Bonjour tout le monde !
Voici le deuxième chapitre de La vie quotidienne du lion et du serpent. J'espère qu'il vous plaira lui aussi. (Je rappelle que ça s'inscrit toujours dans la suite de Je te hais autant que tu me plais, mais sur un ton plus léger).
Disclaimer : l'univers et la plupart des personnages appartiennent à J. K. Rowling, les idées et le ton débile ou incongru sont à moi. Les Lovelove Chocos m'appartiennent également : )
Rating : Toujours K, à la rigueur K +.
Dédicace : merci aux fidèles lectrices (Mayura, Lightofmoon) d'être toujours si présentes et de me soutenir comme elles le font. Merci à ceux qui m'ont laissé des reviews, ça m'encourage vraiment à continuer. Et enfin merci à tous ceux qui sont venus lire le 1er chapitre précédent, tout simplement, en espérant que vous l'ayez apprécié. Et merci aux nouveaux qui viennent jeter un œil ici !
Et surtout, bonne lecture à vous !
Partie 2 : Un goût de chocolat
J'ai un délicieux goût de chocolat dans la bouche. Du chocolat au lait, un peu amer, fondant et sucré à souhait. J'ai un goût de cacao qui envahit ma langue, se glisse dans ma gorge, titille mes papilles (Oh, la belle rime ! Comme je suis poète !). Ca me plonge dans un état second, dont je voudrais ne jamais sortir. On dit que le chocolat est aphrodisiaque : je ne sais pas si c'est vrai, mais en tout cas, là, je me sens vraiment bien …
C'est vraiment possible qu'un simple goût de chocolat dans la bouche me mette dans cet état ?
Mais peut-être êtes-vous un peu paumé là (moi, je le suis souvent, vous savez, alors je comprendrais bien …). Laissez-moi vous resituer le contexte …
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Y'a des jours comme ça, où on se dit qu'on ferait mieux de rester couché. Ou mieux, où on ferait mieux de se lever très très très tôt, et de partir se planquer très très (bref, vous avez compris l'idée, quoi !) loin, pour ne revenir que le lendemain.
Et bien, aujourd'hui est un jour comme celui-là. Oh, pas pour tout le monde, non ! C'est que certains attendent même avec impatience ce jour maudit, les inconscients ! Faut dire que eux, au moins, ils ont pas le malheur d'être plutôt mignons, assez intelligents, pas mal craquants et bourrés de charme, et ils ont pas la malchance d'être si célèbres qu'ils ne peuvent faire un pas hors de leur lit sans être assaillis par des fans … Et bien, moi, j'ai tous ces malheurs qui me tombent sur les épaules ! Comment ça, c'est pas une tare d'être mignon, intelligent, charmant ? Et comment ça je suis pas modeste ! Mais je voudrais vous y voir, vous, à être le célèbre Survivant … Bon, en fait, c'est vrai : je ne me trouve ni mignon, ni craquant, ni quoique ce soit. Mais si c'est le cas, alors pourquoi je vis un véritable enfer tous les jours, et surtout, SURTOUT le 14 février !………………
Ouiiiiiiiiiii, c'est ça mon drame ! Aujourd'hui c'est la St Valentin ! Cette fichue, maudite, abominable St Valentin ! La SAINT VALENTIN ! Vous vous rendez compte ? Non, comment ça, non ? Vous n'avez pas conscience de ce que ça peut être de croiser des filles hystériques à tous les détours de couloir prêtes à vous sauter dessus pour vous faire Merlin sait quoi (et j'ai beau avoir 17 ans, et une vague –moui, bon, quasi inexistante, c'est vrai- expérience avec les filles, je suis sûre qu'elles arriveraient à choquer mon chaste esprit avec leurs idées … Ah, vous aussi, vous en êtes sûrs ? … Pourquoi je me sens vexé, là ?).
Bon, bref, tout ça pour dire qu'aujourd'hui est un jour où je vais souffrir, je le sens. Les premières années, j'étais pas encore trop célèbre, et ça allait à peu près. Mais les dernières St Valentin ont vraiment pris l'allure d'un parcours du combattant pour moi … Ou plutôt d'une véritable chasse à l'homme, oui, c'est ça ! Chaque 14 février devient pour moi une épreuve où je dois sauver ma peau de mille dangers (hystériques) qui me guettent de toutes parts. J'espère chaque fois ressortir vivant (et la vertu sauve) de ces journées-là. Et après on s'étonne que je sois un peu parano sur les bords ! Mais entre ça et la menace vous-savez-quienne, j'ai de quoi flipper, moi !
Pfff, pas facile d'être le Survivant tous les jours … Mais en tout cas, j'espère que cette année encore je mériterais ce surnom débile …
Faut dire qu'elles ont l'air vachement déterminées, cette année, les filles. Je vous jure, ça fait vraiment peur ! Ca fait une semaine qu'elles me regardent toutes en me jetant des petits regards en coin, et j'en ai vu certaines noter des trucs dans des petits carnets secrets. Au début, je n'y ai pas prêté attention, mais quand je les ai toutes vu faire ça j'ai commencé à vraiment prendre peur. Je me suis alors résolu à aller demander de l'aide à Zabini (Draco n'était pas dispo, je crois que lui aussi commençait déjà à se planquer en vue du fameux jour ; parce que lui aussi, il est très demandé), qui a bien voulu terroriser une élève ou deux pour savoir de quoi il en retournait : elles ont fini par lui avouer qu'elles notaient mes déplacements et mes moindres faites et gestes. Et, alors que soulagé, je me disais qu'il s'agissait là encore d'une de leurs lubies de fans, Hermione m'a fait remarqué avec justesse qu'elles faisaient peut-être ça dans le but de savoir où et quand m'attraper le jour de la St Valentin (je vous raconte pas comment j'ai blêmi quand elle m'a dit ça, même Nick Quasi-sans-tête a trouvé qu'il avait le teint plus hâlé que moi !).
