Disclaimers : Shin Kidousenki Gundam Wing, personnages et produits dérivés appartiennent à Sunrise, Bandai, Sotsu Agency et aux parties associées.
Genre : UA, One-shot posté en 3 parties, romance, humour et pourtant sérieux. Yaoi.
Rating : T
C'est quoi ? C'est le kdo d'anniv de Luna que j'ai pu enfin finir (glory glory alléluia) !
Résumé : Votre copain est pénible mais vous restez avec. Il fait une connerie de plus et vous lui laissez une chance et ça saoule votre meilleur ami qui ne peut rien y faire.
Micis ! A toutes les personnes qui ont pensé à moi et qui ont mis un petit mot.
PS : je poste vraiment bcp en ce moment. Mais c'est ce que je fais quand je suis contrariée ou inspirée, j'écris, ça peut s'arrêter du jour au lendemain. Je suis contente en tous cas de pouvoir partager :p
Le numéro que vous avez demandé
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2ème Partie : Laisser faire le destin
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Réfectoire, 12h30
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- Les gens, faut reprendre des forces ! Et en plus c'est pas dégueu. Comment ça pour une fois ? Allez, allez !
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La mauvaise humeur de Duo était passée.
Il suffisait d'une chose pour en chasser une autre. Le plus petit du positif chasserait toujours le négatif avec lui.
Le plus petit des sms rendait les vilaines choses transparentes, pour « aller à l'essentiel ».
C'était une des choses qui le rendait à la fois si extraordinaire… et si banal.
Ça rendait Quatre malade. Mais c'était comme ça.
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Après leur conversation à sens unique, Duo était parti servir et Quatre avait tenté d'avancer sur un dossier, sans succès.
C'était difficile d'avancer quand votre client vous posait un lapin.
C'était loin d'être la première fois bien sûr, mais il n'arrivait pas à être blasé.
Quatre savait qu'il s'investissait trop, que ce n'était pas bon pour son ulcère.
Quatre savait tout ça mais il faisait comme Duo : chaque fois qu'une chose positive intervenait…
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Quatre n'arrivait pas à être blasé, c'est sûr. Mais il se détachait progressivement, il le sentait. Et il le vivait comme un échec. Il ne pouvait pas sauver tout le monde. Mais s'il commençait à se dire ça, il n'essaierait même plus parce que c'était « comme ça ». C'était « normal »
Déformation professionnelle. Déformation personnelle. Il avait besoin de vacances.
Il était venu manger au réfectoire et avait vu le sourire de Duo, le sourire jusqu'aux yeux.
… ce n'était pas aujourd'hui que son ami verrait la lumière.
Quatre apporta son plateau-repas vide au comptoir et regarda sa montre : 13h30.
Il devait retourner à son bureau, il avait rendez-vous dans une demi-heure, en espérant que le prochain ne se désisterait pas aussi. Visiblement c'était un jour sans.
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- Hey Quat'. T'auras un peu de temps pour moi dans l'après'm ou c'est blindé ?
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Un air de « sans rancune », « on est amis même si on n'est pas d'accord. »
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- C'est blindé jusqu'à 18h00. A moins que…
- Nan je vais pas pouvoir après, j'ai rendez-vous, hé.
- Oui.
- Cache ta joie ou je vais finir par croire que j'ai mes chances avec toi.
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Evidemment que non, sinon ce serait plus simple.
Quatre n'avait jamais voulu d'une chance avec Duo, même à l'époque où il en avait eu une, à son arrivée. Ce n'était pas maintenant que ça allait commencer, surtout qu'il avait été très mal remplacé. Duo lui fit un clin d'œil et Quatre se fendit d'un laconique.
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- Je cache ma joie.
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Quatre avait réussi à être drôle, à répondre d'un ton pince-sans-rire. Et visiblement ça avait marché, Duo riait de bon cœur. A moins que lui aussi ne manipule les faux-semblants.
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- Essaie de ne pas rentrer trop tard, hein, Quat' ?
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Un air de sans rancune. C'était doux et c'était amer, aussi.
Un air de silence.
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- C'est à toi qu'il faut le dire. C'est toi qui va au resto.
- Ouais. Mon resto préféré en plus.
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Les yeux de Duo pétillaient d'espérance.
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- …
- A demain, belle blonde !
