Bonsoir !

Merci pour toutes les reviews encourageantes ! Comme promis le premier chapitre, en espérant qu'il vous plaise !

Merci à ma beta Amélie !

Bonne lecture !


Chapitre I


Cinq années plus tard…

– Monsieur Doranovski, vous venez d'acquérir une trentaine de créatures magiques, suite à la fermeture de la réserve magique de Sibérie, qu'est-ce que cela fait d'être projeté à la tête de la plus grande Familerie d'Europe et d'Asie ?

Leonid marqua un temps avant de répondre, sachant pertinemment que les journalistes devant lui n'étaient pas forcément dans son camp. Certains pourraient très bien déformer ses propos, si bien qu'il prit garde dans sa réponse à ne laisser aucun sous-entendu qui auraient pu le décrédibiliser auprès des lecteurs.

– Bien évidemment, commença-t-il en parcourant de ses yeux la vingtaine de journalistes qui se tenaient devant lui, dans le Hall de la Familerie, fermée ce jour-ci pour ne pas déranger la conférence de presse, je suis fier de ce que ma Familerie est devenue. Lorsque l'on sait qu'elle n'était auparavant qu'une modeste boutique…

Il fut coupé par un jeune homme au premier rang qui remonta ses hideuses lunettes sur son nez tordu tout en débitant :

– Karl Jenks, de la Harpie Furieuse, comment vivez-vous dans votre magasin, infesté de créatures potentiellement dangereuses ? N'est-ce pas trop éprouvant à longueur de temps ?

Le gérant de la boutique s'indigna intérieurement, mais tenta néanmoins de rester calme, tandis que Iorek, son familier ours polaire lui envoyait des images réconfortantes par l'intermédiaire de leur lien télépathique. Le russe le remercia mentalement et répondit :

– Tout d'abord, ma Familerie n'est pas infestée de créatures magiques. Elles sont ici chez elles, protégées contre les moldus et les sorciers qui voudraient leur faire du mal. Deuxièmement, je ne pense pas que vivre ici soit dangereux. Certaines créatures peuvent être violentes, certes, mais c'est toujours à juste titre. Elles ressentent vos intentions envers elles, et si ces dernières ne sont pas bonnes, elle se défendent, mais si au contraire vous souhaitez les protéger, elles vous accepteront. Donc, non, ce n'est pas éprouvant.

En tout cas, moins que cette fichue conférence, songea Leonid en interrogeant d'un geste fatigué une journaliste aux vêtements excentriques. Elle secoua ses boucles blondes et prit la parole en anglais, surprenant la plupart de ses confrères russes :

– Rita Skeeter, pour la Gazette du Sorcier. Comment arrivez-vous à conjuguer vie professionnelle et privée ?

La question prit Leonid au dépourvu, qui ne s'attendait pas à une question portant sur sa vie privée. Iorek, à ses côtés gronda sourdement, comme pour protéger ceux qu'il considérait comme sa famille et partagea à Leonid l'idée d'esquiver la question. Le gérant remua sur sa chaise, devenue inconfortable puis répondit, n'ayant pas le choix :

– Je ne vois pas où il y aurait un problème à… qu'avez-vous dit déjà ? Conjuguer ma vie professionnelle et privée ?

– Ma foi, répliqua l'anglaise dont la plume à papote ne cessait d'écrire sur son parchemin, ce qui inquiétait légèrement Leonid qui n'avait jamais eu confiance en ses gadgets, votre femme n'est pratiquement jamais là, et vos enfants ont déjà eu des ennuis avec des jeunes de leur âge, non ?

Elle acheva sa déclaration par un sourire innocent qui ne trompa ni Leonid, ni Iorek. Ce dernier transmit à son humain l'image mentale d'un cafard, avant de se lever lourdement pour quitter la salle dans l'espoir de trouver du calme ailleurs. Leonid lui, dut se concentrer pour ne pas laisser ses mâchoires se décrocher suite aux propos douteux de la journaliste. Il se força à respirer avant de répondre - presque - calmement :

– Ma femme est en effet souvent en voyage puisqu'elle est magizoologiste et qu'elle se rend dans toutes les réserves pour soigner les créatures magiques. Quant à mes enfants… Je ne vois pas le rapport entre la Familerie et les quelques problèmes qu'ils ont eus avec leurs camarades.

