un seul mot. Non pas que ce silence dérange Haruka. Mais il aurait bien aimé que Rin lui fournisse une explication, car il ne comprenait vraiment pas pourquoi il était là, en Australie. Il se sentait littéralement perdu. Poussant un léger soupir, Haruka tourna la tête vers Rin… pour s'apercevoir que ce dernier avait disparu. L'angoisse se saisit de lui immédiatement, alors qu'il se levait, inquiet.

-Rin ? tenta-t-il de l'appeler.

Tournant la tête de part et d'autre des différentes allées du parc, Haruka sentit la peur le prendre au piège. Où était passé Rin ? Il ne pouvait pas l'avoir abandonné … Pas ici… Pas maintenant…

-Rin ! appela-t-il à nouveau.

La peur transparaissait clairement dans sa voix, et quelques passants lui jetèrent des coups d'œil furtifs, légèrement surpris. Mais Haruka s'en fichait. Sans Rin, il se sentait plus que jamais confronté à sa solitude. Une solitude dont il avait désormais peur, une solitude qui était maintenant source de désespoir pour lui.

-Haru !

Cette voix… Haruka se retourna, pour apercevoir Rin, deux bouteilles d'eau à la main.

-J'ai acheté à boire, lui annonça le requin en souriant. Qu'y a-t-il ?

La solitude disparaissait. Rin était là. Il ne l'avait pas abandonné. La peur quitta les yeux de Haruka, remplacée par une vague lueur de mécontentement, avant qu'il ne fronce les sourcils, et ne s'adresse à Rin d'un ton légèrement bougon :

-T'en vas pas sans rien dire.

Pendant une fraction de seconde, Rin parut surpris de la réaction du dauphin, avant de baisser la tête, l'air vaguement coupable.

-Désolé, s'excusa-t-il.

Haruka l'observa sans rien dire, avant de se rassoir sur le rebord de la fontaine, tandis que Rin le rejoignait. Ce dernier enleva sa casquette, avant de reprendre la parole :

-C'était pareil pour notre dernière compétition… J'ai ignoré tes sentiments et je t'ai imposé les miens… Pardonne-moi.

Haruka tourna la tête vers l'autre nageur, surpris. Rin n'avait pas à s'excuser alors que c'était lui qui s'était montré aussi violent lors des régionales ! Il aurait voulu lui dire, s'excuser, mais Rin ne lui en laissa pas le temps, continuant de parler, une certaine nostalgie transparaissant dans sa voix :

-Mais, je voudrais que tu comprennes ceci. Je t'ai toujours… admiré.

Le requin tourna la tête vers Haruka, un léger sourire sur les lèves. Le dauphin resta un instant interdit, pris de court par une telle déclaration.

-Ah, ça fait du bien, lança Rin en se levant. Allez, on y va ?

-Où ça ? ne put s'empêcher de demander Haruka.

Le dauphin devait avoir l'air inquiet en disant cela, car ce fut au tout de Rin de l'observer d'un air un peu surpris. Puis, un sourire amusé apparut sur son visage.

-Ne prend pas cet air inquiet, répondit le requin. Je t'ai emmené ici car je voulais à tout prix te montrer quelque chose. Mais ça, c'est pour demain. Tu viens ?

Le sourire qu'affichait Rin… Haruka aurait aimé pouvoir sourire ainsi lui aussi. Mais il n'y parvenait pas. Trop de choses encore le préoccupaient. Trop de questions le tourmentaient. Et il avait beau fuir, ça ne servait à rien. Mais pour l'instant, il était avec Rin, et ça lui suffisait pour tenir éloigné toutes ses interrogations. Ou presque… Et puis, il n'empêche, Rin s'obstinait à ne pas lui dire où ils se rendaient !

Quoiqu'il en soit, il reprit le bus avec Rin. Le trajet lui parut plus rapide que le premier, sans doute parce que cette fois-ci, Rin et lui était assis côte à côte. Et quand ils descendirent à un nouvel arrêt, il put enfin voir où Rin l'emmenait.

La mer. Ils se trouvaient devant la mer.


