Dessine-moi
Musiques : « Shatter me », « Moon Trance » et « Radioactive » (Lindsey Stirling), « Danger Zone » (Gwen Stefani), « Nocturne of Amestris » et « Nocturne of Amestris (Duet) » (OST 2, FMA Brotherhood), « Uso » (SID)
Note : Alors... Ahem. Que dire ? Je suis un peu confuse, à vrai dire u.u' (Envy : Pourquoi ? Parce que tes lecteurs sont MORTS, en t'attendant?) Je vais procéder en deux temps. En premier lieu, je vais d'abord présenter mes excuses pour le temps que j'ai mis avant de poster la suite et fin de cette fic (sensée être un OS en premier lieu), à ceux qui ont attendu tout ce temps. Car, si mes calculs sont bons... J'aurai presque mis CINQ ans avant d'avoir l'inspiration (Ed : Et la maturité ? White : Je te proute.) nécessaire afin de compléter cette fic. C'est d'ailleurs assez drôle de voir que, dans le chapitre 1, Edward fait allusion au fait de continuer un travail cinq ans plus tard. Coïncidence ? Qui sait. En tout cas, voilà, j'ai mis trois plombes... Et je pense que nombre de mes premiers lecteurs ont dû entre temps se détourner soit du Edvy, soit de fanfiction, soit de cette fic. Après, on sait jamais, les story alert font des miracles, mais cinq ans après... J'y crois moyen ^^'
Donc bref ! Sachez, en tout cas, que je mets un point d'honneur à faire de mon mieux pour finir ce que je commence... Même des années plus tard ! Je suis juste un peu lente. Pardon ._.
Nous en venons à un point essentiel de l'histoire que vous allez lire... Déjà, je demanderai à ceux qui sont parvenus sur cette page (les nouveaux, surtout, qui ne m'ont pas lue à l'époque mais maintenant) de bien vouloir faire preuve d'indulgence quant au premier chapitre. J'étais beaucoup plus jeune, donc il se peut que quelques tournures de phrases soient un peu niaises ou maladroites. Néanmoins, comme j'accorde beaucoup d'importance au travail que j'ai réalisé, même plus jeune, je ne souhaite pas le modifier.
Cependant, on se heurte à un léger souci... La différence de style. Il est plus que très probable que le chapitre qui va suivre ait une écriture différente de celle du précédent... Aussi, là encore, prenez cette donnée en compte lors de votre lecture afin de pouvoir pleinement apprécier l'histoire... (Envy : … Sans vous dire que l'auteur a pété un câble ou est revenu d'asile entre temps. White : Merci, Envy. Ca manquait.)
Sur ce, je vous souhaite donc une bonne lecture, rappelle au passage que cette fic est classée M et qu'elle contient une scène explicite qui pourrait choquer les plus jeunes (Ed : Concernant ces derniers, ils sont invités à quitter la page :3)... Et si vous faîtes partis de mes lecteurs réguliers ou de ceux qui ont lu le début de cette fic il y a cinq ans, je vous remercie d'être fidèles au poste ! ^o^
Chapitre 2 : … Nous nous sommes blottis sous ses couleurs, l'un contre l'autre
« Mes... »
... Mains?!
Ses yeux s'agrandirent de stupeur et d'horreur confondues. Il poussa un cri, étouffé par la peur... Mais surtout car celle-ci, après l'avoir fait reculer en titubant sur un bon mètre, venait de le faire tomber brusquement à la renverse, lui coupant le souffle.
« ... C'est... Pas vrai... »
Pourtant, Edward ne s'attarda pas sur cette lancinante douleur qui lui étreignait la tête et le dos : il tenait simplement ses bras tendus devant lui. Enfin, ça, c'était ce qu'il se sentait faire. Pas ce qu'il se voyait faire. En vérité, devant lui, rien n'était visible à part, à perte de vue, l'herbe et le ciel aux teintes orangées de cette fin de journée. Ses mains... Il n'en avait plus, tout simplement. PIRE, il n'avait même pas de moignons ! Il n'avait carrément plus de bras non plus ! Une grimace d'angoisse déforma son visage. Ça lui rappelait tellement... Tellement... Ce moment où, plus petit, son bras droit lui avait été arraché. Néanmoins, faisant fi de ces souvenirs douloureux, Edward ferma les yeux pour se reprendre, essayant de calmer son cœur qui cognait contre sa poitrine avec une force démesurée, et murmura, pour se rassurer :
« C'est rien... Juste une hallucination... Ou un malaise passager... C'est parce que je suis fatigué et que je viens à peine de me réveiller, rien de plus. »
Il inspira profondément, et fit le vide autour de lui. Calme. Calme. Il avait HALLUCINE. Ni plus ni moins. Quand il rouvrirait les yeux, ses bras seraient de nouveau en place, comme d'habitude. Il aurait son automail qui dégageait toujours une légère odeur d'huile et de fer mêlés, et son bras de chair, doté de son sens tactile intact. C'était évident. Alors, reprenant confiance en lui, il rouvrit un œil, puis l'autre, et fixa de nouveau ses bras, tendus devant lui.
« ...! »
Non. Ses membres n'avaient toujours pas retrouvé leur place. Il jeta un rapide coup d'œil aux jambes. Elles, elles étaient là, pourtant -et heureusement- ! Mais ses bras... Non. Pourtant... Il les « sentait ». C'était étrange à dire et... Incroyable, au sens propre du terme. Sentir sans voir. Comme si son cerveau était court-circuité : deux sens qui, de base, allaient de paire l'un avec l'autre, semblaient déconnectés. Alors il resta tremblant et incompréhensif. Tout ça contredisait toute notion de logique. Toutes ses croyances et ses certitudes lui paraissaient s'effondrer.
« ...?! »
Soudain, un phénomène encore plus étrange, si c'était possible, s'opéra : sous ses yeux éberlués, ses bras... Apparurent. Comme une sorte de magie dirigée par des doigts invisibles. « Y'a-t-il des traits noirs qui définissent les contours de mon corps? » Pour le coup, ce vieux débat auquel tout le monde a dû participer au moins une fois dans sa vie prenait fin. Edward avait LA réponse : OUI. Un « oui » clair, net, définitif... Et... Ben... Précis. Tout comme les traits qui s'allongeaient sous son regard ébahi pour représenter la courbe de ses coudes, puis celle de ses avant-bras. D'abord très faiblement, et un peu maladroitement aussi, puis de plus en plus fortement et résolument, comme si quelqu'un passait et repassait sur ces contours auparavant à peine esquissés. Vint ensuite le tour de ses mains : la forme de la paume se détacha de celle de son poignet, bien distincte, et rendue volumineuse par les lignes qui, au creux d'elle, s'épousaient harmonieusement. Ensuite, ce fut le tour de ses doigts qui, les uns après les autres, apparurent. Les phalanges, les ongles -sauf pour la main droite-, tout s'y trouvait.
Le blond contemplait cette indescriptible magie la bouche grande ouverte, n'osant ni prononcer un mot, ni même respirer, visiblement trop absorbé par la reconstitution de ses membres pour émettre une exclamation de surprise -et craignant surtout qu'une manifestation sonore ne rompe le charme-. Enfin, lorsque le dernier de ses doigts fut apparu, Edward finit de ressentir ce chatouillement un peu désagréable qui le parcourait depuis un moment, et s'autorisa à faire un geste : celui de ramener près de son visage ses deux mains, comme pour s'assurer de leur présence, et de leur consistance. Puis, il les joignit, se rassurant de constater qu'il pouvait également les faire se toucher l'une et l'autre. Enfin... Un léger détail restait tout de même assez... Perturbant : le fait qu'il pût voir, au travers, l'herbe sur laquelle il était assis.
« ... »
Certes, ses membres étaient là. Aucun doute là-dessus. Seulement... Ils étaient transparents. Complètement. Edward ne savait trop quoi penser de ce phénomène incompréhensible.