– Vous ne pensez pas qu'un environnement dangereux aurait pu les… conditionner à la violence ? Tenta Rita Skeeter avec un sourire charmeur, mais qui dégoutait plus qu'autre chose Leonid. Après tout, ces enfants ont dû se battre pour rester en vie, non ?

Une nouvelle fois, ses sous-entendus choquèrent le gérant, ainsi que la plupart des journalistes qui écrivirent frénétiquement sur leur parchemin, au grand dam de Leonid qui sentait la situation lui échapper. Il appela Iorek mentalement, mais l'ours polaire ne daigna pas revenir, lui renvoyant l'image d'une meute de loups s'attaquant à un chiot.

– Mes. Enfants. N'ont. Pas. Eté. Elevés. Dans. Un. Environnement. Dangereux, siffla Leonid en hachant les mots sous le coup de la colère. Quelle idée avait-il eu d'accepter cette conférence de presse ? Il aurait simplement dû achever le processus de transfert entre la réserve de Sibérie et la Familerie, et c'est tout.

En face de lui, la journaliste anglaise émit un léger rire, tandis que sa plume à papotte continuait de gratter, sans doute des mensonges, sur le parchemin. Leonid se frotta les yeux et donna la parole à un autre journaliste, dans l'espoir de clore le sujet.

– Ne pensez-vous pas que votre domaine d'activité est en pleine régression, comme le montre le processus de fermeture des réserves magiques dans le monde entier ? Ne devriez-vous pas vous reconvertir avant de vous endetter ?

– Ce que je fais avec mon argent ne vous concerne pas jeune homme, rétorqua Leonid, qui cette fois-ci n'avait plus la force de contenir la colère dans sa voix. De plus, je ne vois pas comment mon domaine d'activité pourrait être en pleine régression ! Les créatures magiques ont toujours accompagné les sorciers dans l'histoire, et cela ne changera pas de sitôt. Un sorcier sans familier est comme un sorcier sans baguette et…

– Ou alors un Né-moldu ? Le coupa le journaliste du départ, dont les yeux brillaient à présent de malveillance.

– Les Nés-moldus n'ont rien avoir là-dedans ! S'indigna Leonid qui prévoyaient déjà la Une de la Harpie furieuse, clamant son racisme envers les nés-moldus. On lui faisait toujours ce reproche alors qu'il n'y était pour rien dans la création du lien entre familiers.

– Êtes-vous en train de dire que les nés-moldus n'ont rien à faire dans notre monde ? L'attaqua, comme prévu, le journaliste dont la voix laissa paraître un air de triomphe.

– Non, nia fermement Leonid qui sentait poindre un mal de tête. Il interrogea rapidement un autre journaliste en voyant Karl Jenks ouvrir la bouche pour répliquer de nouveau.

– Il y a cependant une régression de familiers, nota alors le journaliste en croisant les jambes dans un geste nonchalant.

– Certes, accorda Leonid en tapotant nerveusement ses doigts contre la table disposée devant lui, cependant, je ne vis pas seulement des rituels pour obtenir un familier. L'Etat me verse des…

– Ah ! S'écria alors un reporter spécialisé dans l'économie. Donc vous reconnaissez que vous vivez seulement de nos impôts ?

– Je ne reconnais rien du tout ! S'emporta finalement Leonid, qui en avait vraiment assez de ses rapaces. Il eut une pensée pour son fils qui avait bien raison lorsqu'il disait préférer la compagnie des animaux à celle des hommes. L'Etat me verse des allocations, comme il le verse à toute réserve, et mon commerce me permet de vivre décemment !

Il eut le malheur de lire ce qu'écrivait la plume à papotte de Rita Skeeter et continua sur sa lancée :

– Et non, je ne suis pas un déséquilibré, raciste et misanthrope !

– C'est un brouillon, se défendit la journaliste sans quitter son sourire, à présent moqueur.