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La belle blonde fit un petit signe de tête, répondant au signe de la main débordant d'enthousiasme.
Quatre traversait le réfectoire et tournait pour prendre le couloir le plus long du monde qui débouchait sur l'ascenseur de l'apocalypse – comprendre monte-charge vieux comme le monde et tout aussi dangereux - quand il percuta de plein fouet une épaule.
Une épaule en jeans, baskets et polo noir, fines lunettes rectangulaires sur le nez.
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- Putain…
- Putain à toi aussi. Comment vas-tu ?
- Comme un mec qui a la cloison nasale éclatée.
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Quatre se dégageait avec humeur quand il entendit.
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- Tu devrais te mêler de tes affaires, Winner. Ce n'est pas parce que tes intentions sont bonnes qu'elles sont comprises ou appréciées.
- Je t'ai demandé l'heure ? Parce que je ne vois pas de quoi tu parles, Barton.
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Piotr Owan Barton, trésorier. Le mur des lamentations (j'ai pas de budget, on pourrait pas… Non.)
« Piotr » pour sa mère.
« Owan » pour son père.
« Pétrole Han ou Pietro l'âne » pour les gosses en primaire, les petits rats.
« Trowa », quand il s'était fait enlever les dents de sagesse à la rentrée du collège, qu'on lui avait demandé de se présenter et qu'il avait du répondre avec ses joues de hamster un « incompréhensible – tro - wanne » aussi intelligible que le cri d'un big foot. Trowa avait été adopté depuis par les plus proches.
« Obi Wan » pour Duo.
« Barton » pour Quatre. Tout comme il était Qamar R. Winner pour lui, comme indiqué sur son CV. Le maître Collard du pauvre.
Trowa Barton serait toujours celui qui lui dirait « Les procédures c'est ce qui coûte le plus cher, je ne t'apprends rien. Le service juridique rentre dans ses frais avec les dommages et intérêts. On est un peu trop dans le rouge, choisis mieux tes affaires »
Ce n'était pas méchant, c'était de la lucidité.
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- Je parle du « cache ta joie » ou de ton avis sur le resto de réconciliation de ce soir.
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- J'allais me prendre un snack et j'ai entendu.
- Mêle-toi de ton cul, Barton.
- Comme toi, je suppose ?
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Barton était né en France de parents Ukrainiens et Irlandais, réfugiés politiques.
Il n'avait jamais mis les pieds dans l'un ou l'autre de ses pays d'origines, mais il leur faisait, paraît-il, un vibrant hommage physique avec sa chevelure auburn, ses yeux verts translucides, sa haute stature et sa musculature « typiques de chez lui».
Si typiques qu'en fait tout le monde pensait qu'il était Québécois.
Jusqu'à ce qu'il ouvre la bouche.
Duo disait que sa voix invitait au voyage : son français était parfait tout en conservant un accent aux vertus érotiques et apaisantes. Totalement atypique. Ni trop rond, ni trop sec. Sucré et traître comme le Baileys.
C'était Barton qui avait convaincu Wu Fei Chang, le président, de la nécessité d'une permanence juridique, même s'il ne s'était pas du tout attendu à ce qu'elle soit gérée de cette manière.
C'était Barton, quand il était là, qui arrondissait les angles avec Duo, quand Quatre s'enflammait à cause de Ben. L'ami parfait, l'ami qui comprenait. L'ami qui respectait. L'ami qu'en général on préférait.
Pour Quatre, c'était des amis comme Trowa qui ruinaient toute ses tentatives de mettre du plomb dans la tête de Duo.
Barton était l'un des rares à le faire ouvertement sortir de ses gonds.
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- Je devrais me taire ? Faire comme toi, peut-être ?
- Si lui dire les choses autrement pour qu'il les écoute au lieu de les zapper c'est faire comme moi alors oui.
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Ils avaient déjà eu cette discussion. L'exaspération se manifestait chez Trowa Barton par un clignement de l'œil et un renforcement de son accent.
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- Autrement ça marche pas et tu le sais. Ça rentre par une oreille et ça ressort. Il adorait quand je ne le bousculais pas.
- Tu le saoules à lui ravager la tête avec des conséquences qu'il ne voit même pas.
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Quatre renifla.
