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Chapitre 1

- Meeting -

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Bar 'Stonewall Inn', New York, 28 juin 1969

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« Peu importe qui vous êtes, vous n'êtes pas seul ! C'est ici et aujourd'hui que nous nous tenons pour leur montrer que cette fois-ci, c'est à eux de reculer ! Pas à nous de le faire ! Ils vont devoir ressentir la peur qui a pu traverser chaque personne présente dans cette pièce dès qu'elle voulait appliquer ses droits en tant que citoyen américain en achetant un verre, en buvant, en dansant ! Pourquoi n'aurions nous pas le droit de choisir avec qui nous voulons le faire ? Nous respecterons leurs lois le jour où les lois nous respecterons ! C'est le moment de leur montrer que nous sommes forts et soudés dans notre combat ! Qu'ensemble, nous allons réussir à faire changer les choses ! Il est temps ! »

Des acclamations retentirent dans un brouhaha indescriptible tandis que que Castiel regardait avec fierté l'assemblée à laquelle il venait de s'adresser du haut du comptoir. Un sentiment à la fois puissant et communautaire semblait embraser la salle. Il n'était qu'un discours parmi les autres ce soir là, mais le jeune homme aurait pu se sentir pousser des ailes.

Il resta dans cet état de transe un instant devant le résultat de ses paroles. Il sentait qu'il avait fait le bon choix en décidant de prendre part à ce combat qui lui tenait tant à coeur. Il avait tout abandonné pour ça. Lui qui avait pourtant tant l'habitude de se plier aux règles qu'on lui avait dicté toute sa vie. Mais il tirait maintenant une grande satisfaction du fait d'avoir pris les devants pour ce qui lui semblait juste. Il avait été le seul de sa famille qui en avait été capable, et il avait dû les quitter pour s'accomplir seul. Il voyait maintenant une lueur d'espoir dans son sacrifice.

Mais son extase fut de courte durée avant que les portes de l'établissent ne s'ouvrent avec fracas, laissant passer le son des sirènes de police. Le brun descendit avec une rapidité presque féline de là où il se tenait. Il fut prit instantanément dans la foule qui s'ameutait vers l'entrée, poussant des cris d'encouragement. Il avança du mieux qu'il put, se frayant un chemin parmi les siens. Il était prêt à se battre. Et rien ne l'empêcherait de mener ce combat à bien. Rien ni personne.

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Quelques mois plus tard…

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Le soleil était haut dans le ciel, le calme régnant dans la rue du quartier résidentiel. Dean prit dans les bras le dernier carton qu'il restait dans le coffre de l'Impala. Un camion de déménagement trônait juste derrière celle-ci. Il resta un instant seul à fixer la belle voiture noire flambant neuve. C'était le seul élément qui lui rappelait encore sa maison d'enfance, dès qu'il posait son regard dessus. John l'avait acheté i peine deux ans, lorsqu'elle venait tout juste d'arriver sur le marché, mais il l'associait déjà au foyer qu'ils venaient de quitter.

« Déménager ? Comment ça ? » s'exclama l'aîné des Winchester bouche bée en laissant tomber sa fourchette.

« La ville de New York a besoin de plus de flics, » expliqua John sans broncher tout en découpant son steak.

« Mais on a habité toute notre vie à Lawrence ! » argumenta Dean en sentant ses racines familiales touchées. « C'est ici que maman est enterrée ! »

« On passera la voir quand on pourra, » rétorqua t-il en tiquant légèrement à l'évocation du décès de Mary. « Ce n'est pas ma faute si ces satanés suceurs de queues nous causent autant d'emmerdes ! »

Cette fois-ci, Dean se tut. Mais quelqu'un à cette table se sentit plus en mesure de contre-attaquer.

« Ce n'est pas non plus leur faute s'ils n'ont pas d'office les mêmes droits que nous, » releva Sam avec dédain.

« Parce qu'on est censés accepter que cette honte de notre société propage sa maladie ? C'est qui les prochains qui vont demander leurs droits, les chimpanzés !? »

« Il y a des chances que les chimpanzés soient un bien meilleur exemple que nous s'ils acceptent tout le monde comme ils sont. »

« Ca suffit ! » tonna leur père en tapant son poing sur la table, ce qui eut pour effet de faire trembler leurs assiettes, un frisson passant en Dean. « Je ne veux plus entendre ce genre de conneries sous mon toit ! »

Et tandis que Sam et John partaient sur une énième dispute face à leurs opinions opposées - ce qui était une routine plutôt commune étant donné qu'ils partageaient un avis différent sur à peu près tout les sujets existants, - Dean resta un instant à fixer son plat, tentant de digérer la nouvelle de leur départ.

Ce souvenir semblait déjà lointain dans la tête du Winchester. Maintenant, plusieurs états le séparaient de chez lui. Il se retrouvait à devoir vivre et étudier à New de monde aurait pu être enchanté par cette occasion, mais lui préférait se raccrocher à ce qu'il connaissait. Les choses familières qui le correspondaient. Pas une grande une ville impersonnelle où les gens se confondaient tous dans une masse humaine. Pourtant, New York avait aussi une chose qui la distinguait les autres. C'était là où tout avait commencé.

