Cette Septième Année avait été la pire de toute. Et elle s'achevait de la pire des manières.

L'été était passé plus ou moins sans danger : l'Auberge « Le Sombral et la Licorne » avait tenu ses promesses. Encelade s'était assuré que sa cliente ait suffisamment d'or pour payer les deux mois de loyer avant de l'installer dans une chambre plutôt confortable et spacieuse, avec salle de bain privée. Tout l'établissement était soumis à toute une batterie de sorts, de pentacles et de runes gravées qui permettaient non seulement d'assurer la sécurité et l'intimité des clients mais également d'étendre la superficie du bâtiment à l'envie. Besoin d'une salle de bain ? D'une nouvelle chambre ? Une porte était créée dans le couloir principal de l'étage et une nouvelle pièce créée magiquement apparaissait. La débauche d'énergie et de Magie nécessaire pour maintenir tous ces charmes et sortilèges était impressionnante. Heureusement, Encelade n'était pas le seul à tenir l'auberge et il pouvait donc puiser dans les énergies Magiques de ses employés pour rendre tout ce miracle possible.

Lavande avait passé un séjour plutôt sympathique compte tenu de sa situation. Bien sûr, elle restait constamment vigilante lorsqu'elle quittait sa chambre. Elle ne se rendait jamais dans la Salle à Manger de la partie Taverne sans s'envelopper dans une cape sobre et un capuchon prudemment abaissé sur son visage. Voir sans être vue. La plupart des autres clients agissaient de même. Sauf pour les habitués, complètement confiants quant aux règles imposées par Encelade dans son établissement. Ceux-là évoluaient à visage découvert et en toute sérénité. Et effectivement, si un client faisait mine de s'en prendre à un autre, quelque soit la raison (une mauvaise main au Poker-Sorcier ou des tensions politiques), Encelade et ses employés renvoyaient -sans caution- le fauteur de troubles et protégeaient sa cible.

Lavande avait d'ailleurs été troublée par une scène dont elle avait été témoin... Draco Malefoy était apparu un jour dans la Salle de la Taverne et avait demandé une chambre à l'aubergiste. Si au début Lavande avait tout d'abord été perplexe quand à l'apparition du petit bourge dans cette auberge, elle avait été complètement perdue lorsque Lucius Malefoy lui-même était apparu et avait fait un esclandre pour forcer son fils à rentrer avec lui, dans leur manoir. Le personnel de l'établissement était rapidement intervenu et Lavande avait été proprement ravie de voir le grand Lucius Malefoy être jeté à la rue sans ménagement... Ses cheveux ternis par les mois passés à Azkaban et le visage ravagé par l'alcool, le fameux ancien Conseiller auprès du Ministre, Administrateur de l'École de Poudlard et autres... faisait peine à voir. Pas que cela la dérange plus que ça, Lavande avait pleinement profité du spectacle, sagement installée à une table à l'écart de la scène...

Draco était resté trois jours. Il repartit seulement lorsque ce fut sa mère qui vint le voir. Lavande les avait vu s'isoler dans un salon privé. Une demi-heure plus tard, les Malefoy retournaient chez eux...

Elle n'avait pu recueillir aucune information sur son camarade de Serpentard. Seule sa discrétion lui avait permis de savoir que Narcissa avait fait le déplacement jusqu'au Sombral et la Licorne et que Draco l'avait suivi lorsqu'elle était repartie... Malgré sa curiosité, elle s'était interdite tout enquête plus approfondie. Elle ne voulait pas prendre le risque d'enfreindre les règles de l'établissement et de se retrouver jetée à la rue comme Malefoy Senior l'avait été.

Le deuxième mois d'été avait été plus terrifiant. Avec la chute du Ministère et les nouveaux décrets et nouvelles lois, Lavande avait été horrifiée et avait craint que l'équilibre et le statu quo qui régnait chez Encelade ne se retrouvent perturbés et que l'établissement ne tombe entre les mains des Mangemorts.

