Le port de l'île d'Arkedia, île de l'archipel des Arches, milieu de l'océan Pacifique

Le soleil était au zénith et l'air était chaud et sec, même le petit vent semblait se réchauffer au contact de la chaleur des rayons et pas un nuage à l'horizon. Les mouettes bruyantes tournaient en rond autour du ponton, à la recherche d'une victime à voler. On pouvait apercevoir plusieurs bateaux de pêcheurs au loin, ainsi que des petites barques en bois. Plusieurs autres navires accostaient. Les marins s'activaient rapidement autour du bitte d'amarrage. Des gens de différents pays descendirent à la hâte, avec leurs valises, sur l'île dite paradisiaque. Lexa était là, assise sur un vieux banc fraîchement repeint, lunettes de soleil sur le nez, non loin de ce groupe de personnes qui se précipitait vers les taxis. Elle portait un simple T-shirt gris foncé, un pantalon de camouflage python noir, ainsi que des bottes de combat. Autour de son cou se trouvait son pendentif en or, hérité de sa mère. Il était de forme ronde et était sans artifice. Lexa commença à jouer nerveusement avec. Elle aurait voulu l'ouvrir pour pouvoir regarder les photos, mais elle savait que cela lui ferait plus mal qu'autre chose, et ce n'était absolument pas le moment d'être faible.

La jeune femme reconcentra son regard sur ce qui se passait autour d'elle. Lexa peinait à reconnaître l'endroit, tout avait changé depuis son départ, c'était à dire: deux ans. Le tourisme semblait s'être bien développé sur cet archipel, encore peu connu, il y avait trois ans. Elle sortit une énième cigarette de son paquet pratiquement vide, et pourtant acheter la veille. Elle l'alluma et tira une première bouffée mélangée de nicotine et de goudron. La brune regarda l'horloge accrochée contre le mur d'un magasin. 12h05. « Encore dix minutes d'attente », pensa-t-elle. Ses deux sacs se trouvaient à ses pieds, malgré le fait qu'elle n'ait pris que l'essentiel, ils faisaient tout de même un certain poids. Heureusement que Lexa était habituée à porter de lourdes charges, sinon elle aurait tout laissé chez elle.

La brune vit au loin le bateau blanc approcher, une queue, d'une trentaine de personnes, commençait à se former, ce qui surprit Lexa. Sa destination était pourtant puriste, laissant peu d'ouverture d'éventuels touristes ou à d'autre évolution. Elle pensait que ce sentiment se serait renforcé à cause de la guerre. « A moins que… », murmura-t-elle. Un léger sourire naquit ses lèvres, et disparut tout aussi vite, car elle réalisa: « La guerre n'était pas finie quand je suis partie ». Etait-il encore temps pour fuir à nouveau ? et pourrait-elle compter encore sur ses contacts ? Un coup de sifflet retentit de la part du quartier-maître qui annonça d'une voix forte: « Dernier appel pour l'île Trikru. Départ dans deux minutes ». Elle se leva du banc en soupirant, puis prit ses deux sacs. Un sur son épaule, l'autre dans sa main. Lexa présenta son billet acheter ce matin. Elle avança sur la passerelle au rythme des gens. Elle se dit: « Entrons dans la gueule du loup ».

C'était le milieu de l'après-midi, la jeune femme était posée contre le rambarde en fixant l'étendue d'eau bleu, une bière à la main. Elle aimait l'océan, le bruit des vagues l'odeur du sel et du poisson. Elle souvenait de la chaleur du moindre grain de sable et des rayons du Soleil qui tapait sur sa peau mâte. Dans ces moments-là, Lexa ne se souciait plus de ses problèmes de la réalité, qui l'avait rattrapée, malgré elle. Pourtant, cette eau venait simplement d'un autre large, d'une autre plage. Elle recommençait sans arrêter son cycle infernal, sans pouvoir décider de ce qu'elle voulait réellement. Elle n'était condamnée à n'être qu'une eau dont les gens profitaient pour leur propre bonheur égoïste. Comme Lexa qui ne possédait de libre arbitre et comme l'océan elle poursuivra son cycle sans vouloir faire ce qu'elle voulait vraiment. On avait toujours choisit pour elle, ce qu'elle devait être et ce qu'elle devait faire. C'était pour cela que la jeune femme profitait encore un peu de sa liberté, qui dans quelques heures ce ne sera plus qu'un vieux souvenir. Un vieil homme s'appuya à son tour contre la barre d'acier, sa canne posée contre le métal. Lexa tourna la tête pour l'observer. Il portait une casquette bleue marine, salie par la poussière. Il s'essuya rapidement le visage avec un mouchoir usagé en tissu. Son t-shirt noir, bien trop grand pour lui, contenait des marques de transpiration plus qu'évidente. Son short beige contenait quelques petits trous par-ci et là, cela ne faisait aucun doute sur la longévité de l'habit. Il portait aussi des chaussures brunes qui semblait plus ou moins neuves, mais déjà tachée, probablement par la boue. On pouvait constater à sa maigreur plus qu'effrayante, le peu de moyen financier qu'il possédait. Le vieillard semblait perdu dans ses tristes pensées, du moins s'était ce que la brune pouvait en déduire. Le yeux gris de la personne âgée s'étaient quelque peu humidifier. Lexa se détourna de lui et continua à fixer l'horizon.

