Bonjour ! Voici le second chapitre ! J'espère que vous l'apprécierez autant que le premier. Il fait parti de ma participation au challenge Ultimate AU du FCHP ( lien dans mon profil)

Bonne lecture et merci milles fois pour votre attention et vos messages d'encouragements


Pansy Parkinson dépasse toutes les bornes. Sciemment.

Et rien que pour ça, il se dit qu'il doit régler ça une bonne fois pour toute. Lui, avant qu'elle ne le fasse.

Si l'été qui vient de passer a appris à Harry une chose, c'est que cette guerre n'attend pas : elle prend, elle prend, elle prend.

Il déglutit. Il n'a même pas à se montrer violent, à l'intimider. Il a juste à la faire parler.

C'est l'idée qu'il a en tête alors qu'il interrompt Ron en plein milieu d'une phrase enflammé sur la catastrophe que représente Rogue au poste de professeur de Défense Contre les Forces du Mal.

— Je dois y aller.

Ils le regardent comme s'il était devenu fou, avec son nez tout juste réparé et ses cheveux emmêlés.

Il regarde du coin de l'œil Pansy qui rit en s'accrochant à Malefoy comme s'il s'agissait d'un radeau.

Il est peut-être devenu fou, après tout. Hermione lui prend la main comme si elle était la plus raisonnable d'eux trois, ce qu'elle est en général, mais pas ce soir.

— Ne vas pas chercher les ennuis auprès de Malfoy, Harry.

— Ne t'inquiètes pas, ce n'est pas ce que j'ai prévu.

Il se dégage tandis que les premiers élèves commencent à remonter vers leurs dortoirs. Harry repère Pansy au milieu d'un océan de cravates vertes. Elle avance d'un déhanché souple comme si elle défilait, comme si elle savait qu'il la regarde.

Il soupire, agacé : bien sûr qu'elle sait qu'il la regarde. Il s'attend presque à ce qu'elle se retourne et lui adresse son plus beau sourire.

Elle ralentit, un instant. Les premières années se pressent en masse dans les escaliers. Même de loin, il voit une lumière s'allumer alors qu'elle les regarde par-dessus sa manucure, sans qu'il ne sache réellement si c'était avec mépris ou avec une tendre pitié.

Il accélère le pas et travers tant bien que mal entre la foule pour parvenir jusqu'à elle. Elle n'est pas seule : Greengrass, la plus âgée, lui tient compagnie.

Il n'a pas le temps de faire dans la discrétion, il l'attrape par le coude et l'entraine vers un endroit où il y a moins de circulation. Suffisamment pour que Greengrass ait la folle idée de penser qu'elle s'est perdue dans la foule mais assez peu pour qu'il puisse la regarder dans les yeux quand elle avoue tout.

— Eh bien Potter, on ne peut plus se passer de moi à ce que je vois ?

Comment il sait qu'il rougit furieusement ? Elle éclate de rire et il voit la rangée de ses dents blanches comme une infinités d'épingles.

— Bien sûr, mais ça n'a rien à voir.

Elle ne s'arrête plus de rire, elle en perd le souffle. Il la repousse contre le mur de pierre.

— Tais-toi.

— On est autoritaire, Potter. On a passé une mauvaise journée, on dirait.

— Malefoy m'a cassé le nez. Tu me mets hors-de-moi à me menacer, à faire je ne sais quoi !

Il s'emporte un peu, il a les deux mains bien plaquées sur ses épaules. Il la surplombe à peine, haut perchée qu'elle est, sur ses talons. Il la voit froncer le nez, un léger pli entre ses deux grands yeux.

— Tu ne sais pas ce que je fais ? Sérieusement Potter !

— Ne va pas me dire que tu m'aides, par pitié !

Il est trop près d'elle. Sa lèvre supérieure s'incurve légèrement quand elle sourit.

— Je ne t'aides pas, juré !

Elle met ses deux mains devant elle, entre eux, comme si elles étaient blanches et elle, une sainte.

Elle se rapproche, leurs jambes s'effleurent. Elle a presque la tête sur sa poitrine et elle ricane sous ses mots comme s'ils étaient un poison qu'elle distille :

— Qu'est-ce que tu fais là Potter ?

— Je veux te poser quelques questions avant que tu ne fasses de même.

— Loyal, elle remarque. Tu veux la jouer à la loyale.

— Que manigance Draco ?