La ville où se trouve le Stonewall Inn… ne put l'empêcher de lui rappeler une petite voix dans sa tête.

Mais il n'eut pas le temps de chasser cette nouvelle pensée que Sam s'en chargea pour lui.

« Dean, viens visiter les chambres avant que je ne te choisisse la plus petite ! »

Il secoua la tête, et reconcentra son attention sur son jeune frère.

« Tu n'oserais pas, bitch ! » enchaîna t-il en se hâtant vers sa nouvelle habitation en entendant déjà un 'jerk' résonner à l'intérieur, laissant dehors toutes ses pensées refoulées.

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Tout les regards se tournèrent immédiatement vers Dean. Il aurait presque pu rougir s'il n'avait pas l'habitude d'attirer régulièrement l'attention, de façon désirée ou non. Mais il préférait de loin la provoquer de son plein gré.

Arriver en retard à son premier cours à la faculté de Columbia, c'était fait.

Il pouvait cocher cette case là, au moins.

Le professeur qui venait d'interrompre son cours pour le voir débarquer avec si peu de discrétion ne sembla pas le prendre de la même manière. Il devait avoir la cinquantaine, portait une veste en tweed parfaitement ajustée à sa taille, et ne cacha pas son agacement sur son visage.

« Comme je viens de le dire aux étudiants qui m'ont fait l'honneur d'arriver à l'heure indiquée, les retards sont exclus de mon cours, Mr… »

« Winchester, » lui précisa le blond en reprenant déjà son assurance habituelle.

« J'espère que vous respecterez cela si vous souhaitez assister à mon prochain cours, Mr Winchester. »

Son ton sec lui indiqua clairement qu'il n'était plus le bienvenue aujourd'hui. Dean décida de ravaler la pointe de sarcasme qui le démangeait, ou ne serait-ce que son petit sourire sarcastique qui ne cherchait qu'à se montrer. Il ne voulait pas se mettre un professeur à dos dès la première heure. Pas cette année en tout cas. Et il comptait garder ses bonnes résolutions plus d'une semaine, cette fois-ci.

Il se contenta d'un léger geste de la tête en guise de salut, et sortit sans un mot. Il ne remarqua pas le jeune brun qui l'avait observé tout le long de son intervention, avec un mélange de compassion et curiosité, une étincelle dans les yeux.

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Brunswick, Maine. Huit mois plus tôt...

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Castiel passa la porte d'entrée du bar d'une démarche hésitante. L'endroit était petit, éloigné de tout. L'intérieur était tout aussi délabré que ce à quoi il s'était attendu en voyant la façade. Et comme la plupart des endroits locaux où tout le monde se connaissait, tout les regards se tournèrent immédiatement vers lui. La plupart semblaient peu accueillant. D'autres faisaient tâches dans cette foule peu engageante, créant un étrange mélange. Le brun ravala sa salive et se dirigea vers le comptoir. Il eut l'impression de passer les trente secondes les plus longues de sa vie avant d'enfin pouvoir se poser sur le vieux bois, la tête baissée vers le comptoir comme s'il allait pouvoir plonger dedans et disparaître entièrement.

Voilà. Il y était enfin. Lui qui pouvait à peine sortir sans que l'on contrôle ses faits et gestes. Ce qui avait tendance à le rebuter de tenter d'aller dans à peu près n'importe quel endroit. Qui l'avait éloigné de toutes mœurs sociales et les possibilités de connaître d'autres personnes hors de sa famille. Il avait pour la première fois réussit à s'éclipser et aller dans un lieu où il ne verrait jamais qui que ce soit de son entourage. Un petit bar un peu louche sur la côte du Maine. Réputation qui éloignait la plupart des gens de passage, et où les différentes orientations sexuelles avaient donc vu l'occasion d'aller dans un endroit où personne n'irait les embêter. C'était plutôt commun pour l'époque. Même Castiel le savait au travers de ses lectures. Certains bars de la mafia dans les grandes villes étaient connus pour être un lieu où deux hommes ou femmes pouvaient enfin oser être eux-même. Bien-sûr, la police le savait, et n'hésitait pas à venir arrêter tout le monde quand l'envie lui prenait. Mais c'était mieux que de ne pas essayer du tout de se rassembler, et vivre dans l'ombre. La ville de Brunswick était minuscule, et probablement une des seules de cette superficie à abriter un bar de ce genre aux Etats-Unis. Le brun avait dû marcher près de deux heures pour arriver ici, et il se sentait déjà chanceux d'en être si proche, sa mère n'ayant jamais voulu qu'il apprenne à conduire.

Se posait enfin la question à laquelle il n'avait pas réfléchi : Et maintenant ?

Mais il n'eut pas le temps de se morfondre trop longtemps à réfléchir à la suite des évènements. Quelqu'un s'assit bruyamment à côté de lui, une voix rapide et masculine s'élevant à ses côtés.

« Un shot de ton pire whisky, Benny. »

Castiel se tourna vers lui d'un air surpris face à la demande. Etait-il si inculte que cela sur les habitudes des gens ?

« Ouais, on fait ce qu'on peut quand on a pas beaucoup d'argent mais trop de temps à tuer, » se justifia l'inconnu en levant ses deux sourcils avec des mimiques très marquées, le visage expressif. « Mais j'ai déjà goûté pire pour ce prix là. Tiens, essaye moi ça. » proposa t-il sans même attendre sa réponse, Castiel se retrouvant lui aussi devant un shot d'un whisky bon marché.

