10-108 : Officer down

Chapitre 2

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Lieu inconnu

Mardi 12 mars

18h21

L'abattement avait fait place à de la détermination. Elle allait sortir d'ici, rien ni personne n'allait l'en empêcher ! Le problème, songea Valérie en regardant autour d'elle, c'était de savoir comment. Son kidnappeur, qui qu'il puisse être, ne l'avait pas encore rappelé. Elle faisait de son mieux pour éviter de regarder la minuterie qui s'égrenait avec des bips réguliers lui rappelant malgré tout sa présence. Elle tenta une nouvelle fois, en vain, d'ouvrir le téléphone. Il lui fallait des outils, ou quelque chose d'approchant. Son regard se posa sur les placards. Elle se leva, ouvrit la porte de celui du bas, près d'un vieux frigo, et donna un coup de pied dedans. La porte céda au troisième essai. Valérie la prit et la réduit en morceau en la tapant contre le plan de travail. Elle récupéra un bout de bois d'une vingtaine de centimètres de longueur au bout effilé. Alors qu'elle essayait de s'en servir pour ouvrir le téléphone, ce dernier sonna, la faisant sursauter.

— Alors, vous ne vous ennuyez pas trop, inspecteur ? Demanda la même voix éraillée dès qu'elle eut décroché.

— Un vrai paradis, fit la jeune femme sarcastique.

— J'étais sûr que vous apprécieriez.

— Si vous veniez me rejoindre, on pourrait discuter. Qui sait, on a peut-être des goûts en commun ?

— Bien essayé mais, même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Vous ne pouvez pas encore vous en rendre compte mais votre situation est… comment pourrais-je la qualifier sans commettre d'impair… dramatique me semble approprié.

— Je ne sais pas encore qui vous êtes mais votre situation sera plus que dramatique une fois que j'aurais mis la main sur vous ! S'emporta Collins énervée par le ton condescendant de son kidnappeur.

— De vaines promesses, Valérie. Bien que je doive l'admettre, lorsque vous décidez de vous attaquer à quelqu'un, vous allez jusqu'au bout.

— Je ne vois pas de quoi vous parlez.

— Allons, je me souviens de chaque vie que j'ai prise, pourquoi n'en serait-il pas de même pour vous ? J'admets qu'un suicide ne procure pas les mêmes sensations que le meurtre mais vous avez bien dû ressentir quelque chose, non ?

— Vous êtes complètement malade !

— Gordon Keller. Ce nom ne vous dit toujours rien ?

— …

— Garder le silence ne changera rien à ce que vous avez fait à cet homme. Certes, les affaires internes le suivaient depuis quelques temps pour des broutilles mais c'est à cause de vous qu'il a été inculpé. C'est à cause de vous qu'il s'est suicidé quelques semaines avant son procès. Dites-moi, Valérie, comment vous êtes-vous sentie lorsque vous êtes retournée au central après son suicide ? Comment vos collègues vous ont-ils traité et regardé ? Cela a du être difficile, d'autant plus que l'inspecteur Munch vous a pris à partie devant tous le commissariat, vous accusant publiquement du suicide de son équipier.

— Vous êtes…

— Malade, je sais. Il me semble que le terme utilisé par le psychiatre à la prison était sociopathe.

— Qui êtes-vous ?

— Votre pire cauchemar, inspecteur Collins. Et ce qu'ont pu vous faire subir Munch et vos collègues après le suicide de Keller n'est rien en comparaison de ce qui vous attend aujourd'hui, conclut-il avant de couper la communication.

— Espèce de salopard ! s'écria Valérie avant de jeter violement le téléphone contre l'une des fenêtres.

Son éclat de colère passa aussi vite qu'il était venu. S'énerver ne la faisait qu'entrer dans le jeu diabolique de son kidnappeur. Elle se leva pour aller ramasser le téléphone et sourit. La chance était enfin de son coté. L'appareil s'était disloqué sous le choc et se trouvait séparé de sa coque de plastique noire. Si seulement elle pouvait se souvenir des cours de science qu'elle avait eus étant plus jeune… ou même d'un épisode de Mac Gyver, ce héro qui arrivait à se sortir de n'importe quelle situation avec presque rien ! Son sourire s'évanouit en constatant que la fenêtre était brisée. Non pas qu'elle n'en aurait pas été ravie dans d'autres circonstances mais le filet d'eau qui coulait sur la banquette lui glaça le sang. Elle n'était pas abandonnée dans un terrain vague, en forêt ou dieu sait où. Ce malade avait immergée la caravane et elle n'avait aucun moyen de s'échapper ! La force du courant l'empêcherait certainement de sortir si elle brisait la fenêtre. Si la minuterie disait vrai, il lui restait un peu moins de vingt et une heure, avant ce qui pouvait être l'explosion d'une bombe, mais son instinct lui disait qu'il lui restait beaucoup moins de temps.