Ce qui fait que la veille au soir, j'ai flippé comme un malade, en me demandant si je n'allais pas fuguer de Poudlard dans la nuit, histoire de me cacher quelque part pendant la journée du 14. Et pendant que je songeais à rédiger mon testament (avec un paragraphe d'excuses à l'attention de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom-mais-dont-on-sait-tous-de-qui-il-s'agit, en lui expliquant pourquoi je lui ne pourrais malheureusement pas venir à sa petite sauterie organisée en mon honneur), j'entendais mes camarades de chambre discuter avec animation, gloussant comme des poules (vous savez, comme Lavande, qui le fait si bien), et prenant des paris pour savoir combien de chocolats ils allaient recevoir le lendemain. J'ai failli m'étrangler d'indignation ! Merde, je me préparais à vivre ma dernière soirée, et eux ils rigolaient et attendaient ce jour avec impatience ! Le pire, c'était sans doute Ron : il est même venu me voir à un moment, surexcité, en me tenant à peu près ce langage (tiens, cette phrase me rappelle quelque chose … Mais quoi ?) :
« Harry, je suis trop im-pa-tient ! »
« Moi pas vraiment … Mais pourquoi ? » ai-je quand même demandé, débordant de générosité.
« Je le sens, Harry, ça va venir ! Je le sens ! »
« Mais tu sens quoi, Ron ! » Non, parce que je veux bien être généreux, mais ma patience a des limites.
« C'est demain ! C'est le bon jour, je le sens ! Hermione va me faire sa déclaration ! »
Et, alors que j'hésitais entre éclat de rire (genre « Ben, t'espère, mon vieux, c'est vachement son genre ! »), ou soupir de soulagement (style « Ah, enfin ? Ben, c'est pas trop tôt ! »), Dean m'a devancé, s'approchant de nous : « T'es plein d'espoir, Ron ! Qu'est-ce qui te fait penser qu'elle va le faire ? »
Ignorant Neville qui, (un peu) à la masse, demandait : « Pourquoi ? Ron s'intéresse à Hermione ? Mais j'étais pas au courant … » (Comment il a pu passer au travers du plus grand secret le moins bien gardé de tout Pourdlard, lui ? Faudrait qu'il me donne sa recette !) ; Ron a répondu : « Ben oui ! Elle a pas arrêté de me parler de la St Valentin cette semaine, m'expliquant les coutumes de chaque pays, en me disant surtout que dans pas mal ce sont les filles qui offrent des chocolats aux garçons, plutôt que l'inverse. »
« Et alors ? » fit Seamus, venant se mêler lui aussi à notre conciliabule.
« Et alors, elle a sans doute voulu me faire passer le message que c'était elle qui allait se déclarer, et que je devais attendre sa déclaration, sans faire le premier pas. » fit notre ami roux, tout sourire.
Il me semble que Dean a murmuré dans un petit sourire narquois : « T'aimerais bien ! Ca t'arrangerait … », mais toujours est-il que j'ai répliqué à mon ami : « Ron, je crois tout simplement qu'elle a voulu bien te rappeler que demain c'était la St Valentin. En gros, elle t'a fait passer un message, pour que tu comprennes qu'elle attendait que toi, tu te déclares ! »
« Ou alors, elle a juste voulu étaler sa science, une fois de plus ! » a fait Seamus, et on a tous éclaté de rire, sauf Ron qui était maintenant aussi pâle que moi j'avais pu l'être.
« Hé non, mais ça va pas le faire ! » s'est-il écrié, paniqué. « J'ai rien préparé pour demain, vu que je pensais que c'était elle qui … Oh là là, comment je vais faire ? Et puis, je ne me sens pas de … Oh là là … »
Mais comme il était tard, on est tous allés se coucher, envoyant bouler Neville qui commençait à être un peu lourd avec ses « Mais, je savais pas pour Ron et Hermione ! Pourquoi vous me l'avez caché ? C'est pas sympa, les gars … ». Dean et Seamus se sont assez vite endormis (oui, après des années passées à compter les heures sans pouvoir m'endormir, j'ai appris à distinguer les ronflements typiques de chacun de mes amis : si je ne trouve pas de job en sortant de Poudlard, et si je survis à face-de-poulpe-aplatie, je pourrais toujours devenir ronflologue, en espérant qu'il y ait un quelconque avenir –sans même parler d'une utilité- à ce métier … Ce dont je doute, en fait. Mais je doute de beaucoup de choses, en ce moment. C'est normal, il paraît, c'est l'adolescence). Mais Ron et moi avons eu plus de mal –Neville, lui, j'en sais rien, tellement vexé qu'on ne lui ai rien dit ( !), il est carrément parti bouder dans notre salle commune. Ron n'arrêtait pas de murmurer qu'il ne savait pas quoi faire pour le lendemain, et moi je pensais à peu près la même chose, sauf que je me demandais plutôt où me cacher pour rester vivant.
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On a quand même dû finir par s'endormir, parce que quand le réveil a sonné le lendemain, il m'a tiré de mon sommeil. En constatant que je m'étais assoupi et pas réveillé assez tôt pour aller me trouver un abri sûr, j'ai commencé à paniquer. En me levant, tout tremblant, j'ai pu constater que Ron, malgré ses soucis, avait dormi comme un bienheureux, si j'en juge par la large auréole de bave laissée sur l'oreiller (par Merlin, faudrait vraiment qu'il songe à dormir avec des bavoirs autour du cou, lui, parce qu'un jour on va pas réussir à ravoir tous ses oreillers !).
On s'est tous préparés pour partir en cours, et quand on est arrivés dans la salle commune, quelques-uns de nos camarades nous attendaient pour y aller. Hermione était là, un sourire radieux aux lèvres, et je vous jure, ça m'a vraiment foutu les jetons (non, je ne vire pas demeuré, à flipper quand mes amis sourient, rassurez-vous !) : elle doit vraiment l'attendre, la déclaration de Ron, et être persuadée que ça va être aujourd'hui. Je me suis tourné vers Ron, pensant déceler sur son visage la même angoisse que moi, ou mieux, une lueur de détermination dans ses yeux. Mais non, il avait juste un air pas réveillé, qui ne l'a pas empêché de s'exclamer avec entrain : « Allez, au petit déj ! J'ai faim ! » Ce mec est totalement inconscient … Comment disent les Moldus, déjà ? Heureux soient les imbéciles ? C'est tout Ron, ça. N'empêche, je l'envie parfois. Même si je pense qu'on se prépare encore à un cataclysme made in Mione. Je me suis tourné vers elle pour voir quelle était sa réaction face à la décontraction de notre ami, mais elle souriait toujours, secouant la tête d'un petit air attendri. Elle devait penser qu'il comptait se déclarer plus tard et faisait comme si de rien n'était. J'ai eu envie de m'écrier « Mais non, Mione ! Il a rien préparé du tout ! C'est Ron, quoi ! » puis de la prendre dans mes bras pour qu'elle verse toutes les larmes de son corps, mais je me suis retenu. D'une parce qu'après tout, j'en sais rien s'il a prévu quelque chose ou pas (même si j'en doute fortement, et je suis sûr que vous aussi), et de deux parce qu'en fait elle ne pleurerait sûrement pas sur mon épaule, mais me tuerait plutôt d'abord avant d'aller l'achever, lui (et je tiens pas à ce que ce soit Hermione qui me tue, avant les autres folles, ou même Voldy –oui, j'aime bien lui donner ce surnom affectueux, parfois. Et puis, n'est-ce pas la fête de l'amour, aujourd'hui, après tout ?)