Le gérant soupira et s'enfonça dans sa chaise dans l'espoir de dissuader un autre journaliste de poser une autre question. Malheureusement pour lui, ce fut l'instant où choisirent ses deux fils pour arriver de la salle de Jade, en chevauchant deux démonzetmerveilles. Outre leur vol tout à fait instable, le fait qu'ils passent devant une vingtaine de journalistes n'était sans doute pas souhaitable pour Leonid qui enfouit sa tête dans ses mains. Les rires de Luka et Stan emplirent un instant le Hall avant de prendre la porte pour la salle Emeraude et quitter la pièce aussi rapidement qu'ils n'étaient entrés.

– Pas d'environnement dangereux ? S'enquit Rita Skeeter avec un haussement de sourcil très suggestif.

– Ils sont en parfaite santé, marmonna Leonid en ne croyant pas réellement que sa défense allait suffire. Iorek, à travers leur lien télépathique lui proposa d'effrayer les journalistes pour qu'ils s'enfuient et les laissent enfin tranquille, et Leonid faillit accepter. Faillit. Seul son bon sens lui permit de décliner l'offre si alléchante de son ami.

Il jeta un œil à sa montre et s'aperçut avec désespoir qu'il restait une dizaine de minutes avant sa libération. Avec un soupir, il donna la parole au journaliste lui paraissant le moins avide de scandales, que ce soit politiques, économiques ou familiaux.

Skeeter avait dû avoir ce qu'elle voulait, car elle le laissa tranquille, tout comme le reporter de la Harpie furie, qu'il se jura de ne plus jamais lire. Si comme le disait l'autre son domaine d'activité était en pleine régression, il n'y avait aucun doute que leurs articles n'aideraient pas les sorciers de bonne famille à mettre les pieds dans sa Familerie.

Le patriarche de la famille Doranovski soupira de nouveau lorsque les journalistes furent enfin partis, et il s'accorda un instant de répit avant d'appeler l'elfe de maison qui s'occupait de l'intendance.

– Malensky, peux-tu m'expliquer comment les garçons ont pu monter des démonzetmerveille ? commença-t-il en observant sévèrement l'elfe de maison à qui il avait confié la lourde tâche de surveiller ses deux petits monstres.

– J'ai dû m'absenter un instant pour m'occuper d'un problème dans le hangar, Monsieur. Toutes mes excuses, Monsieur, expliqua l'elfe en se recroquevillant sur lui-même.

– Le hangar ? Répéta Leonid, en s'imaginant déjà bon nombres de scénarios catastrophes.

– Un problème de livraisons, Monsieur.

– Evidemment, ça doit tomber aujourd'hui, soupira le gérant avec lassitude. Il finit par se lever de sa chaise pour se diriger vers la porte donnant sur la salle Emeraude, où ses enfants étaient allés. Le problème est réglé ?

– Oui, mais je pense qu'il faudrait changer de fournisseur de viande, Monsieur. C'est la troisième fois qu'il se trompe dans les livraisons ce mois-ci, pour des coûts assez élevés. Mieux vaudrait regarder du côté des roumains, qui s'occupent déjà d'une réserve de dragons. Monsieur.

– Peut-être, réfléchit Leonid, qui ne put s'empêcher de grimacer à l'idée de toute la paperasse qui l'attendait s'il décidait de changer de fournisseur. Il en avait pour au moins une dizaine de formulaires à remplir. Je vais retrouver les garçons, occupes toi de ranger le Hall, ordonna-t-il à Malensky en englobant d'une large geste la vingtaine de chaises précédemment occupées par les journalistes.

L'elfe inclina la tête et disparut dans un pop sonore, préparant sans doute une place dans le hangar, l'énorme entrepôt qui juxtaposait la Familerie.

Le patriarche inspira longuement puis pénétra dans la salle Emeraude, où vivaient les animaux venant de climats tropicaux et amazoniens. Le sorcier russe traversa rapidement le pont de corde qui enjambait la rivière où se prélassaient deux crocodiles, et prit le chemin qui passait à travers la forêt tropicale, remplie de serpents, singes, et autres espèces exotiques.