Le patron de l'auberge était venu la rassurer un soir, après qu'elle ait passé la semaine complète enfermée à double tour dans sa chambre, ne laissant entrer que Encelade et l'Elfe de Maison lorsqu'ils lui apportaient ses repas. Il lui avait assuré que compte tenu du fait qu'il avait été le seul à ne faire aucune discrimination sur les Mangemorts avant la chute du Ministère, ces derniers n'étaient que très peu enclins à saccager son établissement ou à vouloir le faire tomber sous leur loi. Ils auraient pu tenter l'aventure, mais alors Encelade aurait pris ses cliques et ses claques et aurait fermé son refuge pour le rouvrir ailleurs... En France par exemple. La totalité de ses employés l'auraient suivi sans se poser de questions. L'auberge n'aurait plus été qu'un vilain entrepôt vide. Et les Mangemorts n'auraient plus eu d'endroit où se réfugier sans avoir à subir les pressions de leurs collègues ou des autres Sorciers. Car bien souvent, ils venaient dans la Taverne d'Encelade pour ne plus avoir à rendre de comptes aux autres Mangemorts lorsque les tensions se faisaient trop fortes. Tout le monde avait besoin de ce refuge et personne n'avait intérêt à en contrarier le patron.

À compter de ce jour, Lavande osa de nouveau se rendre dans la Salle, toujours sous sa cape.

Elle avait reçu un hibou de ses parents, lui signifiant qu'ils s'inquiétaient pour elle mais qu'ils comprenaient sa démarche. Ils lui en avaient renvoyé un après qu'elle leur ait répondu. Soulagés, ils avaient finalement quitté le Vieux Monde pour se mettre à l'abri chez l'Oncle Seth, tout en souhaitant toute la chance et le courage possible à leur petite fille...

Lavande savait que ses parents avaient une vision d'elle tout aussi erronée que ses camarades à Poudlard. Ils la voyaient uniquement comme une jeune fille bien élevée et romanesque et en dépit de leurs dires, ils ne la voyaient absolument pas comme une jeune femme prête à affronter le danger de la guerre et à défendre ses idéaux.

Bien sûr qu'elle était effrayée de vivre en temps de guerre, terrifiée à l'idée de se retrouver dans le collimateur des Mangemorts et tout et tout... Mais ce monde qui courait à sa perte était tout ce qu'elle avait et elle ne pouvait pas envisager de l'abandonner à son triste sort. Elle avait des projets d'avenir et n'envisageait pas un seul moment de les concrétiser ailleurs que dans son pays, sur son territoire, à proximité de ses amis... Sa vie était en Angleterre et s'il fallait se battre pour y vivre, elle signait direct !

Elle s'effrayait elle même, avec ce genre de discours. Malgré tout, son éducation et son caractère frivole lui criait de fuir au loin. À moins que ce ne soit son bon sens... Mais elle était déterminée.

Elle avait été l'une des premières à se faire recenser au Ministère afin d'être enregistrée comme Sorcière de Sang Pur, toujours en étude et donc tenue de se rendre impérativement à la gare King's Cross le 1er Septembre pour terminer son cursus scolaire (devenu obligatoire pour tous les enfants Pur du Royaume-Uni). Elle était fière et soulagée de l'avoir fait. Si l'éducation était rendue obligatoire pour tout Sorcier ayant ses onze ans révolus jusqu'à l'obtention des ASPICs, alors tout un tas de petits Première Année allaient débarquer dans une école qui, Lavande le sentait, se retrouverait totalement sous le joug du Tyran. Et le petit cœur romantique et maternel de Lavande lui dictait de se rendre elle aussi à l'école pour pouvoir encadrer et protéger ces gamins qui allaient débarquer en plein régime de terreur...

Granger ne serait de toute façon plus là pour les materner. Étant Née-Moldue, elle était devenue hors la loi et serait peut-être même abattue à vue si jamais elle pointait son nez à Poudlard cette année. La parfaite Préfète ne serait plus là pour prendre sous son aile protectrice les petits nouveaux tout terrifiés. Hors de question d'abandonner ces pauvres bichons !

