Chapitre II

Bulma venait d'apporter les dernières retouches à sa machine à remonter le temps et pourtant, elle n'arrivait pas à retrouver la satisfaction qui accompagnait habituellement la réalisation d'une nouvelle invention. Où était passé son enthousiasme? D'ordinaire, ses yeux brûlants de fatigue et la migraine qu'elle sentait poindre n'auraient pas entamé sa joie, mais ce soir, Bulma se sentait d'humeur maussade et un rien l'agaçait. En vérité, la dispute qu'elle avait eue avec Végéta n'arrêtait pas de se rejouer dans son esprit. La réaction de son époux l'avait blessée bien plus qu'elle ne l'aurait cru et Bulma avait beau se répéter que Végéta ne pouvait pas apprécier toute la portée de sa découverte, une toute petite voix lui soufflait qu'il avait peut-être raison. Elle avait pleinement conscience des enjeux et des dangers que pourraient représenter son invention si elle tombait entre de mauvaises mains, mais elle pourrait aussi accomplir des choses extraordinaires, non?

Bulma se passa la main sur le visage et se massa les tempes afin d'en chasser les pulsations douloureuse. Il était passé minuit et une partie d'elle-même s'en voulait d'avoir laissé Bra à elle-même, surtout après la scène du dîner. Capsule Corporation était tout à fait sécuritaire, mais elle n'aimait pas savoir sa fille seule. Sans faire de bruit, Bulma monta les escaliers avec l'intention d'aller l'embrasser avant de se mettre au lit. Au loin, le grondement de la salle de gravité lui indiqua que Végéta n'était toujours pas rentré.

Bulma se remémora l'intérêt de Bra pour le passé de Végéta; Une part d'elle-même comprenait la réticence de Végéta à aborder ce sujet, mais Bra avait droit à des réponses. Les Saiyans faisaient partie de son héritage et elle espérait que Végéta puisse trouver les mots pour satisfaire sa curiosité. Après près de vingt ans de vie commune, la culture Saiyan et le passé de Végéta demeuraient un mystère pour Bulma et parfois, elle se demandait si Végéta n'aurait pas aimé partager son héritage avec eux. En s'approchant de la chambre de sa fille, Bulma mit toutes ces réflexions de côté. Lorsqu'elle aurait parlé à Végéta, tout s'arrangerait. Sur ce, Bulma entra sur la pointe des pieds dans la chambre de Bra, mais figea sur le seuil en reconnaissant l'odeur âcre qui flottait dans l'air : du sang.

-Bra?

Mais un silence inquiétant persista. Sentant la panique l'étreindre, Bulma chercha l'interrupteur de la chambre à tâtons. Lorsqu'elle alluma enfin, elle étouffa un cri à la vue du sang sur le plancher. Bulma fouilla la pièce du regard à la recherche de sa fille, mais aucune trace d'elle. S'exhortant au calme, Bulma scruta le sol et remarqua les traces de pas ensanglantées imprégnées dans le tapis, des traces de pas adultes. Tremblante de tous ses membres, Bulma suivit du regard les traces qui s'arrêtaient à la fenêtre. Incapable d'en supporter davantage, elle se rua hors de la pièce et couru vers la salle d'entraînement. Végéta… Végéta pourrait retrouver leur fille. Elle entra dans la salle de contrôle et s'empara du micro.

-Végéta! hurla-t-elle


Bynnos allongea la fillette toujours inconsciente sur le canapé. Il n'avait eu aucune difficulté à l'assommer, mais avait tout de même été impressionné par la puissance qu'elle possédait à un si jeune âge. Peut-être n'aurait-il pas dû être surpris, elle était la fille de Végéta après tout. Il lui faudrait être doublement prudent s'il ne voulait que la petite fille chérie du prince des Saiyans lui fausse compagnie dans un moment d'inattention.

Pendant des semaines, il avait cherché un moyen d'atteindre Végéta et il arrivait à peine à croire qu'il l'ait enfin trouvé. S'il n'avait pas suivi les faits et gestes de son ennemis pendant si longtemps, il n'aurait jamais utilisé la gamine; le Végéta qu'il connaissait n'aurait pas été affecté par l'enlèvement de l'un de ses rejetons, mais apparemment beaucoup de choses avaient changé depuis qu'il avait quitté le service de Freeza. Pas qu'il s'en plaigne, Végéta lui facilitait la tâche! Quoique… peut-être en avait-il trop fait. Kidnapper sa fille de Végéta aurait dû suffire, mais sous l'impulsion du moment, il n'avait pas pu s'empêcher de pousser la dose. En cherchant à mettre Végéta hors de lui, il avait eu l'idée de répandre le sang de la gamine. C'est ainsi qu'il en était venu à lui trancher les veines, un geste qui lui apparaissait maintenant aussi imprudent qu'exagéré. Qu'aurait-il fait si elle s'était vidée de son sang? Un cadavre n'avait aucune valeur! Heureusement pour lui autant que pour la fillette, il était parvenu à enrayer le flux de sang, mais il ne possédait pas encore l'habileté de ses maîtres et n'avait pu empêcher la formation de cicatrices. La nervosité l'avait décidément rendu bien maladroit! Il faudrait apprendre à maîtriser ses émotions davantage s'il voulait triompher sur le prince des Saiyans.