Merde, avec tout ça, j'avais presque oublié que oui, c'est aujourd'hui la St Valentin ! Alors qu'on se dirigeait tous vers la Grande Salle, je me suis glissé subrept … merde, je sais jamais comment on dit ce mot (et non, je ne suis pas dyslexique en plus de tout ! Comment ça, ce que c'est ce « tout » ? Ben, tout …) ; donc, je me suis glissé tel un serpent au milieu du groupe, tentant de me cacher de la vue de potentielles serial-killeuses soit disant amoureuses de moi (non parce qu'on peut pas réellement parler d'amour quand on voit les yeux avec lesquels elles me regardent ! Ca fait peur, je vous jure …). A un moment, j'ai vu trois filles (des Poufsouffles, les plus romantiques en plus ! Merdeuh …) s'avancer vers nous, et j'ai demandé à mes amis autour de moi, à voix basse : « Dites les gars, soyez cool, resserrez-vous autour de moi, histoire qu'elles ne m'approchent pas trop. »
Mais ça ne leur a visiblement pas plu, parce que j'ai entendu Dean me répliquer : « Dis donc, Harry, t'as pas un peu les chevilles qui enflent ? Ca va, arrête de croire qu'elles sont toutes après toi. »
« C'est vrai, » a fait Jordan Lee, « laisse-en un peu pour les autres, mec. »
Et là, je les ai tous vu s'écarter de moi, et se diriger vers la Grande Salle sans plus s'occuper de moi. Et on appelle ça des « amis » ! Je suis outré ! Ils pouvaient bien m'aider un peu quand même, non ? Etait-ce trop leur demander que de veiller à ma sécurité, en restant près de moi, juste aujourd'hui ? Vous n'allez pas me dire qu'ils avaient mieux à faire que de surveiller leur camarade, leur futur sauveur ? Ah, flûte ! C'était vraiment pas mon jour …
Puisque je ne pouvais pas compter sur mes amis, j'ai décidé d'aller pleurer sur l'épaule de mon meilleur ennemi (non, pas psychopathe-mégalo-revenu-de-l'enfer-juste-pour-Harry ! Je ne suis pas désespéré à ce point !). Sans plus m'occuper des autres Gryffondors (les traîtres !), je me suis précipité à grands pas vers la table des Serpentards (quelle inconscience quand même, j'ai eu là : traverser comme ça, sans protection, la Grande salle ! J'aurais pu me faire agresser des dizaines de fois ! Mais non, comme toujours, j'ai survécu). Et là, j'ai stoppé net : celui que j'étais venu voir n'était pas là ! Par Merlin, si même lui n'était pas là pour m'aider …
Levant les yeux vers moi, Zabini m'a demandé : « Tu cherches quelque chose, Potter ? »
Je l'ai regardé en retour, la gorge nouée, retenant mes larmes tant ma détresse était grande, et j'ai balbutié : « Je cherche Draco … Il n'est pas là ? »
« Heu, non, on ne l'a pas vu depuis ce matin. C'était urgent ? »
« Oui, il faut absolument que je le voies. C'est … c'est très important … J'avais besoin de le voir … aujourd'hui, plus que tout autre jour … » Et je suis resté là, les bras pantelants, contemplant comme un idiot la place vide de Malefoy. Mon dernier espoir venait de s'envoler.
Au bout d'un moment, j'ai pris conscience du silence qui s'était installé autour de moi. J'ai relevé la tête vers les verts et argents, et j'ai constaté que tous mes regardaient d'un air … bizarre. Blaise, Vincent et même Grégory (pourtant toujours à mille lieues de ce qui se passe autour de lui, d'habitude) me fixaient, vraiment surpris. Crabbe avait la bouche ouverte, sa main tenant sa cuillère de porridge dégoulinant (il doit être le seul de tout Poudlard à manger ça, lui. Avec Hagrid. Mais Hagrid il mange de tout, c'est pas pareil) arrêtée à mi-chemin, en l'air. A bien y réfléchir, ce balourd avait le même air que d'habitude. Mais les autres, eux, avaient vraiment l'air étonnés.
« Quoi ? » ai-je fait, un peu énervé.
« Potter … tu … » a commencé Zabini, mais il était visiblement trop choqué pour parler.
Je commençais à être vraiment perdu, quand la voix affreusement nasillarde et horripilante de Parkinson s'est élevée dans les airs : « Ca ne te suffit pas de devenir son ami ? Faut encore que tu tombes amoureux de Draco ! T'es vraiment horrible, Potter, je te déteste ! »
Et elle est partie en courant, pleurant toutes les larmes de son corps.
Et moi, je suis resté planté là, comme un con, au milieu de la Grande Salle. Soudainement silencieuse. Tous les regards tournés vers moi.
Mais quoiiiiiiiiiiiiiiiiiii ? J'ai jamais dit que j'étais amoureux de … Oh, par Merlin ! Mais dans quel merdier je me suis encore fourré, moi ! C'est vraiment pas possible ! Pourquoi le sort s'acharne-t-il comme ça sur moi ?
Un instant, j'ai espéré que personne n'avait entendu les inepties prononcées par Pansy. Mais bon, vu le silence qui s'était installé, même sans me retourner, j'ai vite compris que ce n'était pas le cas. Ensuite, j'ai souhaité très fort que tout le monde s'en fiche, et retourne vaquer à ses occupations. Mais faut croire que dans ce bas monde, personne n'écoute les souhaits d'un pauvre survivant comme moi, et je dirais même que ça en amuse certains de voir la destin se jouer de moi (hein, genre vous là-bas, avec la grande barbe blanche et des bonbons au citron dans votre bol de petit déjeuner … Vous croyez que je ne vous ai pas vu sourire, peut-être ?).
J'ai alors adopté la seule stratégie possible dans ces cas-là, la seule envisageable, et sans doute la plus raisonnable d'entre toutes, après mûre réflexion : je me suis enfui.