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- C'est mieux que je lui ravage la tête qu'il ne lui ravage la gueule. Maintenant si tu veux bien m'excuser, j'ai du travail.
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Quatre pensait la discussion terminée. Il contourna la colonne humaine et fit quelques pas décidés avant de se faire rattraper, quelques mètres plus loin.
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- Pourquoi es-tu si persuadé que ce sera l'escalade ? D'après ce que Duo dit ils en sont loin d'être là.
- La violence morale on l'identifie difficilement. Il dit ce qu'il veut, je sais ce que je vois.
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Quatre et Trowa marchaient à un rythme soutenu.
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- Tu vois trop et c'est le problème.
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Quatre s'arrêta brusquement et se tourna.
Son regard était tellement glacial que le trésorier en aurait presque regretté ses paroles.
Presque.
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- J'ai viré mon père de chez mes parents, Barton. Manu militari. J'y ai cassé une de mes dents, entre autres.
- Hein ?
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Trowa eut le mérite d'être surpris. Quatre et lui n'étaient pas vraiment amis, ils étaient juste tous les deux de très bons amis de Duo.
Aussi étrange que cela puisse paraître, même s'ils n'étaient pas vraiment proches, il connaissait beaucoup de choses de Qamar R. Winner. Des choses qui étaient sur son CV. Des choses dont il parlait quand avec Duo et lui ils allaient boire un verre « entre couilles »
Quatre Winner ne parlait presque jamais de sa famille; il y avait de la douceur quand il parlait de ses petits frères et sœurs, mais il ne parlait jamais, absolument jamais de ses parents.
C'était une première.
Quatre poursuivit, passant la pointe de sa langue sur sa canine gauche à la pointe cassée.
Ça lui conférait un sourire canaille, un petit côté mauvais garçon, voire sexe, il fallait le reconnaître.
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- Deux. Je l'ai foutu dehors parce que ma mère lui trouvait des excuses type « c'est la pression », « il a perdu son statut dans l'entreprise », « il a perdu le respect de ses collègues », « il a perdu la confiance de sa famille ».
- …
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Ceci expliquait cela… mais Trowa ne voyait objectivement pas le rapport avec Duo.
Les yeux de Quatre étaient froids mais sa voix était d'une neutralité effrayante.
Détachée.
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- « Il a perdu » « il a perdu »… jamais elle ne s'est dit qu'il avait surtout « perdu face au fisc à vouloir les prendre pour des cons », « perdu la face à avoir traîné la réputation de la famille et de ses partenaires financiers dans la boue ». « Perdu le droit d'être un père quand il n'avait été qu'un donneur de sperme ».
- …
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Réputation de la famille…
Quatre… Qamar était un Winner… un vrai.
Les coïncidences existaient, Winner n'étant pas un nom de famille rare en Angleterre et Quatre disait avoir des origines françaises, anglaises et kabyles.
Trowa ne s'était pas vraiment attendu à ce que Qamar, le type qui s'est gaufré plusieurs années de suite au permis, soit un des héritiers de la dynastie Winner, célèbres armateurs.
C'était tout simplement impensable qu'un membre de l'une des familles les plus riches du monde vienne s'enterrer dans une association humanitaire parisienne à travailler presque bénévolement.
S'il avait eu des envies de social il aurait pu être à la tête de sa propre fondation.
A moins qu'il n'ait été déshérité pour avoir mis son père à la porte ?
Quatre continua, impassible.
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- Par contre ma mère était championne du monde pour se sentir coupable de la déchéance paternelle, de ne « pas avoir été assez ». D'avoir été « trop ». Mais pas comme il faut. Jamais. Ça ne te rappelle rien ? Ca ne te rappelle pas les « j'aurais pas du » et les « c'est pas de sa faute » à répétition de Duo ?
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Ca n'avait objectivement qu'un vague rapport pour qui était trop impliqué. Quatre amalgamait depuis tout ce temps.
C'était délicat.
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- Ca peut y ressembler de loin mais je comprends que Duo ne fasse pas nécessairement le rapprochement. Sa vie ce n'est pas Dallas, sauf ton respect. C'est peut-être une mauvaise passe.
- Oui « comme d'habitude » ? Et ce n'est pas Dallas, ce n'est pas Dallas… Si t'as que ce genre de conneries à me sortir, abstiens-toi.