L'air s'électrise autour d'eux et sa vision, celle qu'il a du monde qui les entoure – les murmures excités et angoissés des enfants, le bruissement des jupes, le mur solide sur lequel Pansy s'appuie faute de pouvoir s'appuyer contre lui – se réduit brusquement à sa bouche mutine.

C'est par sa bouche qu'il pourra tout savoir, tout changer. Il n'est pas en mesure de déterminer si c'est un don du ciel ou un cauchemar.

Elle passe une langue sur ses lèvres.

C'est presque trop facile.

Elle ouvre la bouche, il sent les secrets trop longtemps retenus voler jusqu'à lui.

C'est définitivement trop facile.

Elle passe une main derrière son cou. Chaque doigt exerce une pression qui le fait frisson. C'est une décharge électrique, c'est une tension insupportable.

Il a juste à la faire parler, qu'il pensait.

Et, alors qu'il se tient à deux millimètres d'elle, ses ongles plantés dans la chair de son cou. La réalité le frappe avec la force de l'uppercut que Malefoy lui a asséné.

Elle ne parle pas.

Elle ne lui ment pas.

Il la regarde pourtant sa bouche entrouverte sur des dents trop blanches, sur deux pulpeuses lèvres beaucoup trop rouges pour être honnête. Elle est trop, trop près, trop précise, trop présente mais surtout trop prévisible.

Quand elle l'embrasse, le feu, l'attente et la pommette de sa joue qui s'entrechoque contre la sienne, il se rappelle à peine pourquoi il la cherchait.

Il cherchait ses doigts malicieux qui se glisse son tee-shirt, l'arrête coupante de son visage qui se presse contre son nez encore sourdement douloureux.

Il cherchait l'arôme de sa peau, épicée et chaude comme l'odeur de la braise après avoir jeté au feu un bouquet de fleurs.

Il la cherchait elle.

Et, il ne sait pas si c'est le traumatisme, la vision de Sirius qui lui apparait encore à chaque fois qu'il ferme les yeux, la bestialité à laquelle il s'est frotté tout l'été, dans le noir, mais il la cherche.

Il la cherche encore dans le noir, les yeux clos alors que ses doigts tracent le contour de sa mâchoire comme un dessin maladroit.

Elle glisse contre lui, comme un serpent, elle s'infiltre. Il la cale contre le mur, embrassant sa gorge, l'endroit exact ou ses cheveux droit comme des lames laissent place à une peau blanche, si fine qu'il pourrait presque en voir les veines bleues.

Il n'a pas besoin de chercher sa bouche, elle lui est offerte. Comme le cadeau empoisonné que représente Pansy, ce n'est qu'un caprice enrobé dans un délice.

C'est dur et brûlant, il se pique à ses dents à chaque fois qu'il s'assure qu'elle est bien là.

Il a peur qu'elle ne soit qu'un esprit frappeur. Qu'elle le laisse là, hébété et les bras étroitement crispés autour d'un rien. Sans réponses.

D'aucune sorte.

Quand elle descend, laissant une trainée de baisers aussi grisants que nocifs sur son cou ainsi qu'une marque qui ne disparaitra pas le lendemain matin, il se rappelle comment il était confiant avant.

Il se détache d'elle, suffisamment pour vouloir ouvrir les yeux. Parce qu'elle ne lui donne envie de rien si ce n'est de plonger dans le noir, dans l'abime où elle l'entraine et où ils ne sont pas obligés de se parler.

Juste de s'enflammer.

— Pansy…

Sa voix est rocailleuse et son prénom sonne comme un avertissement. Elle s'en moque, elle le frôle, tout en contrôle, jusqu'à ce que leurs nez se touchent.

Elle se moque de lui.

— Potter.

— Parle-moi.

Elle est si près qu'il peut voir l'amusement tordre ses lèvres. Il se tend. C'est elle qu'elle détournait d'un mouvement de lèvres quelques secondes auparavant.

Tout dans la manière dont elle incline la tête, le creux de sa gorge ouverte devant lui, indique qu'elle pourrait tout à fait recommencer.

— Tu n'es vraiment pas drôle, Potter. Et beaucoup trop bavard.

— Pansy…

Elle n'a pas le droit de faire ça. Ce n'est pas comme ça que c'était supposé se passer. Elle devrait le torturer, le faire plier pour tout savoir de l'Ordre, de lui.

Il devrait lui demander ce qu'elle sait de toutes les missions auxquelles se livrent les Mangemorts. Il devrait se satisfaire de ses réponses.