Bon, ça va ! Après coup je n'en suis pas fier ! Je sais bien que je ne fais pas honneur à ma maison (non, pas les Dursley ! Enfin, y'en a au moins quelques-uns qui suivent, là, dites ? … Et si les autres pouvaient arrêter de murmurer des mots incompréhensibles comme slache, laid-mone ou Merlin sait quoi, ça m'arrangerait … Vous savez que vous aussi, vous faites peur, des fois ?), mais bon, faut me comprendre : je suis un peu à cran, avec tout ce qui se passe, moi.
Toujours est-il que, à peine avais-je réussi à m'engouffrer dans un corridor, j'aperçus deux jeunes filles, se dirigeant vers moi. Je sursautai violemment et me plaquai contre le mur, prêt (enfin, façon de parler) à subir les derniers outrages de leur part. Mais elles sont juste passées devant moi, en continuant à bavarder, sans s'occuper de moi (elles m'ont bien jeté un petit coup d'œil bizarre, mais bon, mon attitude devait paraître légèrement suspecte, sans doute … J'ai dit que j'étais à cran !).
En désespoir de cause, ne sachant où aller et voyant l'heure tourner, j'ai décidé de me rendre dans ma salle de classe. Bien sûr, histoire de parachever l'horreur de cette journée, on commençait avec Potions. J'avais le temps avant que Rogue n'arrive, aussi je me suis dit qu'à défaut de briller dans ce cours, pour une fois je serais à l'heure (et oui, vieux crasseux, les miracles existent ! Potter à l'heure, c'est possible. Yahou, une deuxième rime, je bats des records !).
En arrivant aux cachots je me suis rendu compte que je n'étais pas le seul à être arrivé en avance. J'ai failli pousser un cri, mais je me suis retenu, ne voulant pas attirer l'attention si des jeunes filles se planquaient dans le coin (je vous jure, la St Valentin, c'est comme le 1er avril, ça vous rend dingue : vous pensez que tout le monde en a après vous !).
« Draco ! T'étais là, sale traître ! » me suis-je quand même écrié, toute ma colère revenant, tout en m'approchant à grands pas de notre table (oui, Rogue et sa brillante idée de mettre un Serpentard avec un Gryffondor à chaque table. Enfin, ça ne me dérange plus depuis qu'entre Draco et moi ça va mieux, mais tous nos camarades ne sont pas aux anges pour autant). Il m'a alors regardé avec un air fatigué, et m'a dit d'une voix traînante (si malefoyenne), tout en fronçant les sourcils :
« Commence pas, Potty ! Je suis pas d'humeur ce matin … »
Avisant ses cernes sous les yeux, j'ai alors demandé, inquiet, tout en prenant place à ses côtés :
« Ca va pas, Drake ? On dirait que t'as pas assez dormi … »
Il a acquiescé et confessé (Oh oh oh, ma 3ème rime … Je m'admire moi-même là ! Finalement je pourrais être poète, à défaut de ronflologue) : « Je suis venu me planquer ici avant que le jour ne se lève. »
« Ah ? Alors, toi aussi aujourd'hui tu … »
« Mmmh. » confirma-t-il.
Nous avons poussé un soupir de concert, puis après un moment, il m'a dit dans un sourire resplendissant (et après il s'étonne de faire craquer tout Pourdlard ! Avec un sourire comme ça ! Et vous, là, c'est quoi ces soupirs de contentement … J'ai dit un truc bizarre ?) : « Pas facile d'être un sex-symbol, hein, Harry ? »
« Parle pour toi ! » C'est vrai, quoi, je ne me sens pas sex-symbol moi.
« C'est ce que je faisais. » affirma-t-il d'un air satisfait. Allons bon, si maintenant je l'aide à s'envoyer des fleurs à lui-même … Mon ventre se mit à grogner, interrompant mes profondes pensées.
« T'as faim ? » a fait Draco. « Vas-y, sers-toi. J'en avais toute une tonne m'attendant sur ma table aujourd'hui. » fit-il en me désignant un énorme tas de chocolats déposés devant son bureau. Effectivement, il avait été très gâté ! Et ce n'était que le début de la journée. Je m'inquiétais pour moi-même, mais Draco avait visiblement du souci à se faire également : il a beaucoup de succès. Après tout, ne se décrit-il pas lui-même comme le « tombeur de Poudlard » ? Je piochai dans le tas de chocolats, et attrapai une petite boîte rouge en forme de cœur, quand un papier s'en échappa. Je put alors lire dessus « Pour Harry ».
« Mais, qu'est-ce que … Hé, mais, y'en a plein pour moi dans ton tas, Draco ! Tu … Tu m'as piqué mes chocolats ! » me suis-je alors écrié. « T'es gonflé, t'en as plein toi aussi ! »
« Mais … » se défendit alors mon camarade, prenant une jolie couleur pourpre. « J'avais pas envie que t'en aies plus que moi, alors … »
J'ai soupiré et lui ai répondu : « Tu sais, ça ne m'amuse pas tout ça … J'aimerais tellement qu'on me laisse tranquille … »
Et là, la plupart de nos camarades ont débarqué dans la salle de classe. Bon, ben, pour ma tranquillité, je repasserai, j'ai compris. Ron et Hermione sont arrivés à notre hauteur en grandes enjambées, et notre petite brunette s'est alors exclamée : « Par Merlin Harry ! Qu'est-ce qui t'as pris tout à l'heure ! On n'a vraiment pas compris ce qui s'est passé ! »
« Moi non plus, je te signale, Mione ! J'ai rien fait, je te ferais remarquer … »
« Et si vous m'expliquiez ce qui s'est passé tout à l'heure ? » demanda Draco, détestant être en reste.