Après s'être assuré de l'état de l'enfant, Bynnos descendit au sous-sol où il avait enfermé le propriétaire de la maison. Ce dernier était recroquevillé sur lui-même et était devenu presque aussi pâle que lui. Qu'est-ce qu'il était fragile! Bynnos répugnait à employer un tel individu, mais il n'avait pas le choix, une fois fusionné à cette créature, il serait impossible à Végéta ou à ses acolytes de le retrouver parmi les Terriens. En d'autres circonstances, il aurait sans doute apprécié la naïveté presque maladive des Terriens et se serait bien amusé à leurs dépends, mais il ne pouvait pas se permettre ce genre d'enfantillages. N'empêche, Bynnos n'arrivait pas à concevoir qu'un peuple entier puissent ignorer l'existence d'autres races dans l'univers ou mieux, la présence des Saiyans parmi eux! Si ce n'était de leurs impressionnants gardiens, les Terriens auraient sans aucun doute été réduits à l'esclavage, ou tout bonnement éradiqués par les puissances qui se disputaient l'univers.

Étrange tout de même que le Prince ait choisi cette planète pour y refaire sa vie alors que tous le croyaient mort. Tous ceux qui connaissaient Végéta avaient naturellement cru qu'il reprendrait les rênes du pouvoir de Freeza s'il parvenait un jour à renverser ce dernier… Le retrouver sur Terre était bien la dernière chose à laquelle s'attendait Bynnos! En effet, comme la plupart des gens, il croyait que Freeza avait exécuté Végéta sur Namek alors qu'il tentait d'usurper le pouvoir. Cette rébellion, même Bynnos aurait pu la prévoir, mais étrangement, Freeza ne s'était jamais résolu à l'éliminer. Ce statut privilégié expliquait pourquoi, malgré le nombre important de ses ennemis, nul n'avait jamais osé attaquer Végéta de front. La protection de Freeza ainsi que la puissance du jeune prince en avait découragé plusieurs, mais les plus hardis avait pris leur mal en patience et avait attendu le jour où Végéta tomberait en disgrâce. Or, ce jour n'était jamais venu; la destruction de la planète Namek leur avait ravi leur vengeance, ou du moins c'est ce qu'ils pensaient…

Lorsque Bynnos et ses compagnons avaient appris la mort de Végéta, ces derniers s'étaient efforcé de se tourner vers l'avenir et d'oublier leur vengeance. D'un autre côtés, les motifs derrière l'intérêt de Freeza pour Namek faisait cependant l'objet de rumeurs plus ridicules les unes que les autres. Certaines soutenaient même que Freeza y avait été dans l'espoir de devenir immortel! C'était tellement absurde! Bynnos quant à lui n'avait jamais été capable de refaire sa vie ruiner. Au fond de lui-même, peut-être avait-il deviné que Végéta ne pouvait s'avouer si facilement vaincu, que si une personne pouvait survivre à la colère de Freeza, c'était bien lui! Et cette incertitude avait rongé Bynnos pendant des années. Lorsqu'il avait enfin trouvé le courage de se rendre sur Terre, aucun de ses alliés n'avaient accepté de se joindre à lui. Tous craignaient de rencontrer le guerrier responsable de la chute de Freeza, King Kold, Kooler et leurs hommes… Quelle n'avait pas été sa surprise d'y découvrir Végéta en chair et en os! Jamais dans ses rêves les plus fous il n'aurait pu imaginer découvrir le prince des Saiyans, ce meurtrier de millions d'individus, parfaitement adapté à la vie sur terre et…père de famille! Même s'il quittait la planète en répandant la nouvelle, il était sûr que personne ne le croirait!