« ... C'est plus une hallucination, là... C'est un cauche-... »
Le jeune alchimiste n'eut même pas le temps de terminer sa phrase, que, tout à coup, à une vitesse effrénée, ses bras se « colorèrent » véritablement. Les couleurs apparaissaient, se mêlaient, donnant peu à peu une surface plane, mais au moins, une consistance. Puis vinrent les nuances. Le sombre, puis le clair, pour leur donner du volume, de la rondeur. La profondeur se créait, comme par magie. Le beige de la peau, légèrement ocre à cause des reflets du couchant, doux et tendre, et le métal irisé de l'automail, plus brillant et lisse que jamais. Enfin... Jusqu'à ce que la magie s'amuse à y peindre quelques menues éraflures, témoins de ses nombreux combats. Ainsi, il était à nouveau pourvu de deux membres fonctionnels, bien qu'il dût avouer qu'il aurait aimé, néanmoins, ne pas voir réapparaître de bras artificiel, mais plutôt un second tout de chair et d'os. Après tout... On avait quand même le droit d'espérer, non ?
« ... C'est... Fini », souffla-t-il du bout des lèvres, comme pour marquer la conclusion de l'étrange phénomène.
Il leva ses bras vers le ciel, bougea légèrement les doigts. Le léger crissement du métal rompit le silence. Il frotta les doigts de sa main gauche ; le froissement de la peau le rejoignit. Il resta immobile un moment, puis se releva, encore groggy par cette expérience véritablement mystique. Préférant ne pas y repenser de peur de voir à nouveau s'effondrer toutes ses théories métaphysiques, il jeta un regard lointain au paysage dans lequel il se trouvait.
Lui seul était vivant dans cet univers statique et muet.
« ... Mais c'est quoi, ce délire... ? » murmura-t-il dans un souffle en faisant quelques pas.
Comment était-il arrivé « ici » ? Pourquoi ? Et quand ? Mais surtout... Comment faire pour en sortir ? Car une chose était sûre à présent... Ça ne pouvait pas être le monde « réel ». Son monde. Car dans son monde, d'après ce qu'il s'en rappelait, les bras ne jaillissaient pas dans un flot de couleurs. Enfin... Normalement. Ils se formaient, déjà, dans le ventre d'une mère faite de chair et d'os, puis petit à petit, au cours d'une inexistence longue et parsemée d'embûches, pas en deux trois coups de... Pinceau ?
« Bon. Analysons calmement la situation : je suis coincé quelque part, dans un endroit qui ressemble à s'y méprendre à Resembool, mais qui ne l'est pas, et où je suis... »
… Le seul être vivant ? Non, pas vraiment... Il n'y avait certes pas âme qui vive, ou animal... Mais... Il était entouré de plantes, tout de même. Elles donnaient l'impression d'être en plastique et factices, mais théoriquement, elles étaient censées être des êtres vivants aussi.
Alors disons le seul « être animé ».
« ... »
Edward fut pris d'un doute horrible. Un endroit... Dépourvu de vie, où régnait le silence. Un endroit bizarre, où... Il était seul. Et y avait été transporté... Comme par magie. Ou par...
« ... Alchimie ? »
Il secoua la tête.
« Nan, nan. Ça tient pas debout. La Vérité n'est pas du genre à aimer la déco. Quant à Glutonny... »
Il parut pensif, mais dût se rendre à l'évidence :
« Ce paysage me semble un poil trop raffiné par rapport à l'ancien. »
Et puis, son ventre n'aurait pas pu changer du tout au tout comme ça. D'un univers carrément glauque, on passait à... Ouais, bon, c'était flippant, mais au moins... Joli, quoi. Et puis... Gluttony n'avait aucune raison de le manger, surtout... A son insu (W.A. : Est-ce seulement possible ?! Ed, tu débloques ! Envy : C'est son côté crevette qui ressort. Il pense qu'on peut le gober sans qu'il s'en aperçoive. Ed : REPETE ?!) ! Alors qui ? Ou plutôt... Quoi ?! Edward se prit la tête entre les mains.
« Bon sang, réfléchis...! Il y a forcément une solution à ce casse-tête... »
Il eut beau retourner la situation dans tous les sens... Il ne savait pas comment il avait pu atterrir ici. Cependant... Il DEVAIT trouver le moyen d'en sortir. Alors première chose à faire : analyser. Il se pencha alors, et passa avec méfiance la main dans l'herbe, dont pas un des brins ne s'agit-...
« WOEH ! »
Edward fit un véritable bond en voyant les brins se courber d'un seul coup sous l'effet... Du vent. Celui-ci venait de se lever brusquement, en une brise douce, mais si inattendue que le pauvre alchimiste avait manqué d'en faire une crise cardiaque. Le cœur battant, il se colla à l'arbre contre lequel il avait repris conscience, comme par sécurité (Envy : Comme une crevette à son rocher, je vous dis ! Des fois qu'il puisse se faire emporter... Ed : Toi, tu me cherches, non ?). Enfin... Se « plaqua », plutôt. La vague idée d'y grimper carrément l'effleura. Cependant, il n'osait plus bouger. Pas alors que se déroulait sous ses yeux un énième phénomène : face à lui, à trois mètres à peine... Le paysage était flou. Mais juste là. Précisément à cet endroit. Et pour être flou, ça l'était vraiment. Il détourna le regard puis se frotta les yeux, croyant que ces derniers lui jouaient des tours, mais non. Sa vue fonctionnait bien. Ce n'était pas une défaillance oculaire qui déformait le paysage. C'était... Quelque chose d'autre. Comme si on effaçait le fond de l'horizon pour le remplacer par autre chose.
« C'est pas possible... » prononça-t-il, la gorge sèche. Car oui, il commençait à être à court d'exclamations de surprise.
Il se décida à se détacher de l'arbre pour s'approcher. La curiosité l'emportait. Car face à lui, des traits noirs apparaissaient, traçant les contours de cette forme floue pour l'instant indéfinie. Il s'approcha plus près, tout près... Encore plus près. Le soleil couchant détachait de cette forme une ombre, qui se projeta sur le corps du blond au fur et à mesure. Tel un enfant attiré par un papillon, il se risqua à réduire la distance qui les séparait, jusqu'à apposer sa main sur cette forme. Quelque chose... Naissait véritablement devant lui. Comme un mirage, mais que, visiblement... Il pouvait toucher. Bien que dépourvue de nerfs, sa main droite lui indiqua qu'il touchait quelque chose, lorsqu'il la tendit devant lui.
« Dingue... »
… Fut tout ce qu'il put trouver pour traduire son ébahissement. Ses iris dorés ne pouvaient se détacher de ces traits noirs qui se traçaient peu à peu. Il distingua finalement la forme hésitante d'un corps : une silhouette élancée, fine mais musclée, habillée par quelque chose de moulant, apparemment. Un homme ? Une femme ? Difficile à dire. Ça... n'avait pas de visage. Pas encore. Car bientôt, les traits le caressèrent : un menton fin posé sur un cou musclé -bon, un homme, donc. Ou une femme culturiste, au choix-, un nez légèrement recourbé, des yeux dont l'intensité prometteuse ne serait révélée qu'avec la couleur, des sourcils arqués de façon légèrement... Euh... Moqueuse ? Et... Des... Des cheveux... Carrément improbables.
Et un bandeau.
Ce bandeau.
« Qu'est-ce que... ?! »
Edward s'écarta avant même de penser à le faire. A croire que c'était son instinct de survie qui le lui avait dicté. Et soudain, un tourbillon de blanc laiteux et de noir ébène explosa sur l'esquisse qui lui faisait face, rehaussé par une touche d'améthyste venue se fixer au creux des iris jusqu'à lors inertes, et d'un rouge sang, qui se déversa sur ce qui semblait être une cuisse, ainsi que sur le front de l'étrange personnage. Lorsque ces couleurs eurent fini de se répandre sur la silhouette face à lui, ce corps qu'il ne connaissait que trop bien s'anima brusquement : il prit une profonde inspiration, comme l'aurait fait un noyé, puis ouvrit complètement les yeux, qu'il posa sur lui, intenses. Et là, cette voix insupportable brisa le silence :
« Alors, chibi, comment ça va ? »
ENVY.
