Terrible révélation
Il se leva et se dirigea vers la sortie des joueurs, pour se rendre dans leurs vestiaires. Il ouvrit son casier, et y découvrit une enveloppe, qu'il ouvrit. Le premier mot le fit immédiatement froncer les sourcils, ça suffisait déjà pour savoir qui lui avait écrit…
« Youichi, je t'ai laissé le billet.
D'ailleurs… félicitations pour ta victoire. Tu leur fais confiance, et ça se voit, bravo.
Ton père »
Il regarda encore dans l'enveloppe et y vit le billet, qu'il eut immédiatement envie de déchirer –pourquoi pas, d'ailleurs ?–. Il ne fit que soupirer et le rangea dans la poche de la veste qu'il venait d'empoigner. Puis il se changea, n'étant pas d'humeur à rester plus longtemps. Au moment où il allait partir, il entendit le commentateur l'appeler, le priant de venir sur le terrain.
Il ferma les yeux, sans pour autant bouger.
- Je ne peux pas… murmura-t-il.
- Qu'est-ce que tu ne peux pas ? lui demanda quelqu'un derrière lui, le faisant sursauter.
- Depuis quand es-tu là, Musashi ?
- Depuis deux petites minutes.
- Je ne peux pas continuer… Allez vous faire féliciter sans moi…
- Ce n'était pas toi qui un jour avais dit que tu avais hâte de voir les Gakuen à genoux devant toi ?
- Oublie ça… Je… Dis aux autres de ne pas me chercher… conclut Hiruma, les larmes aux yeux en se remémorant toutes ces années.
Puis il partit en courant, ne voulant pas montrer cette eau menaçant de couler à chaque instant. Musashi le laissa partir, sachant qu'il ne fallait pas insister avec son ami. Il tourna les talons et rejoint le reste de l'équipe.
- Et Hiruma ? demanda Kurita.
- Laissons-le tranquille, il est parti, inutile de le chercher, lui répondit-il.
L'équipe revint donc vers leurs adversaires vaincus, la mort dans l'âme, malgré les circonstances. Ils se mirent en ligne face à leurs opposants, chacun face à celui qui lui correspondait ; Karin se retrouvait devant… le vide. Une grosse goutte de sueur perla sur son front, tandis que les autres se serraient la main.
Monta serra la main du fils de son idole et sourit. Son sourire lui fut rendu et il alla voir « Honjô-sama » pour le féliciter d'avoir élevé un tel fils.
……………………………………
Tous étaient en train de s'entraîner, malgré la fin du championnat ; il ne fallait pas qu'ils se relâchent. Hiruma avait disparu depuis maintenant une bonne semaine, ça en devenait inquiétant.
À la fin de la journée, Musashi averti l'équipe de son intention, à savoir aller voir son ami là où il habitait. Il partit donc du lycée et se dirigea vers l'est de la ville (je n'ai pas choisi cette direction pour rien, car Est est égal à Gauche). Il marcha longtemps, jusqu'à l'arrêt de bus l'emmenant dans la rue où habitait le démon. Il resta dans le véhicule pendant dix bonnes minutes, avant qu'il ne s'arrête dans la rue à laquelle il devait descendre. Après avoir traversé la rue toute entière, il arriva devant un immeuble, dans lequel il entra. Il monta les marches jusqu'au sixième étage et tourna à gauche pour s'arrêter devant la porte 66 –et où se trouvait une immense affiche de publicité pour le football américain–, à laquelle il toqua. Il entendit un grognement sourd et quelqu'un s'approcha d'un pas lourd. Cette même personne ouvrit la porte et observa son visiteur d'un regard vitreux.
- Qu'es' tu fous là, fuckin' croûton… ? soupira-t-il.
- On n'a plus le droit de venir voir ses amis, maintenant ? lui demanda Musashi.
- Pfff… Je sais pas… J'te dis tout de suite, je viendrais pas à l'entraînement…
- Mais qu'est-ce qu'il t'arrive ? Pourquoi es-tu si démotivé, tout d'un coup ?
- Toutes manières, je vais bientôt me barrer, alors à quoi bon continuer ? demanda-t-il avant de lui claquer la porte au nez.
Musashi resta devant cette saleté de porte encore longtemps, interloqué. Puis il prit un bout de papier et un stylo et y écrivit quelques mots, avant de faire glisser la feuille sous la chose qui aurait bien pu lui prendre son nez. Une fois cela de fait, il repartit chez lui, toujours songeur.
Le lendemain, tout le monde vint le voir et lui demander des nouvelles de Hiruma.
- Il va bien… répondit-il sans pourtant avoir l'air certain de ce qu'il disait.
- Tu peux nous dire ce qu'il s'est passé, tu sais ? lui dit Mamori.
- Non, il ne s'est rien passé de spécial, pas besoin de raconter… répondit Musashi.