- C'est une belle journée, n'est-ce pas ? commença le vieil homme d'une voix basse.

- Oui. C'est agréable, répondit par politesse Lexa.

- Vous n'êtes pas d'Arkedia, n'est-ce pas ?

- Non.

- Vous êtes une touriste ?

- Absolument pas.

- Tant mieux.

Un silence se fit. La brune avait reconnu l'accent du vieillard. C'était un Trikru. Elle ne s'étonnait pas de la réponse de l'homme, elle ricana. Au vu de son âge, il ne faisait aucun doute qu'il était puriste et qu'il n'acceptait pas le développement de « son » île.

- Pourquoi riez-vous ? le questionna-t-elle.

- Vous êtes Trikru et vous n'aimez pas les touristes.

- Exact, ma p'tite dame. Comment le savez-vous ? sourit-t-il

- Avec votre accent, et parce que je rentre aussi chez moi, après deux ans d'exil.

- Où passé le vôtre ?

- Disparu. Après mes années passées à l'étranger.

- Vous avez fui la guerre ?

- La guerre était terminée.

- Celle contre Azgeda oui, mais pas celle qui a suivi.

C'était ce que redoutait Lexa. Voilà pourquoi son mentor avait tout fait pour qu'elle rentre. Il ne faisait aucun doute sur sa sentence, bien qu'elle ne lui devait rien, du moins en théorie. En pratique, c'était autre chose. Comme aimait dire son mentor: « un contrat ça se brûle ».

- Tout ce commerce-là, ce « développement », c'est la faute d'Alistair. Son contrat avec l'Organisation nous a perdu.

- Je trouve plutôt cela positif économiquement. Nous serons plus indépendant, moins d'Organisation.

Le vieillard ria amèrement.

- Ca ne s'est pas passé comme ça. D'après ce qu'on dit, l'Organisation et les Sages auraient passé un contrat. Contrat qu'Alistair n'a pas respecté par peur. Et maintenant, notre île subit son incompétence. L'Organisation est plus puissante que jamais.

« Par peur ? Ainsi donc Alistair avait craint l'Organisation. Peut-être la craignait-il encore ? » pensa Lexa. Quoiqu'il soit c'était un bon à savoir. Elle pourrait utiliser cette information contre lui.

- Mais pour moi, ce sont des mensonges. Un contrat qu'Alistair n'aurait jamais accepté.

- Pourquoi ?

- Il était bien trop sage à cette époque-là. Puis, nous avions pas besoin de l'Organisation pour gagner.

- De ce que j'ai entendu, l'Organisation possédait un puissant soldat, formé en partie par les Sages. Elle aurait éradiqué une bonne partie des troupes ennemies.

- Sornettes. Aya est une légende, affirma durement le vieillard.

- Vous semblez si sûr de vous.

- Je le suis. Il fallait bien trouver quelque chose pour redonner le moral aux troupes. Quoi de mieux qu'un soldat fort et rusé ? Croyez-moi, Aya est un mythe. La vie d'un homme est bien peu remplie comparer à celle qu'elle a dû vivre. Si elle avait réellement existé, je ne peux que la plaindre et priez pour sa pauvre âme.

- C'est une héroïne, pourtant.

- Et comme tous les héros, elle eut une fin tragique.

- Racontez-la moi, vieil homme. J'ai quitté l'île bien trop tôt pour connaître la fin, demanda vivement Lexa.

Le vieil homme soupira. Il regarda la jeune femme, en voyant son air curieux, il ne pouvait s'empêcher de lâcher un petit sourire. « La fougue de la jeunesse », pensa-t-il.

