Au tout début, un vœu. Et mieux vaudrait nous méfier des vœux que nous formulons ! Car en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, un petit garçon apparaît à ta porte. Ton petit garçon. Et non seulement tu n'es pas seule pour ton vingt-huitième anniversaire, mais bientôt il te donne l'impression que tu ne seras plus jamais seule.
Ce garçon a une imagination débordante, enfin, c'est ce que Jiminy Cricket en dit en tout cas. Mais petit à petit, tu t'aperçois qu'il n'est peut-être pas si fou que ça. Peut-être voit-il qui les gens sont à l'intérieur de façon plus juste que nous, adultes rationnels. Peut-être a-t-il raison de considérer Regina comme maléfique, et peut-être, oui peut-être, y a-t-il un sort pesant sur Storybrooke. Ne serait-ce que symboliquement.
Et puis où est le mal à rêver, d'abord ? Ce n'est pas parce que tu n'en as pas eu l'opportunité enfant, ni plus tard, que tu devrais en priver Henry. Et puis, tu commences à prendre l'habitude de regarder ce que Regina fait et de considérer que le contraire est bien.
Mais je suppose que tu as peur qu'elle puisse avoir raison. Qu'il lui faille grandir et oublier ses rêves, bientôt. Et tu as toujours en tête la frayeur que tu as eue quand il s'est aventuré dans cette vieille mine à la recherche de preuves. De preuves que les contes de fées dans son livre d'histoires sont vrais.
Peut-être devrais-tu simplement t'épargner des ennuis et partir, vite. N'est-ce pas ta façon de procéder depuis, eh bien, toujours ? Ce qui est bizarre, maintenant, c'est que tu veux rester dans le coin. Tu veux être là pour lui et construire une vraie relation, une pierre après l'autre, pour la première fois de toute ta vie.
Mais… et si tu n'y arrivais pas? Et si tu lui donnais de faux espoirs avant de démontrer que tu n'es pas à la hauteur et de le décevoir ? Et si tu fichais tout en l'air ? Regardons les choses en face, tu n'as rien d'un héros. Tu es une ratée, tu l'as toujours été, tu le seras toujours. Pas vrai ?
Peut-être est-ce pour cela que tu restes. Parce que personne n'avait jamais cru en toi avant que ce petit garçon n'apparaisse sur le pas de ta porte. Alors quelle importance s'il croit aussi aux fées et aux méchantes reines et au pouvoir des baisers d'amour véritable ?
Et la vérité, c'est que tu ne demandes qu'à y croire, toi aussi. Tu ne demandes qu'à croire que tes parents n'étaient pas des junkies et qu'ils t'ont abandonnée pour que tu échappes au sort et reviennes les sauver. Tu ne demandes qu'à croire que Mary Margaret est ta mère, car elle est douce et croit en toi et t'a donné le seul foyer que tu aies jamais eu.
Et tu ne demandes aussi qu'à croire que Regina est la Reine Maléfique, car cela serait tellement plus facile alors de la détester, quoi qu'il arrive, sans te sentir coupable. Sans avoir l'impression que tu es simplement jalouse de ce qu'elle a. De ce que tu as abandonné il y a bien longtemps.
Mais ça ne se limite pas à ça, si ? Tu n'as pas imaginé la façon qu'elle a de terroriser tout le monde, la façon dont elle traite Henry, dont elle l'utilise parfois, pas vrai ? Après tout, il n'a pas pris le bus pour Boston sur un simple caprice. Ou pour ramener le Sauveur. Il est venu chercher de l'affection, quelqu'un qui ne désapprouverait pas tout ce qu'il est.
Et il l'a trouvé. C'est un enfant formidable, avec un instinct sûr. Et puis, il a raison sur l'horloge qui fonctionne depuis que tu es arrivée à Storybrooke. Il a raison sur les malheurs qui surviennent lorsque quelqu'un tente de quitter la ville. Et s'il avait aussi raison sur leurs fins heureuses ?
Il avait fallu que tu te fasses enlever par un chapelier fou pour commencer à remettre en question tes convictions. Ton manque de foi. Tu te sentais mal à l'aise et ridicule et un peu blessée, mais cela valait le coup. Rien que pour voir l'expression sur le visage d'Henry, quand tu lui as demandé si tu pouvais garder le livre d'histoires un moment… La joie. Et la confiance.