- Hey, tu me parles autrement.
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Quatre haussa un sourcil et détacha chaque mot froidement. Dangereusement. Doucement.
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- Hey, Trowa. Quand tu arrêteras de dire des conneries, j'arrêterais de dire que tu en dis. Pas avant. Ok ?
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Trowa venait de se faire appeler « Trowa » par l'avocat. Ce n'était jamais arrivé.
Trowa venait de se faire jeter en beauté.
Quatre était comme ça quand il défendait ses clients, ses amis.
Tout feu tout flamme.
Entier. Certains diraient trop. Lui s'assumait complètement.
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- Je ne suis pas ton ennemi, Quatre.
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A première fois, première fois et demie. C'était étrange.
Trowa et Quatre c'était bien trop familier pour des non-amis.
L'avocat poursuivit.
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- La thune ne te met à l'abri que du besoin. Pas du besoin d'aide. C'est la même pression, Barton, et Duo prend le même chemin que mes riches parents. Mon père ne mettait pas de roustes à ma mère au début, il hurlait, bousillait ce qu'il avait sous la main et la faisait, nous faisait nous sentir plus bas que terre. Ça ne te rappelle rien ?
- Winner… il n'a jamais levé la main sur lui.
- Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans les mots « au début » ?
- …
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Quatre parlait avec un détachement qui mettait mal à l'aise parce qu'il n'était pas feint.
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- Bref, ça a empiré. Quand j'ai été assez fort je l'ai foutu dehors. Et j'ai porté plainte. Ma mère m'en a voulu, m'en veut encore d'ailleurs parce que « ça entachait le nom des Winner ». Parce qu'elle « gérait » et que je ne « comprenais pas », que « j'en faisais trop ».
- …
- Mais les petits derniers aujourd'hui ne sont même pas ados. S'il avait à l'époque levé la main sur eux comme il l'avait fait avec nous, c'était moi qu'on aurait mis en taule et pas pour un minable détournement de fonds. Sans. Le. Moindre. Regret.
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Quatre revivait son passé quelque peu difficile, une mère dépressive et bourgeoise, élevée dans l'idée qu'il fallait vouer une dévotion totale à son mari.
Un père absent ou trop présent quand il cherchait à faire mal.
Quatre aurait pu être complètement détruit, effacé. Il avait puisé en son passé une détermination sans faille, un caractère en acier trempé. Un cœur doux mais une main de fer, confinant à l'intransigeance.
Il ne supportait pas la violence quelle que soit sa forme, surtout la violence morale que l'on avait beaucoup de mal à détecter, que d'après lui on passait son temps à justifier, raisonner, psychanalyser à outrance, raison pour laquelle il avait décidé d'être l'avocat de ceux qui n'avaient aucun recours.
D'être l'un des meilleurs et dans les cas qui le nécessitaient, être bénévole, pour aider le maximum. Et de devoir démasquer les menteurs aussi, prêts à tout pour ruiner la vie de leur conjoint. Ce n'était pas une sinécure.
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- Ton père est encore en prison ?
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Quatre haussa les épaules.
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- Il purge sa peine, c'est un prisonnier exemplaire. Il fait de la figuration chez son psy. Il fait semblant de se plier aux exigences du juge pour obtenir une réduction de peine – quand on gruge des boîtes on fait plus de prison que quand on est violent - et ne pas perdre le peu qu'il lui reste de son héritage.
- Désolé.
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Quatre balaya la compassion de la main.
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- Ne le sois pas. Les gens dans mon cas, soit ils sont psy pour essayer de comprendre, soit ils sont avocats pour apprendre à se défendre. Soit ils vont en taule. J'ai choisi.
- …
- Et puis je connais les règles du jeu, je n'ai aucune illusion. Mais je sais me servir du système et c'est ce qui compte. C'est de la mascarade, mais du moment que mes petits frères et ma mère s'en sortent, je veux bien me servir de la loi si parfois mal faite soit-elle. Et quand ça ne marchera plus, si nécessaire, je me servirais de mes poings.
- Est-ce que Duo le sait ?
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Trowa ne s'attendait pas à cette confession et pourtant quelque part ce n'était pas étonnant : il était plus facile de parler à quelqu'un que l'on connaissait vaguement sans la moindre attache, qu'à quelqu'un que l'on connaissait un peu trop.