Il se dirigea vers le club-house, faisant signe à Kurita, pour qu'il l'accompagne.
- J'ai demandé à Hiruma de venir à onze heures ici pour éclaircir certaines choses…
- Musashi, que s'est-il passé ?
- Hiruma m'a dit qu'il allait partir…
- Heeeiiiinnn ? Mais pourquoi ?
- C'est ce que je veux mettre au clair…
Ils étaient maintenant devant le bâtiment, onze heures s'approchaient. Hiruma arriva les mains dans les poches, en habits de tous les jours.
- Salut, s'exclamèrent Musashi et Kurita à l'unisson.
- 'lut… soupira le démon.
- Allons à l'intérieur, proposa le kicker.
Ils se rendirent dans le club-house. Une fois que Kurita eut fermé la porte, Musashi questionna son ami…
Pendant ce temps, Mamori et Suzuna devaient déposer des paquets au club-house. Lorsqu'elles y arrivèrent, Mamori tendit la main pour ouvrir la porte, mais soudain elle entendit Musashi poser une question qui la tétanisa :
- Alors, Hiruma… Pourquoi veux-tu partir, et surtout où ?
« Non… Hiruma-kun… va partir ? Est-ce pour ça que Musashi, ce matin… » songea-t-elle.
- Mamo-nee, ça va ? lui chuchota Suzuna.
- Ecoute…
Les deux jeunes filles collèrent leur oreille contre la porte :
- Je repars là d'où je viens, à savoir les États-unis, répondit Hiruma.
- Et… pourquoi ? continua Musashi.
- Pour tenir une promesse que j'ai faite.
- A qui ?
- A mon meilleur ami… Mon père a été chargé de m'y ramener dès que j'aurais terminé mes études au lycée…
- Et… Mamori ? demanda Kurita, anxieux.
« En quoi est-ce que ça a quelque chose à voir avec moi ? » pensa la nommée.
Hiruma sourit.
- Elle ne va pas en crever, dit-il, amusé.
- Mais elle t'aime ! s'énerva Musashi.
- Qu'est-ce que tu en sais ? s'enflamma Hiruma. Elle a l'air bien avec son mec… ajouta-t-il, une once de tristesse dans la voix.
- Il suffit de la voir… elle s'inquiète toujours pour toi, elle est la seule à rester avec toi lorsque que tu es blessé…
- C'est son boulot, le coupa le démon. En tant que manager, elle…
Il fut coupé par le poing de Musashi.
- IDIOT ! Tu ne sais donc pas ce qu'est l'amour ?
- Si je ne le savais pas, je ne pourrais pas dire que j'aime cette manager de malades, répondit le blond en se massant la joue.
- En tout cas, le proverbe « L'amour est aveugle » est bien vérifié chez toi…
- La ferme… soupira le lycéen en se levant.
Mamori laissa son paquet tomber par terre, extrêmement surprise. Ses joues étaient en feu.
« Il… m'aime ? Non, ce n'est pas possible… »
Un gros fracas se fit entendre par les trois fondateurs des Devil Bats. Hiruma ouvrit la porte et découvrit devant lui une Mamori toute tremblante et rougissante avec un carton à ses pieds et une Suzuna qui regardait cette première avec un air malicieux. Une petite antenne représentée par une mèche de cheveux pointait son aînée. Il en resta sans voix. Cela voulait-il dire que…
- Depuis quand êtes-vous là ? demanda-t-il.
Mamori le fixa de ses grands yeux bleus et déglutit.
- Pourquoi ne me l'as-tu jamais dit ? le questionna-t-elle.
- Parce qu'il n'y avait aucune raison de le faire, répondit-il sèchement.
- Donc ça t'était égal qu'on sorte ensemble ou pas…
« Non, ce n'est pas ça, Mamori… » songea-t-il.
- Admettons. Mais est-ce que tu sais comment je fonctionne avec mes petites amies ?
- Tu les embrasses cinquante fois et… oh, je vois… C'est la même chose pour celles que tu aimes ?
Il resta quelques secondes silencieux puis…
- Exactement. Après, à toi de choisir. Ton mec actuel, fidèle et qui t'assure une relation durable ou… celui que tu aimes, mais qui t'enverra bouler après cinquante baisers ?
« Je rêve… Il est donc vraiment comme ça ? Le salaud… »
- Très bien. Vis ta vie comme tu le souhaites, mais ne compte pas sur moi pour rentrer dans ton jeu ! cracha-t-elle, hors d'elle, avant de tourner les talons pour retourner sur le terrain.
- Suzuna… dit Hiruma.
- Oui ?
- Dis-lui de ne pas parler de cette discussion, ni de tout ce que vous avez entendu…
Elle vit une grande tristesse dans son regard, hocha la tête, mit rapidement les paquets à l'intérieur avant de repartir retrouver Mamori et lui transmettre le message…
