Chapitre 1: Réception
Par la suite, tout s'était écroulé. Toute mes résolutions, mes idées, mon opinion... Tout avait changé. J'avais sombrée dans un profond mutisme. Kaname avait beau essayer de m'en sortir, je restais silencieuse. Me ressassant encore et encore le souvenir de mère, de l'homme mystérieux qui aurait pu me tuer... Plus rien n'avait d'importance. De temps en temps, une larme apparaissait au coin de mon oeil, que je me dépêcher d'essuyer. Depuis que mon existence avait éclaté au grand jour, la paix m'était devenue étrangère. Kaname ayant refusé catégoriquement un tuteur, on nous avait logés dans une énorme bâtisse, ancienne demeure d'un vampire aristocrate. Par contre, mon frère avait accepté le fait d'avoir des domestiques, même si on considérait l'homme maigre à lunettes plus comme un tuteur que comme "chef" des domestiques. Mais cela de faisait aucune différence, vu que en tant que sang purs, tout les autres vampires étaient obligés de s'incliner devant nous. Ce rang me pesait énormément, mon apparition dans le monde réel m'avais fait un réel électrochoc... Pour l'instant Kaname me faisait éviter au maximum les vampires et je lui en était très reconnaissante. Depuis l'incident tragique de la mort de mère et père, une barrière s'était installée entre lui et moi. Tandit que lui s'efforçait de me préserver, je passais mes journées le regard perdu au loin. Chaque jour des domestiques venaient me déranger, essayant de me faire accepter les "sacrifices", d'humains qu'ils faisaient pour que les sang pur puissent boire leur sang. Moi, je n'en avais cure, je me contentait de blood tablets, des comprimés de "faux" sang, inventé pour compenser le manque. Kaname faisait pareil, et en général, nous avalions les comprimés par dizaines. Les domestiques avaient beau nous dire que c'était dangereux, je les renvoyais à leur place sans attendre. Ne pouvant s'opposer à des sang purs, ils se contentaient la plupart du temps de partir en ruminant. Je m'enfermais dans ma chambre pendant de longues heures, contemplant la fenêtre, nostalgique. Je n'avait plus aucun lien avec personne. Je rejetais tout le monde, même mon propre frère... Je savais que ça le faisait souffrir. Mais j'étais trop aveuglée par la mienne pour me soucier de ça. Cet homme, qui avait osé lançer cette arme anti-vampire... Je me vengerais de lui. Car la nuit ou Kaname l'avait sois-disant "tué", je n'avais pas senti sa présence disparaître comme celle de mère. Elle était morte, et lui s'en était sorti... Je serrais les poings. Les vitres se fissurèrent, et le sol trembla. Le lustre suspendu dans ma chambre éclata bruyamment. J'avait donc ce pouvoir... Les domestiques accoururent comme des chiens, pour venir voir ce qui s'était passé.
- Mademoiselle Kuran... commença le "chef" de la meute.
J'était assez dure avec ces "pauvres", domestiques. Mais ils ne méritaient pas plus que ça. Ce n'était que des jouets, manipulable à volonté, ne pouvant s'opposer aux décision de leur maître. Ils étaient gentils, mais moi pas. Dès qu'ils ouvraient la bouche, je les envoyaient sur les roses. Ils étaient si agaçants, ces moustiques! Toujours à tourner au-dessus, mais incapables de passer à l'action. Seule une voix me fit me retourner vers les chiens.
- Déguerpissez vous tous. fit la voix dure de mon grand frère.
C'était la première fois que je l'entendait parler si durement. Il toisa quelques secondes les domestiques qui se dispersèrent rapidement. Il s'avança vers moi et s'assis à côté de moi sur le grand lit blanc:
- Yuki... J'ai l'impression que tu as les mêmes pouvoirs que moi... C'est une bonne chose, si jamais tu as besoin de te défendre. Je t'apprendrais à t'en servir... Quand tu te seras remise... Prend tout le temps que tu veux.
Il me fixa de son regard de braise. J'acquiescais et me détournait, fuyant son regard. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais la referma et sorti de la pièce. J'était à nouveau seule... Une larme commença à couler, puis deux. Mais cette fois, je ne fis rien pour les arrêter. C'est ainsi que je pleurais pendant plusieurs heures, seule. Seule... En fait c'était moi qui rejetait à peu près tout le monde... Mes larmes se tarirent peu à peu. Il ne fallait pas que je m'abatte, mère n'aurait pas voulue que je souffre ainsi...
- A tableee!!!! cria un chien.
Je me dépêchait de descendre. Plus vite j'irait et plus vite je pourrait retourner dans ma chambre... Le domestique me regarda descendre, un grand sourire aux lèvres:
- Yuki, devine quoi! Ce soir, tu vas assister à ta première réception vampirique!
Je failli manquer une marche et m'aplatir au sol. Bien évidemment, il aurait été vain de la part du chef des chiens d'attendre une réponse. Et pourtant, il me regarda avec insistance... Quel entêtement!
- Nous partons maintenant, pas le temps de manger, prenez des blood tablets.... C'est à trois heure d'ici, venez!
Il nous fit sortir dehors et monter dans la voiture. Fidèle à mes habitudes, je restais obstinément muette. Je sorti ma boîte de blood tablet, pris une grosse poignée et avala aussi sec. Mon frère fit de même. Le domestique nous regarda avaler les comprimés depuis le rétroviseur, désaprobateur. Pensive, pendant tout le trajet, je fit rouler un comprimé entre mes doigts. Je n'avait pas encore envie de quitter ma bulle. Je ne voulais pas encore affronter le monde extérieur. Mais en tant que vampire de sang pur, il me faudrait faire face à mes responsabilitées un jour ou l'autre... Le trajet fut assez court, je n'avais pas vue le temps passer. La réception se tenait dans un énorme bâtiment.