— Pansy…

Elle devrait lui répondre, contrainte par le lien qui les unit désormais. Cette histoire d'âme-sœur, descendue dans les flammes.

Ce n'est pas exactement ce qu'ils font et Harry ne parvient pas à comprendre pourquoi sa technique si bien présentée a finalement dérapée.

— Pan –

— Arrête de répéter mon nom, Potter. Ce n'est pas comme ça que tu obtiendras quoi-que-ce-soit de moi.

Il pourrait lui demander n'importe quoi. Il ne fait que se raccrocher à elle.

Elle embrasse le bord de son nez, une main légère dans ses cheveux. Il murmure une dernière fois son prénom, si bas qu'elle ne peut pas l'entendre.

Elle se trompe. La vérité qu'il cherche à obtenir

(C'est elle qui a toutes les réponses désormais)

C'est elle.


X


Elle est brillante. Elle le sait déjà depuis le jour où elle a forcé Astoria à avouer qu'elle avait un béguin stérile d'adolescente larmoyante, écœurante, pour Draco alors que par tous les saints, c'est une Greengrass, et qu'elle a tout appris de Daphnée. Le vice et la beauté.

Potter et son autorité inexistante n'ont fait que le lui rappeler.

L'embrasser est un excellent divertissement. Ce petit encas vaut bien tout l'appétit qu'elle a à mentir aux autres. Ce qu'elle ne peut pas faire avec lui.

Dire que ça ne la contrarie pas serait mentir. Encore.

Daphnée dort ou fait semblant de dormir quand elle arrive au dortoir. Tracey, est surement en train de roder au dehors.

Pansy respire. Le silence la fait frémir.

Elle aurait trahi Draco sans hésitation. Elle aurait décrit, dans un chuchotement langoureux à son oreille, combien sa marque est douloureuse quand vient la nuit. Combien c'est difficile d'être à la hauteur quand son père est en prison.

Combien il redoute d'échouer à tuer Dumbledore, et de se faire tuer de la main du diable lui-même, car il n'est qu'un petit garçon qui sent le danger comme une proie désincarnée.

Elle l'aurait fait sans se poser de questions si l'embrasser n'était pas apparu comme l'autre solution.

La meilleure.


X


Harry manque de tuer Draco.

C'est comme un réflexe. Beaucoup de sang, et de rouge, et de peur.

Une mauvaise habitude.

Il croit qu'il est mort. Il s'avère qu'il ne l'est pas. Quitte à briser le cœur de Pansy et sa propre humanité, il regrette. Ça aurait été plus facile.

Harry sent le poids du regard de Pansy qui le fusille en silence, où qu'il aille.

De toute façon, Draco va tuer Dumbledore. Ce n'est qu'une question de temps après Katie et Ron. Et, Pansy va continuer à l'embrasser parce que c'est mieux que de se parler.


X


Draco ne tue pas Dumbledore.

Elle n'embrasse plus Potter.

Excepté la fois où elle le croise, au détour d'un couloir, alors qu'il le traque. Excepté la fois où il est convaincu qu'il a ensorcelé Katie Bell. Excepté la fois où elle le trouve devant l'infirmerie, veillant Weasley, presque aussi gris que lui. Excepté l'autre fois où il cherche à savoir ce que transporte Draco dans l'armoire.

Excepté la dernière fois où elle le voit.

Mais Draco ne tue pas Dumbledore, alors ça ne compte pas.

Plus rien ne compte après ça parce que la guerre a officiellement une odeur sur leurs lèvres et qu'elle s'imagine qu'ils ne pourront plus l'éviter. Elle ne lui a rien offert. Pas la moindre parcelle de vérité, pas le moindre bout d'honnêteté.

Juste des griffures, des suçons en trop grand nombres et son odeur qui persiste dans ses maudits cheveux.

Elle ne lui a jamais menti mais elle ne sait pas si ça la rassure. Elle ne croyait pas à ces histoires. Il n'y a pas d'absolu transparence entre deux êtres.

Elle n'est que fumée et qu'importe si elle doit ravaler pour un baiser, la vérité qu'autrement, elle s'apprête à lui donner.

Elle ne lui a rien demandé en échange. Il dirait que c'est plus juste, plus équitable, mais ça n'avait rien à voir.

Elle ne voulait pas le pousser à se perdre. Pas encore.

L'Elu qui dévoile toute son organisation, qui expose tous ses rouages, pour une simple fille.