- On raconte qu'elle serait devenue folle, suite à ses multiples tortures subies de la part d'Azgeda. Qu'on peut parfois entendre ses cris de démence au plus profond de la forêt. D'autres disent qu'elle serait morte lors de la dernière bataille. J'ai même entendu qu'elle serait partie se perdre dans l'océan. Encore une fois, rien n'est sûr, car personne ne l'a jamais fréquentée. Ou ceux qu'ils l'ont fait, sont probablement morts.

- Ce sont de tristes fins.

- Oui. Les héros ne sont là que pour faire rêver les jeunes comme vous. Pour qu'ils partent faire la guerre, à la place des hommes cachés dans leur bureau. Ils veulent avoir la gloire de la victoire ou la mort de leur modèle. Cependant, en vrai, ils n'auront ni l'un, ni l'autre, dit-il amèrement, ils seront juste oublié avec le temps.

Lexa ne commenta rien, mais elle pouvait sentir la rancoeur dans la voix de cet homme envers son mentor et les décisions qu'il avait pris, il y avait plus de dix ans. Elle se demandait dans quel Etat allait-elle retrouver son chez-elle, après deux ans d'absence. C'était long, malgré tout. Et surtout, comment allait-elle prouver sa bonne fois. Elle n'était pourtant pas en position de négocier quoique ce soit. La brune avait deux jours d'avances, peut-être que cela jouerait à son avantage, bien que ses chances soient minimes.

- Puis-je vous posez une question ? demanda le vieux en la sortant de ses pensée.

- Allez-y vieil homme.

- Pourquoi revenez-vous au pays ?

- Et vous ?

- Pour mes défunts fils. On m'a refusé l'exhumation sur Arkedia, alors tous les mois je leur rends visite, avoua-t-il avec un sourire triste.

- Je suis navrée.

- Moi aussi...

L'homme semblait perdu une nouvelle fois dans ses pensées. Probablement qu'il imaginait une autre vie. Une vie où ses enfants seraient encore vivants. Une vie où chacun d'eux se marieraient et auraient des enfants. Une vie remplit de joie et de rire. Une vie qui ne viendra malheureusement jamais. Les guerres lui avait tout pris. Ses terres, ses enfants et sa femme. Il ne lui restait que de maigres économie pour venir sur l'île Trikru.

- Vous n'avez pas répondu à ma question, ma p'tite dame.

- Problèmes personnels à régler.

- Rien de bien joyeux pour vous non plus. J'espère que tout s'arrangera.

- Je l'espère aussi vieil homme. Malheureusement, je n'ai aucun contrôle sur cela.

Après cette dernière phrase, aucun d'eux continua à parler. Perdus dans leurs souvenirs respectifs. Lexa sortit une cigarette et l'alluma, avant que son regard ne perde dans l'eau bleu marine de l'océan. Les vagues jouaient de ses yeux, formant des images qu'elle croyait pouvoir renier.

Le port de l'île Trikru, île de l'archipel des Arches, milieu de l'océan Pacifique

Lexa posa enfin pied à terre. Ses deux sacs bien en main. Elle salua une dernière fois le vieil homme de la main, avant de commencer sa route en marchant. Le brune ne reconnut pas les lieux de son enfance, tout avait changé, tout était neuf, reconstruit. Elle se souvenait encore des bâtiments détruits et enflammés à cause des explosions. Les cadavres couchés dans les rues, ou encore les gens qui tombaient, comme des mouches devant les yeux de tous. Cette atmosphère pesante et rouge, à cause des flammes et du sang. Les débris qui se trouvaient par çà et là sur le sol. Le bruit criant d'une mitraillette et le sifflement de balles qui frôlaient sa tête. Aujourd'hui, tout était beau, comme si l'horreur passée avait été effacée pour oublier à tout prix cette page noire de l'histoire des Trikru. Malgré leur victoire, ils ont beaucoup perdu et Lexa le savait mieux que personne. Dix-sept ans de batailles et de sacrifices, cela laissaient des traces dans les mémoires des citoyens.