Lavande s'était donc rendue à Poudlard et y avait retrouvé quelques uns de ses amis. Mais la plupart des élèves avaient malheureusement fui ou n'étaient plus autorisés dans la Communauté Sorcière du pays et n'avaient ainsi pu venir. Deux Mangemorts avaient été nommés Professeur et -confusion et horreur- Severus Snape, le meurtrier du précédent Directeur, avait été nommé à la Direction de l'école...

L'année avait été catastrophique. Lavande ne comptait plus les crises de nerfs qu'elle avait dû calmer auprès des plus jeunes. Elle ne comptait plus les retenues (comprendre séances de torture) qu'elle avait écopé avec ses amis pour avoir refusé d'user du Doloris sur les plus jeunes pendant les cours d'Art de la Magie Noire... Elle ne comptait plus le nombre de potions et onguents qu'elle avait dû préparer dans le plus grand secret pour soigner ses camarades. Bien sûr, comme prévu, l'AD avait été de nouveau mise sur pied, sous l'égide de Neville, Ginny et Luna. Ces trois là avaient formé un nouveau Trio décisionnel. Ils s'harmonisaient plutôt bien et ça avait été un soulagement de suivre leur "commandement".

La Salle Va-et-Vient était devenue la plaque tournante de leur groupe de résistance, Neville ayant une maîtrise parfaite de son fonctionnement. Il arrivait à faire des merveilles avec elle. Lavande s'était permise de lui glisser quelques conseils, lui décrivant le fonctionnement de l'Auberge de Encelade avec les nouvelles portes et les pièces spacieuses sur lesquelles elles s'ouvraient. Ainsi, lorsqu'il fallu quitter les dortoirs pour se réfugier en lieu sûr après que les Carrow aient décidé de renvoyer (ou autre, au choix) certains d'entre eux, des commodités et des salles de dortoirs plus intimes avaient été créées par la Salle, sous les directives de leur nouveau leader.

Lavande avait été heureuse et soulagée que d'autres qu'elle se soient fait régularisés par le nouveau Ministère et soient venu mettre en place une micro-résistance dans l'école. Certes, elle était déterminée. Mais de là à prendre des décisions pour les autres et les diriger... Heureusement pour elle que le nouveau Trio existait. Elle n'avait tout de même pas assez d'assurance et de confiance en elle pour faire ce que eux faisaient. Les guider tous et prendre des décisions pour toute leur micro-communauté.

Elle était bien plus douée pour l'observation...

Et elle avait observé.

Draco Malefoy, pourtant lui-même protégé par son statut de Mangemort (ce n'était plus un secret pour personne), faisait preuve d'une retenue incompréhensible. Pas un mot au dessus de l'autre, pas de provocation, pas de persécution... Pourtant certains de ses autres camarades de Serpentard s'en donnaient à cœur joie ! Non, lui faisait profil bas. Et lorsqu'il croisait les membres de la Résistance en flagrant délit de sabotage ou autre, il baissait les yeux et passait prudemment et discrètement son chemin. Peu de membres de l'AD se rendaient compte de son attitude, même de sa présence...

Ginny s'était montrée particulièrement virulente lorsque Lavande avait rapporté ses observations au Trio.