« Ah, Malefoy, tu tombes bien ! » fit alors mon meilleur ami. « Figure-toi que Harry a déclaré devant tout le monde qu'il était fou de toi ! Ca m'a trop choqué ! »
« Quoi ! Ron, t'es malade, j'ai jamais fait ça, c'est Pansy qui a tout compris de trav … » Je me suis tourné vers Draco pour expliquer : « Je te jure, Drake, je n'ai jamais dit que … Et c'est quoi ce sourire ! »
Cet idiot de blondinet, au lieu d'être choqué ou énervé par ce qu'avaient raconté mes amis, me souriait d'un air coquin (Par Merlin !), et me glissa alors : « Alors ça y est, Harry, toi aussi t'as succombé à mon charme ravageur ? »
Mais je n'ai pas eu le temps de répliquer, parce que Rogue est entré en trombe dans la salle, encore plus énervé que d'habitude. Il s'est rendu à son bureau en faisant claquer ses talons d'un pas rageur, puis dans un mouvement de cape ample (que Lavande, qui n'avait pas eu le temps de s'asseoir à sa place, s'est prise dans la tronche. La pauvre …), il s'est tourné vers nous et s'est écrié d'une voix tremblante de haine : « Bon, je vous préviens, ce n'est pas mon jour ! » Ah, lui non plus ? Mais ça doit pas être pour les mêmes raisons que Draco et moi, alors … Mais j'ai essayé de ne pas penser trop fort (oui, avec mister chauve-souris faut se méfier), et il a continué : « Votre estimé directeur (il avait pas l'air convaincu en disant ça) a eu la bo … a eu l'idée d'organiser pour cette grmblrgrbml fête de la St Valentin un grand bal – et je vous préviens que le premier qui esquisse ne serait-ce qu'un sourire de plaisir à l'annonce de cette nouvelle, je le colle tous les dimanches matins à venir de l'année ! Je suis, de plus, chargé de superviser ce fichu bal ! Alors aujourd'hui, interro surprise ! » Comme si c'était de notre faute si Dumby avait eu l'idée de le promouvoir chaperon de ce bal ! « De plus, Potter, je ne sais pas pourquoi, mais je vous tiens pour personnellement responsable de cette stupide mascarade ! Si vous ne déclenchiez pas un tel affolement d'hormones chez vos stupides consoeurs, nous n'en serions pas là ! » Hein ? C'est de ma faute, maintenant ! « Donc, par conséquent, je vous maudis sur les 15 générations à venir de votre regrettable famille. Et je vous enlève 50 points ! Maintenant, au travail. » déclara-t-il, visiblement un peu calmé après ce déchaînement de haine purement gratuite.
Je n'essayais même pas de protester, trop las. Quand j'avais dit que ce n'était pas ma journée !
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Tout le reste de la journée, j'ai tenté d'échapper aux harpies qui me poursuivaient, et ce ne fut franchement pas facile. Ron et Hermione sont restés avec moi tout le temps, et je les en remercie sincèrement. Bon, en fait je crois que Ron ne m'a pas lâché parce qu'il sentait bien que Hermione attendait quelque chose de lui, mais il savait aussi que tant que je serais là, elle n'oserait rien. Enfin, peu importe, moi j'étais à peu près tranquille pendant ce temps. En fait, comme tout le monde avait cours, on était plus ou moins occupé, et à chaque interclasse, si y'avait trop de monde dans les couloirs, j'allais me planquer dans les toilettes les plus proches en attendant le début du cours suivant. J'y ai souvent retrouvé Draco, d'ailleurs (comme on n'avait plus d'autres cours ensemble dans la journée, on a pu discuter un peu à ces moments-là, c'était sympa. Sauf la fois où on s'est retrouvés dans les toilettes de Mimi geignarde, parce qu'elle ne voulait plus nous lâcher, pleurnichant que jamais dans sa vie elle n'avait eu la chance de passer une St Valentin avec de beaux garçons).
J'ai quand même récolté trois tonnes de chocolats au fil de cette journée, mais je ne pourrais jamais tout manger. Je ne déteste pas le chocolat, mais ce n'est pas non plus ce que je préfère, et avec tout ça je risque une crise de foie (sans parler de ceux qui sont faits main, dont je me méfie toujours). Et puis, si ça se trouve, certains contiennent des filtres d'amour … et non, ce n'est pas de la paranoïa aigue ! Je vous rappelle qu'on est dans une école de magie, c'est tout à fait plausible ! J'en avais tellement que je pensais en distribuer aux copains le soir, pour les consoler si leur récolte n'avait pas été bonne (et si j'arrivais à rentrer entier jusqu'à la salle des Gryffondors).
Et puis, peu à peu, la journée s'est rapprochée inexorablement de l'heure du bal. Bien entendu, je ne comptais pas y aller, mais je savais que dès que les cours seraient finis, les filles se mettraient en chasse, et il valait mieux que je m'éclipse avant ça. Constatant que je comptais m'enfuir à la fin de notre dernier cours, Ron me jetait des regards éplorés, ne voulant pas que je l'abandonne aux griffes de Hermione (mais s'il a aussi peur d'elle, comment peut-il en être amoureux ? Le cœur de Ron sera toujours un mystère pour moi). Cependant, aussi grande soit mon amitié pour lui, le choix était vite fait entre lui sauver la mise et me sauver la vie. Aussi, après un petit salut gêné pour m'excuser, j'ai filé hors de la salle à la fin du cours, me planquant derrière un gars de notre classe assez grand (qui m'a regardé bizarrement, se demandant pourquoi je lui collais au train – comme si toutes les rumeurs sur ma prétendue homosexualité et mon amour fou pour Draco ne suffisaient pas ! Toute la journée j'avais entendu murmurer derrière mon dos, quand je ne croisais pas des filles qui se mettaient à chialer dès qu'elles me croisaient … C'était lourd à la fin ! Et vous aussi arrêtez vos délires, hein ! Si vous croyez que je ne vous ai pas vues).
Rampant le long des murs le plus discrètement possible jusqu'aux toilettes les plus proches, j'ai réussi à parcourir la moitié de Poudlard à peu près sauf. Ca m'a étonné d'ailleurs, je pensais me faire assaillir dès la fin des cours, mais non. Toutes les filles devaient être en train de se préparer pour le bal de la St Valentin, parce qu'à part quelques garçons et des couples déjà (nouvellement) formés, je n'avais croisé que peu de filles. C'est en arrivant à proximité de notre salle commune que j'ai compris : elles étaient toutes là, devant le tableau de la Grosse dame, à m'attendre. Un vrai bataillon, armé de boîtes de chocolats, peluches, et mots doux ! Plus effrayant qu'une armée de mangemorts ! J'en tremblais d'avance. Par merlin, je ne pouvais pas les affronter, j'étais coincé. Les malignes, elles m'avaient eu ! Si seulement j'avais eu ma cape d'invisibilité avec moi, je …
Par Merlin, c'est vraiment possible d'être aussi crétin ! (et ne me dites pas oui, j'ai déjà eu une assez mauvaise journée comme ça !) Pourquoi n'avais-je pas pensé à la prendre avec moi dès le matin ? Je me serais tapé la tête contre le mur, si je n'avais pas craint d'attirer l'attention de mes prétendantes. Faisant discrètement demi-tour, je repartis dans le couloir d'où j'étais venu, me demandant où j'allais bien pouvoir aller passer la nuit (parce qu'à n'en pas douter, elles allaient camper là jusqu'à ce que je rentre). Ne voyant d'autres solutions, j'allais frapper à la porte de la salle des Serpentards. Ce fut Goyle qui m'ouvrit, la bouche pleine de chocolats. Voyant mon air interrogateur, il m'expliqua : « C'est Draco qui nous a refilé la moitié de ses chocolats, à Vincent et moi. » Je me disais aussi …
Une fois rentré, il retourna s'asseoir à côté de Crabbe, pour continuer à manger leurs chocolats et … feuilleter des vieux numéros de Playwizard magazine ! Ah ben, quand on est célibataire on passe la St Valentin comme on peut après tout … Je montais alors jusqu'au dortoir des garçons de Serpentard pour voir si Draco y était, et tout innocent que je suis, j'entrai sans frapper. J'ai failli avoir une crise cardiaque : Malefoy n'y était pas, mais Zabini y était, lui. Torse nu. Les lèvres barbouillées de chocolat. Et Lavande sur ses genoux. Avant de pouvoir voir si elle aussi était à demi-nue et couverte de cacao, je suis sorti de là en trombe, en criant un « Excusez-moi » glapissant (oui, comme Pansy, je sais …).