Rin avait été surpris que Haruka ne veuille pas nager. D'ordinaire, il était du genre à se déshabiller dès qu'il apercevait une étendue d'eau suffisante. Visiblement, il était bien plus tourmenté que ce que Rin pensait. Pas seulement par les régionales, ou la question de son avenir. Le dauphin s'était aussi disputé avec Makoto, et ça l'avait de toute évidence ébranlé. Mais tout de même… Même s'il n'en avait rien montré, Rin avait été surpris d'apprendre que c'était la première fois que Haruka et Makoto avait eu un accrochage. Il pensait qu'avec tout le temps qui s'était écoulé après son départ en Australie, ils auraient pu avoir une petite dispute, mais non. Rien. Absolument rien. Fallait-il que Makoto soit d'un calme olympien pour supporter Haruka tous les jours, lui et son envie de constamment nager…

Alors, puisque Haruka n'avait pas voulu nager, il s'était contenté de lui parler. De son expérience en Australie. Des échecs cuisants qu'il avait subis. De toutes les difficultés rencontrées. Il espérait qu'ainsi, Haruka comprendrait que c'était normal d'avoir des doutes, et de se sentir perdu. Il ne savait pas vraiment si Haruka l'avait compris. Ce dernier fuyait de nouveau son regard. Alors, Rin s'était contenté de s'asseoir à côté de lui, pour observer la mer. Il avait toujours trouvé cela apaisant à l'époque où il était seul en Australie. Et aujourd'hui encore, observer ainsi la mer l'apaisait. D'autant plus que Haruka était à côté de lui. Toute la gêne qu'il avait pu ressentir après le voyage en avion s'était dissipé pendant le trajet en bus. Et désormais, regarder ainsi l'océan avec le dauphin à ses côtés… Il n'y avait rien de plus apaisant.

Au bout d'un moment, Rin avait toutefois fini par se relever. Puis il avait dit à Haruka qu'il y avait un dernier endroit où il voulait aller aujourd'hui. Bien sûr, ça n'avait pas manqué, Haruka lui avait, une nouvelle fois, demandé où ils allaient. Sauf que cette fois-ci, le requin lui avait donné une vrai réponse. Mais quand il lui ait annoncé qu'ils se rendaient chez sa famille d'accueil, Haruka avait semblé un peu réticent à l'idée. Rien d'étonnant avait songé Rin. Haruka avait toujours eu du mal avec les inconnus. Et il fallait ajouter que le dauphin n'était vraiment pas doué en anglais. Rin avait eu l'occasion de s'en rendre compte à l'aéroport, au moment de présenter leurs passeports.

Mais bon, comme de toute façon, il ne lui laissait pas vraiment le choix, Haruka avait dû se résigner à le suivre. Et après un nouveau petit trajet en bus, plus un peu de marche, ils arrivèrent enfin devant la maison de Russel et Lori. Avec un sourire amusé sur le visage en imaginant la tête qu'allait faire sa famille d'accueil, Rin se dirigea vers la porte, avant de sonner. Il entendit un peu de bruit derrière la porte, avant que celle-ci ne s'ouvre pour dévoiler Russel.

-Rin ! s'exclama-t-il, visiblement heureux de le voir.

-« Rin » ? Tu as dit « Rin » chéri ? retentit une voix féminine à l'intérieure de la maison.

Avant même que Russel n'ait le temps de dire quoique soit, des bruits de pas résonnèrent, jusqu'à ce que Lori apparaisse à son tour dans l'encadrement de la porte.

-Oh mon Dieu, Rin, c'est toi ! s'exclama-t-elle en le serrant dans ses bras. Contente de te revoir !

-Comment vas-tu fiston ? demanda Russel. Tout se passe bien au Japon ?

-Je vais bien Russel ! répondit Rin en souriant, avant de lui faire une accolade.

-Tu as beaucoup grandi dis donc ! s'étonna Lori.

-Ah, ça, c'est parce que je nage tous les jours, plaisanta le requin.

-Tous les jours ? s'amusa Russel. Tu aimes nager tant que ça ?

-Bien sûr !

-Tu nages toujours avec ton vieux copain ?

En entendant cela, Rin songea qu'ils le connaissaient très bien.

-Oh, tu parles de son ami Haruka ! lança Lori.

Ouaip, ils le connaissaient vraiment très bien. Il n'avait jamais dit de manière très explicite que c'était avec Haru qu'il préférait nager, pourtant sa famille d'accueil semblait l'avoir facilement deviné. Puis il vit Russel lancer un regard vers Haruka, qui, sans surprise, avait préféré rester un peu plus loin.

-Haru ? prononça Russel avec une pointe d'interrogation.

Lori suivit le regard de son mari avant d'interroger Rin d'un ton joyeux :

-Rin, c'est ton ami Haru ?