Depuis le temps qu'il avait ensorcelé les salles de la Familerie, Leonid ne se laissait plus impressionner par l'illusion qu'elles donnaient. Il savait parfaitement que les salles avaient été agrandies au maximum, et que malgré les apparences, qui lui donnaient à croire qu'il se trouvait réellement dans la forêt tropicale, il était toujours à Saint-Pétersbourg.

Certains de ses visiteurs réguliers avouaient ne venir que pour la beauté des lieux, et non pas pour trouver un familier. Beaucoup en avait d'ailleurs déjà un. Et c'était vrai que les Salles de la Familerie, uniques au monde, offraient un tour des climats à échelle planétaire, ce qui faisait du magasin l'un des lieux les plus visités de Saint-Pétersbourg, après le palais impérial et l'avenue dorée.

Il était vrai que traverser l'une des salles était merveilleux, reconnut une nouvelle fois Leonid, et c'était bien une raison pour laquelle il ne quitterait jamais la Familerie, dusse-t-il s'endetter pour cela. Quoi qu'en pense le reste du monde, vivre ici était merveilleux, et non pas dangereux.

Il finit par entendre les rires de ses deux fils et s'engagea dans la montée d'une colline, qui cachait un lac absolument fascinant, entouré d'un rideau de verdure saisissant par sa couleur. L'eau était d'une pureté improbable, et laissait voir le sable au fond du bassin. Autour du lac, les arbres aussi larges que des baobabs étaient recouverts de lianes et autres plantes grimpantes.

Leonid s'arrêta, observant de loin Stan et son frère, Luka, qui avaient laissé tomber la chevauchée de démonzetmerveille pour plonger dans le bassin qui devait être à une température plus qu'agréable. Le père finit par s'approcher et les appela tous deux d'une voix qu'il espérait sévère.

– N'avais-je point été clair quant à l'importance d'être discret pendant la conférence ? Demanda-t-il en tentant de rester sérieux face aux visages de ses fils.

– On s'ennuyait, se plaignit Luka avec une moue adorable. Du haut de ses six ans, le cadet des Doranovski maniait à la perfection l'art de se sortir d'affaire grâce à son regard de chien battu. Des gouttes d'eau coulaient le long de son visage et de son dos depuis ses cheveux noir corbeau, renforçant son image d'enfant malheureux qui aurait été abandonné sous la pluie, tandis que ses yeux turquoise criaient le contraire en brillant d'amusement.

– Oui, c'est injuste de nous laisser dans une salle sans pouvoir en bouger ! S'indigna Stan, qui avait toujours été celui qui râlait le plus des deux. En plus, Malensky ne veut jamais nous laisser nous amuser.

– Je pense que Malensky connaît les dangers de vos « jeux », contredit son père qui continua immédiatement : comme par exemple chevaucher des démonzetmerveille. La dernière fois, c'était des hippogriffes ! Je vous avais déjà dit que je ne voulais pas que vous voliez, alors des démonzetmerverveille… Ce n'est pas fait pour ça !

– Nous sommes toujours vivants ! Rétorqua l'aîné des enfants Doranovski en levant fièrement le menton.

– Stan... Vous auriez pu tomber, et ton frère, qui est plus jeune que toi aurait pu se faire très mal, le gronda son père qui laissa néanmoins tomber, sachant pertinemment que c'était une bataille perdue.

Son aîné grogna, et haussa des épaules.

– Je l'aurai rattrapé, marmonna-t-il en entourant les épaules de son cadet d'un bras dans un geste protecteur. Le visage de Luka s'illumina et ils finirent rapidement enlacés devant leur père qui ne pouvait s'empêcher d'être ému. Cinq années auparavant, lorsque Hagrid était arrivé au beau milieu de la nuit, tenant dans ses bras un nourrisson anglais, il avait craint la réaction de sa femme, mais également celle de son fils, qui, déjà à trois ans, souffrait du manque d'attention, dû aux voyages systématiques d'Ana et à la surcharge de travail que subissait son père à la Familerie.

Pourtant, les deux enfants s'étaient tout de suite entendus. Stan avait littéralement adopté le jeune bambin, devenant autonome pour mieux s'en occuper, rabrouant les elfes de maison qui avaient le malheur de lui proposer de l'aide.