D'ailleurs miss bouledogue était là : ayant entendu mon cri, elle était sortie du dortoir des filles pour voir ce qui se passait, et là, j'ai eu une deuxième vision d'horreur. Elle portait un déshabillé argenté avec plein de rubans verts (sans doute pour faire honneur à leur maison), et des sous-vêtements rouges, plus vulgaires que réellement affriolants. Par Merlin, elle se balade comme ça, tranquille, dans toute leur salle commune ! Oh, je crois que je vais vomir ou …
« Dray, c'est toi ? … Oooohhhh, Potter ! » elle était aussi choquée de me voir que moi d'être face à elle. Je n'ai pas attendu mon reste, et je suis parti en courant, entendant à peine le « au-revoir » blasé de Crabbe.
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J'ai couru à travers toute l'école, sans savoir où j'allais : peu importait où mes pas me portaient, tant que c'était loin de toutes ces filles, hystériques ou aguicheuses, chasseresses ou démones. J'ai bien dû croiser quelques personnes, mais je courais si vite que je ne me rappelle de rien. J'ai fini par atterrir dans une vieille salle de cours désaffectée, tout en haut d'une des tours. Ca fait longtemps que plus personne ne vient ici, je ne savais même pas qu'il y avait des salles d'enseignement si loin de tout (c'est peut-être pour ça qu'on ne s'en sert plus aujourd'hui, ça faisait trop de chemin). J'ai ouvert la porte, m'y suis engouffré et ai renfermé derrière moi, claquant bruyamment la porte. Et là, j'ai entendu un « merde » étouffé. Me retournant, je n'ai d'abord rien vu, il faisait trop sombre (la nuit était maintenant tombée derrière les rideaux déchirés de la pièce). J'ai sorti ma baguette de ma cape et ai murmuré un « Lumos » faible mais distinct. J'ai alors fait le tour de la pièce, tentant de faire le moins de bruit possible (malin, après avoir claqué la porte : s'il y avait quelqu'un ici, il m'aurait entendu de toute façon). Et puis, en passant derrière le bureau du professeur, j'ai trouvé ce que je cherchais.
Je me suis accroupi et j'ai dit dans un sourire : « Alors, Drake, on se planque pour bouffer ses chocolats ? »
« Très malin, Harry ! Tu fais pareil après tout. » Me fit le prince serpentard, en me désignant le tas de chocolats que j'avais avec moi.
« Oui, la pêche a été bonne ! D'autant plus que là j'ai trouvé une bonne planque pour les déguster. »
« Bonne planque, je ne suis pas sûr. On est déjà deux à l'avoir trouvée. »
« Moui, » fit-je en m'installant près de lui, sous le bureau. Il se poussa un peu pour me faire de la place, et poussa quelques-uns de ses chocolats vers moi. Je fis de même. « Mais nous, c'est parce qu'on est deux sex-symbol, hein, Draco ? »
Il leva un sourcil, surpris, puis reprit son air éternellement … ben, serpentard, en fait (vous savez, ce subtil mélange de raillerie et de décontraction, d'ironie et de charme … Oui, vous saisissez ? Tant mieux). Il me demanda alors, tout en attrapant un chocolat emballé dans du papier argenté, et en le déballant :
« Et pourquoi t'es venu ici, au fait ? T'as pas pu rentrer dans ta salle commune, hein ? » ajouta-t-il d'un air entendu.
« Ah … ça te l'a déjà fait à toi aussi ? »
« Les premières années. Mais j'ai vite mis le holà en leur envoyant mes gardes du corps. Ils ont beau ne pas être des lumières dans leur genre, ils savent être persuasifs. » Je repensais alors à Crabbe et Goyle mâchouillant leurs friandises devant Playwizard magazine, et j'avoue avoir eu du mal à les trouver effrayants. Mais bon, je ne suis pas non plus une jeune fille énamourée, alors … (Comment ça, si ! J'ai du mal entendre, là … Bon, on va mettre ça sur le dos de ma paranoïa pour cette fois, hein, mais c'est la dernière fois).
« Mais pourtant, Drake, toi qui te vantes d'être le tombeur de Poudlard … T'avais pas envie de finir cette St Valentin au bras d'une jolie fille ? »
« Et me faire trucider par les 40.000 autres, non merci ! Aucune ne vaut la peine que je risque ma vie pour elle … Et puis je te l'ai dit, Harry, je ne les vois que comme des coups d'un soir … »
Je fronçai les sourcils : je n'avais jamais apprécié cette façon de penser ; moi, je ne fonctionnais pas comme ça (à vrai dire, je ne fonctionnais pas vraiment avec les filles, de toutes façons, alors …). Draco connaissait ma façon de penser. Je me suis abstenu de lui faire la leçon, parce que je savais bien que ça ne servirait à rien ; toutefois, j'ajoutais :
« Ben justement … Ca va pas te manquer, ce soir ? »
« Ben, c'est quand même la fête des amoureux, j'ai pas envie de leur casser leur trip romantique ce soir-là, ça serait vache … »
« Je te savais pas si prévenant, Drake. » fis-je, légèrement ironique.