Comme si c'était pas déjà assez la merde d'être bloqué dans Ce... Ce monde, là ! NON. Noooooon. Envy, c'était comme la pluie. Quand tu disais qu'il ne pouvait rien t'arriver de pire, tout comme elle, il débarquait systématiquement comme une fleur pour t'assommer un peu plus.
Sauf que la pluie, elle, elle ne fait pas pleuvoir coups et moqueries sur ta petite personne.
« …
- T'en fais une tête... ! T'es pas content de me voir ?
- Pas vraiment, non », cracha l'adolescent, qui ne se rappelait que trop bien de leur dernière altercation, un mois auparavant, et de la discussion plus que dérangeante qu'ils avaient eue. Vraiment, en ce moment, Envy, c'était la dernière personne qu'il avait envie de voir.
« Petit menteur ~
- TU... !
- Avoue que t'es content de pas être tout seul ici ~ »
Edward resta la bouche grande ouverte. RAH !... Ça le faisait rager de l'admettre, surtout dans les conditions de ces retrouvailles indésirables, mais Envy avait raison. Terriblement raison. Parfois, mieux valait être mal accompagné que seul. C'était RARE, mais ça arrivait. Au moins, ainsi, il se sentait moins paumé. Même s'il aurait quand même préféré que ce soit quelqu'un d'autre.
Mais bon. Ce n'était pas comme s'il avait véritablement le choix. Cet univers n'était pas le sien. Alors autant le découvrir avec quelqu'un qui pourrait... Éventuellement ? L'aider. Même si c'était quelqu'un qui lui avait...
« Oh ? Tu ne dis rien ? J'ai donc raison... ! » fit l'androgyne, interrompant le cours de ses pensées, avant de conclure sur LE mot : « … Chibi. »
Edward sourit nerveusement.
« Écoute. C'est pas le fait d'être dans la même galère qui va m'empêcher de te botter le cul ou de te faire bouffer un arbre si tu redis CA encore une fois.
- Galère ? De quelle galère tu parles ?
- Soit t'es con, soit t'es con, mais au cas où t'aurais pas remarqué, on est léééééégèrement coincés dans... Dans un... Un... Un 'chais pas quoi qu'est pas la réali-... Ooooh, mais attends voir... ! »
L'alchimiste se mit en position de défense, et le regarda avec méfiance.
« C'est pas un autre de vos plans foireux ? C'est quoi l'arnaque ? Vous... Vous m'avez ENFERME ici ?! Ou alors... Vous m'avez drogué ?! Hein ?! C'est ça, pas vrai ! Je le vois sur ta TÊTE ! Ton sourire, là ! Je SAIS que c'est encore un de vos plans ! Je le SAIS !... A moins que... Que... que ce soit un de TES plans. C'est ça ?! »
En effet, Envy souriait d'une façon amusée. Comme si, derrière ce sourire enjôleur, se cachait une réalité encore plus terrible que celle dans laquelle Edward pensait se trouver.
« Tu te trompes, chibi.
- Ok. T'as gagné. Fallait pas me chercher », cracha le plus petit en se ruant sur l'androgyne, tout en claquant ses mains l'une contre l'autre avec force. Il allait lui COLLER sa lame métallique dans la gueule, en long, en large et en travers, à ce... Ce... Ce... ?
« …... »
Il freina si brutalement qu'il partit presque en arrière.
C'était quoi l'arnaque, là ? L'alchimie, quand il s'en servait, elle était censée faire éclater tout un tas de jolies lueurs féeriques, et surtout... Elle était censée MARCHER, bordel !
« Surpris ? » lança sournoisement Envy d'un air goguenard, en posant sa main sur sa hanche, comme il adorait le faire lorsqu'il se savait maître d'une situation. Il se rapprocha d'un air décidé de l'adolescent. Edward, qui n'en menait pas large, tenta de l'en dissuader :
« Att... Attends... ! Pouce ! Y'a POUCE ! »
Envy, toujours souriant, toisa son interlocuteur de toute sa hauteur, continuant à se rapprocher. Finalement, il s'arrêta, et souffla :
« Le monde dans lequel nous sommes, c'est mon monde. Et tu t'y es enfermé tout seul, comme un... Grand ? » fit-il en haussant un sourcil dubitatif.
Même si Edward rêvait de lui faire ravaler ce sous-entendu facile, il s'en garda joyeusement. Téméraire, mais pas fou. Il était VRAIMENT en position de faiblesse. Il était seul, face à Envy -qui, de base, était bien plus fort que lui-, et incapable de se défendre autrement qu'avec ses poings. Envy, que depuis la dernière fois, il n'avait vraiment pas envie de recroiser. De plus...
Attends...
Il avait bien dit qu'il était dans... son monde ?
« Hein ? » fit le plus jeune, incompréhensif. « Ton monde ? Comment ça ? Et... « Enfermé tout seul » ? Je suis pas encore MASO, à ce que je sache !
- Comme tu dis. Pas encore ~ 3
- Pardon ? »
Edward bugua. Euh... Hein ? P... Pourquoi Envy se rapprochait... De lui... Comme ça... ? Avec ce sourire là... ? Que devait-il comprendre ? Est-ce que c'était pour... Ou pour... Merde, il ne savait pas mais...
Il allait...
Il allait...
Quand même pas...
Mais ce regard...
Il allait...
… Le...
Le tuer ?!
« … ! »
Léééégèrement effrayé, l'alchimiste essaya de se reprendre, et tout en reculant à mesure que l'homonculus avançait, s'exclama, comme pour... Retarder l'inévitable :
« Tu mens ! Ce n'est PAS possible ! Y'a pas de.. de... De monde à toi ! Tu délires ! Tu me fais marcher ! Et... Et l'alchimie qui ne marche... Pas ! C'est pas possible, ça non plus !
- Oh que si. Tu me crois idiot au point de te laisser faire des étincelles, crevette ? Je préfère prendre mes précautions. »
Dans la tête du jeune homme, c'était l'effervescence. Récapitulons : non seulement il était coincé dans un monde étrange, mais EN PLUS, Envy, dont, il l'avouait, il avait tout d'abord pensé se faire un allié... Se révélait être une parfaite écharde dans le pied plutôt qu'une aide.
« Tu n'as pas de preuve ! » continua-t-il. Il voulait l'embobiner pour lui faire perdre ses moyens. Father, qui se planquait peut-être quelque part, avait sûrement fait son truc bizarre, là, ce qui expliquait qu'il ne pouvait utiliser l'alchimie.
« Oh que si », souffla l'homonculus en levant la main. Dans le doute, Edward leva les siennes pour parer une éventuelle attaque. Envy, dans un sourire, claqua majeur et pouce ensemble, et aussitôt... Edward fut projeté au sol.
Enfin... La version exacte serait plutôt « se vautra lamentablement en trébuchant contre une racine ». Une racine qui, à son souvenir, ne se trouvait PAS là deux secondes plutôt. Et Envy ne se fit pas prier pour en profiter de suite. Il sauta sur l'alchimiste, qui poussa un cri de surprise étranglé et leva les bras pour se défendre... Mais l'homonculus les écarta avec aisance, comme s'il ne s'agissait que de fétus de paille, et dirigea sa main, décidé, vers la gorge de l'alchimiste, qu'il s'empressa de serrer.
Il allait...
« … Te tuer ? » continua-t-il dans un sourire. « C'est ce que tu penses, n'est-ce pas ? »
Edward le regarda avec de grands yeux, la respiration haletante, bien alerte : il n'était pas sans oublier qu'au moindre geste, Envy pouvait au choix : l'étouffer, lui trancher la gorge, ou lui tordre le cou. Bien sûr qu'il pensait qu'il allait le tuer ! Était-ce à cause de son refus de la dernière fois ? Envy lui en voulait et voulait le lui faire payer ?