Le jeune homme porta la boisson jusqu'à son nez, reniflant d'un air méfiant le produit.

« T'inquiète, c'est moins pire une fois dans le gosier. »

Après tout. Il n'avait pas pris autant de risques en venant ici pour rentrer tout de suite. Il porta le verre à sa bouche et l'avala en deux fois. Sa gorge brûla au contact du liquide, et il lâcha un grognement de mécontentement.

« Ah, c'est vrai que si on a pas l'habitude de l'alcool... » ricana l'inconnu.

« Ce n'est pas ce qui va me donner l'envie de réitérer l'expérience, » lâcha enfin Castiel avec une dernière grimace.

L'autre jeune homme tendit sa main avec un sourire.

« Gabriel, pour te servir. En tout bien tout honneur bien-sûr. »

« Je suis Castiel, » salua ce dernier en lui prenant sa main dans une poignée amicale.

« Oh, mais c'est que nos deux familles aiment les anges en plus de ça. Bientôt tu vas me dire que tu es blond de naissance, et qu'on est des frères cachés ? »

Castiel esquissa enfin un mince sourire face à l'enthousiasme que recélait le blond.

« Et ben voilà, je vois enfin un semblant de bonne humeur sur ce visage. T'as pas l'habitude de ce genre d'endroits, hein ? »

« Pas vraiment, » confirma le jeune homme avec une pointe d'amertume. « J'ai une famille plutôt envahissante. Et toi ? »

« Je suis arrivé hier matin dans le coin. C'est le barman qui m'héberge en échange de quelques billets, et... quelques billets, » se reprit-il en voyant un regard noir se poser sur lui. « Ma famille est le contraire de la tienne à ce que je vois. Elle n'a fait attention à moi qu'une fois qu'ils ont su que leur fils aimait un peu trop les atouts masculins. Histoire de prendre le temps de me virer comme il se doit, »

« Oh, » apprit le jeune. « Désolé pour toi. »

« Nan, faut pas, » balaya Gabriel d'un revers de main avant de prendre son shot sur le comptoir. « Je suis sous ma propre protection des témoins depuis. »

Castiel plissa les yeux, incompréhensif.

« Ils m'ont dit que s'ils me revoyaient quelque part, ils me colleraient dans le premier hôpital psychiatrique qu'ils trouveraient. Donc j'ai pris mes trois sous-vêtements, mes magazines qui leur auraient fait peur, et depuis je suis ici et là. Dès qu'un endroit veut de moi. »

« Ils faisaient si peu attention à toi, avant ? »

« C'est le moins qu'on puisse dire. Je ne compte même plus le nombre de fois où je revenais en sang de l'école parce que j'étais incapable de fermer ma grande gueule sur ma sexualité. Je suis trop fier de ce que je suis pour ne pas en parler. »

Castiel eut des sentiments partagés face à ses paroles. Il sentit tout d'abord quelque chose s'allumer au fond de lui face à quelqu'un fier de sa sexualité. Ce n'était pas comme s'il avait déjà rencontré quelqu'un d'autre qui avait explicitement dit être gay, mais il avait passé bien trop de temps avec une mère et des frères et sœurs intolérants pour ne pas être heureux de tomber sur quelqu'un comme Gabriel. Mais quelque chose d'autre capta son attention.

« Personne ne faisait jamais rien pour t'aider ? »

« Nop, personne n'a jamais ne serait-ce que levé le petit doigt une seule fois. »

Oh. Et dire que Castiel se plaignait d'avoir eu une vie entière de cours à domicile. Que se serait-il passé s'il avait finalement été moins chanceux, et que ses camarades se comportent comme les brutes qui s'en prenaient à l'autre jeune homme ?

Castiel avait envie de crier au monde l'injustice de naître différent. Il avait lui-même passé tant d'années à craindre que sa mère ne découvre la vérité sur lui. Et il savait plus que bien que les agresseurs de ce genre s'en sortaient toujours vainqueurs. Personne ne venait jamais les arrêter. Personne ne contredisait jamais leur geste. Les seuls qui voulaient le faire avaient bien trop peur des conséquences sur leur vie dans cette sombre époque.

Le monde entier était décidément contre eux.

« Si seulement il y avait des justiciers masqués dehors pour tous nous secourir, » songea Gabriel. « Avec une tenue en latex moulant de préférence. »

Le regard de Castiel s'illumina soudainement. Mais bien-sûr. Pourquoi ne s'en était-il pas rappelé plus tôt ?

« Comme une organisation ? »

« C'est ça. Les Justiciers en Latex Masqués. »

« Je ne sais rien à propos d'un quelconque goût prononcé pour le latex... mais j'ai lu que des petits groupes militants illégaux commençaient à se créer dans certains bars de grandes villes, comme San Francisco, Los Angeles, New York... »

« Oh, j'ai toujours rêvé d'aller sur la Côte Est. Tu verrais les mannequins qu'ils ont, c'est vraiment d'un... »

« Nous sommes sur la Côte Est, Gabriel. » lui fit remarquer le brun.