D'ailleurs les deux filles avaient beaucoup de difficultés à cohabiter et à interagir ensemble. Si le Trio forçait l'admiration de Lavande, dans le cadre purement individuel, Ginny lui ressortait par les yeux. Certes, elle était pleine de détermination et de volonté lorsqu'il s'agissait de mettre l'ordre établi par Snape sens dessus dessous. Mais parfois, son attitude exaspérait, voire faisait enrager Lavande. Elle prenait parfois des initiatives non réfléchies qui étaient bien souvent lourdes de conséquences pour le reste de leur petite communauté. Comme la fois où elle avait réussi à convaincre Neville et Luna d'aller forcer le bureau du Directeur pour y subtiliser l'épée de Gryffondor. Le fait qu'ils aient réussi à pénétrer dans le bureau tenait du miracle si l'on prenait en compte le caractère particulièrement paranoïaque et méfiant de Snape. Qu'ils aient tenté (vainement, est-il nécessaire de le préciser) de voler un objet dans le but, apparemment, de le faire parvenir à Harry, était pure folie et imbécillité. Personne ne savait où "l'Élu" se trouvait, il était en cavale quelque part dans le pays. La Résistance n'avait absolument aucun moyen d'entrer en communication avec lui, alors lui faire parvenir une épée ?!

Ce qui mettait Lavande en colère, c'était que bien que le Trio n'ai écopé que d'une simple balade en Forêt Interdite avec ce grand gamin de Hagrid, les punitions que les autres subissaient depuis cet incident pour d'autres méfaits mineurs avaient été encore plus disproportionnels et cruels qu'auparavant.

Ginny s'en fichait. Mais Lavande avait dû redoubler d'imagination et de créativité pour ses potions et onguents pour pouvoir réparer des fractures chaque fois plus vicieuses les unes que les autres, pour stopper des hémorragies de plus en plus incontrôlables ou pour atténuer autant que possible les effets secondaires des Doloris. Sans compter que ce n'était pas cette fichue rouquine qui prenait le temps de consoler les victimes les plus jeunes, ni qui prenait la peine de discuter gentiment avec eux pour tenter de résorber les prémices de troubles psychiques... La tyrannie des Carrow et la peur ambiante avait provoqué le développent de troubles du comportement parmi les plus jeunes et les plus vulnérables... Certains même, parmi les plus petits, souillaient quotidiennement leurs lits, n'ayant plus aucune prise sur le contrôle de leurs corps durant leur sommeil...

Mais Ginny s'en fichait complètement. Elle était même brusque, presque violente avec les plus affectés. La seule chose qui comptait à ses yeux, s'était harceler les Mangemorts présents dans l'école et d'une manière générale tous les Serpentards... Pour elle il fallait absolument multiplier les exactions et les sabotages contre les "ennemis" quel qu'en soit le prix. Et Lavande la haïssait pour ça.

Quelque part, elle avait l'impression que la rousse cherchait à se venger du fait que Harry n'avait pas voulu qu'elle l'accompagne pour sa "mission" (personne ne savait ce qu'était cette mission mais tout le monde savait qu'il en avait une à accomplir) en provoquant elle-même des situations risquées et lourdes de conséquences pour se prouver, peut-être, qu'elle était digne de se trouver aux côtés du Trio d'origine.

Tout le monde savait que Harry avait rompu avec Ginny pour qu'elle ne soit pas une cible encore plus privilégiée pour les Mangemorts. Qu'elle soit la sœur de son meilleur ami suffisait déjà bien à la mettre en danger. La jeune fille était devenue furieuse car en dehors du Trio, personne n'avait le moindre indice sur cette fameuse mission ce qui voulait dire que personne ne pouvait les aider et surtout, que Harry avait catégoriquement refusé que Ginny soit mise dans la confidence et l'accompagne dans son périple.

Oui, Lavande avait l'amère intuition que Ginny se vengeait en provoquant le plus de dégâts possible dans l'école, sans aucun remord ni aucune considération pour les dommages collatéraux...

Et que dire de Snape qui envoyait le Trio en retenu avec Hagrid... Lavande trouvait ça louche.

Pour un Directeur tyrannique et sadique (ils avaient eu le temps de se rendre compte de ce trait de caractère chez Snape après toutes ces années passées à tenter de mijoter des potions sous son "enseignement" dans les cachots...), on pouvait faire mieux comme opération punitive après avoir forcé l'accès à son bureau... Peut-être Lavande s'imaginait-elle des choses, peut-être gardait-elle un fond de respect pour son ancien professeur (bon sang, c'était grâce à ce qu'elle avait appris auprès de lui qu'elle était capable de fournir des potions de bonne qualité aux réfugiés de la Salle sur Demande!) et que cela la faisait douter sur les véritables motivations de Snape...