« Tu te trompes. Déjà, tu n'es pas sans savoir que j'ai reçu des ordres clairs à ce sujet... Ensuite, ça ne présente aucun intérêt -sinon, pourquoi te faire venir ici?-... Et enfin... Au vu de ce que je t'ai dit la dernière fois, tu devrais savoir que j'ai autre chose en tête à ton sujet. Si je t'étrangle -un peu-, c'est juste pour t'empêcher de trop t'agiter. Parce que je sais pas pourquoi, mais en règle générale, tu as l'habitude de cogner avant de laisser les gens parler -ça se soigne, ça, tu sais?-. Enfin bref », fit l'androgyne en haussant les épaules, avant de reprendre, sur un ton moins jovial, et plus sérieux : « En fait, pour tout te dire... J'aimerais plutôt passer un pacte avec toi. Mais avec des termes différents que celui, un peu maladroit, je dois l'admettre, que je t'ai proposé la dernière fois.
- Un... « pacte » ? » répéta l'alchimiste, la gorge sèche, plissant un peu les yeux face au soleil qui, bien que fondant dans le ciel, restait bien vif, et lui faisait face, juste derrière Envy. Ca y est. On touchait au but. Envy abordait le point névralgique de leur dernière entrevue. Il avait pensé à un rêve, à une folie de la part de l'homonculus, mais non. Il semblait vouloir remettre ça sur le tapis.
« Oui, ou un marché, comme tu veux. Qu'est-ce que tu en dis ? ~
- Je te l'ai dit : je ne crois pas que tu aies quoi que ce soit à m'offrir qui puisse m'intéresser, surtout pas à ce pr-... »
Le petit blond s'interrompit, et ses yeux s'agrandirent d'horreur.
« Ne me dis pas que... !
- Nooooon, ça n'a rien à voir avec ton frère », soupira l'homonculus en levant les yeux au ciel. « Le monde ne tourne pas autour de lui, tu sais », souligna-t-il en envoyant une pichenette au blond.
« Alors quoi ? » rétorqua l'alchimiste d'un ton mauvais, appréciant peu ce dernier geste. « Si c'est encore pour me dire que j'aurais la vie sauve le jour promis si je... »
- Ça t'arrive, d'écouter les gens ? Je t'ai dit que j'allais te proposer autre chose. Par exemple... » l'interrompit l'androgyne dans un sourire en coin, d'une voix presque mielleuse. « … Que tu me laisses carte blanche pour m'amuser un peu... Et qu'en échange, je t'offre ce dont tu rêves depuis toujours ~ Ça me paraît honnête et bien plus intéressant, non ?
- « T'amuser ? » Comment ça ? » demanda naïvement l'adolescent, même s'il avait une vague idée de ce à quoi Envy faisait référence, car il l'avait brièvement évoqué la dernière fois.
L'androgyne se contenta de le dévisager un moment, ce qui agaça son captif, qui s'exclama :
« Mais quoi ?!
- Des fois, tu es tellement candide que ça en ferait presque peur », souligna Envy en haussant un sourcil. Soucieux de bien se faire comprendre, il se pencha lentement, puis chuchota quelque chose à l'oreille d'Edward. Quelque chose de visiblement indécent, puisque l'adolescent rougit comme une pivoine.
« Non mais ça va pas ?! Je t'ai déjà dit que... Que... » s'exclama l'alchimiste en dégageant brusquement l'homonculus, qui avait baissé sa garde, et qui roula un peu plus loin. « Va te faire foutre ! » pesta le plus jeune en se relevant précipitamment, s'écartant, par précaution. « Pas moyen que j'accepte ! En plus, pour quoi ?! Pour une fausse pierre philosophale à la con, sûrement ?! T'es peut-être pas Greed, mais presque ! Et encore, lui, il propose des marchés plus honnêtes !
- Ne vas pas en terrain miné, tu veux ? » gronda le brun en se redressant, visiblement mécontent. D'où qu'il le comparait à son frère ? « De plus, je n'ai jamais dit que je t'offrais une pierre philosophale en échange. »
Edward haussa un sourcil, tenant haute sa garde.
« Parce que t'as autre chose à me proposer ? Mais de toute façon, ce sera non, je te l'ai déjà dit, parce qu-...
- Effectivement », le coupa Envy, en tendant brusquement son poing fermé devant lui. Edward, bien qu'il fût à trois bons mètres, sursauta quand même, et fixa Envy... Inquiet. Il se sentait bien ? Qu'est-ce qu'il faisait ?
« Regarde », souffla l'homonculus, en ouvrant brutalement son poing, écartant les doigts au possible.
« …. ! »
L'alchimiste ferma les yeux, car brusquement, une brise lui frappa le visage. Quand il les rouvrit, il ne vit... qu'une explosion de couleurs. Il tourna lentement la tête vers son origine, qui n'était autre que son bras droit.
Le gris de l'automail se déchira, puis roula sur lui-même en fin lambeaux, dans de petits éclairs colorés qui n'étaient pas sans rappeler la façon dont les homonculi guérissaient. Sous ses yeux éberlués...
Son automail...
Disparaissait.
Purement et simplement.
Le métal s'envola dans les airs comme un mauvais rêve, laissant place à un bras de chair. Une peau dorée, chaude... Qu'il avait pensé ne plus jamais revoir.
Il resta muet de stupeur.
« Voilà ce que je suis capable de t'offrir.
- M-Mais comment... ?!
- Mais, tu le sais... A une condition », susurra l'androgyne, avant de refermer sa main et de la ramener contre lui. Aussitôt, le métal qui s'était simplement volatilisé réapparut progressivement, depuis l'épaule de l'alchimiste qui, tétanisé et horrifié, essayait de l'enlever en frottant énergiquement et désespérément son bras de sa main opposée. Non ! Non ! Non !
« ATTENDS ! » s'exclama l'alchimiste, en panique.
« Ouiiii ? » fit l'homonculus, feignant de ne lui adresser qu'une moindre attention, tout en rouvrant légèrement sa main, stoppant le processus.
« Je... Je...
- « Tu... Tu... »... Quoi ?~ » se moqua le plus âgé en se rapprochant, amusé, de l'alchimiste... Qui se mordit la lèvre. Allait-il bêtement laisser tomber une occasion en or comme celle-ci... Juste pour... Parce qu'il était réticent ou trop orgueilleux à l'idée de... de... ?
« Rappelle-toi une chose : ici, il n'y a que nous. Ce qui se passe dans ce monde reste dans ce monde, tu sais... » susurra le prédateur en se rapprochant lentement de sa proie, pour l'acculer contre un arbre. « Ça ne serait qu'un secret. Un de plus, un de moins... Qu'est-ce que ça peut bien faire ? » continua, d'une voix enjôleuse, le dangereux androgyne.
Et il fit mouche.
Edward leva ses yeux couleur de miel, et les plongea dans ceux, améthyste, de l'androgyne. Alors que sa raison lui criait de ne pas se laisser avoir par les paroles d'un fieffé menteur... Que peut-être, il n'y en aurait qu'un d'eux deux à avoir ce qu'il désirait, au final -et que probablement, ce ne serait pas lui-... Son désir, lui, lui chantait une tout autre musique : une telle opportunité ne se représenterait pas deux fois. Si Envy avait réellement, dieu seul savait comment, le pouvoir de lui rendre ses membres, et pourquoi pas le corps de son frère s'il parvenait à entrer dans les bonnes grâces de l'homonculus... Ça valait bien un sacrifice, non ? Finalement... C'était peu cher payé pour ce qu'il allait obtenir. Une vie de quête et de recherches contre un moment à deux ?
Et puis... Est-ce que, au fond de lui, il n'espérait pas... ?
« Ça marche », souffla l'alchimiste, en baissant lentement sa garde.
Envy sourit, rouvrit sa main.
L'automail disparut de nouveau.
Et la tentation l'emporta.
Envy se passa la langue sur les lèvres, et s'empara brusquement de celles de l'alchimiste, qu'il fit reculer jusqu'à le plaquer contre l'arbre au pied duquel il s'était réveillé.