Non, personne ne croirait que Végéta avait pu donner naissance à une enfant aussi adorable, pensa Bynnos en se penchant sur Bra. Il prit son pouls et le trouva faible, mais régulier. Elle ne se réveillerait pas tout de suite. Peut-être n'aurait-il pas dû lui faire perdre autant de sang… C'est alors qu'il sentit une puissante aura qu'il n'aurait pu ignorer en provenance de Capsule Corporation. Cette aura lui était vaguement familière. Bynnos sentit ses yeux briller d'excitation, ce ne pouvait être que Végéta! Il aurait tout donné pour pouvoir voir son expression en découvrant que sa précieuse enfant avait disparu! Il chercherait sans doute à retrouver sa trace, mais tant qu'il garderait l'aura de l'enfant sous contrôle, il ne pourrait pas les repérer. Son petit jeu pourrait bientôt commencer…


Goku tentait de raisonner Végéta mais plus il parlait plus celui-ci s'enflammait. Il voulait tuer quelqu'un!

-La ferme Kakarott!

-On va la retrouver, dans la lettre il dit qu'il veut de l'argent, Bulma et toi êtes les personnes les plus riches sur Terre, cela n'est pas si surprenant, essaya de le calmer Goku.

Végéta saisit la lettre qu'ils avaient trouvé dans la chambre de Bra et la relut pour la centième fois.

Végéta,

Comme tu as pu le constater, votre fille est maintenant en ma possession. Je n'hésiterai pas à la tuer si tu ne réponds pas à mes exigences. J'ai déjà répandu son sang, ne me donne pas l'occasion de le faire encore. J'espère que vous serez assez intelligent pour me livrer une somme d'argent que je choisirai en temps et lieux.

Au plaisir

La lettre n'était pas signée, mais Végéta ne s'attendait à rien de moins. Ce qui l'inquiétait davantage, c'était son incapacité à repérer Bra à travers la ville. Son kidnappeur n'aurait pas eu le temps d'aller plus beaucoup plus loin et pourtant, l'aura de sa fille avait disparu.

-Ce n'est pas l'argent qui l'intéresse, déclara alors Gohan qui était resté silencieux jusqu'alors.

-Explique-toi! s'impatienta Végéta.

-Si c'était l'argent qui l'intéressait, il aurait adressé la lettre à Bulma et pas à toi. Après tout, c'est elle la présidente de Capsule Corporation. Ensuite, il commence la lettre en t'appelant par ton titre. À part nous, personne ne sait que tu portes le titre de « prince ». Cette personne doit te connaître et l'argent n'est qu'un prétexte. Enfin, Bra est à demi-Saiyan, cela laisse supposer que cette personne est assez puissante. Ça limite assez la liste des suspects.

-Et cela veut dire qu'il n'est pas Terrien, conclut sombrement Végéta.


Bra se sentait encore endormie mais sa nuque la faisait souffrir. Résistant contre de sommeil qui l'envahissait à nouveau, elle entrouvrit les yeux et tourna la tête légèrement vers la droite. Malgré l'élancement de son cou, Bra s'efforça d'observer la pièce où elle était, sortant peu à peu de sa torpeur. Elle n'était pas chez elle… Le souffle lui manqua; quelqu'un l'avait attaquée et… et elle n'était plus chez elle! La panique monta en elle, mais tout en se redressant, Bra réalisa qu'elle n'était pas seule dans la pièce. Un homme était assis à une table non loin d'elle et la fixait sans ciller. Pendant un instant, Bra crut qu'elle avait affaire à son assaillant, mais ne reconnut pas ses traits. En fait, il avait l'air tout à fait normal et…faible. Bra se concentra pour sentir son aura et réalisa qu'il était peut-être plus élevé que la moyenne des gens mais qu'il était dérisoire comparé au sien. Confuse, Bra ne savait que penser.

-Tu t'es enfin réveillée, je commençais à m'inquiéter.

-Qui êtes-vous? demanda-t-elle.

Bra se leva rapidement et un vertige s'empara d'elle.

-Ramenez-moi à la maison!

Elle tenta de mettre le plus d'agressivité possible dans son ton, mais sa demande sonna étrangement fausse à son oreille. Elle en eut la confirmation à la vue de l'étranger lui souriant sans paraître s'inquiéter de sa menace.

-Tu arrives à tenir debout après la quantité de sang que tu as perdue? Tu m'impressionnes, tu sais.

De quoi parlait-il? Dans sa confusion, Bra eut tout de même la présence d'esprit de se mettre en position de combat

-Ramenez-moi chez moi, exigea-t-elle. Sinon je vous le ferai regretter!