« A force de voyager je ne regarde même plus la carte, » se justifia t-il sans chercher à en savoir plus sur sa localisation.

« J'ai toujours préféré San Francisco, mais l'Université de Columbia à New York possède les études que je souhaite suivre. J'y ai d'ailleurs postulé, la réponse devrait arriver d'ici deux mois... »

« Tu voudrais en profiter pour devenir un Justicier en Latex Masqué ? » sembla comprendre Gabriel en levant un sourcil.

« Je ne me vois pas peut-être pas en sauveur de rue, mais si je peux aider d'une quelconque façon... »

« Et s'il n'y a rien ? »

« Alors ce serait à moi de poser la première pierre, » soutenut-il d'un air si convaincu qu'il en fut ensuite déstabilisé.

Gabriel le jaugea un instant du regard, puis dévoila un sourire qui s'étala sur son visage.

« Laisse moi poser la seconde alors. »

Castiel eut l'air surpris.

« Tu serais prêt à me suivre ? »

« Si je serai prêt à suivre un type que je viens juste de rencontrer à la recherche d'une ville meilleure qui se contentera peut-être juste de nous rejeter à coup de pieds au derrière ? Tu me prends pour qui ? Bien-sûr que je suis partant, » conclut-il dans un clin d'oeil.

Castiel eut un petit rire.

« On a juste un tout petit problème financier, » précisa Gabriel en faisant tomber ce qui était probablement ces deux dernières pièces sur le comptoir.

« Je pense que j'ai la solution pour ça. »

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Cela faisait près de deux heures que Dean était assis contre un mur dans le couloir, attendant le début de son prochain cours. Cette fois-ci, aucun risque de se faire virer en étant le premier. Un petit sourire passa sur son visage. Contrairement à son plus jeune frère Sam, il n'était pas vraiment l'incarnation-même du bon élève. Il ne savait pas s'il tiendrait ne serait-ce que la journée, à vouloir bien faire. Mais il était tiraillé par un grand besoin en lui de prouver ses capacités à son père. De le rendre fier. Ce n'est pas pour rien qu'il tenait lui aussi à faire carrière dans la police. Son cadet, lui, rêvait de devenir avocat, ce qui était le centre de nombreuses disputes au foyer familial étant donné qu'il souhaitait défendre toutes les causes auxquelles son père s'opposait.

« Pourquoi tu souris comme ça ? » s'éleva une voix grave près de lui.

Il sentit quelqu'un s'asseoir doucement à ses côtés, entrant par la même occasion dans l'espace personnel du Winchester. Dean ne tarda pas à se tourner vers le nouvel arrivant qui venait de se permettre cela. C'était un jeune homme qui était probablement un peu plus âgé que lui. Il portait un long trench-coat marron un peu trop grand pour lui, mais qui semblait lui correspondre parfaitement, cachant un corps qui avait l'air plutôt svelte. Il avait des cheveux noirs corbeaux, légèrement en bataille, et arborait un mince sourire timide sur un visage hésitant, comme s'il ne savait pas vraiment quelle expression aborder dans ce genre de situation. Il avait des traits fins et doux qui collaient pleinement à son air indécis, sur un visage avec des contours masculin. Le mélange des deux donnait quelque chose que le Winchester se surprit immédiatement à trouver original et intéressant. Quelque chose qui marchait très bien, et dont on avait envie de voir plus souvent. Une beauté inhabituelle et agréable à regarder. Sans prétention. Un naturel qui faisait tout.

Le dernier point sur lequel l'étudiant s'attarda fut les grands yeux bleus qui étaient maintenant plongés dans les siens. Ces derniers semblèrent l'envelopper un instant tout entier, comme s'il allait se noyer dans cette mer d'azur profond. Dean sentit tout à coup une étrange bouffée de chaleur le traverser tandis que le regard de l'inconnu ne semblait pas non plus décidé à quitter le sien. Il s'en retrouva soudainement gêné, et détacha sa vision de la sienne, baissant la tête pour fixer le sol droit devant lui. L'autre jeune homme sembla mal interpréter son geste.

« Je m'excuse si je peux te paraître étrange, je n'ai pas l'habitude de parler à beaucoup de monde… » expliqua le brun d'un air désolé.

Dean se rattrapa.

« Oh, non, aucun problème, » affirma t-il en lui jetant un regard furtif, comme s'il tâtait le terrain sur ce qu'il venait de se passer, pour être sûr que ça ne recommence pas.

Le blond avala sa salive tout en tentant de se déplacer légèrement, cherchant une distance qui lui convenait mieux. Voilà. Parfait.

« Tu ne parles à personne et tu abordes les nouveaux à la fac ? »

« Mes interactions avec les gens sont plutôt récentes, j'avais jusque là toujours pris des cours à domicile. Je ne sais pas encore trop comment… gérer, tout cela. »

Des cours à domicile jusqu'à la fac ? s'interrogea Dean. Quelle genre de famille avait t-il pour l'avoir enfermé tant d'années loin de toute socialisation scolaire ? Des gens de la haute société qui ne voulaient pas mêler leur enfant au « bas peuple » ? Non, sinon il serait à Harvard ou Yale. Ou peut-être bien des parents trop protecteurs qui ne le laissaient sortir sous aucun prétexte, sous peine de se faire dévorer par le monde qui l'attendait dehors ?

