Chapitre II

- Debout Milady ! Dit Gwen en la réveillant.

Sybil ouvre doucement ses yeux. De quoi avait-elle rêvé ? Ceci est une bonne question vu qu'elle ne s'en souvient pas. Qu'importe ! Il ne s'agit pas d'être en retard au petit-déjeuner.

Habillée, coiffée, prête, elle descend les marches se demandant juste si aujourd'hui elle pourra faire quelque chose de spécial.

- Bonjour ma chérie ! Bien dormi ? s'exclama le Comte.
- Je suis juste un peu étonnée de ne pas me souvenir de mon rêve.
- Ce n'est pas un mal, ça arrive à tout le monde.
- Je sais, mais souvent, ils sont prémonitoires pour moi.
- Du moment que ce n'est pas ta mort ou celle d'un proche, ça me va, il rit en disant cela.

Malgré tout, la jeune Sybil s'en inquiète, ça lui était déjà arrivé d'oublier et elle s'était cassée le bras, du coup, tous les matins, elle fait le point dans sa tête. Bref, elle termine son petit-déjeuner et va dans la bibliothèque chercher un livre : « Orgueil & Préjugés ». D'après Mary, il est très bien, pourquoi douterait-elle de sa sœur ? Malheureusement, il n'y est pas. Elle se souvient qu'on le lui avait offert, il doit être dans sa chambre. Coup de chance, elle la trouve dans le couloir :

- Mary ? C'est Sybil. Je voulais savoir si tu pouvais me prêter le livre que t'as offert Maman à ton dernier Noël.
- Orgueil & Préjugés ? Mais bien sûr ma chérie.

Toutes deux vont dans la chambre de l'aînée. Mary le cherche et, au bout de quelques instants, le trouve sur sa commode.

- Tiens, bonne lecture.
- Merci Mary.

Sybil va dans le jardin et s'assoit sur le banc sous l'arbre. Elle le commence. A certains moments, elle lève la tête, et aperçoit quelques nuages se rapprocher.

- Vu à quoi ils ressemblent, ce ne sera qu'une averse. N'empêche, je ferais mieux de rentrer, pensa la jeune fille.

Elle se lève et marche rapidement sur le chemin jusqu'à la porte d'entrée où un valet de pied lui ouvre. Naturellement elle lui sourit et le remercie, c'est la moindre des choses.

- Milady ?

Sybil se retourne et voit Anna qui s'approche d'elle.

- Oui Anna ?
- C'était pour vous demander si vous n'aviez pas vu Lady Mary.
- Je suis désolée, mais je viens de rentrer. Par contre, elle peut être dans sa chambre ou dans les parages.
- J'y suis déjà allée.
- Vous voulez que j'aille voir dans la bibliothèque ?
- S'il vous plait, Milady.

Sybil s'y dirige et trouve bel et bien sa sœur en train de parler avec son père.

- Excusez-moi de vous interrompre, se blanchit Sybil.
- Ce n'est pas bien grave, que t'amène-t-il ? demanda son père.
- Anna cherchait Mary et elle m'a demandé si je pouvais voir à la bibliothèque.
- Ah oui, je lui avais demandé de me prévenir quand… Ce n'est pas important. Veuillez m'excuser papa.

À ces mots, Mary sortit de la pièce. Son père et Sybil l'examine puis ils se regardent.

- Que peut-elle bien nous cacher ? s'inquiéta son père.
- Elle a dit que ce n'était pas important.
- Le problème c'est qu'à chaque fois qu'on dit cela de la façon dont elle l'a dit, c'est grave justement

Sybil se tut il est vrai que son père n'avait pas tort. Puisqu'elle est ici et qu'elle n'a rien d'autre à faire, elle pourrait parler à son père, comme le font tous les enfants avec leurs parents.

- Papa ? Ҫa ne vous dérange pas si je reste ici pour vous parler ?
- Pas le moins du monde ma chérie.