Lexa continuait d'avancer vers sa destination. Bien qu'elle en ait pour environ une heure de marche, elle pouvait sentir son angoisse augmenter au fur et à mesure de ses pas. Elle n'avait aucune envie d'être ici, et si elle ne possédait pas une épée de Damocles sur sa tête, elle ne serait jamais venue et n'aurait jamais quitté Clarke. La simple fait de penser à son ex-compagne lui serrait le ventre. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce que la blonde faisait. La pleurait-elle ? La haïssait-elle ? Lexa l'ignorait, mais c'était mieux ainsi. Elle avait espéré pouvoir échapper à son passé en fuyant et en disparaissant, cependant tout finissait par se savoir qu'on était soldat de l'île Trikru. Même ses amis haut placés n'avaient pas pu la cacher éternellement. Pourtant, elle y avait cru. Pendant deux ans, avec sa compagne à ses côtés et après son procès, elle y avait cru jusqu'au bout. La brune avait touché sa liberté du bout des doigts, pendant un et demi, qu'elle trouva dans son premier vrai travail dans un bar.

Perdue dans ses pensées, elle ne vit pas qu'un homme en uniforme, qu'elle connaissait que trop bien, la suivait. Arrivée à un carrefour, une voiture bleue marine s'arrêta devant elle. La vitre se baissant et entendant un nom qu'elle pensait avoir oublié, fut prononcé. Elle sut. Son mentor l'avait observé tout ses déplacements. La main de l'homme sur son épaule l'obligea à rentrer dans le véhicule. Elle ne se débattit pas et obéissant contre son gré. La brune voyait le paysage vert défilé sous ses yeux, avec un contraste avec les nouveaux immeubles, les anciens et ceux qui étaient en reconstruction, mais aussi la richesse et la pauvreté. La voiture ralentit devant une énorme bâtisse fait de pierres grises, datant probablement de plusieurs siècles. L'automobile s'arrêta dans la cour intérieur, à travers la vitre, Lexa pouvait tous les regards dirigés vers elle, avec une certaine impatience malsaine. La jeune femme détestait être au centre de l'attention, surtout en ces lieux. Elle ouvrit prudemment sa portière, et sortit lentement. Un silence lourd se fit. On pouvait apercevoir que tout le monde avait écarquillé leurs yeux. Il fallut quelques secondes pour que des murmures s'élèvent gentiment. Le choc passé, on pouvait entendre des « traitresse », « désertrice » ou encore « lâche », que les mentors n'hésitaient pas à cracher, par haine et par dégoût pour Lexa, de vive voix. Les élèves, du moins pour les plus jeunes, n'avaient aucune idée de qui était la brune et ne comprenaient pas ce qu'ils se passaient. Deux ans que la jeune femme avait quitté son île natal, et en deux ans, elle était devenue tabou au point de vouloir l'oublier dans la confrérie des Sages. Néanmoins, les habitants continuaient de parler d'elle, même sous forme de fiction et de rumeurs. Lexa suivait docilement les deux hommes qui l'avait conduit ici. Elle s'attarda rapidement sur ces lieux qui n'avaient jamais réellement quitter sa mémoire. Elle se souvenait des bons moments, comme des mauvais. Elle se rappelait aussi de son premier départ, sa première véritable mission. Cela lui fit de la peine d'entendre la haine de ses anciens frères et soeurs d'armes, pour qui elle avait tout donné et à cause de qui elle avait décidé de partir loin de cette vie. Ils comprenaient pas son choix, elle pouvait le comprendre, mais ils connaissaient pas les raisons de son départ et des horreurs qu'elle avait vécu pendant la guerre, et ces sots se permettaient de la juger. Elle s'agaçait de ces jugements beaucoup trop facile sur sa personne. C'était pourtant ce qu'ils avait appris et ce qu'ils apprenaient à leurs élèves: « Ne jamais juger une situation rapidement, si tu ne possèdes pas toutes les informations pour pouvoir le faire ». Les soldats la firent entrer dans le vieux bâtiment. Malgré son calme olympien, Lexa eut, pour la première fois depuis longtemps, peur de ce qu'il pourrait lui arriver.

Du haut de son bureau, un homme, âgé de soixante-deux ans, observait la scène qui se déroulait sous ses yeux noirs inquiets. Ses cheveux bruns, longs et grisonnant étaient fermement attachés en queue de cheval. Sa barbe grise était toujours aussi longue, était bien taillée. Sa tenue noire, faisant ressortir son écusson, qui se trouvait sur l'épaule, rouge. Il soupira un grand coup avant de retourner s'asseoir à son bureau où un unique dossier était posé dessus. Il se passa la main sur son front, signe qu'il était nerveux face aux évènements actuels. Il regarda son épée soigneusement rangée dans son fourreau appuyée contre le bois d'acajou. La situation commençait à dégénérer autour de lui. Il avait perdu beaucoup de respect face à certain mentors, élèves et citoyens. Cependant, même si ses choix n'avaient pas été les bons, ils avaient été les meilleurs à l'époque. Il se souvenait encore comment son île, pourtant si conservatrice, avait basculée…