Surtout que Quatre se fichait royalement de son opinion.
Quatre secoua la tête.
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- Non. Je lui dirais un jour à l'occasion. Quand il sera avec quelqu'un d'autre et qu'il ne se servira pas de mon passé pour me dire que j'amalgame. Déjà qu'il se sert de mon présent, de mon travail. Ce que tu t'apprêtes à faire, d'ailleurs.
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Il lui décocha un sourire canaille.
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- Je comprends mieux pourquoi tu insistes. Mais je reste persuadé que tu n'as pas la bonne méthode avec Duo. Et Ben n'est pas forcément comme ton père.
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Quatre éclata d'un rire cynique avant de reprendre sa marche, Trowa sur ses talons.
Encore quelques mètres et il arriverait enfin à cet ascenseur, que ce donneur de leçons le lâche un brin.
Quatre irait au septième, Trowa, au premier. Ils étaient au rez de chaussée.
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- Non, sans blagues, t'as trouvé ça tout seul ? Je suis pas au courant qu'il ne m'écoute pas et que je le gonfle, je suis blond jusqu'au bout.
- …
- Et je confonds tous les mecs minables avec mon père, évidemment, ils sont tous manipulateurs et certains ne sont pas malades ou en détresse. Tout se rapporte à l'écorché vif que je suis. Et tu voudrais que j'en parle à Duo ?
- …
- Et c'est quoi la bonne méthode, hein, Trowa ? Etre une oreille attentive qui écoutera les sempiternelles histoires en hochant la tête comme un labrador sur la plage arrière d'une caisse ?
- …
- Laisser faire ? Le laisser se rendre compte tout seul ? Et il se passe quoi quand il est trop tard, Trowa ? Il se passe quoi quand non pas les gens mais vos amis ne voient jamais ou ne veulent jamais voir leurs erreurs ? Dis-moi ce qu'il se passe toi qui sais tout ? Toi qui fais tout correctement ?
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Quatre l'avait appelé Trowa à plusieurs reprises.
Quatre ne criait jamais. Il haussait le ton, parlait avec conviction. Avec force.
Ses yeux étaient presque noirs. Barton était un des rares à le faire sortir de ses gonds.
Si l'accent de Trowa ressortait quand il était ému, l'accent kabyle de Quatre en faisant tout autant.
Ainsi, le Trowa à la française devenait « Torowa »
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- Tu te bases sur ce que tu as vécu et ce que tu perçois. Mais dans les faits tu as quoi à part la version subjective de Duo, maître ? A part tes impressions de visu ? A part une intime conviction ? A moins que tu n'aies eu accès à son casier judiciaire ?
- Hmph. Le casier judiciaire c'est un piège à cons et il y en a de très cons : seuls ceux qui se font prendre en ont un. Ça ne veut pas dire que ceux qui n'en ont pas soient clean.
- Tu as fouillé alors ?
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Quatre secoua la tête.
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- Je ne suis pas aussi intrusif qu'on le pense, sans compter qu'on n'y a pas accès comme ça, ce n'est pas Disneyland.
- Et parce que tu n'as pas suffisamment de preuves matérielles pour fouiller plus avant.
- Malheureusement.
- Laisser tes propres angoisses régir la vie de Duo ce n'est pas une solution.
- Je me passe de ta psychanalyse de merde, Docteur Barton. Je ne passerai pas à côté de Duo, par contre. Tu fais ce que tu veux. Je me démerde avec ma conscience.
- Tu veux dire quoi, là ? Que je n'ai pas la conscience tranquille ?
- J'en dis qu'on est libres de nos choix. Duo choisit ce type. Je choisis d'essayer de les faire rompre. Tu fais tes propres choix.
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Mais Trowa ne s'en laissa pas conter.
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- Il se peut quand même que tu te trompes. Il se peut aussi que ce soit l'homme de sa vie et qu'ils aient une mauvaise passe.
- …
- Encore.
- Tu penses ça, toi ? Sincèrement ?
- Non. Mais c'est possible, je ne suis pas devin.
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Quatre renifla.
s-
- Et moi je suis avocat. Je ramasse les miettes. J'essaie d'éviter que Duo ne se brise.
- Il a peut-être besoin de se planter pour repartir ?