-Ouaip, lui répondit le requin avant de se tourner vers son ami. Haru ! Viens, reste pas planté là ! Je te présente Russel et Lori, ma famille d'accueil.

Rin vit le dauphin se rapprocher, un peu mal à l'aise.

-Rin, commença-t-il. Je…

-Bonjour Haru ! l'interrompit Russel. Je suis Russel, heureux de te connaître.

-Et moi, c'est Lori, compléta la femme de Russel. Rin nous a tout raconté à propos de toi.

Lori en profita pour lancer un regard amusé à Rin, qui fit comme s'il n'avait rien vu. Et puis, de toute façon, il était quasiment certain que Haruka peinait à comprendre ce que lui disaient Russel et Lori, quand bien même ces derniers faisaient des efforts pour parler plus lentement et distinctement.

-Enchanté… , répondit Haruka dans un anglais plus que hésitant. Je m'appelle Haruka Nanase…

Mouais… Vraiment, songea Rin, Haruka avait encore beaucoup de progrès à faire en anglais. Quelques jappements joyeux l'interrompirent dans ces pensées, alors que le chien de sa famille d'accueil accourait pour venir tourner avec curiosité autour du dauphin.

-On dirait que Winny aussi t'aime bien, s'amusa Rin.

Derrière lui, Russel et Lori eurent également un léger rire, avant de les inviter à rentrer.

-J'espère qu'on ne dérange pas quand même, lança Rin. Je ne veux pas m'imposer.

-Mais non, lui répondit Lori. Ça nous fait plaisir de te voir, et puis on peut ainsi vraiment rencontrer ton ami Haru !

Elle se tourna alors vers Rin, un air taquin sur le visage.

-Par contre, puisque vous êtes ici, on va faire les choses bien. Vous restez pour le dîner, et tu vas m'aider à le préparer ! Tu sais bien que je ne peux pas compter sur Russel pour ce genre de chose…

-Eh ! voulut protester ce dernier.

-« Eh » rien du tout, tu sais que j'ai raison ! s'exclama Lori en direction de son mari.

Puis elle attrapa le bras de Rin pour le traîner sans ménagement vers la cuisine.

-Allez ! Je ne tolérerai aucune protestation ! dit-elle d'un ton moqueur.

Rin lança un regard inquiet en direction de Haru, sachant combien ce dernier pouvait être mal à l'aise en compagnie de personnes qu'il ne connaissait pas vraiment. Mais fort heureusement, le dauphin semblait plutôt calme, suivant Winny sur la terrasse pour le caresser. Rion eut un léger sourire en voyant cela. Tranquillisé, il se mit à aider Lori pour le repas. Ça lui rappelait des souvenirs. Pendant son premier séjour en Australie, il avait souvent aidé Lori à préparer les repas. Ça lui permettait de se changer les idées, et d'oublier les difficultés qu'il rencontrait pendant ses entraînements…

-Il doit y avoir du maquereau dans le frigo, tu veux bien le sortir s'il te plaît?

La voix de Lori interrompit Rin dans ses pensées, l'empêchant de retomber dans de vieux souvenirs.

-Oui, bien sûr, répondit-il. C'est Haru qui va être content…

-C'est bien pour ça que je te fais sortir le maquereau, s'amusa Lori. Je me souviens que nous avais dit que c'était ce qu'il préfère.

-Tu te souviens même de ce genre de détail ? s'étonna Rin en sortant le poisson du frigo.

-Bien sûr ! À l'époque, tu nous avais tant parlé de Haru qu'on avait l'impression de le connaître, et ce avant même de le rencontrer aujourd'hui !

-À ce point-là ? marmonna le requin.

-Et oui, à ce point-là ! lui répondit Lori en souriant.

Il y eut un moment de silence, pendant lequel Rin se contenta d'aider Lori pour préparer le repas. Puis elle reprit la parole :

-Ôte-moi un doute, mais… Si tu es venu en Australie avec Haru… J'imagine que ce n'est pas sans raison, n'est-ce pas ?

-Oui…, répondit le requin. Haru est… Enfin, je crois… qu'il a peur, en un sens… De voir que les autres vont de l'avant, savent ce qu'ils veulent faire, tandis que lui… Eh bien, il n'a guère changé, il veut toujours être libre, sans plus. Haru… est un peu perdu ces derniers temps. Il ne sait pas où il va, et… à l'entendre, il n'aurait pas de futur. Il se sent seul… Et je veux lui montrer qu'il a tort. Qu'il a un avenir, et qu'il n'est pas seul.