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Unité spéciale des victimes

Mardi 12 mars

18h35

— Je suppose que c'est une plaisanterie, fit Munch d'une voix blanche.

— John, je viens de passer plus d'une heure au téléphone avec le chef de la police pour tenter de le convaincre de changer d'avis.

— Il ne peut pas fait autrement, intervint Casey Novak l'assistante du procureur qui s'occupait des affaires de l'unité spéciale.

— Donc on a plus qu'à attendre tranquillement de retrouver son corps, Gambetti lui remettra une médaille à titre posthume et expliquera que Collins est morte parce que le département a refusé de payer la moindre rançon, s'emporta Tutuola.

— Vous savez aussi bien que nous que c'est la porte ouverte à…

— Casey, vous ne pouvez pas sérieusement penser que c'est la meilleure solution ? L'interrogea Munch.

— Non, mais je comprends la position de Gambetti.

— Vous avez vu la bande de l'épicerie ? S'enquit Cragen pour essayer de calmer la discussion.

— Il n'y a presque rien d'exploitable. La caméra extérieure est dirigée vers l'entrée de l'épicerie. On aperçoit rapidement la voiture passer avant de se garer. La scientifique est dessus.

— Vous leur avez dit que c'était prioritaire ?

— Bien sûr, capitaine mais ce n'est pas cela qui va nous aider, lança Fin en colère d'être aussi impuissant.

— John, tu m'as bien dit que le kidnappeur avait fait référence à ton passé, déclara Cragen.

— Oui, il m'a parlé de ma dernière ex-femme et a fait allusion à un problème que j'ai eu avec Collins à son arrivée à Baltimore.

— Quel genre de problème ? Demanda Tutuola.

— Valérie a découvert que mon équipier de l'époque subtilisait certaines pièces à conviction. Elle venait d'arriver et je ne lui ai pas fait confiance. Je connaissais Keller depuis des années, je n'avais jamais rien remarqué de particulier. Elle est allée voir le capitaine et il s'est avéré que les affaires internes l'avaient à l'œil. Collins les a aidés à lui tendre un piège. Keller a été arrêté et s'est suicidé deux jours plus tard. Je l'ai tenu pour responsable à l'époque.

— Pourtant vous avez l'air de bien vous entendre depuis qu'elle est là, nota le capitaine.

— Deux mois plus tard, elle a pris une balle à ma place. Ca m'a fait réfléchir et j'ai compris que j'aurais fait la même chose si j'avais été à sa place. C'est un bon flic et elle ne mérite pas d'être abandonné à ce malade, qui qu'il puisse être !

— Je suis d'accord, c'est bien cela que vous allez continuer à la chercher. Gambetti a dit qu'il refusait de payer la rançon, pas que nous devions arrêter l'enquête, lança Cragen. C'est forcement quelqu'un de Baltimore, que vous avez sans doute arrêté ensemble. Quand aurez-vous les dossiers de… oui ? répondit le capitaine en réponse aux coups tapés à sa porte.

— Désolé de vous déranger, fit George Huang en pénétrant dans le bureau. Vous désiriez me voir ?

— Je dois aller au tribunal. Tenez-moi au courant, déclara Novak en sortant.

— Merci, Casey. Dr Huang, je pense que vous êtes au courant de l'enlèvement de l'inspecteur Collins.

— Effectivement. En quoi puis-je vous aider ?

— Un instant, fit Cragen en décrochant son téléphone. Oui, une minute. John, Fin, mettez-le au courant et voyez ces dossiers. Si on arrive à identifier le kidnappeur, on aura plus de chance pour la localiser.