Le concerné resta silencieux un court instant avant de reprendre.

« Ne fais pas attention au professeur Morrison, il n'aime que les gens qui lui apportent quelque chose. Je te prêterai les notes du cours que tu viens de manquer si tu le souhaites, » proposa t-il gracieusement.

Dean daigna enfin le regarder de nouveau, surpris d'obtenir un soutien si rapide. Plus particulièrement de quelqu'un qu'il connaissait depuis moins de cinq minutes. Il s'en montra reconnaissant, malgré son étonnement premier. Le brun semblait dénué de tout intérêt caché, cherchant uniquement à réellement aider. Quelque chose de familier s'échappait de lui. Mêlé à ce qui semblait être de l'innocence. Dean le crut quand il disait venir à peine d'entrer dans la société.

« Je me plaindrais pas de pouvoir commencer par le début pour une fois, » acquiesça t-il, reconnaissant. « Je pensais que personne ne s'entraidait dans les grandes villes ? »

« C'est que tu n'as jamais dû quitter le trou paumé de là où tu dois venir… »

Le brun le regarda en laissant sa phrase en suspend, la bouche-entrouverte, jaugeant sa réaction. C'est comme s'il avait essayé de s'adapter au langage qu'il observait autour de lui, et attendait de voir si cela convenait. Les mots familiers ne semblaient pas lui correspondre. Cela amusa le blond. Il avait plutôt l'air d'être quelqu'un prêt à sortir un baratin tout droit venu du XVIIIe siècle.

« Je suis Dean. Dean Winchester. » finit-il enfin par dire avec un sourire face à cet étrange personnage dont il se trouva à apprécier la bizarrerie.

« Castiel Novak, » se présenta le jeune à son tour.

« Eh bien Castiel, je suis prêt à parier que j'ai sûrement plus voyagé que tu ne le feras dans ta vie entière. On adore prendre la route pour se détendre, dans la famille. Ou dès qu'on a besoin de souffler un peu. »

« Et si je deviens vagabond ? Je risque de te battre. » argumenta t-il en penchant légèrement la tête, songeant réellement à la question.

L'expression interrogative et sérieuse de Castiel ne fit qu'amplifier le fou rire qui parcourut Dean. Tandis qu'ils se relevaient tout les deux alors que la porte de l'amphithéâtre s'ouvrait enfin, le Winchester donna une tape sur l'épaule de son nouvel ami, y laissant un instant sa main.

« Je crois qu'on va bien s'entendre si tu restes tel que tu es, Cas. Ne change jamais, » pensa t-il à voix haute tandis qu'un semblant de bonne humeur le traversait enfin depuis qu'il avait emménagé ici.

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« Hey, Cassie ! » s'exclama une voix vive derrière le brun qui parcourait les couloirs de l'université avec un pas soutenu. « Tu m'évites à t'enfuir si vite ? »

« Désolé Gabriel, » s'excusa t-il sans prendre le temps de se tourner, continuant son chemin. « Je dois rejoindre un ami pour aller manger. »

« Ça doit être un précieux ami de longue date alors. Enfin, plus que moi, pour qu'il mérite que tu m'abandonnes à mon propre sort après ce court tout droit sorti de l'enfer, » se plaint-il après avoir subi deux heures de cours avec un professeur qui ne supportait pas ses interventions incessantes – comme la plupart des professeurs de l'université.

« Je l'ai rencontré ce matin, » se contenta de répondre le brun sans en rajouter plus.

« Tu m'abandonnes pour un inconnu ? » lâcha t-il en mimant un faux air outré. « J'espère qu'il est encore plus beau que moi pour qu'il mérite ce traitement de faveur. »

Castiel se stoppa enfin dans sa course. Il resta muet face aux paroles de son ami, ses yeux parcourant rapidement le sol en dévoilant tout ce qu'il y avait à savoir.

« Attends, c'est pas une blague, t'as vraiment rencontré quelqu'un qui te plaît ? » s'exclama le blond avec effarement.

« Non il... Enfin, je ne pense pas qu'il soit... »

« Tu crois que mes trois derniers pensaient une seule seconde finir dans le lit d'un mec ? Il suffit de voir ce qu'eux n'ont pas encore vu en eux, » affirma t-il avec un clin d'œil enthousiaste.

« Je serai déjà parfaitement heureux de me lier d'amitié avec lui. Il est... gentil. »

« Il est gentil ? C'est tout ce que tu oses me dévoiler sur lui ? » ricana Gabriel. « Il doit vraiment t'avoir tapé à l'œil pour que tu n'oses pas utiliser toutes tes expressions mirobolantes que tu connais si bien pour me le décrire. »

Castiel eut un soupir.

« Écoute, Gabriel, je ne vois pas l'intérêt de songer à quelqu'un qui ne s'intéressera probablement jamais à moi. De plus tu sais très bien que le coït avec quelqu'un que je connais peu ne m'intéresse pas. »

« Ouais, je risque pas de l'oublier, » dit-il en levant au ciel, re-songeant aux quelques hommes avec lequel il avait essayé de lui organiser des rencontres d'un soir – que Castiel soit au courant ou non – qui n'étaient pas vraiment au goût du brun.