Malefoy s'est alors retourné vers moi brusquement, et s'est écrié, en colère : « Merde Harry ! Pour qui me prends-tu ? Je croyais que tu me connaissais maintenant … Je ne suis pas un salaud sans cœur, tout de même … »
« T'es sûr que c'est vraiment pour ça que tu veux pas passer la nuit avec elles ? »
Il s'est un peu calmé, et a fait : « Oui, bien sûr. » J'ai cru à un moment l'entendre ajouter à voix basse : « Pourquoi, qu'est-ce que t'aimerais m'entendre dire ? » Mais comme je n'étais pas sûr, je n'ai rien dit. Et je n'ai pas relancé le débat. Je sais même pas pourquoi je l'ai cherché comme ça, Draco. Trop de tension accumulée aujourd'hui, sans doute. J'ai alors repris, tandis qu'il se servait de nouveau dans le tas (attrapant cette fois un Lovelove Choco –un chocolat en forme de cœur qui se craquelle en plein de petits cœurs miniatures quand on croque dedans) :
« N'empêche, t'as raté une belle surprise dans ta salle commune … Pansy t'attendait … »
« En sous-vêtements rouges et déshabillé argent ? »
Je le regardai avec mon air Hedwige (tête de hibou : yeux comme des soucoupes, bouche entrouverte), et il reprit, déglutissant en comprenant que mon silence voulait dire oui : « Elle me fait le coup tous les ans. Je sais plus quoi faire pour m'en débarrasser, c'est un vrai boulet. »
« Pourquoi tu lui dis pas qu'elle ne t'intéresse pas ? »
Regard Malefoy n°2 (le méchant et méprisant, ce coup-ci) : « Merci Potty ! C'est l'idée du siècle, vraiment … Comment n'ais-je pas réussi à y penser seul ? Heureusement que tu es là … »
« Oh, ça va … » grommelais-je, tout en attrapant à mon tour un Lovelove Choco. « Je disais ça comme ça … »
« J'ai tout tenté, mais rien n'y fait avec elle. Elle souffre du complexe du boomerang, c'te nana, je te jure : plus tu la lances loin, plus elle revient avec force. » Il a alors souri, et s'est tourné vers moi (Oh oh, le regard Malefoy n°3 « Je prépare un sale coup ». J'l'aime moyen moyen, celui-là) : « Il reste bien un truc à tenter, remarque … Après tout, elle l'a lancé elle-même, cette rumeur, alors elle ne pourra s'en prendre qu'à elle-même … Si on lui disait que t'es vraiment raide dingue de moi, Potter ? »
Sous le choc, je manquais de m'étrangler avec mes minis cœurs de Lovelove Choco. Hoquetant, je les recrachai en rafale : ptt ptt ptt (Purée, une vraie attaque de morceaux de choco … Faudrait que je songe à travailler cette technique contre face-de-lune-blafard, à l'avenir). Aussi rouge que Ron dans ses meilleurs imitations d'une tomate bien mûre, je balbutiai alors, n'osant me tourner vers le pervers et tordu serpentard qui me tenait lieu de camarade : « Hein … Quoi … Mais, heu … Heu, je … »
Il se recula un peu contre le montant du bureau, et soupira : « Du calme, Potty, je rigolais. T'es vraiment trop facile à avoir, toi, tu sais ? Faut apprendre à te maîtriser. »
Je n'ajoutai rien (en tout cas, rien de plus compréhensible qu'un grmblgrmbl), trop vexé et gêné. Après un petit moment passé à grignoter en silence nos chocolats – et avoir assommé contre le sol une boîte rouge qui criait « I love you ! I love you ! » en sautillant partout dès qu'on l'effleurait – j'ai de nouveau pris la parole, refusant de laisser un silence gêné nous séparer :
« Il doit trop s'amuser, Rogue, au bal, là … »
« C'est clair ! Tu crois que Dumbledore l'a encore obligé à revêtir une de ses tenues dont lui seul a le secret ? »
On s'est regardés, et le souvenir d'une certaine paire de tongs en plastique rouge a dû nous traverser l'esprit au même moment, car on a éclaté de rire tous les deux, sans pouvoir s'arrêter.
Après un moment, on s'est remis à discuter, faisant des hypothèses sur les couples qui allaient certainement se former ce soir (deux vraies nanas, je vous jure !) et c'est là que ça m'est revenu :
« Oh, Drake, tu sais quoi ? (la question stupide par excellence ! A ranger avec les autres « Dis, tu dors ? », ou « T'es chez toi, là ? » quand on appelle chez la personne) Zabini … Blaise et Lavande ! Ils sont ensemble ! »
« Ah ? Tu les as vu s'embrasser ? »
« Heu … un peu plus que ça, mais je préfère pas en parler … Y'a franchement des trucs qu'on préfère oublier, dans la vie, crois-moi … » (les jeux à poil, couvert de chocolat, très peu pour moi. Ah, vous vous aimez ça ? Et bien, chacun ses goûts. Hein ! Avec moi dans le 1er rôle ? Mais ça va pas, non !)
Là, Draco a ri, puis m'a fait : « Ce que t'es prude, Harry, c'est vraiment trop marrant. T'es vraiment pur, toi … » J'ai senti comme un regret, de la nostalgie, dans sa voix, mais très vite il a repris son ton gouailleur : « Tu me fais penser à tes amis, Weasley et Granger ! A la vitesse où ils vont, eux, même Vincent et Grégory se seront trouvés quelqu'un avant qu'ils n'aient osés ne serait-ce que se tenir la main. Ils en sont où, d'ailleurs, tes potes ? »
« Oh ben … Ron est persuadé que Hermione va se déclarer, et Mione croit dur comme fer que c'est Ron qui va faire le premier pas. »
Il a éclaté de dire : « Ah non, franchement ! Ils sont trop graves ! Et tu voudrais pas les aider un peu ? Sinon ils n'y arriveront jamais … »
J'ai haussé les épaules : « J'ai essayé je ne sais combien de fois, mais rien n'y a fait. Et puis, tu sais, j'ai pas une immense expérience dans ce domaine (ben oui, c'est pas parce qu'on plaît aux filles qu'on a forcément le mode d'emploi qui va avec). »
Là-dessus, le silence est retombé. A vrai dire, la fatigue commençait un peu à se faire ressentir, et l'endroit n'était pas non plus des plus confortables. J'aurais donné cher pour rejoindre mon lit douillet à ce moment-là, mais je pensais que c'était encore trop prématuré.