- Venez les enfants, dit le chien en nous entraînant à sa suite devant les grandes portes en bois. Et surtout: surveillez vos paroles.
Il ouvrit les portes. La salle qui était si bruyante il y a quelques instant devint silencieuse. Tout le monde avait la tête tourné vers nous. Une allée d'honneur se forma, et nous nous mîment à marcher droit devant nous. La salle commença à être saisie d'un léger bourdonnement:
- Leurs parents se sont suicidés à ce qu'il paraît...
- Les pauvres...
- Il paraît qu'ils les ont aidés à mourir...
Chaque murmure que j'entendais à mon insu me transperçait le coeur, me faisant encore plus souffrir. Le chien dû s'en aperçevoir car il se dépêcha de nous éloigner tout les deux de ces hyprocrites, qui faisaient la queue pour nous présenter leur "condoléances les plus sincères". Quelle honte! Pour traverser la salle, nous mirent une bonne demi-heure. Enfin, nous franchîmes une porte qui déboucha sur une petite cour ou des vampires de notre âges faisaient une "expérience sur la résistance du sable", à en juger par leurs murmures. Ils se retournèrent tous en même temps. Le groupe était composé de deux garçons blond qui avaient sans doute un lien de parenté, une fille aux cheveux crème et une autre rousse aux yeux bleus. Le domestique fit rapidement la présentation avant de s'éclipser, nous laissant face à face. La rousse s'appelait donc Rima Touya, l'autre fille Ruka Souen, le blond aux yeux verts Takuma Ichijou et enfin, celui aux yeux bleus Hanabusa Aidou. Hanabusa parla en premier:
- Nous faisons une expérience sur la résistance du sable... Vous voulez vous joindre à nous?
Il nous fixa à tour de rôle, attendant une réponse. Mais Ruka intervint rapidement:
- Hanabusa! Voyons, ce n'est pas un jeu pour des sang purs!
- Ah oui, c'est vrai, ils sont bien trop précieux pour participer à ces jeux puériles... répondit-il d'un ton moqueur.
Comment osait-il? Mes poings se serrèrent et un immense trou béant se forma creusa dans le sol. Le petit groupe se tourna vers moi, effrayé. Kaname posa une main sur mon épaule:
- Contrôle toi Yuki, ce n'est rien...
Mais je sentais aussi sa colère mêlée à de la tristesse dans sa voix. J'avait tellement dû le faire souffrir durant mes longs mois de mutisme...Un déclic se fit en moi.
- Tu as raison... dis-je d'une voix enrouée, cause de mon long mutisme.
Je me tournais vers lui. Il équissa un sourire. La barrière qui séparait nos deux mondes vola en éclat. Pendant ce temps, les autres nous toisaient, muet. Pour me calmer, je sorti de ma poche ma boîte de comprimés et en avalait une dizaine, comme d'habitude. Leurs yeux se firent rond quand ils découvrirent tout ce que j'absorbait. Kaname fit de même. C'était presque devenu une drogue pour moi, je ne pouvais m'en passer. Mais je n'était pas totalement calmée. Et Hanabusa ne fit rien pour arranger sa bévue:
- Tu dois t'excuser! dit Ruka en regardant Takuma avec insistance.
- Pourquoi je m'excuserait? Je n'ai fait que dire la vérité après tout, répondit-il en poussant la bêtise plus loin. Au fait... C'est vrai que vos parents se sont suicidés?
Il allait sûrement enchaîner sur ses "condoléances les plus sincères", mais j'en avait assez entendu:
- ASSEZ!! tonnais-je pour le faire taire.
Tout le monde retint son souffle. Cette fois, je ne fis rien sauter, heureusement. Mais à la place, je tournais les talons, et le plus dignement possible je m'éloignait du groupe. Mon frère me rattrappa:
- Aidou est assez maladroit avec les mots... Je me doutait qu'il commettrait une bévue. Mais son coeur n'est pas mauvais comme tout ces adultes...
J'acquiesçai. Tout ces adultes, leurs condoléances, leurs messes basses...
La souffrance éclata en moi, aussi froide et douloureuse que des éclats de glace.
Kaname nous entraîna dans un endroit à l'écart, pour éviter que notre conversation soit entendue par des oreilles indiscrètes... Il se prit la tête entre les mains:
- Je m'en veux tellement! Si j'avait empêcher Rido, l'homme qui à tué mère, de jeter cette arme anti-vampire... Tu aurais pu vivre à l'écart de ce monde remplit de sang et de trahison, avoir une vie tranquille...
Il s'appellait donc Rido? Il payerait pour ses crimes... Je trouverait un moyen de l'achever.
- Rido n'est pas mort... Mais tu devais t'en douter, n'est-ce pas?
- Oui, sa présence n'a pas disparue quand il disparut, alors que celle de mère...
J'étouffait un sanglot. Il n'était pas décent pour un vampire de haut rang de se laisser aller en public... Je pouvait me retenir encore un peu... Rien qu'une petite dizaines de minutes...
- Pleure Yuki, sa te fera du bien...
Je me laissait aller dans ses bras. J'avait passé des mois à renier cette souffrance qui me dévorait... J'était prête à repartir, et certains n'en ressortiraient pas vivant.