L'expérience avait été plutôt un désastre.

« Bon, en tout cas profite de ton nouvel ami. Moi je vais aller traîner jusqu'à ce que ce soit l'heure d'aller rejoindre les autres au Heaven's Gate. » lui apprit-il en faisant référence au bar dans lequel ils passaient un certain nombre de leurs soirées. « Aura t-on l'honneur de ta présence ce soir ? » rajouta Gabriel sur un ton dédaigneux.

« Je ne sais pas, tout dépendra de l'heure où nous terminerons de manger, » marmonna le brun en imaginant déjà la prochaine intervention de son ami.

« Et bien, quand tu auras terminé de 'manger' avec ton bel étalon, » lâcha t-il sans aucune surprise, « … tu sauras où nous trouver. Je pensais enfin revenir sur le sujet de l'organisation. »

Castiel ouvrit les yeux de surprise. Comment avait-il pu oublier ?

« Tu sais très bien que je ne manquerai pas une conversation là-dessus. Je peux annuler et... »

« Non, je n'oserai pas t'empêcher de continuer ta socialisation. On verra ça demain avec tout le monde. L'occasion d'avoir tout les potins sur ta sortie de ce soir, » ajouta t-il avec un grand sourire mesquin.

« Il n'y aura absolument rien à savoir sur ce soir, » maugréa le brun en baissant rapidement les yeux.

« Ouais, c'est toi qui le dit. Allez, je penserai à toi en buvant en verre ! »

« Seulement un ? » suggéra l'étudiant tandis que Gabriel s'en allait à reculons en le regardant avec un air satisfait, lui donnant pour une quelconque raison un salut militaire comme guise d'au revoir avant de reprendre sa route dans le bon sens.

Castiel eut un léger sourire devant ce tableau. Plusieurs choses l'avaient amené à se retrouver en train d'étudier dans la fameuse New York City. Mais rien n'aurait jamais été possible s'il n'avait pas rencontré Gabriel. Il préférait ne pas savoir où il serait s'il ne l'avait jamais connu. A vrai dire, il ne voulait même pas songer à l'idée de n'avoir jamais franchi le pas d'enfin quitter le domicile familial.

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Belmont, Maine. Deux mois après Brunswick, trois jours avant New York, six mois avant Dean...

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Castiel était prêt. Il traînait deux énormes sac jusqu'à l'entrée. Une fois arrivée devant la grande porte, il posa sa charge un instant. Juste le temps de regarder derrière lui une dernière fois.

Face à lui s'étendait ce grand manoir blanc dans lequel il s'était toujours sentit inconfortable. Déjà petit il n'aimait pas appeler cet endroit « maison ». Il n'avait pas l'impression d'en avoir réellement une. Mais il comptait bien la trouver un jour. Qu'il associe ce mot à une habitation, un lieu... ou peut-être même à une personne.

Oui, c'était le dernier pas avant de ne plus pouvoir faire marche arrière, et il ne le regretterait pas.

Il commença à tourner la poignet de la porte lorsqu'une voix retentit derrière lui.

« Je me suis toujours demandée jusqu'où irait ma déception avec toi. »

Castiel ferma les yeux un instant au son de la voix de sa mère.

« J'espère avoir pu dépasser tes attentes, Naomi. »

Ce n'était pas le moment de se défiler. Il devait rester aussi sûr de lui qu'il pouvait. Montrer qu'il ne faisait pas une erreur et que sa vie ne démarrerait qu'une fois cette porte franchie. Peu importe ce qu'elle en pensait.

« Je vois que tu ne te prends plus la peine de m'attribuer la qualification de mère, » fit-elle remarquer d'un ton sec, descendant les marches du grand escalier en marbre qui faisait face à l'entrée.

« Je ne vois pas pourquoi je t'appellerai par quelque chose que tu n'es pas, » soutenu le brun, ravalant sa salive.

Il se retourna enfin vers elle, lui faisant face à quelques mètres d'écarts.

« Nous t'avons éduqué et hébergé pendant tout ce temps... Et c'est tout ce que tu nous offres en retour ? Partir au beau milieu de la nuit pour abandonner ta famille ? »

« Nous ? » ne put-il s'empêcher de relever. « Même en père absent, père est bien mieux que toi. Au moins il assume de ne pas s'occuper de nous. Et si ce sont les seules qualifications que tu trouves pour définir le fait d'avoir un fils... »

« Tu sais très bien la charge de travail que ton père as ! »

« Alors de ton côté tu aurais dû faire autre chose que nous donner son argent et nous confier à des professeurs qui ont montré plus d'affection que toi au fil des années ! »

« Tes frères et sœurs n'ont jamais eu aucun problème avec cela, » argumenta t-elle, se braquant.

« C'est parce qu'ils n'ont jamais eu le courage de te le dire, » lâcha Castiel fermement.

Les yeux de Naomi lançaient maintenant des éclairs. Elle mit un petit temps à reprendre, comme si elle repassait le peu de choses qu'elle connaissait de son fils dans sa tête.

« Tu n'as jamais fait ce qu'on te disait de faire. Jamais complètement. Tu n'as jamais su être comme les autres. »

« Et je le suis encore moins que tu ne le crois, » affirma t-il en sentant une bouffée de chaleur le parcourir.