Bien sûr, cette fois encore, quand elle avait osé émettre une micro-hypothèse en ce sens, Ginny lui était tombée dessus à bras raccourcis et elle avait été raillée pendant toute une semaine... Les répliques sarcastiques et moqueuses avait fini par tourner court. Ils avaient tous autre chose à penser et à faire que d'écouter ses théories fumeuses...

Puis Luna avait été enlevée après les vacances de Noël. Puis Ginny n'était pas rentrée après les vacances de Pâques.

Puis Mai était arrivé.

Alors, le Trio d'origine débarqua à Poudlard par le biais du passage secret menant chez le vieil Abelforth.

Et la bataille finale débuta.

Le bruit, le chaos, les cris, les explosions, les rais de lumières, les pleurs, les murs qui s'effondraient, le sang, les rires narquois et sinistres des Mangemorts, les hurlements désespérés...

Lavande ne conservait de cette soirée que des souvenirs flous et désordonnés. Elle était incapable de remettre un sens chronologique sur les flashs de souvenirs qui lui revenaient. À un moment, elle aidait Colin à sauver une gamine (qu'est-ce qu'elle foutait là ? Les plus jeunes étaient sensé être évacués!) aux prises avec une énorme Acromantula qui tentait de lui arracher la tête. Et puis il y avait ce moment où elle avait vu tout un pan de mur s'écrouler sur un groupe de Résistants... Elle ne parvenait plus à ce souvenir s'ils avaient pu esquiver les pierres et s'en sortir... Aussi elle se souvenait d'avoir aidé avec Parvatie le Professeur Trelawney qui jetait par dessus la rambarde d'un palier sa précieuse collection de boules de cristal. La pauvre femme avait perdu toute dignité et toute prestance au long de cette terrible année... Lavande savait qu'elle buvait. Bref.

Le pire, le seul souvenir bien net qui lui restait était l'un des seuls important. Car il changerait à tout jamais sa vie.

Elle se rappelait qu'elle essayait d'aider Magdaleen, une Serpentard avec laquelle, miraculeusement, elle s'était liée d'amitié durant cette année d'obscurité. Les jambes de la jeune femme étaient prises sous un énorme bloc de pierre qui s'était détaché du château. Lavande avait profité de l'accalmie apparente du couloir où elles se trouvaient pour lancer sortilèges et charmes afin de soulever millimètres par millimètres la pierre qui broyait les jambes de son amie.

Et à l'instant où elle put enfin dégager la Serpentard, elle avait senti un poids monstrueusement lourd s'abattre avec violence sur son dos. Le souffle coupé, elle s'était effondrée la tête la première avant d'être retournée comme une crêpe par une main griffue qui lui entailla la chair de son bras gauche. La brûlure qu'elle ressenti lorsque les ongles tranchants s'enfoncaient très loin sous sa peau lui avait semblé insoutenable et elle avait plaint d'autant plus sa camarade qui, elle le savait, en endurait bien plus avec ses jambes brisées.

Mais cette réflexion eut à peine le temps de se formuler correctement dans son esprit. Tandis qu'une odeur immonde de sang, de sueur, de crasse et de pourriture assaillait ses narines, des dents anormalement aiguisées et tranchantes perçaient sa peau au flan droit et son monde bascula dans la douleur et la terreur... Les sons de la bataille qui continuait au loin étaient comme assourdis, étouffés, alors qu'un hurlement perçant lui déchirait les tympans. Elle ne se rendit compte qu'il s'agissait de son propre hurlement que bien après que cette bouche vorace et cruelle fut écartée d'elle. Dans son univers remplis de piques, de brûlures, de chairs déchirées et de sang s'écoulant à flot, elle cru reconnaître une nanoseconde le visage de Hermione Granger qui passait à tout allure devant elle avant qu'elle ne soit happée de nouveau par les sensations douloureuses de son corps.