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Mais se planter à quel point ? Ah, l'ascenseur, enfin. Trowa en avait la phobie, heureusement pour Quatre.
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- …
- Et puis… Duo est plus fort que tu ne le penses, Quatre.
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Il l'avait de nouveau appelé Quatre. Ça allait devenir une habitude.
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- Je le sais très bien. C'est quand on est fort qu'on fait n'importe quoi. Parce qu'on se croit infaillible.
- Tu es aussi borné que lui.
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Cette fois il en avait vraiment marre.
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- Oh, fous-moi la paix. Et pourquoi on se parle déjà ? Va te faire foutre.
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Ah. La conversation prenait un cours normal. Ils se disaient va te faire foutre au moins une fois dans la journée, quand ça concernait le travail.
Et le soir, quand ils se voyaient avec Duo.
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- Toi d'abord.
- Je ne t'ai rien demandé.
- Duo non plus.
- Ouais.
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Quatre allait prendre l'ascenseur quand il l'attrapa par le coude, le faisant faire volteface.
Il plongea son regard vert dans le sien avant de dire.
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- Au risque de me répéter, je ne suis pas ton ennemi, Quatre.
- Tu n'es pas mon ami non plus.
- On est tous les deux des amis de Duo.
- Viens en au fait. Toi et moi ne serons jamais d'accord et tu le sais.
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Trowa soupira.
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- Je ne dis pas que j'ai des solutions. Je dis qu'avec un peu de chance, tu as tort. Que les choses peuvent s'améliorer entre eux. Et qu'ils peuvent être heureux.
- Ben voyons…
- En tous cas je le lui souhaite puisque c'est ce qu'il veut.
- Ouais ben on veut pas toujours ce qui est mieux pour soi.
- C'est possible, tu n'es pas voyant.
- Toi non plus. C'est l'histoire sans fin.
- Mais si tu continues à pousser Duo j'ai bien peur qu'il choisisse. Et qu'il préfère perdre un ami qui lui veut du bien à un amant qui lui fait du bien.
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Un éclair de tristesse passa dans le regard bleu.
Mais la tristesse n'avait en aucun cas voilé la détermination.
Pire, elle l'avait renforcée.
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- Il pourra cesser de se considérer comme mon ami. Mais je serais toujours le sien. Et je pourrais me regarder en face sans diplomatie ni complaisance. Je ne suis pas parfait, juste cohérent.
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Quatre se dégagea au moment où les portes s'ouvrirent.
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- Quoi qu'il en soit c'est sa décision et tu ne pourras rien y changer. Peut-être qu'il lui faut un autre homme pour lui donner le coup de pouce nécessaire ? Que ce serait plus utile que ton bourrage de crâne ?
- Je déteste ce genre de solutions idiotes, ça fait sitcom. Ça fait pire que mieux. Ça fait j'ai besoin d'un mec pour m'en sortir et s'il se barre retour à la case départ.
- Ca ne vaudrait pas mieux que Ben ?
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Quatre soupira. Barton, ce champion de désamorçage de bombes.
Ils se prenaient très souvent la tête, mais le brun essayait toujours de faire en sorte d'arrondir les angles. Toujours.
C'était agaçant. Mignon. Mais agaçant.
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- On sait ce qu'on quitte, on ne sait pas ce qu'on trouve, Barton.
- C'est peut-être un risque à prendre…
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D'habitude Quatre préférait rester fâché mais pour une fois…
Pour une fois il allait déstabiliser le Barton, le sortir du train-train.
Le surprendre.
Il lui lança un regard en coin, un rictus sur les lèvres.
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- Pourquoi, tu te proposes ? T'es un type bien, tu sais ?
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Et c'était vrai, même s'ils ne s'appréciaient pas plus que ça, ils se respectaient.
Même s'il n'était pas d'accord avec sa façon de voir les choses, Trowa Barton n'était pas le « sinistre hypocrite » que Quatre voulait bien croire.
Tout comme Quatre Winner n'était pas le « preneur de chou obsessionnel » qu'il voulait bien faire croire.
C'était beaucoup plus subtil que ça.
Trowa répondit à son regard par un sourire en coin.
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- Pourquoi, t'as épluché mon casier ?
- Pourquoi, je devrais ?
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Trowa répondit en voyant Quatre entrer.