Edward ferma instinctivement les yeux. Il ne savait pas pourquoi l'homonculus faisait ça. Enfin... Si. Peut-être qu'il ne lui avait pas menti, la dernière fois... Peut-être qu'il ressentait effectivement quelque chose pour lui, qui motivait un tel désir ? Peut-être était-il frustré de s'être vu refusé ses avances, cette nuit-là, lorsqu'il lui avait tendu une embuscade pour espérer s'entretenir en tête à tête avec lui, le mois dernier ? Peut-être s'était-il confié à cœur ouvert cette fois-là et que, réellement, il avait envie de changer la nature de leur relation et que ce n'était plus une haine diffuse qu'il ressentait à son égard, mais bien autre chose ? Ou alors peut-être ne s'agissait-il que d'une envie passagère, une lubie lubrique qui lui passerait dès qu'il aurait assouvi un désir tapi depuis trop longtemps ?
L'alchimiste ne savait pas. Il ignorait les motivations du plus âgé.
Et, à vrai dire, même s'il aurait aimé les connaître... Pour l'instant, elles n'avaient pas d'importance. Car seul importait le moment présent, ses sensations et leurs soupirs.
D'ailleurs, il ne savait pas non plus pourquoi, lui-même, il le laissait faire ça. Pourquoi il laissait tomber la moindre de ses défenses devant lui. C'était insensé.
Serait-il, peut-être... ?
Il décida de chasser les pensées qui le tourmentaient. Car il n'y avait aucune logique à tout ce qu'il se passait. Aucune.
Et pourtant, ça se passait.
Car là-bas, la logique n'existe pas.
C'est cela qui expliqua qu'Edward, en rouvrant les yeux, se rendit compte qu'il était allongé dans l'herbe chaude de cette fin de journée, et non plus appuyé contre l'écorce rude de l'arbre. Cela qui expliqua également pourquoi il appréciait tant les baisers à peine esquissés qu'Envy lui offrait dans le cou. Pourquoi, toujours, il y répondit en enlaçant cet amant d'une fois, dans ce qui serait la plus secrète et interdite des étreintes jamais partagées.
Et pourquoi, enfin...
Il souhaitait que ça n'ait pas de fin.
Ou peut-être, en fait, que ça n'avait rien à voir avec l'inepte de ce lieu... Mais plutôt avec quelque chose d'enfoui en lui depuis quelques temps déjà.
Lorsqu'Envy était venu le trouver, l'autre fois, pour lui faire cette déclaration inattendue où il lui disait vouloir changer certaines choses entre eux deux... Il avait, assurément, été gêné. En premier lieu, il s'était dit que c'était insensé. Que c'était un piège, ou simplement un jeu pour se moquer de lui. Qu'Envy délirait.
Alors il l'avait rejeté sans cérémonie. D'abord avec légèreté, puis plus rudement lorsqu'il avait insisté.
Et là, Envy l'avait regardé d'une façon inédite : ç'avait été la première fois qu'il avait vu, chez l'androgyne, une tristesse véritable. Ou en tout cas, un sentiment qui y ressemblait à s'y méprendre. Et quelque part, au fond de lui... Il n'avait pu s'empêcher de ressentir une certaine culpabilité.
Il avait cru que c'était simplement le sentiment que l'on éprouvait lorsque l'on éconduisait les sentiments de quelqu'un d'autre. On se sentait incapable de les partager, et on en était désolé. Oui. Même s'il s'agissait de quelqu'un avec qui, de prime abord, on n'avait pas réellement d'affinité. Toutefois... A force de retourner le problème dans tous les sens pendant les jours et les semaines qui avaient suivi, Edward en était venu à une autre conclusion. En fait... La culpabilité qu'il avait ressentie à ce moment trouvait son origine ailleurs. Pour être honnête, au moment où il avait prononcé ce « non »...
...
Il avait surtout voulu fuir ce pour quoi il n'était pas prêt.
Mais en un mois, beaucoup de choses peuvent changer.
Et c'est ce qui s'était produit.
Brusquement, une fièvre inédite s'empara de l'adolescent, qui se saisit des cheveux de son aîné pour ramener son visage à hauteur du sien, et lui offrir un baiser tant passionné que maladroit. Assurément, le premier qu'il dédiait à quelqu'un.
Envy, surpris, ouvrit de grands yeux et laissa le blond prendre le dessus quelques secondes, avant de rapidement lui faire comprendre qu'il n'avait pas à outrepasser ses droits : c'était lui qui menait. A Edward de faire avec. Aussi le plaqua-t-il davantage au sol, lui rendant son baiser avec plus d'intensité encore. Puis, au bout d'une bonne minute, il se détacha lentement de l'alchimiste, et murmura, non sans amusement :
« Alors, crevette ? On a décidé de changer d'avis et d'arrêter de se torturer les méninges ? » Il ajouta, dans un sourire un peu plus moqueur : « Ca m'arrange. Ca commençait à m'embêter de te voir déconnecté parce que tu pensais trop. Tu sais, ça aussi, ça se soig-...
- Et toi, tu parles trop », railla l'adolescent, avant de l'embrasser de nouveau, mais différemment. Cette fois-ci, il n'hésita pas à laisser Envy mener. Envy dont les pupilles se rétractèrent d'un coup sous le coup du désir, et qui défit la chemise de l'alchimiste avec empressement, les doigts tremblants d'excitation. Il la déboutonna d'une main experte tandis que la seconde, elle, se perdait dans les cheveux d'Edward emmêlés dans le tapis d'herbes gorgées de soleil, arrachant quelques boutons par maladresse. Ca lui apprendrait à prendre des vêtements si compliqués pour quelque chose de pourtant si simple. La prochaine fois, Edward prendrait un débardeur, comme il le faisait d'ordinaire. Et puis voilà.
Edward grogna un peu en entendant le craquement plaintif de deux boutons, mais fut beaucoup moins prompt à râler lorsque l'androgyne descendit prendre en otage l'un des points sensibles de son torse, qu'il suça un bon moment. Il s'attaqua ensuite au second, sachant parfaitement comment stimuler le corps certainement inexpérimenté de son partenaire... En ne lâchant pas celui-ci du regard tout du long. Peu à peu embarrassé par l'intensité de ce regard si adulte, Edward détourna finalement un peu la tête, le rouge aux joues et les sourcils froncés, et chercha discrètement à rabattre un peu les pans de sa chemise sur son torse, comme pour couper court à ce jeu qu'il ne maîtrisait plus. C'était comme si Envy le dénudait du regard -enfin, « comme si »... C'était le cas, oui!- et lisait en lui comme dans un livre ouvert. Il en perdait ses moyens. Ça lui donnait l'horrible impression de n'être qu'un débutant qui se donnait des grands airs alors qu'il n'aurait pas dû.
Cependant, ce fut au tour d'Envy de gronder sourdement en percevant ce mouvement inattendu. Il envoya une tape bien sentie sur la main gauche d'Edward, qui sursauta légèrement, et, lâchant ce qu'il avait en bouche, souffla :
« Si tu bouges cette main encore une fois, je lui trouve une autre occupation ~ Ou au pire, je l'attache. Alors reste tranquille et arrête de me compliquer la tâche. » Puis, plus doucement, il rajouta : « Détends-toi un peu. Tu es raide comme un bout de bois. » Un sourire pervers illumina son visage alors qu'il rajoutait d'une voix langoureuse : « Plus bas, ça ne me gêne pas, mais là, en l'occurrence, oui. Alors arrête de te prendre la tête comme ça. Pour une fois, écoute un peu ce que te dis ton corps plutôt que ton cerveau. Des deux, c'est le moins compliqué... Et surtout le plus franc. N'est-ce pas ? » souligna l'androgyne en adressant un regard étrange à Edward, lui faisant subtilement comprendre que s'il réagissait comme ça à son contact... Cela signifiait, par voie de conséquence, que lorsqu'il l'avait rejeté la dernière fois, il n'avait en fait pas eu de réelle raison autre que celle de ne pas vouloir regarder la vérité en face.