Il en serait mort, foudroyé comme l'icône qu'il est. Et s'il était mort, sans rien avoir contrarié – à part elle –le sombre seigneur aurait libéré Lucius et le premier meurtre de son règne aurait été blond et rouge.

Même si elle avait fait passer ses vérités pour celles de Draco, il l'aurait senti à même sa peau. Draco se cachait, Draco n'avançait pas. Il avait envoyé Pansy dessiner ses pas.

Celui-Dont-On-Ne-Prononçait-Pas-Le-Nom l'aurait pensé lâche, et il aurait eu raison.

Si Potter était meurt avant que Draco n'ait fait ses preuves, Ordre ou pas, il l'aurait tué. Ils les auraient tous tués.

Elle se préserve. Elle s'évite de salir les murs et sa tête. Tu ne peux pas me mettre dans cette position, il lui avait dit.

Elle ne pouvait pas le faire tuer.

Et, au fond – mais vraiment, tout au fond – elle se rappelle de la dernière fois, celle qui ne compte pas, alors qu'il ne lui a rien demandé, qu'il lui a juste dit :

— Je m'en vais.

Des heures après, en écoutant une étrange tension délier toutes les langues à part la sienne, elle préférait parler chaussures que cadavres, choix personnelle et éthique, elle sentait encore la lèvre de Potter trembler.


X


Draco ne tue pas Dumbledore comme Harry pensait qu'il allait le faire, comme l'absence de réponse de la part de Pansy le laissait entendre.

Elle ne lui a pas laissé entendre beaucoup de chose. Elle l'a laissé parler dans le vide. Ça, et l'embrasser.

Peut-être qu'elle savait qu'il n'irait pas jusqu'au bout. C'est pour ça qu'ils ne sont pas allés jusqu'au bout. Ils auraient pu tout se dire, et déclencher la guerre. Rien qu'eux deux.

Ils auraient pu mettre le monde à feu et à sang plus rapidement que Malefoy ou Rogue n'avait jamais espéré le faire.

Et dans l'ombre du Saule-Cogneur, alors que son propre reflet se reflète dans les eaux noires du lac, il se demande si cela aurait été pour le mieux.

Il est fatigué. Plus épuisé qu'il ne l'a jamais été.

Il est triste aussi comme si son cœur n'en finissait plus de rétrécir parce que la guerre prend et prend.

Il la voit avant que les funérailles ne commencent. Elle l'aborde.

Il ne la regarde pas.

— Tu savais ? Tout ce qui allait arriver ?

— Plus ou moins.

— Pourquoi tu n'as rien dit ?

— Qui t'aurais cru ? Weasley, Granger ?

Un silence plane entre eux. Il sait ce qu'elle s'apprête à dire parce qu'il a appris à lire tout ce qu'elle ne dit pas.

— Dumbledore ?

Elle ne rit pas pour une fois. Elle a arrêté de rire après la deuxième fois. Quand c'est devenu une simple course a qui aurait le contrôle sur l'autre, qui serait plus intransigeant, qui céderait le premier.

Aucun n'avait été flexible : ils avaient continué jusqu'à ce que leurs lèvres soient rouges et scellées, et le monde en sang et brisé.

— Tu leur aurait dit que nous étions ça ?

Elle fait des gestes de la main, les sourcils froncées de dégout. Est-ce qu'elle prie la nuit que son âme-sœur soit Malefoy ? Est-ce qu'elle rêve d'un monde où ils peuvent se haïr dans le silence comme dans le mensonge ?

— Tu leur aurait dit que tes informations étaient justes parce qu'elle venait de moi ?

Il s'apprête à dire non. Ils ne l'auraient jamais cru. Il n'y avait aucun moyen de prouver qu'elle ne l'avait pas ensorcelée ou droguée ou séduite. Ils lui auraient dit qu'il se trompait, que Pansy Parkinson ne pouvait pas être son âme-sœur.

Peut-être qu'ils l'auraient enfermé, à double-tour, comme Sirius, car il était trop précieux, à la merci de Pansy.

Il s'apprête à dire non. Elle le sait.

— Je ne veux pas t'entendre me donner raison, elle crache précipitamment.

— Ça change de d'habitude, il souligne

Elle le regarde avec une curiosité ternie. Il n'arrive plus à la provoquer, elle ne parvient plus à l'irriter.