Oh, bien sûr, Stan n'en était pas devenu sociable pour autant, mais au moins avait-il une réelle affection pour son frère adoptif. A présent qu'ils avaient tous deux grandi, ils étaient inséparables, toujours prêt à jouer de mauvais tours à leur précepteur, ou encore à expérimenter des sensations fortes avec les créatures de la Familerie. Leur dernière trouvaille était de voler le plus haut possible, d'abord avec des hippogriffes, maintenant avec des démonzetmerveilles. Heureusement qu'ils n'avaient pas accès à des dragons...

Leonid ne put s'empêcher de sourire et finit par dire :

– Vos postures étaient parfaite. Peut-être un peu déséquilibrées par rapport à votre centre de gravitation mais après tout, je n'ai jamais chevauché moi-même un démonzetmerveille.

– C'est comme être sur la planche moldue que tu nous ramené pour la salle Topaze, sur lequel il faut rester debout, sur les vagues ! S'exclama Luka en souriant de toutes ses dents.

– Une planche de surf ? Devina Leonid dont le sourire s'accentua, sans qu'il n'y puisse rien. Il était complètement gaga de ses fils.

A ses côtés, son frère acquiesça frénétiquement et renchérit :

– Ce serait trop chouette de pouvoir emmener chacun un démonzetmerveille au lieu de transplaner. On monte dessus pour voyager, et quand on n'en a pas besoin, on le range dans sa coquille !

– Les créatures ne sont pas des moyens de transports, lui rappela son père en lui ébouriffant les cheveux, aussi noirs que ceux de son cadet.

– Je sais, se vexa le garçon de huit ans en roulant des yeux. Malgré son jeune âge Stan Doranovski n'était pas quelqu'un à se laisser marcher sur les pieds, ce qui avait déjà entraîné quelques problèmes avec des jeunes de son âge rencontré dans le quartier magique de la capitale. Leonid pouvait dire tout ce qu'il voulait, il y avait une difficulté chez ses deux garçons à vivre avec les autres, et c'était peut-être lié à leur vie particulière. Après tout, qui pouvait se targuer de pouvoir s'endormir dans un nid d'occamy ou décider du jour au lendemain de ne plus sortir de la salle Diamand aux climats montagnard et polaire sous prétexte qu'il faisait trop chaud dehors ?

Les deux enfants sourirent une dernière fois à leur père avant de repartir vers le bassin où ils plongèrent depuis un gros rocher qui leur servait de tremplin. Leonid se laissa une minute de répit avant qu'il n'ait à repartir, et les observa jouer dans l'eau d'un regard attendri. Quoique puissent dire les journalistes, il adorait ses enfants, et ne laissait pas son travail, certes prenant, le couper complètement d'eux. Il allait repartir dans son bureau lorsque Stan se pencha dans l'eau, laissant apparaître une vilaine trace rouge sur son dos, qui interpella immédiatement son père.

– Stan, viens là, appela-t-il en même temps qu'il envoyait un signal à Iorek, qui depuis la salle Diamant lui renvoya un sentiment de réconfort en retour.

Son aîné sortit de l'eau, en indiquant à Luka de l'attendre, et s'approcha, un air boudeur sur le visage. Il savait déjà ce qu'il allait lui dire, comprit Leonid en soupirant une nouvelle fois. Il adorait ses enfants mais ne les protégeait pas assez, apparemment.

– Tu t'es encore battu, constata-t-il, en observant avec attention les bleus qui fleurissaient sur la peau de son fils.

– Ils l'avaient cherché, répliqua à voix basse Stan, qui en parallèle faisait des grands gestes à son petit frère pour ne pas l'inquiéter. Toujours à se moquer de nous, reprit-il d'un ton rageur, parce que nous n'avons pas de maison à part entière, parce que nous ne sommes pas des nobles, parce que…

– Fils, j'ai compris, le coupa son père d'une voix ferme. J'ai compris cela bien avant toi. Mais la violence n'est pas une réponse…

– Mais Papa… s'écria son fils qui maintenait un ton bas, ils s'en prennent à Luka si je ne fais rien !