Forteresse Trikru, île de l'archipel des Arches, douze ans plus tôt

Deux hommes étaient debout, l'un à côté de l'autre. Le premier n'avait pas plus de cinquante-cinq ans et était habillé d'un costard hors-prix, avec un cigare, tout aussi cher, dans la bouche. Sa cravate rouge lui serrait doucement le coup. Il était plutôt grand, son crâne était dépourvu de cheveux, son regard brun était sévère, mais jamais méchant. Sa mâchoire était parfaitement rasée, on pouvait encore sentir son après-rasage. Il portait une chevalière en or à son majeur gauche, avec les armoiries de sa famille, c'est-à-dire: un losange dont l'intérieur était minutieusement gravé d'un ours debout de profil le gueule ouverte, comme pour lâcher un puissant hurlement. Tandis que le deuxième portait une tenue de camouflage verte, permettant de se cacher dans son environnement vert. On pouvait apercevoir l'écusson rouge sang de la confrérie sur son épaule gauche. Cela représentait un livre noir fermé avec deux lames croisée en derrière. L'homme avait cinquante ans. Ses cheveux bruns, commençaient à être grisonnant, était longs et attachés vulgairement en une simple queue de cheval. Il portait également une longue barbe, qu'il taillait de temps en temps. Son regard noir était neutre, et sa posture était maîtrisée ne dévoilant aucune nervosité. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet face au tournure des évènements qu'ils se sont passés la veille. C'était pour cela que l'homme d'affaire était présent. L'homme chauve s'accouda au balcon de pierres et observa la cour intérieure, dont plusieurs enfants et adolescents s'entrainaient avec leur mentor. Le bruit de plusieurs coups de feux, ainsi que des épées, qui s'entre-choquaient envahissaient la zone extérieure.

- Je ne comprends pas ce que tu cherches chez les élèves, Titus, commença le barbu.

- La perle rare, Alistair. La perle rare, ricana l'homme en tirant sur son cigare.

- Ils sont trop jeunes, leur formation n'est pas terminée et n'ont aucune expérience sur le terrain.

- Je compléterai leur formation, puis ils vieilliront et gagneront en expérience.

Les yeux du dit Titus se concentra sur deux personnes. Une femme brune de quarante-deux ans se battait avec un bâton, avec son élève, une adolescente de treize ans, brune également. L'agilité de la plus jeune ne faisant aucun doute de son talent. Il ne pouvait s'empêcher de la comparer aux autres. Ils étaient tous doués, mais celle-ci était certainement meilleure que tout ce monde réuni. Il l'avait trouvée, celle qui remplacera son défunt employé. Titus la pointa du doigt pour faire comprendre à Alistair qu'il voulait la voir à l'oeuvre de plus près. Ce dernier hocha la tête. Ils quittèrent le balcon, pour descendre rapidement à la cour. Ils traversèrent les longs couloirs de pierres ornés de vieilles tapisseries, dont certaines dataient de plusieurs siècles. Arrivés à destination, Alistair appela le mentor et l'apprentie d'une voix autoritaire. Elles se stoppèrent immédiatement. La femme fronça légèrement les sourcils, elle était inquiète. Elle savait qui était Titus, et sa visite n'avait rien d'anodine. Voyant l'air soucieux de son maître, l'adolescente ne put s'abstenir de lui demander d'une voix enfantine: « Tu vas bien Anya ? ». Anya se retourna vers l'enfant aux yeux verts émeraudes et lui offrit une réponse avec un sourire rassurant:

- Ne t'inquiète pas Aya. Viens, ne nous faisons pas attendre Alistair.

Aya ne commenta rien. Ce ne devait pas être grave, peut-être était-ce un test d'Alistair pour vérifier si elle avait toujours sa place ici. Il faut dire qu'elle n'était pas en grande forme ce matin. Elle ne s'était probablement pas assez reposée. Ses cauchemars étaient revenus et, depuis quelques nuits, elle peinant à trouver le sommeil.