« Qu'est-ce que tu insinues par là ? » demanda t-elle avec une pointe d'hésitation dans la voix.

Castiel regarda le sol un instant, puis soutint son regard. De la fierté. C'est tout ce qu'il fallait.

« Que je ne suis pas disposé comme on me l'a tant répété à chercher une femme pour plus tard vivre dans un mariage hétérosexuel malheureux. Je sais où est ma place. »

Naomi ouvrit légèrement la bouche. Surprise de la révélation. Et probablement en colère de le voir en parler sur un ton si satisfait, frôlant certainement l'arrogance pour elle. Il l'avait tellement imaginé entrer dans la colère de toute une vie une fois confrontée à ce moment qu'il n'aurait jamais cru arriver.

Mais elle se contenta de dire sur un ton froid, se fermant totalement :

« Tu sais que ton compte bancaire va être immédiatement coupé si tu franchis le pas de cette porte pour vivre ta vie de débauché ? Ton logement et l'université ne sont payés que pour un an. »

« Je n'ai pas besoin de ton argent pour vivre ma vie heureuse de débauché, » confia t-il.

Avec Gabriel en plus à maintenir avant que chacun ne trouve un travail, il avait bien-sûr été obligé de vider tout ses comptes à l'avance. Mais il était parfaitement conscient qu'il ne verrait plus jamais la couleur de l'argent des Novak. Et il s'en contrefichait.

Avant qu'il ne passe pour la toute dernière fois la porte de cet endroit, il entendit Naomi contre-attaquer une dernière fois.

« Ton père serait scandalisé de la honte que tu viens de donner à notre famille. »

« Mon père n'est pas là, » rétorqua Castiel en posant un premier pas dans sa nouvelle vie.

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« La politique ? Vraiment ? » s'exclama Dean tout en continuant de dévorer le hamburger qu'il avait dans son assiette.

Castiel et Dean fêtaient la fin de leur premier jour de rentrée. Le repas bien mérité enchantait comme il se doit le Winchester.

« Tu m'aurais imaginé dans quoi ? » interrogea le brun en penchant presque imperceptiblement la tête, curieux.

« Avec ton trench-coat tu ressembles plutôt à un futur comptable, » ricana le Winchester.

« Un comptable ? » répéta Castiel avec de grands yeux.

« Oui, tu sais, ces gars qui ne passent leur journée qu'à… »

« Je sais ce qu'est un comptable, Dean, merci. »

Dean lui fit un sourire moqueur, ses joues gonflées trahissant toute la nourriture qu'il venait de se mettre dans la bouche. Cas le lui rendit, devant ce tableau qui sembla lui plaire.

« Quoi ? » interrogea le blond sans comprendre l'expression de son ami.

L'autre jeune homme ignora la question et leva un instant les yeux au ciel, semblant réfléchir et chassant au passage certaines pensées de sa tête.

« Oui, la politique, » reprit-il enfin. « Je veux un jour être capable de changer le monde. Je sais que ça peut paraître prétentieux, mais je ne veux pas le quitter sans avoir essayé. Je pense que certains d'entre nous sont ici pour des choses plus grandes qu'eux mêmes. Et j'aimerai avoir une chance de faire partie de cette catégorie. Même si je n'aurais fait que m'en rapprocher tout au long de ma vie, j'espère que j'aurais été capable d'au moins avoir pu faire avancer certaines choses. »

Dean s'arrêta un instant de manger, posant ce qu'il avait dans les mains. Il était impressionné par l'esprit fort de Castiel et ses idées fixes et enthousiastes. Ce jeune homme était décidément plus que surprenant, recélant de nombreuses surprises. Même s'il ne le connaissait que depuis moins d'une journée, il sentait en son for intérieur qu'il irait loin. Quelque chose en lui donnait envie de le suivre n'importe où et de le voir accomplir tout ce dont il souhaitait. Dean n'était pas du genre à avoir la foi, mais Castiel semblait presque lui tendre celle-ci, montrant qu'il était peut-être possible de réussir de grandes choses lorsqu'on y croyait assez fort.

« C'est… C'est plutôt impressionnant, » réussit finalement à dire le Winchester face à toutes les

pensées qui l'avaient traversé. « Tu veux devenir président, ou un truc du genre ? »

« Je n'ai pas toujours été comme ça, tu sais. J'ai juste eu le déclic qu'il fallait pour voir que j'étais capable de plus que simplement suivre ce qu'on me dictait. Et je suis sûr que ton projet est tout aussi passionnant, » soutenu Castiel sans même broncher.

Dean échappa un instant à son regard avant de relever à nouveau la tête.

« Je ne suis pas sûr que 'passionnant' soit le mot. Je me contente juste de suivre les traces de mon père. »

« Ca peut toujours être une voix intéressante à prendre, » fit remarquer Cas en piochant une frite dans son assiette, l'analysant une seconde avant de la mettre dans sa bouche. « Personnellement je n'ai personne à impressionner étant donné que je vis seul. Quelle est sa vocation ? »

« Tu vis seul ? » s'exclama Dean, étonné.