– Tu as huit ans, Stanislas. Ce n'est pas à toi de régler ça. Pour le moment, ne quittez pas le magasin, est-ce clair ?

Stanislas marmonna son accord, baissant ses yeux turquoise vers le sol mousseux. Il ressemblait à cet instant énormément à Luka. La seule chose qui les différenciaient été en réalité leur teint : Alors que Stan abordait la peau claire des Doranovski, Luka lui était basané, dû à ces heures passées dans la salle Emeraude à se dorer la peau… Et sans doute un reste des Potter.

Leonid posa sa main sur l'épaule de son fils, qu'il n'avait su protéger correctement et l'attira dans une étreinte pour le réconforter. Sa main caressa doucement le dos meurtri, et lorsqu'il se dégagea, il enjoignit son aîné à aller voir Malensky pour se soigner. Stanislas acquiesça sagement avant de retrouver son frère dans le bassin.

Vraiment inséparables, sourit Leonid. S'il n'y avait pas eu la différence d'âge - deux ans - on aurait pu les croire jumeaux. Souvent Leonid oubliait que Luka avait été adopté, tant il était un Doranovski. D'ailleurs, peu de monde en dehors de la famille savait pour son adoption. Pour les clients, Luka était le fils de Leonid et d'Anastasia Doranovski et frère de Stanislas.

Peut-être que leur relation fusionnelle poserait problème dans trois ans, lorsque Stan serait en âge d'entrer à Durmstrang. Leonid se crispait déjà à cette pensée. Pour lui, ne plus avoir son fils à la maison serait réellement difficile, mais ce ne serait rien en comparaison avec Luka.

Après un dernier salut à ses fils, le gérant s'éloigna du lac pour trouver une borne-portoloin, qui permettait de regagner le Hall sans devoir traverser toute la salle dans le sens inverse. Outre le temps et l'énergie gagnés, cela avait déjà sauvé certains clients en situation délicate après avoir asticoté l'une ou l'autre des créatures de la salle.

Aussitôt dans la Hall, Leonid fut accosté par Malensky qui avait fini de remettre en ordre la salle. L'elfe de maison était devenu au fil des ans indispensable, gérant avec une exemplarité rare, même chez son espèce, l'acheminement de la nourriture pour les créatures, les papiers où Leonid était toujours en retard, et les imprévus avec une apparente facilité qui impressionnait toujours son maître.

– Monsieur, une lettre est arrivée pour vous, je l'ai posé sur votre bureau, Monsieur, débita le petit intendant dont les yeux globuleux parcouraient la salle, comme pour vérifier qu'il n'avait rien oublier.

– Merci Malensky. Pourrais-tu t'occuper du dos de Stanislas ? Il s'est encore battu et a récolté quelques bleus…

– Certainement Monsieur.

– Et, pourrais-tu les ramener aux appartements pour ce soir ? J'aimerai qu'ils dorment dans leurs lits…

Pour une fois soupira intérieurement le patriarche en s'éloignant de l'elfe qui s'était incliné et s'apprêtait à disparaître. Les paroles de leur dernier précepteur lui revinrent en tête, qu'il écarta dans un grognement sonore. Ses enfants n'étaient pas des sauvages, ils étaient simplement différents. Et au moins avaient-ils du respect pour les créatures magiques.

Le gérant traversa l'Entrée du magasin, où se trouvaient les compagnons communs, c'est-à-dire les chats et les crapauds, et se dirigea vers son bureau, dont l'entrée était juste à côté des doubles portes donnant sur la rue. En franchissant son bureau, il nota le silence bien inhabituel. Il avait bien fait de fermer le magasin pour l'après-midi, en prévision d'une conférence désastreuse. Elle n'avait pas été si catastrophique, mais n'était pas non plus glorieuse. En réalité, il devait attendre le lendemain pour voir comment serait la Une des principaux journaux sorciers de Russie.

Leonid s'assit dans son large fauteuil, laissant son regard parcourir les différents tas de dossiers sur le bureau. Avec un soupir, il finit par en attraper un au hasard et l'approcha de son visage. Il le reposa immédiatement, après avoir lu Formulaire pour échanges de créatures de classifications XXXX à XXXXX.