— ça nous dépassait. Il fallait que je protège Draco puisqu'il n'était pas capable de se protéger lui-même. Toi, tu ne voulais pas savoir. Pas de ma bouche. Tu es un héros, Potter. Tu n'arraches pas les vérités de la bouche des jolies filles, juste leurs vêtements. Il fallait que tu trouves par toi-même, ça t'occupait, pas vrai ?

Il hausse les sourcils à plusieurs reprises. Pansy lui a fait manquer plusieurs battements.

— Choqué ?

Qu'elle reconnaisse qu'il est un héros et Malefoy, une victime, sonne comme une vérité amère. Qu'elle insinue qu'il préfère profiter d'elle plutôt que de l'entendre être honnête avec lui, c'est une vérité acide.

— Tu n'aimes pas les héros, hein ? il demande

— Non. Ils prennent trop de place.

— Je sais.

Elle regarde autour d'elle comme si elle ne supportait plus d'avoir tant d'effort à faire pour le regarder avec nonchalance. Le soleil lui fait plisser les yeux.

— Tu n'as pas épargné Draco, hein ? Encore, encore et encore. Vous ne vous arrêtez jamais vous, les Gryffondors.

C'est précisément le genre de moment où il est mal à l'aise : quand elle lui dit la vérité sans être au pied du mur, parce qu'elle est précise, aiguisée et déterminée dans tout ce qu'elle fait. Pansy est une flèche et parfois, il a peur qu'elle ne soit trop au centre de la cible.

Peut-être qu'elle a raison et qu'il ne veut pas écouter ce qu'elle a à dire.

Elle le dit quand même.

— Tu l'as poussé à bout. Tu ne savais même pas qu'il existait que déjà, il te détestait.

Pansy porte moins de maquillage que d'ordinaire. Il vient à peine de le remarquer.

Il ne voit jamais son visage en détail. Quand il est près d'elle, c'est juste un chaos. Le monde explose.

Peut-être que c'est pour cela qu'elle est plus calme : son monde vient tout juste d'imploser, elle n'a plus rien à sauver.

— Petit, sa mère lui racontait ton histoire. On a tous grandit avec toi, Potter, qu'on le veuille ou non. Et parfois, on veut être un héros et on échoue. Nos héros nous échouent et nous les détestons.

— Je ne sais pas quoi dire.

— Etonnant, venant de toi qui as toujours un avis sur tout : la météo, ma moralité, Draco, ce que tu dois faire, ce que je dois faire…

— J'ai compris, je…

—… la façon dont je te parle, les Mangemorts, les Sangs-Purs, Poudlard, Dumbledore, la nature de notre relation, la nature de ma relation avec Draco, tes amis, mes amis, tes ennemis ou les miens.

— Très bien. Très bien.

— Tu es très moralisateur, Potter.

Sa peau brille sous l'éclat du jour. Elle est vraiment jolie. Il s'en voudrait presque de l'abandonner maintenant que Draco est parti.

— Oui, j'avais cru comprendre. Merci.

Elle se déplace un peu sur la gauche. Elle se met à l'ombre. Elle ressemble à une écolière avec sa robe noire trop sage au col montant et ses chaussures vernies. Une écolière en deuil.

— Tu ne vas pas rester, j'imagine ? il demande.

Elle arrache des touffes d'herbes du bout du pied.

— Très peu pour moi. Dumbledore a suffisamment de gens pour le pleurer, je ne manquerais pas.

Du coin de l'œil, il voit McGonagall essuyer une larme dans un mouchoir blanc.

— Toi aussi, tu vas partir, je me trompe ? elle reprend.

— De l'enterrement ? Non, je…, c'était Dumbledore.

Elle rit sèchement. Sa voix a le bruit de l'herbe brûlé qu'elle écrase sous sa semelle.

— Non, Potter. Je ne parlais pas de ça.

— Ah.

— Si tu ne veux pas m'en parler, je comprends. Après tout, qui sait ce que je pourrais aller cafter maintenant.

Elle sonne brisée, comme des bouts de verres dans lesquels on marche pieds nus, et forcément, au lieu de l'apaiser, ça le rend dingue.

Il ne veut pas crier, pas aujourd'hui avec Hagrid dont le corps ne s'arrête pas de trembler et le cercueil qui commence à arriver. Alors, il fait comme elle. Il murmure, et c'est noir :

— Non, Pansy. Tu ne comprends pas. Tu ne comprends pas comment fonctionne ce truc que tu refuses de nommer. Entre nous, je veux dire.

—Pas besoin de préciser, merci bien.