Bra sentaient ses jambes flageoler et un haut-le-cœur menaçait d'avoir raison d'elle à tout moment, mais ce n'est pas ce qui l'inquiétait le plus. Elle se sentait faible, terriblement faible et elle n'arrivait pas à faire appel à son énergie. Que lui avait-il fait?

Le sourire de Bynnos s'élargit à la vue de cette enfant qui tentait toujours de le braver alors qu'elle peinait à tenir debout. Son hôte le gênait cependant. La gamine était encore faible, mais jamais il ne parviendrait à la contenir sous cette apparence. Bynnos décida alors de mettre fin à la fusion qui l'unissait au Terrien. Il entendit Bra pousser une exclamation de surprise devant le phénomène, mais ne se préoccupa pas d'elle. Il leva la main vers son hôte qui ne lui était plus d'aucune utilité et tout en contrôlant son énergie, Bynnos produisit un rayon d'énergie qui atteignit l'homme au cœur. Cette fois, le cri de Bra mourut dans sa gorge alors qu'elle contemplait le cadavre derrière lui.

-Alors fillette, tu veux toujours t'attaquer à moi?

Clouée sur place, Bra releva les yeux vers Bynnos et évalua ses chances. Dans sa chambre, elle l'avait à peine entrevu, mais maintenant elle devinait à sa peau trop pâle qu'il n'avait rien humain. Ses yeux gris la fixaient avec supériorité, mais c'était ses cheveux qui attiraient l'attention de Bra. Ceux-ci étaient d'un violet profond et bien qu'il n'y ait pas la moindre brise dans la pièce, ils se mouvaient, comme mus d'une volonté propre. L'homme n'était pas plus grand que son père, mais il devait être doué s'il était parvenu à déjouer les systèmes de sécurité de Capsule Corporation et l'instinct de son père. Bynnos, amusé de se voir inspecter de la sorte, en profita pour la scruter à son tour. À première vue, elle n'avait hérité d'aucun trait saiyan, ce qui était pour le moins surprenant. Inconsciemment, il fit un pas vers Bra qui interrompit son examen pour reprendre sa position d'attaque.

-N'approche pas!

-Tu crois vraiment pouvoir me menacer dans ton état? lui rappela-t-il.

Dans un cri de rage, Bra se jeta sur Bynnos. Celui-ci l'évita facilement et d'un coup de pied, il l'envoya au sol. Il se saisit alors d'elle et la plaqua au plancher. Sous le choc de se voir traiter de la sorte, Bra ne réagit pas immédiatement. Jamais personne n'avait osé lever la main sur elle…

Bynnos vit la surprise se peindre sur les traits de la fillette puis, avant qu'il n'ait le temps de réagir, elle ouvrit la bouche et poussa un hurlement à réveiller les morts. Elle entreprit ensuite de se désarçonner en se débattant sauvagement, sans grand succès. Bynnos grimaça, ses oreilles délicates ne supportaient que difficilement les cris de l'enfant, mais il préféra la laisser crier jusqu'à épuisement. Comme il s'y attendait, sa lutte ne dura pas très longtemps; la perte de sang avait été trop importante et dans son état, il lui était impossible de lui tenir tête.

-Tu peux crier tant que tu veux, il n'y a personne ici pour t'entendre ou t'aider… sauf moi. Et je crois que tu as compris que tu n'as pas intérêt à me mettre en colère, n'est-ce pas?

Bra hocha lentement la tête et Bynnos relâcha un peu sa prise.

-Je sais que tu te sens très faible en ce moment, alors essayer de t'enfuir ne mènerait à rien.

Tout en se relevant, Bynnos souleva Bra avant de la poser sur ses pieds. Celle-ci chancelant et Bynnos la repoussa sur le canapé. Ignorant le regard farouche de Bra, il se saisit de ses poignets afin de s'assurer que dans leur lutte, ses cicatrices ne se soient pas rouvertes. Elle ne protesta pas, mais émit une exclamation de terreur en voyant ses cicatrices.

-Qu'est-ce que c'est! s'exclama-t-elle.

Percevant la panique dans sa voix, Bynnos leva les yeux vers elle.

-Ça, ça n'est qu'un exemple de ce qui va t'arriver si tu ne fais pas exactement ce que je te dis.

Les yeux de Bra s'emplirent de larmes et Bynnos, satisfait de son examen, s'apprêtait à la relâcher lorsqu'il entrevit une mince chaîne en or au cou de Bra.

-Qu'est-ce que c'est?

En soulevant la chaîne, il découvrit un médaillon en or.

-Lâche ça! protesta Bra

Bynnos l'ignora cependant et ouvrit le médaillon. À l'intérieur, il découvrit une photo de Végéta et sa famille d'un côté et de l'autre, un symbole étrange.