Certes, Castiel semblait plus âgé que lui, mais pas de beaucoup. Sa théorie sur les parents fortunés n'était-elle finalement pas erronée ? Il avait peut-être fugué de chez lui en prenant quelques cartes bleues qui traînaient dans leur demeure ?

« Si tu dis ça pour échapper à la question… » suggéra le brun, esquivant lui-même le fait de répondre aux propos du Winchester.

« Oh, pas du tout. Mon père n'est pas une femme de ménage ou quelque chose du genre. Je suis juste curieux. »

« Oui, je vis seul, » répondit simplement Castiel.

« Tu as déjà quitté tes parents ? » enchaîna Dean, voyant qu'il ne rajoutait rien.

« Ils m'ont… Enfin, oui, » se contenta d'acquiescer l'étudiant, qui semblait devenir mal à l'aise, ne regardant plus l'autre jeune homme.

Dean comprit que la conversation ne prenait pas un tournant qui plaisait au brun, et il décida de respecter son intimité pour le moment. Ils venaient à peine à se rencontrer, il n'avait aucun compte à lui rendre, malgré la curiosité qui le démangeait.

« Mon père est flic, » reprit le Winchester avant de se gaver d'une nouvelle grande bouchée.

Castiel releva la tête rapidement. Dean eut l'impression que le mot l'avait presque brûlé tant sa réaction avait été vive. Une lueur étrange s'alluma dans ses yeux. Mais il ne tarda pas à se reprendre et afficher un air neutre et indéchiffrable, manquant de l'éclat qu'il arborait avant cela.

« Policier, hein ? » répéta t-il presque avec un ton de défi.

Le blond ne comprit pas son brusque changement d'humeur. Il tenta d'enchaîner comme si de rien était, prit au dépourvu.

« Ouais, c'est pour ça qu'on a dû quitter le Kansas. Avec tout les problèmes qui surviennent actuellement depuis quelques mois… depuis juin… Il était plus qu'heureux de venir ici pour aider à régler ça. »

Castiel sembla le jauger du regard. Dean eut la désagréable sensation de se faire analyser, comme si l'autre homme essayait de lire en lui. Doucement, il réitéra une nouvelle question, semblant peser ses mots avec délicatesse. Il plissa légèrement les yeux.

« Et toi, tu souhaites aussi régler 'cela' ? »

Dean eut la très nette impression que Castiel attendait sa réponse comme quelque comme de primordiale. Comme si elle risquait de changer la donne entre eux.

« Je… Je règlerai ce qu'on me demandera de régler. C'est le boulot. On choisit pas toujours ce qu'on a à faire, surtout pas au début. »

Son explication laissa un Castiel à moitié convaincu sur son siège. Dean sentit une légère gêne s'installer, lui-même ne comprenant pas d'où venait cette soudaine méfiance, peut-être ne voulant-il pas y songer, et il se hâta d'enchaîner.

« Mais si j'ai choisi cette voie ce n'est pas uniquement parce que c'est une histoire de famille. Je veux aussi pouvoir sauver. Pouvoir aider celui qui ne peut pas le faire lui-même. Je pense que quelque chose comme pompier m'aurait aussi convenu, mais j'ai passé mon enfance le nez dans les dossiers d'enquêtes de mon père lorsqu'il avait le dos tourné. L'idée de vouloir arrêter le méchant et le mettre derrière les barreaux sous l'oeil de la gentille victime qui vous lance des fleurs pour montrer sa reconnaissance éternelle est restée, » il songea avec un sourire nostalgique face à ses pensées manichéennes d'enfant.

Ce court speech sembla enfin rallumer quelque chose chez son camarade. Une lueur lui traversa les yeux tandis qu'il raccrocha de nouveau son regard au sien. Castiel ne connaissait que trop bien ce besoin d'aider l'autre. Il fut heureux de constater que Dean cachait probablement beaucoup de bon et d'intentions honorables. Il suffisait de creuser un peu.

« Ça veut dire qu'on va pas avoir trop de cours en commun, huh ? » fit soudainement remarquer le Winchester.

« C'est fort probable, » acquiesça t-il, semblant encore aux prises avec ses réflexions.

« Mais bon, on aura toujours le reste du temps. »

Plusieurs choses tourbillonnaient dans l'esprit de Castiel en cet instant, avec tout ce qu'il venait d'entendre au court de ce repas. De l'hésitation. De la méfiance. Peut-être un peu de crainte. Mais cette dernière n'était pas dû qu'au métier du père de Dean, qui l'empêcherait de pouvoir dire quoi que ce soit en rapport avec sa sexualité au fils, de peur que celui-ci aille lui en parler… En réalité, elle se mêlait à cette envie puissante de mieux connaître l'homme qu'il avait en face de lui. Le brun avait étrangement foi dans le fait que Dean ne s'en prendrait pas de lui-même à une minorité, au vu de ces dernières paroles. Peut-être était-il idiot de le penser, mais il sentait quelque chose de fort émaner du blond, comme si son âme était un livre ouvert emplit de promesses et d'une bonté enfouie dont le Winchester ne se doutait même pas. Et il avait peur de se laisser emporter par tout ce qu'il allait découvrir, se demandant s'il pourrait en revenir un jour.

« C'est déjà ça, » lui répondit Castiel avec un sourire timide, se demandant où allait le mener cette rencontre dans les mois à venir...