– Je déteste la paperasse, marmonna le sorcier qui ressembla un instant à un enfant, avant qu'il ne finisse par trouver des factures dont il devait impérativement s'occuper. Le temps passa lentement, alors qu'il calculait les revenus de la Familerie, entre les aides de l'Etat, les différents contrats avec ses fournisseurs, les impôts, les intérêts de son prêt à Gringotts, et les dons que quelques amis lui envoyaient généreusement chaque mois.

Vers dix-neuf heures, alors que le pauvre gérant s'enfonçait dans une spirale infernale de chiffres, son familier, Iorek, daigna le rejoindre, mais ce ne fut que pour s'allonger dans un coin et somnoler à côté de la cheminée.

– Merci de ton aide ! Et dire que tu n'as rien fait de la journée… marmotta dans sa barbe Leonid en lui adressant un regard sombre. L'ours polaire émit un grondement qui s'apparentait à un rire, et lui envoya une image de lui, plus tôt dans l'après-midi, pêchant des poissons sur la glace, dans la salle Diamant. Le sorcier grogna et retourna à ses papiers, ne cédant pas à l'envie irrésistible d'appeler Malensky pour qu'il fasse lui-même les comptes.

– Tiens, ils ont encore baissé les aides financières pour la protection des espèces en voie de disparition, nota-t-il à l'adresse de Iorek. Encore un peu et cela deviendra une taxe…

Son familier lui demanda mentalement pourquoi il ne recensait pas toutes les espèces qu'il abritait, et l'image de la porte de la réserve flotta un instant entre leur lien.

– Tu sais que je ne peux pas dévoiler leur présence ici ! Répondit Leonid en secouant tristement la tête. On me mettrait à l'hôpital pour inconscience et mise en danger de la vie d'autrui… Et que leur arriverait-il ? Non, je ne peux pas prendre ce risque…

L'ours ferma les yeux en grognant et se rendormit, laissant son humain décider seul de ce qu'il devait faire. Leonid s'en aperçut parfaitement et laissa retomber le dossier qu'il avait en main avec un bâillement. Il releva la tête vers l'horloge murale et s'étonna de l'heure tardive. Cela faisait plus de quatre heures qu'il travaillait, infructueusement, il fallait l'avouer.

– Il serait temps de monter, tu ne crois pas ? Proposa-t-il en se levant hors de son siège. Iorek émit un ronronnement d'accord tandis que le gérant rassemblait tous les papiers dont il n'avait plus besoin pour les fourrer dans un tiroir du meuble à côté de son bureau. Ce faisant, il fit tomber une pile de dossier en équilibre douteux.

Le sorcier jura et ramassa les feuilles, remarquant alors la lettre dont lui avait parlé plus tôt Malensky. Il reconnut à l'écriture sa cousine Darya Doranovski, qui était également la marraine de Stan. Fourrant la lettre dans sa poche, le gérant sortit de son bureau, suivi par son familier.

Ils remontèrent lentement l'Entrée et le Hall, tous deux fatigués, et finirent par atteindre la porte qui donnait sur l'escalier privé. Si Leonid descendait, il arrivait à la réserve qui abritait les créatures les plus rares du monde sorcier, tandis que s'il montait, et c'est ce qu'il fit, il arrivait aux appartements familiaux. Ceux-ci étaient assez petits, ne contenant qu'une large pièce faisant office de salle à manger, salon et cuisine, et quatre chambres, dont l'une servait de salle d'étude aux garçons.

Leonid rentra dans la pièce principale, où il trouva ses fils sur le canapé, regardant un match de Quidditch opposant la Finlande et le Chili. Les deux bols posés devant eux, sur la table basse laissaient penser qu'ils avaient mangé devant la télévision, mais au vu de l'état de la table à manger, recouverte de papiers et ouvrages sur les nouvelles créatures qu'avait acquis Leonid grâce à la fermeture de la réserve de Sibérie, il ne pouvait pas leur en vouloir.