-Qu'est-ce que c'est? demanda-t-il en la libérant.

-C'est le symbole de l'empire Saiyan.

-C'est vrai, si la planète Végéta n'avait pas été détruite par cet astéroïde, tu en serais la princesse. Quel dommage tu ne trouves pas? railla-t-il

Bra ne daigna pas répondre à sa question.

-Pourquoi est-ce que je suis ici? Je veux rentrer chez moi!

Le sourire de Bynnos s'effaça et il la fixa pendant ce qui sembla être une éternité à Bra avant de lui répondre d'un ton glacial :

-On n'a pas toujours ce que l'on veut. C'est ce que ton père a fait l'erreur de m'enseigner il y a très longtemps, une très grosse erreur qu'il est sur le point de payer.

Bra sentit l'angoisse l'envahir en voyant le regard brûlant de haine que Bynnos posa sur elle.

-Et toi aussi.


Ce ne fut qu'après avoir laissé mariner Végéta pendant une semaine que Bynnos se décida à passer à la deuxième phase de son plan. Il constata avec plaisir qu'on lui répondit dès la première sonnerie, mais son enthousiasme se refroidit lorsqu'il s'aperçut que la personne au bout du fil n'était pas Végéta. Son interlocuteur était une femme et Bynnos en déduisit qu'il s'agissait de l'épouse du prince. La notoriété de la présidente de Capsule Corporation était très grande et Bynnos se demanda si elle était aussi intelligente qu'on l'avait laissé entendre. Il n'avait cependant pas le temps de songer à de telles futilités et s'empressa de demander à parler à Végéta. Celui-ci répondit presque aussitôt et à son ton, Bynnos devina qu'il était à cran. Tant mieux.

-Qu'est-ce que tu as fait à ma fille! rugit-il dans le combiné.

-Bra va très bien… pour l'instant

-Je veux lui parler!

Le ton impératif du Végéta faillit faire perdre son sang-froid à Bynnos. Ainsi Végéta se croyait toujours en position de donner des ordres! Pour un peu, Bynnos lui aurait raccroché au nez, mais laissa passer l'insulte. Végéta comprendrait la futilité de menaces ses bien assez tôt. Bynnos tendit le combiné à Bra qu'il s'en empara d'une main tremblante.

-Papa?

-Bra, tu vas bien?

-Oui, mais je veux rentrer à la maison! dit-elle en ravalant un sanglot.

Bynnos lui reprit le téléphone et bâillonna Bra d'une main.

-Ta fille est vraiment mignonne, Végéta. C'est dommage qu'elle ait dû se retrouver mêlée à cette histoire!

-Alors l'argent n'était vraiment qu'un prétexte.

-Cela dépend, Dis-moi, Végéta, combien vaut ta fille?

-La question serait plutôt de savoir combien vaut ta vie! ragea Végéta.

Bynnos ne put s'empêcher de ricaner en entendant cette menace. L'attachement que Végéta avait développé envers sa famille était risible pour un guerrier de sa trempe!

-Je suppose que dix millions pourrait faire l'affaire, suggéra-t-il d'un ton léger.

-Tu les auras, mais je te jure que tu n'auras pas le temps d'en profiter.

-Je rappellerai dans trois jours pour fixer le lieu du rendez-vous. Amasse la somme d'ici là, sinon…

Sans laisser à Végéta le temps de répondre, Bynnos raccrocha. Il baissa les yeux et croisa le regard plein de rancœur de Bra.

-Ton père est plutôt coopératif, je crois qu'il est très anxieux de te revoir, qu'en dis-tu?

Bra ne daigna pas répondre et détourna les yeux. Bynnos la repoussa sur un canapé où Bra prit place sans le quitter des yeux. Depuis son enlèvement, Bra s'était interdit de pleurer, mais entendre la voix de son père l'avait ébranlée et elle pouvait sentir un nœud se former dans sa gorge. Seule le souvenir que les Saiyans n'avaient peur de rien l'empêcha une nouvelle fois de céder à sa faiblesse. Elle devait garder l'esprit clair si elle voulait se sortir de ce pétrin. Bynnos avait donné trois jours à son père et s'il n'avait pas l'intention de la tuer, Bra avait cependant deviné qu'il ne la rendrait pas à sa famille non plus. En l'entendant marmonner dans sa barbe, Bra sentit la peur l'envahir. Peu importe ce que planifiait Bynnos, elle espérait que son père le percerait à jour avant qu'il ne soit trop tard.