Poussant un soupir, je me résignai à passer encore un long moment ici, quand Draco m'a proposé :
« Dis Harry. Tu ne voudrais pas jouer à un jeu ? Ca nous occuperait … »
« Quel jeu ? »
« Un jeu de devinettes avec nos chocolats. On se les fait goûter à tour de rôle, et celui qui goûte doit deviner de quel chocolat il s'agit … »
« Mouais, pourquoi pas. Mais tu sais, je ne suis pas un grand spécialiste en chocolats … »
« Allez, on vient de passer la soirée à en manger. Tu les connais presque tous maintenant. »
J'hésitais un petit moment, puis finis par accepter. Après tout, ça ou autre chose pour s'occuper (Et non, vos idées d' « autre chose » pour nous occuper ne m'intéresse pas, vous, là ! Et arrêtez avec vos incantations « laid-mone », « lime-hé » et tout … Ca veut rien dire, en plus). On a alors un peu éloigné nos baguettes –toujours en mode Lumos-, pour ne pas trop voir les emballages de chocolats et tricher, et on a commencé. J'ai fermé les yeux, et Draco m'a mis un chocolat dans la bouche : celui-là, je l'ai deviné sans peine, c'était l'inimitable Lovelove Choco. Puis ça a été à mon tour de lui faire trouver un chocolat. Mais j'avais affaire à un spécialiste ès chocolats (oui, on dirait pas comme ça, mais notre glacial Prince des reptiles fond complètement pour les sucreries en tout genre). La partie était rude : Draco avait plusieurs points d'avance, mais je ne me laissais pas faire. A force de persévérance, je suis revenu au score, et ça l'a un peu énervé, je crois (on a toujours été en compétition dans certains domaines –comme le Quidditch, par exemple- et Draco n'aime pas arriver deuxième). Il m'a alors dit :
« Attention, celui-là, je suis sûr que tu ne le trouveras pas. »
Tu parles ! On avait quasiment fait le tour de tous les chocolats, ce n'était pas maintenant qu'il allait réussir à me coller. Relevant le défi, j'ai dit que j'étais prêt, et j'ai fermé les yeux et ouvert la bouche. Je l'ai entendu ôter le papier aluminium d'un des chocolats et j'ai alors commencé à lister mentalement les chocolats emballés dans ce genre de papier, quand j'ai soudainement senti quelque chose de chaud et humide sur ma bouche. Ca, c'était pas du chocolat, c'est clair … En tout cas, aucun que je ne connaissais. Après avoir pressé ses lèvres contre les miennes un moment, Draco a passé sa langue sur mes dents, que j'avais resserrées instinctivement. Il en a forcé avec douceur et persuasion le barrage, et quand j'ai rouvert la bouche, il y a glissé sa langue et l'a passée doucement sur mon palais. Il a joué un moment avec ma langue, laissant fondre à chacun de ses mouvements le carré de chocolat qu'il avait mis dans sa propre bouche. Jamais encore je n'avais goûté du chocolat de cette façon. Les sensations, le goût, la saveur, le fondant, tout était multiplié par dix, par cent … C'était enivrant, vraiment …
Annihilant mes dernières pensées, Draco a retiré sa langue un moment, m'arrachant un petit soupir (ou était-ce un gémissement ? Par Merlin, je n'étais plus moi-même à cet instant, je ne savais plus ce que je faisais), puis il a rapproché ses lèvres tout près des miennes, les effleurant à peine, et a soufflé tout doucement dans ma bouche entrouverte. De nouveau, une délicieuse saveur chocolatée m'a envahi, me faisant frissonner. C'était si bon, si délicieux, je ne voulais pas rouvrir les yeux, je voulais y goûter encore. Aucun chocolat n'avait ce goût-là, c'était le meilleur … Tendant imperceptiblement la tête vers Draco, je devais avoir l'air de quémander ma pitance. Je l'ai alors entendu rouvrir un emballage, et très vite ses lèvres se sont de nouveau pressées contre les miennes, cette fois avec plus de force, plus d'ardeur. Draco m'a attrapé la tête entre ses mains, et a appuyé son visage encore plus sur le mien. Nos bouches se sont encore entrouvertes, sa langue est venue chercher la mienne de nouveau, et une ondée de cacao m'a envahi une fois de plus. C'était délicieux, incomparable. Après un moment qui m'a paru infini, Draco a relâché la pression de ses mains sur mes cheveux, puis a écarté doucement son visage du mien. C'est à ce moment que j'ai rouvert les yeux, je crois. Collant son front contre le mien, il m'a juste fait, dans un petit sourire :
« Alors ? »
Yahou ! fut la première (et seule) réponse que je voulus lui donner. Mais je le savais joueur, et taquin. Alors je suis rentré (resté) dans le jeu et ai dit, un peu au hasard : « Heu … chocolat noir ? »
Hochement de tête négatif.
« Blanc, alors. »
Nouveau hochement de tête. Puis un sourire, de nouveau :
« Au lait, Harry. Chocolat au lait, voyons. » Comme si c'était une évidence.
Il s'est alors un peu éloigné, s'adossant de nouveau contre le bureau. Moi je suis resté là, planté comme un navet, et heureux que nos baguettes nous éclairent si peu : parce qu'avec le rouge tomate de mes joues, on aurait pu faire une soupe de légumes. Le silence est revenu, et nous sommes restés là, au calme, sans rien ajouter.
Le jeu est fini (et ne restera peut-être qu'un jeu, un peu particulier, pour un jour pas comme les autres, cette fameuse St Valentin). Mais moi, je m'en fiche, parce que j'ai un délicieux goût de chocolat dans la bouche. Du chocolat au lait, un peu amer, fondant et sucré à souhait. J'ai un goût de cacao qui envahit ma langue, se glisse dans ma gorge, titille mes papilles. Ca me plonge dans un état second, dont je voudrais ne jamais sortir. On dit que le chocolat est aphrodisiaque : je ne sais pas si c'est vrai, mais en tout cas, là, je me sens vraiment bien …
C'est vraiment possible qu'un simple goût de chocolat dans la bouche me mette dans cet état ?
oOoOoOoOoOo
Et ce qui m'a le plus réjouit, dans tout ça, quand enfin j'ai rejoint mon lit le soir –constatant au passage que Ron soupirait comme un désespéré dans son propre lit (ce qui signifie une St Valentin ratée de plus pour lui) – c'est que Rogue, avec sa malédiction sur les 15 générations à venir de ma famille, il est comme un con maintenant. Parce que, paumé comme je le suis ce soir, avec tous mes sentiments en vrac et un bilan bizarre de cette St Valentin, il est fort possible que j'aime les hommes, après tout. Alors il peut toujours courir, le Severus, pour la voir venir, ma descendance !
Cela vous a-t-il plu ? Le 3ème chapitre est en cours d'écriture, j'espère vous le publier sous peu. Alors, à très bientôt !