— Arrête de m'interrompre. Il ne s'agit pas de ce que je veux te dire ou pas, Pansy. Je te dis tout. Je peux te cacher des choses, je peux disparaitre de ta vie et y laisser un trou de la taille d'une épingle que tu ne remarqueras même pas. En revanche, je ne peux pas me taire si tu veux savoir, si tu as besoin de savoir.

— Je m'en fiche. Je veux juste savoir quand la guerre se finit. Tu vas partir ? Tu vas la terminer, ta stupide guerre ?

Il remarque que c'est plus facile quand il ne résiste pas. C'est comme respirer.

— Oui. Je vais essayer de le détruire.

— Si tu ne meurs pas avant, cela va de soi.

— Merci de ton optimisme. J'apprécie de savoir comme tu as confiance en moi.

— Honnêtement ? Pas du tout. Si tu as survécu par je ne sais quel miracle, c'est parce que Weasley et Granger ont décidé de s'accrocher à toi. Tout seul, tu as des gros problèmes d'impulsivité.

— Sans doute.

Au contraire, il voit limpidement de quoi elle parle. Lui se précipitant au Ministère, provoquant la mort de Sirius. Lui se précipitant vers la coupe du tournoi des Trois Sorciers, entraînant la mort de Cédric.

Lui, se dirigeant vers la mort, la conclusion d'une prophétie tragique en tête.

Lui, se levant fiévreusement un soir de rentrée pour embrasser Pansy Parkinson.

De gros problèmes d'impulsivité.


X


Pansy Parkinson n'a pas besoin d'un homme, et surtout pas d'Harry Potter. Elle n'a pas besoin d'un héros qui disparaît avec ses deux acolytes pour courir le monde et, éventuellement le condamner.

Pansy Parkinson n'a pas besoin d'un homme, et surtout pas de Draco Malefoy, assigné à résidence depuis le début de l'été. Elle n'a pas besoin d'un garçon qui croit les sauver mais qui n'est même pas capable de se protéger.

Pansy Parkinson n'a pas besoin d'un homme, c'est pourquoi elle passe deux longs mois à peindre les ongles de Daphnée en différentes nuances de gris. Elle va jusqu'à inviter Tracey dans son jardin pour lui tresser les cheveux.

Or, son périmètre de sécurité exclut habituellement que cette harpie mette le nez dans ses affaires. Pansy est seule.

Tracey Davies a des cheveux extrêmement longs qui mettent une éternité à se tresser et, elle est une véritable commère.

— Alors, Pansy, parles-moi de Potter.

Elle serre les lèvres et sa main reste en suspens dans la chevelure du serpent.

— Il n'y a rien à dire, Davies. Rien.

— Ah bon ? minaude-t-elle. J'ai des informations qui m'indiquent le contraire.

Pansy reprend le tressage, une mèche après l'autre mais elle serre fort. Elle tire sur le sommet de son crâne, parce que c'est le seul moyen de s'empêcher de trembler. Elle doit lui faire mal mais, Pansy peut au moins lui reconnaitre cela, Tracey Davies est résiliente, elle ne bronche pas.

— Tes sources s'usent, Davies.

— J'en doute. Tu as beau être une Serpentard et donc plus ou moins discrète et imperméable à la vie, Potter n'est qu'un stupide Gryffondor. Il te regarde comme une abeille autour d'un piège, collant et sucré.

— Les obsessions de Potter ne sont pas mon problème. Il regarde Draco avec tellement de ferveur qu'on pourrait se demander pourquoi ils ne sont pas déjà mariés avec le temps qu'ils passent à se chercher.

— Ton rouges à lèvres est très joli, Pansy. Un merveilleux bordeaux. Sur son cou, il ressort encore mieux.

Pansy ne sait pas si c'est la chaleur de fin août qui manque de l'achever ou la menace qui ressort du babillage de Davies.

A ce point, elle se demande pourquoi Blaise ne s'est pas débarrassé de Davies. Elle a beau être ses yeux et ses oreilles dans le château et lui être complètement dévolu, elle a un peu tendance à avoir trop de cartes dans la même main.

— Que vas-tu faire ? Pansy demande, sur le ton de la conversation.

Qu'aurait-elle, elle, à faire en circonstance ?

— Il est ton âme-sœur ?

Elle cligne à peine des yeux, fixant le haut du crâne de Tracey là où ses cheveux se divisent en plusieurs tresses qui lui tombent jusqu'au bas du dos.