Elle s'assoit sur l'un des deux canapés et son père s'assoit à côté d'elle.

- Que t'arrive-t-il ?
- Disons que je n'avais rien à faire et je pensais parler avec quelqu'un et comme je suis dans la bibliothèque avec vous et que vous êtes mon père, je ne vais pas me priver, sauf si vous ne voulez pas.
- Tu sais, bavarder avec mes filles ou ma femme m'aide à avoir la tête vide.

Sybil sourit, il est vrai que sa mère aime et est aimée par son père, donc c'est normal sa sœur Mary est très intéressante et ressemble à son père sur quelques points Edith…disons qu'elle n'a pas vraiment de chance, mais si elle le voulait, elle pourrait être très gentille, ça, Sybil en était sûre. En clair, son père avait beaucoup de chance d'avoir une famille comme celle-là.

- Dites-moi, pourquoi Matthew Crawley est de notre famille ?
- Ҫa remonte à très longtemps, je lui redemanderai.
- Mais il est de votre génération ou celle de Mary ?
- Entre nous deux disons, mais je dirais plus de celle de Mary, c'est préférable pour elle.
- Oui, je pense que se marier avec quelqu'un de plus âgé que nous-mêmes, disons une dizaine d'années, n'est pas une chose saine.
- Tu as bien compris, c'est pour cela que je ne veux pas que tu te maries avec quelqu'un de cet âge.
- Vous savez, pour le moment, je ne suis intéressée par personne, je me contente de l'instant présent.
- Il faudra bien qu'un jour vous songiez à l'avenir.
- Et comment avez-vous rencontré Maman ? Je sais que c'était pour sauver le domaine, mais comment l'avez-vous connue ?
- Tu es bien curieuse aujourd'hui, mais bon, ce n'est pas trop personnel, donc ça va. En fait, comme tu le sais, le domaine risquait d'être perdu et il fallait trouver une solution. Étant l'unique garçon de ma mère, c'est à moi que revenait cette charge, en quelque sorte. Ta tante Rosamund ne pouvait rien.
- Oui, c'est pour ça que Mary doit se marier avec Matthew parce que c'est l'aînée.
- Oui. Et donc, comme j'étais à Londres, pour aller voir mon Oncle qui revenait d'Amérique, il me dit qu'il avait trouvé « quelqu'un » pour moi. Dit de cette manière, c'est bizarre, mais ça ne m'a nullement choqué, je craignais trop de perdre Downton Abbey. J'ai donc rencontré ta mère et quelques mois plus tard, nous nous sommes mariés.
- Et puis nous sommes nées quelques années après.
- Voilà.
- Mais vous devez être triste de ne pas avoir de fils.
- Bien sûr, mais en même temps, je vous aime, vous. Toi, ta mère, tes sœurs. Et puis, quand Mary se mariera avec Matthew, il sera mon beau-fils, celui que je n'ai pas eu.
- En effet.
Carson brisa cette douce ambiance en annonçant le repas, mais se rendit compte de son erreur de rentrer de manière inopinée.

- Le déjeuner est servi … Excusez-moi de vous déranger, je vous croyais seul.
- Ce n'est pas grave, vous arrivez à la fin.

Le Comte et sa fille se levèrent et allèrent dans la salle à manger où sa femme et ses deux autres filles les attendaient. Le repas débute dans une joyeuse, mais calme ambiance. Le Comte a pu un peu se changer les idées en parlant avec ses filles.

Les plats passent, les uns après les autres. Mme Patmore, bien que son repas soit simple vu que c'est celui de midi, s'améliore de jour en jour et Cora ne manque pas de le rappeler avec sa gentillesse maternelle.

- Carson, pourrez-vous dire à Mme Patmore que c'était très bon ?
- Oui, Milady.

En même temps, elle évite de trop crier sur la jeune Daisy en ce moment. Peut-être que quelque joie se cache en elle. De toute façon, personne ne va se plaindre que son repas est exquis.