Lori l'observa un instant, un léger sourire sur le visage.

-Quoi ? s'étonna Rin. J'ai dit quelque chose d'étrange ?

-Non, ce n'est pas ça, lui répondit-elle en souriant. C'est juste que… Haruka est plus qu'un ami pour toi, n'est-ce pas ?

-Plus qu'un ami ? Et, bien, oui, sans aucun doute, mais je ne saurais pas vraiment comment définir notre relation. C'est différent d'avec Sousuke, mon meilleur ami. Haru, c'est… particulier… Mais je ne saurais pas vraiment dire dans quel sens…

Lori lui jeta un nouveau regard, presque blasé devant sa réaction, ce qui surprit Rin.

-Franchement, soupira-t-elle. Je ne t'aurais jamais cru aussi aveugle…

-Aveugle ? répéta Rin, un peu confus. Que veux-tu dire ?

-Oh, tu finiras par comprendre par toi-même, lui répondit-elle en souriant.

Face à cette remarque, Rin fronça les sourcils, d'autant qu'il y avait une vague lueur d'amusement dans les yeux de Lori. Mais le sujet semblait clos, Lori se remettant à lui donner des indications pour le repas. Sans que Rin ne voit le temps passer, le dîner fut prêt, et Lori partit appeler Haru, qui semblait s'être isolé sur la terrasse en compagnie de Winny.

-Allez-y, leur dit Lori une fois qu'ils furent tous installés à table. Mangez autant que vous voulez.

-Merci…, répondit Haruka.

Oh, s'étonna Rin, il avait compris ce qu'avait dit Lori ? Ou bien l'avait-il déduit ? Sans doute un peu des deux…

-Haru est comme tu nous l'avais décrit Rin ! continua Lori. L'air détaché et les yeux clairs comme de l'eau…

-Tu as raison, chérie, acquiesça Russel.

Haruka tourna la tête vers Rin, n'ayant visiblement pas compris ce qui venait d'être dit. Rin songea qu'il faudrait qu'il essaie d'aider Haru à améliorer son anglais. En attendant, il allait devoir jouer les traducteurs :

-Elle dit que tes yeux sont clairs comme l'eau et que t'es cool.

-Rin dit que tu ne fais que de la nage libre, intervint Russel.

Le dauphin resta un instant interdit, n'ayant visiblement une nouvelle fois pas compris. Sauf que cette fois, Rin garda le silence, décidant qu'il y avait des limites, et que tant qu'à faire, autant commencer maintenant à pousser Haruka à s'améliorer en anglais.

-Haru, répéta Russel, tu ne fais que de la nage libre ?

-Oui…, répondit cette fois le dauphin, quoique d'un ton à nouveau hésitant.

Rin ne put s'empêcher de lâcher un léger rire. Tenter d'intégrer Haruka dans une conversation… Sa famille d'accueil avait de l'espoir ! Il vit alors Haruka se tourner vers lui :

-Pourquoi ils savent même ça ?

-Eh bien…, commença Rin, vaguement gêné.

-Rin te tient en grande estime, Haru ! les interrompit Lori.

Le requin jeta un coup d'œil d'avertissement à Lori, coup d'œil dont elle ne tint pas compte, continuant sur sa lancée :

-À chaque fois qu'il parlait de toi, il était plein d'admiration !

-Allez, ça suffit, tenta de protester Rin.

-Hé, qu'est-ce qu'ils disent ? lui demanda Haruka.

Finalement, ce n'était peut-être pas plus mal que Haruka soit mauvais en anglais. Au moins, il y avait certaines remarques gênantes qu'il manquait.

-Pas la peine de savoir, non ? tenta donc Rin de convaincre son ami.

-Si ! lui répondit cette tête de mule de dauphin.

Rin réfléchit rapidement, et se dit qu'il pouvait toujours ne lui donner qu'une partie de la vérité. De toute façon, Lori et Russel ne comprenait pas le japonais, alors…

-Eh bien, que je leur ai parlé de toi, résuma-t-il.

Fort heureusement, Haruka sembla se contenter de cette réponse pour le moins succincte. Lori et Russel se mirent alors à lui parler, lui disant qu'ils étaient heureux de voir qu'il semblait aller mieux. Cela étonna Rin : il pensait avoir su dissimuler ses peines à l'époque. Il devait être moins bon comédien qu'il ne le pensait… Il s'excusa donc de les avoir inquiétés.

-Bah, passons à autre chose ! s'exclama Russel.