— Non. C'est un divertissement.

L'autre opine, satisfaite. Même Davies ne peut pas tout savoir.

— Tu as toujours joué à des jeux dangereux.


X


Harry surveille Pansy sur la carte dès qu'Hermione éteint les lumières et plonge la tente dans le noir. Il entend les ronflements réconfortants de Ron et le minuscule bruit que produit Hermione quand elle s'enroule dans l'unique couverture qu'ils se partagent à tour de rôle.

Il ne peut pas croire ce qu'ils font depuis plusieurs mois : la chasse, la peur, les transplanages, les doutes, le montage de la tente.

Il continue de tracer son itinéraire sur la carte du bout des doigts, des mois après alors que le gout de ses lèvres s'est effacé depuis longtemps, que le son de sa voix lui paraît plus sourd comme si elle était immergée sous l'eau.

La plupart du temps, elle ne quitte pas Daphnée. Il sait, à ce qu'il a entendu dans le train en sixième année, et du peu qu'elle lui a confié, que Daphné constitue sa belle illusion face au monde qui s'écroule.

Il n'arrête pas de se rappeler cette conversation et son chemisier noir, et ses mots coupants comme du parchemin neuf – Daphnée, c'est mon ticket pour rester saine d'esprit, pour ne pas sombrer – et ses décisions pas toujours justes, ses déclarations honnêtes qu'il voudrait moins juste et blessante – Potter, non, désolé de te décevoir mais je ne vais pas pleurer en t'attendant. Non. Non, je n'ai pas peur que tu meures. J'ai peur de mourir. C'est égoïste ? C'est une saloperie de guerre ! – ses cheveux et ses yeux, la manière dont son souffle s'accélère quand il lui pose toujours les mêmes questions – est-ce que tu me détestes ? Que prépare Voldemort ? Pourquoi tu as peur de l'appeler par son nom ? Pourquoi tu es si dépendante de Draco ? – et sa bouche et sa présence.

Il s'endort et il espère qu'elle attend quelqu'un. Si elle n'attendait personne, pas même Daphnée, elle serait seule.

Et il sait comment elle est quand elle se sent abandonnée. Elle est agressive, elle est assoiffée, elle est comme une de ces plantes carnivores qui depuis trop longtemps n'a rien mangé.

Il le sait parce que c'était toujours dans ces moments-là qu'elle venait le trouver. Pour parler qu'elle disait.

Et peut-être qu'au fond, au départ, c'était vrai. Peut-être qu'elle avait toujours voulu parler.

Il ferme les yeux.

Il espère qu'elle a quelqu'un à qui dire sa vérité.


X


Quand elle le revoit, il y a du feu et des flammes et des débris partout, le grand escalier a explosé, elle a marché sur la main d'un cadavre et elle a fait semblant de ne pas le remarquer. Quand elle le revoit, elle voudrait qu'il arrête tout ça. S'il le peut, elle veut qu'il l'arrête comme ça.

Elle a perdu Daphnée, qui est parti chercher Blaise. Elle a aperçu Draco dans un coup éclair, entre deux mangemorts. Elle a croisé Davies, longeant un mur, presque invisible.

Il est perdu, il est complétement déboussolé. Encore. Comme après la mort de Sirius, comme après celle de Dumbledore. Ses pupilles sont complètement dilatés, il a une brûlure dans le cou, une coupure profonde sur la joue.

— Potter !

Il se retourne presque immédiatement.

— Parkinson.

Un frisson remonte le long de sa colonne vertébrale, d'anticipation. A la manière dont il accentue son nom, elle sait qu'il va…

— C'était quoi ce petit cinéma là, tout à l'heure ?

Ah non. Elle a définitivement mal lu les signes.

Elle rend les armes. S'il fait référence à ça, ce n'est pas le genre de moment qu'elle savoure avec lui.

— J'ai voulu sauver ma peau. Désolé.

Elle baisse la tête et ça la met mal à l'aise. Elle déteste ça, passer pour une petite fille grondée par le professeur beaucoup plus intelligent, courageux, merveilleux, solide et aimé de tous…

— Je comprends mais…non, je ne comprends pas.

Il la saisit par les épaules et elle sursaute. Ça le déstabilise. Il ne sait pas que le dernier à l'avoir secoué comme ça, c'est Blaise. Blaise et ses larges mains, ses épaules carrées et des yeux prêts à tout incendier. Elle prie pour qu'il ait retrouvé Daphnée.