Arrivées à la hauteur des deux hommes, Anya baissa la tête respectueusement et baisa la chevalière de Titus. Aya ayant vu son mentor se comporter ainsi, se dit que cela devait être quelqu'un de rudement important. Alors, elle fit de même. L'homme chauve sourit. Il fixait les prunelles vertes encore emplit d'innocence. Il aurait pu ressentir de la culpabilité face à ce qu'il avait prévu pour cette gamine, mais non. Son métier ne le lui permettait pas d'avoir de la compassion pour quiconque, même pour une enfant. Alistair ordonna à Aya de faire le parcours du combattant, qui se trouvait sur leur gauche, le plus rapidement possible. Cette dernière ne réfléchit pas et obéit. « C'est un bon point », pensa Titus. Il observa avec fascination la rapidité et sa capacité à s'adapter facilement à son environnement de l'adolescente. Deux minutes trente plus tard, elle revint vers les adultes, essoufflée. Anya était fière de son élève, elle la félicita d'un petit sourire.

- Aya va te doucher et attends-nous dans ta chambre, quand tu seras changée. Anya, viens avec nous, dit Alistair.

Une boule d'angoisse se forma dans le ventre d'Anya. Cela ne prévoyait rien de bon. Néanmoins, elle suivit les hommes docilement. Une fois arrivés dans le bureau, elle pris place sur un des fauteuils de cuir devant elle, tandis qu'Alistair s'asseyait à son bureau, couvert de différentes cartes.

- Anya tu sais que nous sommes en difficulté depuis plusieurs semaines, et cette situation ne peut plus continuer. L'île d'Azgeda et ses autres îles gagnent chaque jour un peu plus de terrain, tandis que nous reculons. C'est pour cela que j'ai fait appel à Titus pour avoir un nouveau soutien intérieur, comme extérieur, grâce à ses contacts un peu partout dans le monde, expliqua Alistair.

- Viens-en aux faits.

- Demander de l'aide de l'Organisation à toujours un prix. Titus veut recruter Aya parmi ces rangs, en contre-partie il nous offre tout ce dont avons besoin. Hommes, armes, propagande et argent.

- Je m'y refuses ! rugit Anya.

- Ce n'était pas une question, mais information.

- Et je trouve que je suis plus que généreux face que je vous donne, intervient Titus.

En voyant le regard désespéré d'Anya, Alistair comprit qu'il devait avoir une sérieuse conversation avec elle, et cela dépassait la relation de mentor à élève. Il demanda alors à Titus de les laisser. Une fois la porte fermée, la femme s'énerva.

- Tu ne peux me faire ça !

- Je le peux et le fais, je suis votre mentor à tous. Anya, il n'y a de places pour ton attachement personnel ici, surtout pas maintenant, haussa-t-il le ton

- J'ai promis à sa mère de la protéger, coûte que coûte.

- Nous sommes en guerre, bientôt nous serons dans l'incapacité de nous protéger nous-même, alors comment veux-tu la protéger quand tu seras morte ?! Cet accord est ce qui sauvera notre île de l'invasion et tu le sais.

Anya se sentait prise au piège. Il avait raison. Son maître était sage et expérimenté. Il les avait, à de nombreuses reprises, préservé de l'ennemi. S'il avait demandé de l'aide à l'Organisation, c'était que la situation était plus que critique. Et elle l'était. Ce qu'Anya ignorait, c'était que la nuit dernière la confrérie d'Alistair avait perdu un des points les plus stratégiques, qui se trouvait sur la plus haute colline de l'île, ce point permettait d'avoir une vue sur l'ensemble des habitations. Le bunker avait pourtant été renforcé, mais malgré cela, il n'avait pas résisté à l'attaque éclair d'Azgeda. Bilan des morts: cent-cinquante et aucun survivant. Azgeda devenait chaque jour un peu plus fort. Alors si donner Aya assurait une victoire, Alistair était prêt donné sa meilleure élève. Ce dernier se leva de sa chaise et se posta, à genoux, à côté d'Anya.

- Il n'y a pas de places pour les sentiments, murmura-t-il doucement, j'aurai voulu avoir d'autres options, mais il n'y en pas. Le devoir avant tout, ne l'oublie pas.

- L'Organisation ne se contentera pas d'Aya. J'espère que tu le sais.

- J'en suis bien plus conscient que tu ne le penses.