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- Ce serait un travail supplémentaire inutile : un sage m'a dit qu'un casier judiciaire n'apprenait rien.
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Quatre éclata de rire, surpris malgré lui.
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- Il est vraiment con ce sage. Mais tu ne m'as pas répondu : tu te proposes ?
- Qu'est-ce qui te fait dire que je suis un type bien ? Alors que nous ne serons jamais amis ?
- Tout ce que tu ne dis pas. Tout ce que les yeux de Duo disent. Alors ?
- Ca collerait pas.
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Trowa retint la porte. Quatre appuya sur le bouton et demanda.
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- Pourquoi ?
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Trowa lâcha la porte et alla jusqu'aux escaliers de service.
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- Je préfère les blonds.
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Quatre se retourna, les méninges s'activant à une vitesse folle, un sourire éclatant aux lèvres.
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- Ben est blond comme la bière !
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Trowa lui décocha un sourire ravageur.
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- J'en connais d'autres qui le sont.
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Et il prit les escaliers.
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L'ascenseur se referma sur un Quatre perplexe.
Chez Duo, même jour, 19h00
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Duo était passé chez lui se changer.
Après une bonne douche et un fond d'échantillon d'Eau Sauvage, il avait enfilé des Weston noires et un pantalon de toile blanc, avec la belle chemise rouge que Ben lui avait offerte, ouverte sur deux boutons.
Il avait discipliné sa longue touffe en queue de cheval, comme il aimait le voir.
Avant de partir il avait caressé du bout des doigts le cadre d'une photo d'eux deux, côte à côte, un sourire gourmand, des cheveux plus courts et un t-shirt blanc pour lui, un sourire crispé, des cheveux dans tous les sens et une chemise blanche pour l'autre.
Le cadre argenté avec pris la poussière.
Il n'eut pas le temps de le nettoyer : il allait se mettre en retard.
A A table, 19h45
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Duo avait pris beaucoup d'avance, mais tant pis. Pour rien au monde il ne louperait un rendez-vous avec son destin.
Il était attablé depuis une quinzaine de minutes quand une personne l'interpella.
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- Bonjour.
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Duo leva les yeux de la carte des menus et sourit poliment.
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- Bonjour. Je peux vous aider ?
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Le jeune homme en costume et chemise déboutonnée au col et mocassins noirs plissa ses yeux légèrement bridés au bleu pour le moins inattendu si ce n'étaient pas des lentilles, avant de répondre.
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- Oui. J'ai rendez-vous. A cette table.
- Ah ? Moi aussi. A quelle heure ?
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L'homme le regardait comme s'il avait fait une tentative de drague minable, à cause du « moi aussi ».
Sauf que Duo ne cherchait pas à le draguer : il avait rendez-vous, lui.
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- Dans dix minutes.
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Duo fronça les sourcils.
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- Euh… vous devez faire erreur. J'attends moi-même quelqu'un ici qui devrait arriver dans une dizaine de minutes.
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Le nouvel arrivant avait l'air franchement sceptique.
Mais Duo n'avait pas l'air du tout de lui faire du gringue. Il avait plutôt l'air ennuyé par sa présence.
Encore un imbécile qui avait mal compris un lieu de rencontre.
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- Vous êtes sûr que c'est la bonne table ?
- Oui. Notre table habituelle.
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Duo avait l'air si sûr de lui.
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- C'est peut-être pas le bon restaurant ?
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Duo montra pour la première fois des signes d'exaspération. Une journée qui commençait mal et une soirée qui commençait bien.
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- Vous avez loupé le mot « habituelle » ?
- On peut avoir plusieurs tables habituelles ; je sais que j'ai une table habituelle par restaurant. Ce n'est peut-être pas celui-ci ?
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L'inconnu n'avait pas tort mais en l'occurrence là il n'avait pas raison.
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- C'est bien ce restaurant, comme il m'a été précisé. C'est bien cette table, la deuxième en partant de l'entrée. Près de la vitre. Notre préférée. C'est peut-être vous qui faites erreur.
- C'est moi qui ai envoyé le sms. Je sais encore où je vais.
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Si c'était lui qui avait envoyé le sms…
Duo aurait bien laissé sa place mais le restaurant était bondé, il ne pouvait rien faire pour ce pauvre bougre.