– Vous me faîtes une place, les garçons ? Demanda-t-il en s'installant entre ses fils qui vinrent immédiatement se coller à lui, réclamant des câlins. Le père sourit tendrement tout en caressant doucement les têtes de ses trésors, et regarda le match. Au moins n'avait-il pas raté l'éducation de ses enfants en termes de Quidditch. Ils étaient tous trois fans du sport sorcier et passaient la plupart de leur soirée ensemble à regarder des matchs, rediffusés à la télévision par la grande chaîne sorcière russe.

Leonid finit par fermer les yeux, se reposant après cette longue journée. Les commentaires de ses fils lui parvenaient toujours, mais il n'y prêta guère attention, souhaitant simplement profiter de ce moment passé avec eux. Il rouvrit brusquement les yeux en se rappelant de la lettre de sa cousine.

– Darya a écrit, annonça-t-il en sortant l'enveloppe de sa poche, que Stan attrapa adroitement.

– Je peux lire ? Demanda l'aîné en ouvrant immédiatement la lettre, connaissant déjà la réponse de son père qui acquiesça en refermant ses yeux fatigués. Son fils commença la lecture une fois que le son de la télévision fut baissé, et pendant quelques minutes, on entendit seulement la voix de Stan dans le salon. Une fois la lecture achevée, Stan se mit à sautiller autour de la table basse alors que son petit frère s'allongeait sur les genoux de son père, sans doute fatigué.

– Papa, tu me laisses y aller, hein ? S'il te plaît ! Supplia l'aîné des Doranovski en imitant le regarde de chien battu de son frère.

– Je ne sais pas, il faut que j'en parle à ta mère, répondit Leonid dans un bâillement.

– S'il te plaît… insista Stan en souriant avec espoir, tentant d'appâter son père. En plus, elle a dit qu'elle allait m'apprendre à me battre !

– C'est justement sur ça que j'émet des réserves, fils, rétorqua son père avec un léger rictus moqueur. Sa cousine, ancienne auror, était devenue professeur de combat magique, et insistait depuis quelques mois maintenant pour apprendre à son filleul. Seulement Leonid savait parfaitement que cela n'aiderait pas son fils à adopter un comportement pacifique, surtout auprès de sa marraine, qui adorait se battre.

Au moins, pensa le gérant, elle ne s'intéressait pas encore à Luka, qu'elle-même jugeait trop jeune pour apprendre à se battre.

– Hagrid était sensé passer… Indiqua-t-il à Stan qui grimaça, tiraillé entre l'amour pour sa marraine et celui pour le plus vieil ami de son père, Rubeus Hagrid. Ce dernier, résidant en Ecosse, ne les visitait que rarement, et souvent pour quelques jours seulement .

– Je peux toujours demander à Marrain de changer la date… S'il te plaît, Pa' ! Supplia le garçon en enfonçant sa tête dans le cou de son père, qui se sentit fondre.

– J'en parlerai à Ana la prochaine fois qu'elle vient, promit-il à Stan qui afficha une moue boudeuse. Il l'attira à lui et lui caressa les cheveux, avant de le chatouiller pour obtenir un sourire. Cela fonctionna et bientôt Stan gigota à ses côtés, riant aux éclats.

– Maintenant, au lit ! S'exclama Leonid en prenant son cadet dans ses bras, remarquant bien à quel point Luka dormait debout. Il le porta jusqu'à sa chambre et l'installa dans son lit en veillant à ne pas le réveiller. Après un dernier regard à son cadet, il passa à la chambre attenante, où Stan l'attendait depuis son lit.

– Bonne nuit, bonhomme, murmura le gérant en embrassant son fils. Fais de beaux rêves…

– Toi aussi, Pa', lui répondit son fils d'une voix déjà ensommeillée. Nul doute qu'il s'endormirait au bout de quelques minutes, pensa Leonid en se dirigeant enfin vers sa chambre, où Iorek dormait déjà, dans le coin qui lui était réservé.

Le sorcier russe se mit rapidement au lit, pressé d'en finir avec cette journée, et s'endormit le sourire aux lèvres, pensant déjà au lendemain.


Voili voulou ! J'espère que ça vous intéresse ! Si c'est le cas, laissez une review ;)

A la prochaine !