1.2. Belfort Juillet 1999

Un type de la sécurité nous attendait à l'entrée des backstage. Il nous conduisit à travers le dédale d'algeco et nous pénétrâmes à sa suite dans un de ces grands cubes en préfabriqué qui servaient d'abris aux groupes et aux staffs durant les festivals. A l'intérieur, une dizaine de personnes entouraient une jeune femme recroquevillée contre une des parois de l'espace.

- Ok, tout le monde s'écarte, intima Greg. De l'air !

Je m'agenouillai près d'elle, ouvris ma trousse et commençai à l'ausculter.

- Qui était avec elle quand elle a fait son malaise ? demanda le médecin.

- C'est moi. J'étais avec elle, répondit une voix mal assurée.

- Très bien, toi tu restes. Tous les autres, vous dégagez.

La jeune femme était plutôt une jeune fille. Les bras enroulés autour de ses genoux, elle tremblait comme une feuille, la respiration saccadée, fixant un point imaginaire bien au-delà de moi.

- Eh oh, ma belle, tentai-je pour la faire revenir. Tu es avec moi ?

Ses mâchoires se crispèrent, signe qu'elle m'avait entendu, mais elle ne réagit pas outre mesure.

- C'est quoi son prénom, demandai-je au type qui l'accompagnait.

C'est seulement à cet instant que je vis à qui j'avais affaire.

Lui, je l'avais vu sur la scène principale voilà plus d'une heure. Ça avait été ma seule pause de la journée et je m'étais arrangée pour pouvoir assister à la fin du show. Je les avaient déjà vus jouer à plusieurs reprises, notamment deux ans auparavant sur le même festival, je savais que ça en vaudrait la peine. Je ne m'étais pas trompée. Le final en forme de monstrueux instrumental m'avait collé une chair de poule comme j'en avais rarement ressenti en concert. J'avais toujours été frappée par le charisme et l'énergie qu'un type aussi minuscule pouvait dégager sur scène. Mais là, sorti du décorum, les bras serrés autour de sa poitrine, ses grands yeux clairs emplis d'angoisse, Brian Molko avait juste l'air d'un gamin paumé.

- Elle s'appelle Marion, souffla-t-il.

Armée de son prénom, je tentai à nouveau d'établir un contact. Le portable de Greg sonna et il s'éloigna un peu pour répondre.

- Elle a pris quoi ? demandai-je.

Il haussa les épaules.

- Pas grand-chose. Un peu de coke. Avant ça, je ne sais pas.

Je retins une remarque acerbe devant son apparente désinvolture. Je n'étais pas bien placée pour tenir le rôle de la moralisatrice. Ma dernière trace remontait seulement à quelques heures. Mais moi, je n'avais pas l'air d'avoir 16 ans.

- Vous avez eu des rapports ?

Il fit un signe de tête négatif.

Au bout d'une bonne minute à l'appeler par son prénom, elle finit enfin par faire le point sur moi. Elle sembla tout d'abord perdue puis paniqua totalement à la vue de l'écusson de la Croix Rouge qui ornait mon blouson.

- Je vais mourir ? gémit-elle.

- Un jour, certainement, souris-je en attrapant une petite lampe dans ma trousse.

Ses réflexes pupillaires étaient normaux mais elle continuait à trembler et à souffrir d'hyperventilation.

- T'en penses quoi ? me demanda Greg en raccrochant son téléphone.

- Une bonne crise d'angoisse… sans doute due à la descente. Je vais rester un peu pour l'aider à gérer ça.

- J'ai des calmants dans ma trousse, tu en veux ?

- Non, les anxios ne sont pas une bonne idée. Je ne suis pas certaine qu'elle soit majeure.

Il hocha la tête.

- J'ai une fracture ouverte pas la loin de la principale. Je peux te laisser ?