Il quitta la pièce sans un mot de plus, laissant Anya à ses pensées. La guerre a commencé il y avait sept ans. Azgeda voulait l'archipel en entier, après avoir passé plusieurs accords plus que frauduleux, elle avait pu mettre la main sur la quasi-totalité des îles, sauf celle des Trikrus, qui faisait de la résistance. Elle était la plus grande île et possédait énormément de ressources naturelles et matériaux précieux qui enrichiraient avec certitude Azgeda. Le fait qu'Azgeda n'avait pas encore pu mettre la main dessus, était à cause de la confrérie des Sages. Guerriers et érudits, ils ne laisseraient pas une île totalitaire mettre la main sur la leur. Il y avait beaucoup trop de culture, ainsi que de savoir à protéger, et les Sages donnaient leur vie tout cela, ainsi que pour leurs habitants et pour leur libre arbitre. L'Organisation de Trikru avait aussi beaucoup à perdre, si les Sages perdaient la guerre. Tout leur traffic de drogues et d'armes était perdu. C'était, également, eux qui fournissaient aux gens ce qui leur manquait, contre une jolie somme d'argent. Si les Sages laissaient faire, c'était simplement pour de praticité. Etant une île indépendante, les vivres et les fonds pouvaient manquer rapidement, surtout avec la croissance constante de la population. L'ancien mentor d'Alistair avait donc fait un pacte avec le grand-père de Titus pour pouvoir continuer à faire le commerce sur l'île, sans être réellement inquiété de quoique ce soit. Cependant, cela ne suffisait plus à Titus, qui était un homme plus qu'ambitieux. Il voyait, en ce nouvel accord, une occasion de posséder encore plus de pouvoir et de droit. Accord qui effrayait Alistair, malgré son visage sûr. Faire affaire avec l'Organisation avait toujours un prix…


Forteresse de l'île Trikru, présent

On taqua à la porte, cela sortit Alistair de ses pensées. Il vit ses deux guerriers entrer avec Lexa. Il leurs fit comprendre d'un vulgaire signe de main, qu'ils devaient les laisser, puis montra la chaise en bois à la jeune femme. Ce qu'elle fit sans broncher. « Elle n'a pas changé », se dit-il. Quant à la brune, elle était suspicieuse face à ses attentions. Son intuition l'avertissait de quelque chose de plus important et de plus grave. Son comportement, ainsi que ses cernes sous les yeux, n'étaient habituelles pour son mentor. Elle le connaissait trop bien, pour ne pas se faire du soucis. Le silence de la pièce fut coupé par le vieux mentor.

- Bonjour Aya, salua poliment Alistair.


Appartement de Lexa, Polis, présent

Il n'était pas dix heures quand Clarke entra dans l'immeuble. Elle passa devant les boîtes aux lettre grises sans un regard, puis appuya sur le bouton de l'ascenseur. La blonde attendit quelques secondes, avant que les portes ne s'ouvrent. Elle pressa sur le bouton du dernier étage, heureusement pour elle que le bâtiment ne contenait que quatre étages. Pourtant, cela ne lui enleva rien à son stresse. Clarke pouvait sentir ses mains devenir moites au fur et mesure que l'engin montait. Une boule de nerf se forma dans son ventre. Trois jours étaient passés depuis sa dernière conversation avec Lexa, et elle espérait qu'elle puisse à nouveau parler. Clarke avait pris quelques jours de recul pour réfléchir à ce qu'elle voulait vraiment. Et ce qu'elle voulait, s'était Lexa, peu importe ce qu'elle avait fait. Cependant, elle avait besoin d'une explication sur ses actes et surtout que signifiaient: « mon combat n'est par terminé » et « tu n'as pas ta place dans mon monde ». Clarke devait éclaircir ces points-là, si elle devait continuer ensemble.