-Sers-toi Haru, lança Lori. J'ai cuisiné quelques maquereaux. Tu aimes ça, non ?

Cette remarque manqua à Rin de lui faire lever les yeux au ciel, se rappelant de leur conversation dans la cuisine, quand elle l'avait taquiné sur le fait qu'il leur parlait beaucoup de son ami. Puis, il entendit Russel s'adresser à nouveau à lui, lui posant la dernière question à laquelle il s'attendait :

-Alors, Rin ? Tu t'es fait une petite amie au Japon ?

-Eh bien… Heu… , bredouilla Rin, prit de court.

Russel pouffa un peu de rire devant sa réaction.

-Je prends ça pour un non !

-Un petit ami alors ? l'interrogea Lori, un sourire malicieux sur les lèvres.

Rin, qui s'apprêtait à boire son verre d'eau, manqua d'avaler de travers devant une telle remarque.

-Q... Quoi ?

-Hum… C'est vrai que quand on voit ton attitude avec Haru, il y a de quoi s'interroger ! le taquina Russel. Tu ne nous aurais pas caché un détail quand tu nous parlais de Haru ?

La question était posée amicalement, sans aucune arrière-pensée. Rin repensa à sa conversation avec Lori tout à l'heure dans la cuisine. C'était donc à ça qu'elle faisait allusion… Il aurait bien voulu dire quelque chose pour se défendre, mais… Ce que sa famille d'accueil disait sonnait un peu trop juste pour qu'il arrive à songer à quoi dire pour se défendre. Et comme si ça ne suffisait pas, Haruka, qui avait entendu son prénom passer dans la conversation, se tourna à nouveau vers lui pour qu'il lui explique de quoi ils parlaient. Finalement, Rin songea qu'il valait mieux que Haru reste mauvais en anglais. Vraiment, c'était mieux ainsi.

Remarquant que Rin, en plus de ne pas savoir quoi dire, était à deux doigts d'avoir les joues en feu, Lori et Russel n'insistèrent pas. De toute façon, la réaction du requin équivalait à une réponse, même s'il n'en avait pas conscience…


La soirée avait été… étrangement agréable. Haruka avait apprécié de passer cette soirée avec la famille d'accueil de Rin, quand bien même il avait peiné à comprendre ce qui se disait dans la conversation. D'ailleurs, il avait l'impression que Rin ne lui reportait pas toutes les paroles, et omettait quelques détails. Mais bon, peu importe. Pendant que Rin était dans la cuisine, il avait eu l'occasion d'observer un peu la maison, et était tombé sur un cadre, avec une photo sur laquelle son ami souriait. Rin semblait… vraiment heureux sur cette photo, entouré de Russel et Lori. Et son sourire… C'était le même. Le même que sur la photo du jour où ils avaient, plus jeune, gagné un relais avec Makoto et Nagisa. Le même que lorsqu'ils avaient, l'année dernière, à nouveau gagné un relais. Ce sourire… Haruka avait l'impression qu'il représentait tout pour lui.

Après la soirée passée chez la famille d'accueil de Rin, Lori et Russel les avait reconduits à leur hôtel. Haruka écouta distraitement Rin discuter une dernière fois avec eux. La voiture repartit, et Haruka ne put s'empêcher de fixer le sourire du requin, alors que ce dernier regardait le véhicule s'éloigner. Puis, son ami se tourna vers lui.

-Eh ben, je ne sais pas pour toi, mais personnellement je suis claqué ! Dépêchons-nous d'aller récupérer les clés de notre chambre !

Haruka hocha la tête, avant de suivre Rin qui rentrait déjà dans le hall de l'hôtel. Il l'écouta parler un bref instant à l'accueil, avant de le suivre dans les escaliers. Une bonne nuit de sommeil ne lui ferait pas de mal… Même si, grâce à Rin, il avait pu dormir dans l'avion, il avait l'impression d'avoir encore des heures et des heures de sommeil à rattraper. Entre les régionales, sa dispute avec Makoto, les professeurs qui n'arrêtaient pas de l'interroger sur ses projets d'avenir… Oui, pour l'instant, il voulait juste dormir. Il en était à un point où il était prêt à accepter n'importe quelle lit, même si on lui disait qu'il devait le partager avec quelqu'un.


Et voilà pour ce chapitre! Oui, je sais, je suis sadique, couper ainsi juste avant la scène de l'hôtel...

Review? Parce que vous n'avez pas idée à quel point les précédentes m'ont motivé pour écrire ce chapitre!