Une vérité difficile à accepter pour le jeune alchimiste :
Il n'était pas insensible à Envy.
Dérouté de voir ainsi ses contradictions mises à nu, Edward ne pensa pas à réagir lorsque l'homonculus déboutonna son pantalon et en fit glisser la fermeture éclair. Par contre, lorsqu'il passa ses mains aux doigts agiles et froids sur la ceinture en cuir pour baisser le pantalon et le boxer dans un même et fluide mouvement, l'adolescent se redressa un peu, paniqué. De suite, une main puissante se posa sur son torse, lui intimant de rester allongé. Un geste qui, étrangement, le calma, et le garda d'envoyer de forts coups de pieds à son partenaire et de se barrer en courant avec le pantalon à moitié enfilé. De toutes façons, il ne serait pas allé bien loin avant de s'étaler par terre.
« T... Tu fais quoi ? » demanda quand même le plus jeune lorsque l'élastique du boxer -rouge!- atteignit la zone de non retour, constituée d'une ligne de petits poils blonds à peine visibles.
Envy resta un peu interdit devant cette question soit stupide, soit rhétorique, mais choisit quand même d'y répondre avec humour :
« Ça ne se voit pas ? Je joue aux cartes. Franchement, Ed, je fais quoi, là ? »
L'interpellé eut un air penaud mal dissimulé. En fait, il ne savait pas trop quelle autre réponse que celle-ci Envy aurait pu lui donner. Peut-être lui préciser davantage ce qu'il comptait lui faire plus bas ? Plusieurs solutions s'offraient à lui, et elles étaient toutes plus intimidantes et gênantes les unes que les autres. Il préférait savoir à quoi s'en tenir.
« Si tu te demandes ce qu'il va se passer, le mieux, c'est encore que tu fermes les yeux et que tu le devines aux sensations », lança l'androgyne d'un air expert, avant de rajouter tout bas, comme s'il avait quand même envie d'être entendu par son nouveau partenaire : « Enfin... je dis ça, mais c'est surtout car c'est moi que tu commences à stresser avec tes yeux de crevette trop cuite, là. »
Edward ferma les yeux avec force, décidant de suivre le conseil avisé du brun qui avait, à n'en pas douter, plus d'expérience que lui. Une excitation nouvelle naquit en lui alors que le monde ensoleillé et irréel qui se trouvait autour d'eux sombrait dans le noir, emporté par ses paupières plissées. Plus rien ne se trouvait entre lui et les sensations qui étreignaient son corps frémissant. Aux images s'étaient substitués les sons, et aux hésitations un plaisir presque coupable à chacune des caresses qu'Envy lui offrit, tandis qu'il achevait de faire lentement glisser ses vêtements le long de ses cuisses finement musclées. Un air frais couplé aux rayons doux et chauds du soleil vinrent chatouiller sa peau nue et ainsi exposée, tandis qu'une main assurée se posait sur son entrejambe. Il poussa un petit gémissement et fut tenté de rouvrir les yeux, mais s'en garda de son mieux. Les doigts de sa main droite se fichèrent dans l'herbe, puis dans la terre. Crispé, le torse du petit blond se soulevait avec rapidité.
Le stress monta d'un cran, mais fut bientôt balayé par d'agréables mouvements appuyés sur sa virilité, qui lui tirèrent quelques soupirs.
Ce fut le moment qu'Edward choisit pour entrouvrir ses yeux embués de plaisir, et celui qu'Envy choisit pour se pencher et remplacer ses doigts par ses lèvres. Le petit cri que poussa l'alchimiste à cette vue et à cette sensation interpella et ravit le plus âgé, qui lui envoya une pichenette sur le front, l'air de dire : « Tut tut. On ne triche pas. »
Edward se fit violence pour replonger dans ce monde de ténèbres aveuglantes, mais ne put s'empêcher de faire glisser sa main gauche jusqu'à la tête d'Envy. Comme de véritables petites griffes, ses doigts se plantèrent dans ses longs cheveux noirs. S'il ne pouvait plus avoir accès à ce monde par la vue, il y garderait malgré tout une emprise comme cela. Sinon, il allait perdre pied.
Car c'était trop agréable.
Il ramena un peu sa jambe droite vers lui et se mit à haleter plus fort au fur et à mesure qu'Envy gagnait en assurance en remarquant les réactions positives de son amant. Le rythme s'intensifia progressivement. Les mouvements furent plus appuyés, plus forts, plus détaillés. Enveloppé d'une douceur indescriptible et d'une délicieuse chaleur, Edward expérimentait quelque chose d'à la fois gênant et honteux, inavouable et extatique. Pour la première fois, il partageait une étreinte et des caresses avec quelqu'un, et il ne pouvait pas se mentir davantage : c'était plaisant.
Là, en cet instant, il n'avait plus besoin de taire ce désir tant refoulé.
Il avait envie de l'homonculus, et celui-ci le lui rendait plus que bien.
En moins de quelques secondes, la vitesse des mouvements d'Envy atteignit son apogée. Ceux-ci se firent à la fois erratiques et pressés, comme si l'androgyne avait senti que l'adolescent n'allait plus tarder à atteindre le septième ciel, et souhaitait l'y propulser d'un seul coup. Les gémissements devinrent profonds, Edward se crispa, tira légèrement les cheveux de son amant et, tout à coup, expérimenta son premier orgasme. Il se libéra par quelques à-coups maladroits entre les lèvres délicieusement pressées d'Envy, essayant par réflexe de l'écarter d'une main tremblante, mais en vain. L'homonculus resta en place, bien campé sur ses genoux et autoritaire, et accueillit avec un plaisir non dissimulé l'orgasme de son partenaire. Il ne s'écarta qu'une fois que ce dernier eut terminé et eut repris son souffle devenu irrégulier.
Edward rouvrit peu à peu les yeux, épuisé par le plaisir diffus qui parcourait chaque nerf de son corps. Il avait l'impression d'avoir été anesthésié... Mais de quelle façon !
« Alors, cette première fois ? ~ » lança, d'un ton amusé, l'homonculus.
Edward vira au rouge écrevisse, et se redressa d'un coup, essayant en panique de remettre correctement son pantalon. Après avoir repris ses esprits, ce n'était plus qu'une immense gêne qu'il ressentait. Pourtant, à nouveau, une main ferme se posa sur lui. Sur la sienne -faite de chair, à présent-, plus précisément. L'adolescent se stoppa net et leva des yeux intrigués au moment où Envy se penchait vers lui et, chose étonnante... Apposait un baiser d'une douceur inattendue sur son front. L'adolescent resta muet, contrairement à Envy qui déclara :
« Dommage que l'on ne puisse pas continuer davantage. Ça m'aurait bien plu d'avoir le droit à un échange équivalant, moi aussi ~ Peut-être une autre fois ? Enfin... Si, comme ici, tu l'oses. »
Edward s'apprêtait à demander ce qu'Envy sous-entendait quand, brusquement, un grondement terrible se fit entendre. Le petit blond sursauta et agrippa par réflexe la main d'Envy posée sur la sienne.
« C'était quoi, ça ?
- La fin du rêve.
- Quoi ? »
Edward prononça ce dernier mot avec une voix plus aiguë qu'il n'aurait voulue sous le coup de la peur.
Car au loin... Un spectacle cauchemardesque se déroulait.
Ses yeux s'agrandirent d'horreur en voyant, au loin, le ciel se décomposer en une aquarelle de couleurs dégoulinantes. Le paysage fondit en quelques secondes. Les nuances se répandirent d'une façon désordonnée au sol, anéantissant tout horizon et toute perspective, et de l'encre noir gargouilla de part et d'autres du ciel, se répandant comme du pétrole sur une mer de couleurs, dévorant tout l'ocre, le rouge, l'indigo ou le vert menthe qui les entouraient. Effrayé, il se pressa contre Envy, qui l'enlaça, et lui chuchota :
« J'attendrai ta réponse. »
L'encre noir se contorsionna pour former une vague gigantesque qui déferla sur eux à toute vitesse, comme si, brusquement, la nuit emportait la moindre parcelle de lumière.