Les portes de métal s'ouvrirent, et la jeune femme sortit. Elle traversa rapidement le petit couloir beige, puis arriva à l'appartement 315. Elle sonna, le bruit très aigu et agressif retentit. Elle attendit. Rien. Elle recommença une nouvelle fois son geste. Rien. Aucun signe de Lexa. L'angoisse monta progressivement, car ce n'était définitivement pas normal pour Clarke. Elle réfléchit un court instant. Elle savait que ce qu'elle était entrain de faire, était mal, mais elle devait en avoir le coeur net. Clarke se rappela des cours de Lexa pour crocheter une serrure. C'était la première fois qu'elles avaient passé la nuit ensemble chez la blonde. Cette dernière avait perdu ses clés, et la brune lui avait montré comment rentrer chez elle, si cela devait arriver une seconde fois. La blonde sortit un petit crochet de sa poche de veste, qu'elle mit dans la partie haute du trou de la serrure et un trombone qu'elle inséra cette fois-ci dans la partie basse. Elle appuya légèrement dessus pour faire tourner doucement le verrou dans la direction où elle tournerait si elle possédait la clé. Le cliquetis se fit entendre et la porte s'ouvrit sous ses yeux. L'appartement était plongé dans la nuit complète, alors elle referma derrière elle et alluma la lumière. Rien n'avait changé, les meubles étaient encore présent, à leurs places respectives et le ménage avait été fait, ce qui surprit Clarke. Elle connaissait par coeur les habitudes de Lexa et à cette heure-là, elle aurait dû être chez elle. Elle vit le cendrier de la brune toujours poser à sa place habituelle, c'était-à-dire sur la petite table à côté du fauteuil. Le blonde y vit une unique cigarette écrasé. Elle trouvait cela étonnant, car Lexa était une grosse fumeuse, elle consommait un, voire deux paquets par jour. Quand elle était contrariée, elle enchaînait plusieurs cigarettes sur un laps de temps de dix minutes. Clarke avait eu du mal au début avec cette habitude. Bien que Lexa ait toujours respecté le fait que Clarke soit non-fumeuse, cela ne l'avait pas empêché de fumer une ou deux clopes chez la blonde. Cette dernière se souvenait que cela avait été le premier sujet de dispute. Etant fille de médecin, elle connaissait les conséquences dangereuses de ce poison. Sa mère l'avait suffisamment mis en garde en lui donnant des cours et en montrant des photos peu ragoûtantes. Néanmoins, Lexa lui avait fait comprendre qu'elle n'arrêterait pas, par conséquent la jeune femme s'était habituée à l'odeur agressive de la cigarette qui envahissait l'appartement et les habits.

Clarke continuait son petit tour, elle arriva dans la cuisine. La vaisselle avait été faite et rangée. Elle s'approcha fébrilement du frigo. Le meuble serait le premier révélateur de la présence ou non de la compagne de la blonde. Elle l'ouvrit d'une main tremblante, ses craintes se confirmèrent en une seconde. Il était vide, si n'était la présence d'une simple bouteille d'eau, partiellement consommée. Clarke le referma doucement, comme pour assimilé le choc. « Je vais partir ». Ces paroles résonnaient sans cesse dans ses pensées à présent. C'était donc vrai. Ce fut l'électrochoc, elle courut jusqu'à la chambre à couché, pour vérifier ce qu'elle savait déjà, mais, naïvement, elle espérait que ce soit faux. Sans réfléchir, la jeune femme se précipita vers l'armoire et l'ouvrit. La majorité des vêtements de la brune avaient disparu, comme ses tenues de sport. Cependant, le reste, comme ses jeans ou encore ses habits de travail, étaient encore soigneusement pliés et rangés. Elle ouvrit un tiroir de sous-vêtements, c'était identique que le reste. Seules les affaires confortables n'étaient plus présentes. « Mon combat n'est pas terminé ». Clarke blêmit. Affolée, la blonde se dirigea vers le lit, plus précisément, sous ce dernier. La valise, qui contenait les uniformes de Lexa, avait disparu. La claque de l'évidence secoua violemment Clarke. Sa compagne était partie, elle ne pouvait plus le nier à présent. Les larmes, qu'elle s'était efforcée de garder, coulèrent. Elle lâcha un sanglot bruyant en posant sa main tremblante sur sa bouche, comme si elle ne voulait pas qu'il sorte. Clarke resta de longues minutes par terre à pleurer. Elle se releva difficilement, puis s'assit sur le matelas. Elle avait pensé que les paroles de Lexa était du bluff, que cela était le contre-coup de son procès et de leur dispute.

Clarke devait trouver des explications sur le comportement de Lexa. La jeune femme se souvint alors de quelque chose sur lequel son amante avait refusé, catégoriquement, de lui montrer, et la blonde ne connaissait qu'une seule personne capable de l'aider. Elle se saisit alors de son téléphone portable. La sonnerie retentit plusieurs fois dans l'oreille de la blonde.

- Raven ? J'ai besoin de toi.


Hello les gus, j'espère que ça vous aura plu, hésitez pas à lâche un petit commentaire de vos impressions. Une dernière, si l'un de vous n'est pas trop occupé ça se serait sympathique de sa part s'il pourrait m'aider à corriger mes fautes, parce que malheureusement j'en ai fait encore et parfois je ne les vois pas toute suite. Allez tchô bonne !