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- Ecoutez… manifestement votre rendez-vous n'est pas là et…
- Le vôtre non plus, que je sache.
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Il ne manquait pas d'aplomb et avait parfaitement compris la manœuvre du « vu qu'on sera deux d'ici peu et que tu es tout seul tu es bon pour aller manger ailleurs »
Que faisait Ben ?
Duo répondit.
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- Il ne devrait plus tarder. D'ailleurs je vais l'appeler.
- Je vais l'appeler aussi.
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A celui qui ferait venir son rendez-vous le premier.
Duo commençait à taper le numéro quand son téléphone se mit à sonner…
Il reconnut les quatre derniers chiffres et sourit, triomphant et en même temps désolé, ce n'était jamais drôle ce genre de situation, une table pour quatre.
Mais qui n'était que pour deux.
Bour Ben et lui.
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- Ah, c'est lui.
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Ben décrocha.
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- Allo ? Je t'attends bébé, t'es où ?
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Duo entendit d'abord un bruit qui ressemblait beaucoup à un restaurant.
Il fronça les sourcils.
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- Ben ? T'es où, bordel.
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Duo sourit, soulagé, il reconnaissait les bruits du restaurant dans lequel il se trouvait.
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- Ah, t'es arrivé ! Allo ?
- Non.
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Duo se figea. Il avait entendu le « non » en double.
En live et en différé.
Dans le combiné et…
Tout droit de la bouche de son vis-à-vis qu'il regarda vraiment pour la première fois depuis l'échange.
Il avait l'air interloqué et ne cessait à présent plus de regarder son portable, regarder Duo qui écarquillait les yeux.
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- Quoi ? Mais ? Ben ?
- Heero.
- Hein ?
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Le dit « Heero » raccrocha le téléphone, laissant Duo avec une sueur froide.
Et un bip bip bip.
Il secoua la tête.
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- Putain c'est quoi ce bordel ? Vous avez volé le portable de Ben ? Ou sa carte sim ?
- N'importe quoi.
- Me prenez pas pour un con ! Vous justifiez ça comment, vous ?
- Vous avez volé le portable de mon amie.
-
Duo se leva en un raclement de siège violent, se trouvant presque nez à nez avec l'homme au costume, un peu plus grand que lui.
-
- Vous l'avez dit vous-même : c'est vous qui avez envoyé le message !
- Et vous m'avez répondu « à ce soir, bébé ». J'aurais dû voir qu'il y avait un problème. Elle m'aurait appelée « chéri »
- Il ne m'aurait pas appelé « Trésor »…
-
Duo aurait tellement voulu s'accrocher au vol de portable pour palier à sa déception, pour justifier que Ben ne soit pas là pour essayer de recoller les morceaux…
Mais il fallait admettre une chose : un voleur serait déjà parti.
La fatigue de Duo, momentanément oubliée, revint en force et il sentit ses yeux le picoter un peu. Il ferma les paupières et se massa la tempe gauche de la main qui ne tenait pas le portable.
Il rouvrit les yeux et observa le numéro de téléphone qui s'affichait, au lieu du prénom.
Il se rappela de l'explication donnée par Quatre : le même numéro noté deux fois entré sous deux contacts différents. Ben 1, Ben 2. Le téléphone ne sachant pas à quel contact attribuer le numéro, il se contentera d'afficher le mobile à défaut du prénom.
Les chiffres se ressemblaient tellement qu'à aucun moment il n'avait pensé à un faux numéro et c'était bien un faux numéro.
En même temps, il avait eu tellement envie que Ben…
Et il ne servait à rien d'essayer de le contacter pour le faire venir : Duo avait perdu l'envie. Il secoua la tête et rangea son téléphone dans sa poche, regarda son vis-à-vis…
Avant de se laisser rattraper par l'absurdité de la situation et éclater de rire de concert.
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- Oh putain. Y a qu'à moi que ce genre de conneries peut arriver !
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Tzusuku !
Voilà la seconde partie
J'espère que ça vous aura plu – surtout à toi ma Lunanamoi ! Gros bisous !
Dernière partie : le diner de réconciliation et...
Je ne sais pas quand je vais le poster celui-là, je vais avoir un emploi du temps musclé (oui encore plus que d'hab :p)
A pluch' tout le monde !
Mithy ¤ et hop ¤