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1120 Haddaway avenue

Mardi 12 mars

22h02

Tout marchait selon son plan. Quelle satisfaction pour lui, après toutes ces années passées à le perfectionner ! Un léger sourire orna son visage mais disparut rapidement. Il aurait pu faire mieux. Il aurait pu mettre une caméra à l'intérieur de la caravane pour l'espionner, voir sa réaction quand elle s'était réveillée, quand elle avait réalisé qu'elle était sa prisonnière. Cela aurait été un véritable délice. Il songea à Munch et un éclair de joie traversa ses yeux. Les deux personnes qu'il détestait le plus allaient payer pour ce qu'ils lui avaient fait. Cher, très cher. Si le sort de Collins était déjà réglé, celui de Munch le serait lors de la remise de la rançon. Un puissant sentiment de victoire s'empara de lui mais il se força à le refréner. Il ne fallait pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué et nul doute que Munch allait vendre la sienne chèrement. Peu importait. Il aurait le dessus. Il n'avait pas étudié aussi assidûment pour voir ses rêves de vengeances échouer si prêt du but. Il vérifia l'heure sur la minuterie posée sur son bureau, exactement la même que celle qui défilait dans la caravane. Ils devaient déjà avoir réuni l'argent. Ils étaient temps. Ils n'avaient sans doute pas compris pour le montant de la rançon. Si le chiffre n'était pas rond, c'était simplement parce qu'il représentait le salaire de commercial et les indemnités de congés payés qu'il aurait touché s'ils ne l'avaient pas arrêté. Peu importait, l'argent n'était qu'un prétexte.

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Unité spéciale des victimes

Mardi 12 mars

22h13

Le docteur Huang n'avait pas hésité à se joindre à John et Fin pour éplucher les quatre cartons que Felton leur avait expédiés en urgence de Baltimore. Une dizaine de suspects potentiels avait déjà été éliminée mais il restait un peu plus de la moitié des dossiers à étudier. Olivia, qui venait de terminer l'interrogatoire de l'assassin d'Helen Peterson, la femme sur laquelle enquêtait l'unité spéciale avant l'enlèvement de Collins, les rejoignit avec un plateau contenant café et sandwichs. Elliot s'occupait du transfert du prisonnier. Malgré tout ce qu'elle avait pu dire, il avait refusé de rentrer chez lui et avait promis de venir les aider dès qu'il en aurait terminé.

— Du nouveau ? S'enquit Benson tout en cherchant un endroit où poser son plateau.

— Pas vraiment, non, répondit Munch en prenant un sandwich. Merci.

— Vous avez pu dresser son portrait psychologique ? Demanda Olivia en tendant une tasse de café au Dr Huang.

— Merci. Je pense que c'est quelqu'un de posé, de réfléchi. Il a pris le temps de rechercher Munch à Baltimore, d'enquêter sur son ex-femme, probablement d'aller à son ancien appartement et il a fait de même avec Collins. Il a agit de la même façon ici. Il doit être là depuis quelques semaines et les avoir suivi.

— Ce malade les a pisté ? Demanda Tutuola.

— Oui, il a dû autant savourer cette partie de son plan que l'enlèvement en lui-même. Il a pris le temps d'en apprendre le plus possible sur ses proies avant de les attaquer.

— Pourquoi avoir enlevé Collins ? L'interrogea Benson.

— Parce qu'il la pense plus faible, expliqua-t-il. Il a un problème dans ses rapports avec les femmes. Il est possible qu'il ait vécu plus jeune dans un environnement totalement masculin. On a du lui apprendre que les hommes étaient supérieurs et pouvaient en faire ce qu'ils voulaient. Il n'a sans doute pas connu sa mère et n'a jamais eu de relation stable. Il croit les femmes inférieures et plus faciles à maîtriser.

— On voit qu'il ne connaît pas Valérie, commenta Munch avec un demi-sourire.

— Le plus important pour lui, c'est de contrôler la situation et je dois bien avouer, déclara Huang, que c'est parfaitement le cas pour le moment.

— Il a forcement une faille, intervint Fin.

— Nous en avons tous, acquiesça le psychiatre.

— Si on suit le profil que vous avez dressé, on n'a pas affaire à un meurtrier ordinaire. Donc on devrait facilement le retrouver dans ces dossiers, nota Benson.