Edward, pressé contre Envy comme un citron, ferma les yeux comme pour échapper au choc qui n'allait pas tarder à arriver. Il entendit la mer de ténèbres gronder avec fracas, ses vagues claquer avec férocité contre les arbres qu'elles manquaient de déraciner puis, brusquement... Sentit son froid le mordre avec violence.
L'enfant rouvrit les yeux en sursaut.
« …... ! »
Haletant, il parcourut d'un regard angoissé et alerte les alentours.
Il faisait nuit.
Il était seul.
Et il était glacé.
Il se leva avec précipitation, faisant tomber de ses genoux le dessin sur lequel il travaillait peu avant et quelques crayons de couleurs, qui roulèrent dans l'herbe glacée, plus loin. L'adolescent tituba un moment, fit quelques tours sur lui-même pour s'assurer de là où il se trouvait, et chercha du regard Envy, qui avait visiblement disparu. Pendant plusieurs minutes, il resta hébété et affolé, incapable de mettre de l'ordre dans ses idées. Il lui fallut un bon moment pour réussir à comprendre que tout ce qu'il avait cru vivre, quand bien même ç'avait donné l'impression d'être si réel...
N'avait en fait été qu'un rêve, et rien de plus.
A cette simple constatation, l'agitation qu'il ressentait s'évapora comme un mauvais rêve, et il resta immobile, debout dans l'air (trop) frais du soir, à regarder au loin la campagne de son enfance aux collines ondulantes, qui s'était endormie depuis, vraisemblablement, une ou deux heures. La nuit avait fait fuir le soleil et avait repris ses droits, couvrant de son manteau sombre et étoilé les pâturages auparavant verdoyants, mais à présent plongés dans l'obscurité, et laissant la lune éclairer d'un halo timide quelques modestes villages ça et là. Au loin, il apercevait Resembool, avec ici ou là une fenêtre éclairée, et un peu en retrait, la maison de Pinako qu'il avait quittée quelques heures auparavant, et où devaient sûrement l'attendre celle-ci, Winry et Alphonse.
Combien de temps exactement s'était-il écoulé depuis qu'il était là ? Combien d'heures avait-il dormi ?
Il huma l'air pur de toute pollution, et ne sentit pas les quelques effluves appétissantes qui flottaient généralement dans l'air à l'heure du dîner. Il devait être bien tard pour qu'aucun fumet de quelque viande que ce soit n'ait décidé de parvenir jusqu'à ses narines. De plus, il faisait bien sombre... Il devait être assez tard, en fin de compte. Encore heureux qu'il n'était pas aller se perdre quelque part en forêt, il n'y aurait vu goutte et aurait eu un mal de chien à retrouver son chemin. Là, la vue était dégagée. Il voyait quand même où il mettait les pieds.
Edward épousseta un peu sa chemise, puis se pencha pour ramasser ses affaires, non sans que ses pensées ne dérivent malgré lui vers les souvenirs de ce rêve étrange qu'il venait de faire. A vrai dire, il peinait à se convaincre que ça n'avait pas été réel. Évidemment, des éléments étaient bien trop étranges pour pouvoir s'expliquer... Mais tout de même, les sensations...
Son esprit était embrouillé entre rêve et réalité.
« ….. »
Il baissa des yeux honteux. Son corps aussi, visiblement. Eh ben. Heureusement qu'il avait une petite marche avant d'arriver à la maison. Ça lui permettrait de calmer tout ça. Tu parles d'une tuile si Alphonse ou Winry était parti à sa recherche et l'avait trouvé là, endormi, et avec remarqué que... Bref ! Il avait suffisamment perdu de temps avec ces bêtises. Il rangea les crayons et autres feutres dans leur boîte, récupéra son dessin, puis partit d'un bon pas en direction de Resembool, pour se réchauffer un peu. Un vent frais souffla de nouveau.
Bon sang que ça faisait du bien d'entendre à nouveau son doux gémissement spectral et, ici ou là, le battement d'ailes d'une chauve-souris ou le hululement régulier d'une chouette. D'habitude, il aurait été peut rassuré de se retrouver seul en pleine nature à une heure avancée de la soirée. Mais après l'angoisse qu'il avait vécue, il trouvait que finalement, mieux valait de petits bruits épars qu'un silence généralisé et mortuaire.
Il ne mit pas trop longtemps, fort heureusement, avant de gravir la petite montée qui menait à la maison de Pinako. Tout le long du chemin, son ventre avait grondé, lui confirmant ce qu'il craignait : il était tard. Il offrit une brève et amicale caresse à Ben en passant, qui le salua avec quelques jappements de joie, monta les quelques marches en bois qui menaient à la porte d'entrée et ouvrit celle-ci avec précaution.
Mais rien n'y fit, il ne put éviter l'inévitable : à peine entré, il reçut un fort coup sur la tête. A n'en pas douter -il avait l'habitude à présent-, un joyeux coup de clef à molette offert par une blonde qui, visiblement, n'était pas de très bon poil.
« Eh bien ! Heureusement que mamie t'avait dit de ne pas être en retard pour le dîner ! Tu as vu l'heure qu'il est ? On a failli commencer sans toi ! »
Certainement une façon pour la jeune fille de signifier qu'elle s'était inquiétée pour le garçon. Elle soupira d'agacement et le laissa entrer et refermer la porte, pour partir annoncer à sa grand-mère son arrivée. Edward ne se rappelait pas avoir entendu quoi que ce soit de la part de Pinako, mais n'osa pas en faire la remarque en voyant l'heure qu'il était. Vingt deux heures et quelques. Oula... Effectivement, il était resté un bon bout de temps dehors.
Alphonse vint à sa rencontre, l'air un peu embêté. Il s'apprêtait sûrement à le reprendre à l'ordre, mais Edward le coupa :
« Oui, je sais, je sais, j'aurais dû revenir avant. Mais je me suis endormi ! Ça arrive, non ?
- C'est tout ce que tu as trouvé comme excuse pour t'être éclipsé des heures et nous avoir laissé ranger tout seuls ? T'abuse, Ed ! » fit son petit frère, un peu remonté.
« Mais non ! Je me suis vraiment endormi ! » se défendit l'adolescent d'une voix un peu plus forte, si bien qu'elle parvint jusqu'aux oreilles de Winry, actuellement en cuisine pour aider Pinako à amener le repas jusque dans la salle à manger. Tout en transportant une lourde casserole dans laquelle se trouvait une bonne blanquette de veau à l'odeur alléchante, la jeune fille s'exclama :
« Ah parce qu'en plus de nous avoir laissé tout le travail, tu n'as même pas fini ce pour quoi tu t'es éclipsé comme un voleur ? J'y crois pas ! T'es vraiment... ! Rah, tu m'énerves ! »
Elle posa d'un coup la casserole sur la table et se dirigea d'un pas ferme vers son ami. Edward crut qu'il allait avoir droit à un nouveau coup, mais rien de tout ça : Winry se contenta de lui arracher son dessin des mains pour regarder s'il l'avait ou non fini. De la réponse dépendrait le nombre de coups qu'elle allait lui donner.
Et, surprise...
… Le dessin était achevé.
Son expression s'adoucit en contemplant ce qui serait l'une des seules œuvres d'Edward à être achevées, et elle commenta :
« Ben là, je suis bluffée. J'aurais pas cru que tu le finirais vraiment. En plus, c'est sympa, les petits personnages, là ! Tu vois ? Quand tu veux, tu peux ! » Elle tendit le dessin à Alphonse pour qu'il puisse y jeter un coup d'œil, puis laissa gentiment Edward le lui arracher des mains, tandis qu'il demandait, perplexe :
« Quels personnages ? »
Il s'avança un peu pour voir le dessin à la lumière sans être gêné par l'ombre gigantesque d'Alphonse, et resta interdit en voyant que, au beau milieu de son paysage aux couleurs chatoyantes, se trouvaient deux personnes. On ne voyait pas très clairement de qui il s'agissait car elles étaient placées assez loin, mais si, pour Alphonse et Winry, elles restaient et resteraient probablement à jamais un mystère... Lui, il savait très bien qui ces personnages représentaient.