— Il aurait épargné le château, si on t'avait livré à lui !

— Tu m'aurais sacrifié !

— Mais toi, tu fais bien ça tout le temps ! Tu sacrifie tout, Potter !

— C'est ma décision !

— J'ai marché sur un cadavre ! Des gens me tirent dessus comme un poulot parce que j'ai voulu nous, me, sauver !

— C'est hypocrite de dire que je suis désolé ? Je suis désolé.

Elle passe ses mains dans ses cheveux. Qu'est-ce qu'il peut l'énerver, par Merlin !

— Tu ne peux pas être hypocrite, Potter ! hurle-t-elle

— Je sais !

Il lui hurle dessus et, aussi étrange que cela puisse paraître, elle a l'impression que ça lui fait du bien. Elle en profite aussi.

— Tu vas faire quoi maintenant ?

Elle s'attend à un pur comportement de Gryffondor : se battre jusqu'à la mort, mener sa petite armée jusqu'à Voldemort.

— Je vais me rendre ! il hurle mais elle n'a pas besoin de ça pour l'entendre.

Non. Non. Non.

Ce n'est pas comme ça que c'est supposé se passer. Elle imagine que doit arriver un moment où elle doit le lâcher mais elle ne sait pas quoi faire à part ne pas bouger et continuer à hurler.

— C'est une blague ! Tu m'en veux pour avoir voulu te balancer tout à l'heure mais tu vas te jeter dans la gueule du loup ! C'est une vengeance pathétique, Potter !

Non.

Non.

Il lui saisit les poignets – non, non, non –

— C'est stupide Potter !

Non, non, non –

— C'est nécessaire !

Il l'embrasse. Elle sent ses pieds décoller, ça fait bien longtemps qu'elle a perdu ses talons, elle serre son cou autour de ses bras.

Pendant qu'il se perd en elle, elle ne perd pas le nord. Elle imagine l'assommer où l'étrangler.

Non, non, non –

C'est la chose la plus Gryffondor qu'il est jamais faite.

Alors, elle est odieuse, elle ne lui dit pas qu'il va lui manquer.


X


Harry Potter meurt, ce 2 Mai. Elle le sent.

Avant de le voir.

Elle tombe à genoux et personne ne se préoccupe d'elle. Elle reste seule dans la poussière et le sang.

Pendant qu'Hagrid le porte. Pendant que Granger hurle son nom, retenu par les bras puissants de Weasley.

Elle ne peut plus respirer, elle sent dans sa poitrine quelque chose se figer.

Elle se demande ce qu'il arrive aux moitiés délaissées, celles qui n'ont plus aucune raison de dire la vérité.

Elle devrait se sentir soulagée.

Mort. Il est mort. Elle peut toujours aller ramper, mentir, supplier, garder son honneur pour le lendemain, quand il ne vaudra plus rien.

Elle peut aller chercher Daphnée, aller vivre dans une tour d'ivoire.

Elle peut respirer maintenant qu'elle n'a plus aucune raison d'avoir le souffle coupé. Il lui coupait le souffle et la dernière fois qu'il l'a fait…

Mort, mort, mort.

Il est mort alors qu'elle sent encore ses empreintes sur son visage et l'odeur de brûlé et de venin qu'il dégageait.

Elle sent le cadavre, le fantôme, le passé. Elle voudrait juste sa laver, s'arracher cette peau morte, au savon et à l'eau de rose, au lait pour le corps. Décaper le passé, l'obstruer.

Puis soudain, la machine se remet en marche. Elle entend les battements de son cœur se faire moins erratique.

Elle voit son cadavre marcher, lutter. Et, elle reste là, figée.

Le Lord Noir meurt ce 2 Mai.

Elle ne sait pas dans quelle direction aller.

Jusqu'à ce qu'il prononce son nom. Elle ne sait pas combien de temps il met à la trouver, combien de temps, elle reste prostrée, à ne pas réussir à pleurer, son poing serré autour de sa baguette.

Elle a tué un Mangemort venu l'importuner, en attendant.

Elle a tué un enfant, un vainqueur. Elle l'a tué avant qu'il ne le fasse parce qu'ils ont gagné.

Elle ne sait pas combien de temps elle reste à regarder leurs yeux blancs.

Avant qu'il prononce son nom.


X


— Ça fait mal ?

— Mourir ? C'est comme s'endormir.

— Je ne dors plus.

— Je sais, je t'entends la nuit. Moi non plus.

X