Elle ne reprit connaissance que bien plus tard.

La bataille était finie. Le corps de Voldemort gisait dans la Grande Salle. Harry était en vie. La guerre avait été gagnée. Les quelques Mangemorts survivants mis hors d'état de nuire.

Magdaleen était auprès d'elle, des bandages enserrant ses jambes depuis les orteils jusqu'à ses hanches. Elle passait gentiment un linge humide sur le visage de Lavande en évitant comme elle pouvait son regard. Les larmes étaient accrochées à ses cils. Et Lavande eut peur.

Étrangement, la peur n'avait pas eu vraiment de place durant cette dernière bataille. Trop de choses à faire, dans l'urgence. Et puis son esprit s'était tellement déconnecté... Prise entre l'action et l'apathie de son cerveau, elle n'avait pas eu de temps vraiment pour paniquer et avoir peur. Elle s'était contentée d'avoir mal, de continuer malgré la douleur, puis d'avoir de nouveau mal, de persévérer malgré tout et ainsi de suite. Jusqu'à l'arrivée de cette mâchoire qui s'était refermée sur son corps...

Finalement, Magdaleen lui apprit ce qui s'était passé.

Fenrir Greyback, Loups-Garou sadique et prolifique, l'avait mordue à pleine dents. La lune n'était pas pleine ce soir-là, mais le venin du Loup s'était malgré tout déversé dans son organisme... Impossible de prédire s'il était suffisamment concentré en Magie à ce moment là pour la transformer totalement en Lycanthrope ou non. Le seul précédent véritablement connu et recensé, était William Weasley, le frère aîné de Ron. Et il n'avait subi aucune transformation.

La guerre était finie. Et le venin d'un Lycan courrait dans ses veines.

Non, elle n'avait ressenti aucune peur tout au long de la bataille, tout ce temps où sa survie ne dépendait que du hasard et de la chance...

Complètement déphasée, Lavande se rendit plus tard dans la Grande Salle. Magdaleen n'avait pas pu la suivre à cause de ses propres blessures. Mais Parvatie était venue la retrouver et s'était agitée tout autour d'elle en pépiant comme jamais en l'encourageant à se rendre au repas.

Tout le monde était là -et Voldemort était mort -et la guerre était finie -et un nouveau Ministre de la Magie avait été désigné en intérim en attendant les nouvelles élections -et les Elfes de Maison avait eu le temps de déjà préparer un repas pour tout le monde -et Harry avait survécu et avait défait Voldemort avec un simple Expeliarmus (un Expeliarmus, par Merlin ! Il était vraiment trop fort!) -et au final s'était bien lui l'Élu -et en plus il avait fait tout un discours avant de battre Voldemort -et apparemment, Snape était bel et bien un espion au service de Dumbledore -et la mort de ce dernier avait été complètement planifié par les deux protagonistes -et c'était bête parce que maintenant Snape était mort (attendez, quoi ?! Il était mort ?! Non!) -et Harry avait fait une sorte d'éloge funèbre en son nom avant de lancer son Expeliarmus -et...

Lavande laissa son amie lui refaire toute la bataille en commentaire sans se soucier de l'interrompre. Elle était fatiguée, en état de choc, bouleversée et traumatisée à l'idée de devenir une Lycanthrope... Alors le seul élément qui l'intéressait vraiment dans ce que Parvatie pouvait avoir à dire c'était que la guerre était finie et que la Résistance en était sortie vainqueur. Elle pouvait cependant sentir dans le ton frisant l'hystérie de son amie que cette dernière n'était pas simplement et bêtement euphorique à l'idée que tout soit fini, qu'ils avaient gagné.

Rien n'était fini. Une salle, un peu plus loin, regorgeait de corps sans vies. Et les visages qu'elles croisaient partout portaient tous les stigmates du traumatisme et de l'échec. Non. Ils n'avaient pas gagné. Pas vraiment...