Des cheveux blonds.
Des cheveux noirs.
Un androgyne.
Et lui.
C'était bien Envy et lui-même qui étaient représentés en tout petit au fond du paysage.
Sauf que ce n'était pas lui qui l'avait dessiné.
Il resta à dévisager la feuille comme si elle lui avait parlé, jusqu'à ce qu'Alphonse dise :
« J'attendrai ta réponse. »
Edward se raidit comme un piquet et fit volte-face vers son petit frère, les yeux ronds comme des billes. S'il fallait décrire ce qu'il ressentait en cet instant... Disons qu'il aurait été aussi à l'aise et agréablement surpris que si quelqu'un l'avait brusquement foutu à poil en plein milieu d'un lieu public. Oui, voilà. Ce n'était pas très loin de ça, comme impression. La gorge sèche, il demanda :
« Tu... Tu peux répéter ?
- « J'attendrai ta réponse » ?
- Ma réponse de quoi ? » demanda naïvement l'adolescent, un sourire de malaise sur le visage. Faire. Semblant. De. Rien.
« Ah... Euh... Non, mais je lisais juste ce qui est marqué au dos de la feuille. Pourquoi tu as marqué ça ? » Puis, plus bas : « C'est un message subliminal pour Winry ? Parce que franchement, Ed, on a fait mieux comme technique de drague. Je peux te conseiller si tu v-...
- Non, ça ira ! » le coupa le blond, mort de honte. Putain de quiproquo. Mais merde ! Comment ça s'était retrouvé là, ça ? Il l'avait gribouillé dans son sommeil ?!
Winry, dont l'attention fut attirée par les cris, s'exclama :
« Bon ! Vous avez fini de jouer aux pitres, tous les deux ? On aimerait bien passer à table, nous ! Alors hop ! On s'installe ! »
La jeune fille désigna d'un ton autoritaire deux places de part et d'autre de la table. Une véritable matrone. Les deux garçons préférèrent passer sous silence ce qui venait de se passer et obéirent docilement à la jolie blonde. Le repas se passa dans une atmosphère conviviale et animée malgré l'heure tardive : personne ne semblait trop en vouloir à Edward. La seule chose qui le dérangea un peu fut les coups d'œils insistants de son petit frère -qui n'avait rien d'autre à faire puisqu'il ne mangeait évidemment pas-, comme s'il cherchait à savoir ce qu'Edward avait en tête avec son message. Sauf que ça, il ne le saurait jamais, car l'adolescent s'empressa d'aider à la vaisselle une fois sorti de table pour pouvoir filer dans sa chambre et éviter tout interrogatoire gênant.
Il grimpa les escaliers quatre à quatre pour se hâter de regagner sa chambre, où il pourrait faire le point sur tout ça. Seulement, quand il ouvrit la porte de celle-ci... Il fut surpris par l'air un peu frais qui lui mordit les joues. Intrigué, il referma la porte, alluma la lumière... Et constata que la fenêtre était grande ouverte. Les rideaux qui y étaient suspendus ondulaient doucement au rythme du souffle du vent, comme s'ils conviaient l'adolescent à se rapprocher d'eux. Edward remarqua de suite que, au vu de la fraîcheur de la pièce, ça faisait un moment que la fenêtre était ouverte. Néanmoins, quand il était arrivé... Il avait bien remarqué, au dehors, que ce n'était pas le cas. Sinon, il se serrait empressé de la fermer pour éviter la venue indésirable de moustiques ou d'autres bestioles.
Sauf que, problème : entre temps, ils étaient tous allés dîner. Donc personne n'avait pu l'ouvrir à son insu, cette fichue fenêtre.
Alors si, au lieu de moustiques... C'était un gêneur beaucoup plus grand et collant qui était rentré chez lui ?
Il se précipita pour fermer la fenêtre, le cœur battant, puis s'adossa à la fenêtre. Était-ce possible que... ?
Par mesure de précaution, il transmuta son automail. Par mesure de précaution, c'était tout.
« ….. »
Il fit le tour de la pièce, inspectant chaque coin et chaque recoin à la recherche de la présence incongrue de quelqu'un ou d'une bestiole (on ne savait jamais, avec Envy)... Mais dut se rendre à l'évidence : personne ne se trouvait dans sa chambre. Un peu rassuré, l'adolescent se dit qu'il n'avait simplement pas remarqué, en fait, que la fenêtre était entrouverte lorsqu'il était arrivé, et que le vent, un peu fort ce soir, l'avait ouverte en grand. Il haussa finalement les épaules, soulagé de ne pas avoir à faire face à ce qu'il repoussait depuis pas mal de temps, puis alla se doucher. Il revint ensuite dans la chambre au bout d'une bonne demie-heure après avoir, également, dit bonne nuit aux autres occupants de la maison, puis enfila son pyjama et se coucha sans plus tarder. Il alluma la lampe de chevet et se saisit de son livre fétiche du moment tout en s'écroulant sur son lit...
… Mais un froissement inattendu lui fit froncer les sourcils.
Edward lâcha finalement son livre, roula sur lui-même, et souleva avec précaution son oreiller pour découvrir, dessous, un crayon... Et un bout de papier.
Après avoir inspecté d'un œil méfiant le crayon rouge, il déplia la feuille -non sans appréhension-, et découvrit quelques mots rédigés d'une écriture soignée qu'il ne connaissait pas :
« Tu avais oublié celui-ci, sous l'arbre. Je te l'ai ramené.
Au fait, comment as-tu trouvé mon coup de crayon ? Pas mal, hein ? (Je n'ai pas passé deux cents ans à me tourner les pouces ! ~)
Je pense que tu as dû voir mon message, mais au cas où : j'attends ta réponse. Pense à venir me voir quand tu seras de retour à Central. Pour l'instant, j'ai à faire. Cela dit... Sache que si tu ne viens pas, c'est moi qui viendrait te chercher ~
Bye bye ~
Envy
PS : Dis donc, je ne sais pas à quoi tu rêvais, mais ça avait l'air de te plaire. Tu me raconteras ça à l'occasion ~ 3 »
Edward vira au rouge pivoine, déchira le bout de papier dans un cri de rage en envoyant valser tous les petits bouts sous le coup de l'agacement.
Ce fut le moment que choisit Alphonse pour faire irruption dans sa chambre en s'exclamant :
« Edward, tout va bien ?! »
Mais l'adolescent avait déjà entendu les pas lourds et précipités de son cadet, et avait eu le temps d'éteindre la lampe de chevet. Tourné face au mur, il attendit que la porte se referme complètement pour rouvrir ses mains, dans lesquelles se trouvaient les morceaux de papiers qu'il avait rassemblés avec précipitation au creux de celles-ci.
Des morceaux de souvenirs.
Il les contempla un moment, puis les empila en un petit tas sous son oreiller, se jurant de les recoller les uns aux autres dès son réveil, le lendemain matin.
En attendant, il s'en remettait aux rêves qui, sans doute, l'emporteraient jusque là.
Quelque part, où la logique n'avait plus court, mais où l'absence de celle-ci ne le dérangerait pas.
Et quelque part où il pourrait, sans honte, se laisser aller aux désirs les plus inavouables et les plus espérés.
FIN
Voilà ! J'espère que ça vous aura plu ! C'est le premier lemon que je rédige sur fanfiction (les traductions ne comptent pas), et de ce fait, ça m'intéresserait fortement d'avoir votre avis tant sur le fond que sur la forme. Surtout que, de base, j'ai un peu dévié de l'histoire originale (en cinq ans, on a le temps de changer d'avis)...
J'ai voulu faire quelque chose d'un peu poétique et d'assez soft... Alors si ça vous a plu, il se peut que je réécrive, un peu dans le même style, d'autres lemons. Mais à vous de me le dire, alors go reviews, tout le monde !
Allez, bisous à tous et à toutes, et à une prochaine fois !
White Assassin