— Je n'en sais pas assez pour mieux le cibler, je suis désolé, fit Huang. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il s'agit sans doute d'un sociopathe.

— Vous voulez dire qu'il ne fait pas la différence entre le bien et le mal ? Demanda Munch.

— Au contraire. Tuer ne lui apporte aucun plaisir et il n'a aucune empathie pour ses victimes. Il pense agir pour le bien de la communauté en s'attaquant, par exemple, à des prostitués ou des droguées. Cette catégorie de personne est un fléau pour lui, il doit probablement penser qu'elles ne servent à rien. Il ne marque aucune honte ou culpabilité envers ses crimes, conclut le psychiatre, c'est l'un des traits caractéristiques de cette maladie.

— Le problème, c'est que des types de ce genre on a vu souvent à la criminelle, fit Munch.

— Je sais que la vie de Collins dépend en partie de mon analyse mais « profiler » ce genre d'individu n'est jamais facile.

— Stabbler, vient de m'appeler, déclara le capitaine Cragen en faisant irruption dans la pièce. Notre kidnappeur vient de l'appeler pour lui donner le lieu de rendez-vous.

— Il a appelé Elliot ? S'étonna olivia.

— Il devait savoir que vous mettriez le portable de Munch sur écoute. Il a sûrement subtilisé celui de Collins et a donc les numéros de tous ses contacts, indiqua Huang. Encore une preuve de son intelligence.

— Le rendez-vous est à 1h du matin, devant la statue du Charging bull au Bowling greeen. Il a insisté pour que cela soit toi qui apportes la rançon, John.

— Je vous rappelle qu'on va avoir du mal à la lui donner puisqu'on ne l'a pas, répondit Munch avec ironie.

Trois coups frappés à la porte restée ouverte empêchèrent le capitaine de répondre. Sur le seuil de la pièce se tenait un officier que tout le monde connaissait au moins de vue. Il s'occupait de l'accueil au rez-de-chaussée du bâtiment. L'air un peu gêné, il attendit que Cragen l'invite à parler pour expliquer la raison de sa venue.

— Hum… voila, capitaine. On a appris pour Collins, commença Henderson visiblement mal à l'aise, et… aussi que le chef ne veut pas payer la rançon.

— Les nouvelles vont vite, soupira Cragen qui ne voyait pas où il voulait en venir.

— Euh… on a fait une quête. Je ne sais pas combien demande le ravisseur et ce n'est sûrement pas assez mais tout le monde a voulu aider. L'inspecteur Collins est une femme bien, continua-t-il le visage s'éclairant soudain. Elle a toujours un mot gentil pour chacun d'entre nous, elle demande des nouvelles de nos familles. Elle a même fait des gâteaux pour le pique-nique annuel.

— Valérie, cuisiner ? S'étonna Munch.

— Enfin… on n'a pas voulu la laisser tomber. Il y a presque 2 000 $ dans l'enveloppe, conclut Henderson en la tendant au capitaine.

— Merci, répondit celui-ci plus touché qu'il ne voulait le montrer à l'instar de son équipe.

— Je vous laisse travailler. Ramenez-la nous, c'est tout ce qu'on demande, lança l'officier avant de s'éclipser.

— Qui aurait pensé que Collins inspirait autant de sympathie, fit John une fois qu'il fut parti.

— Le SVU n'est pas si mal vu que ça on dirait, nota Olivia touchée par le geste.

— Le problème, nota Fin, c'est que c'est loin d'être suffisant.

— Je ne pense pas que l'argent soit vraiment en cause, intervint Huang. Il n'a pas demandé une grosse somme et le chiffre a sans doute une signification précise pour lui. Payer est sans doute une erreur toutefois vous pouvez compter sur ma contribution.

— C'est louable mais même si nous nous y mettons tous, nous sommes bien loin de réunir la somme demandée, déclara Cragen.

— Je dois pouvoir rajouter 9000$, annonça Tutuola. J'ai fait quelques bons coups en bourse, rajouta-t-il devant l'air extatique de Munch.

— Tu joues en bourse toi ?

— De temps en temps.

— Recentrons-nous sur ce que nous avons, intervint le capitaine. Olivia, je veux que tu ailles repérer le lieu du rendez-vous. John, Fin, continuez d'étudier les dossiers avec le docteur Huang.

A suivre….