Don't leave me

Il marcha lentement vers la sortie, le cœur gros, l'œil humide. Était-ce la dernière fois qu'il la voyait? Il se souvint de cette nuit, de ses remords la dernière fois qu'il l'avait quittée. Il n'avait pu s'ôter de la tête l'image de son visage couvert de sueur, de sa toux, de sa faiblesse. Il avait craint de ne plus jamais la revoir et, cette idée même l'avait anéanti. Il s'en était voulu de ne pas être resté avec elle, de pas profiter de ce peu de temps qu'il lui restait, qu'il leur restait. Il savait qu'il ressentait plus que du respect, de l'amitié pour cette femme, il savait malheureusement aussi qu'il lui restait peu de temps pour agir.

Ravalant ses larmes, son anxiété, il fit demi-tour. À pas feutrés, il avança à travers ce qu'était devenu le bureau de la présidente pour pénétrer dans ses quartiers. Il s'arrêta sur le pas de la porte. Il dut se mordre les lèvres pour se contenir. Devant lui, assise sur le bord de son lit, la Présidente Roslin était en train de se faire déshabiller. Il pouvait voir les larmes perler dans ses yeux mais ne savait si elles étaient dues à leur rencontre ou à la douleur.

« Bill, voyons, entrez, ne soyez pas timide. » Lui dit la belle rousse en lui adressant un sourire charmeur. Le jeune homme se tourna vers son ainé, surpris de le voir là, et se dépêcha de tendre une blouse à sa patronne qui se trouvait en tenue légère. « Billy, voulez-vous nous laisser, s'il vous plait? » Son assistant protesta, ne voulant la laisser à demie-nue. « Je ne crois pas être la première femme que Mr Adama voit ainsi. » Sourit-elle. « Je crois même me souvenir avoir déjà était nue en sa compagnie. » Rit-elle doucement.

Les deux hommes la regardèrent quelque peu décontenancés. Le plus âgé des deux s'avança, ne quittant jamais le regard de la présidente, s'assurant que c'était vraiment ce qu'elle désirait. « Puis-je entrer? » Parvint-il à dire d'une voix légèrement étranglée.

Elle sourit de plus belle. « Vous me demandez mon approbation, maintenant? » Le taquina-t-elle. Elle le vit rougir et regretta aussitôt ses paroles. Elle n'eut pas le temps de se reprendre que déjà il entrait dans son jeu.

« Vous n'aviez pas l'air mécontente. »

« Je ne l'étais pas. » Confirma-t-elle, arborant un air de plus en plus malicieux. Elle se tourna vers le jeune homme toujours présent et l'invita à quitter les lieux.

Une fois l'assistant parti, il prit place sur le lit, à ses côtés. Après quelques instants d'un silence pensant, il se décida à parler. « Que puis-je faire? »

Elle lui prit la main et la serra aussi fort qu'elle put. « Être là. Rester. » Elle n'essayait même plus de masquer sa détresse, son angoisse. Elle était épuisée, physiquement, moralement. Elle avait besoin de se reposer sur quelqu'un de solide, elle avait besoin d'une épaule sur laquelle pleurer. Elle avait besoin de croire qu'elle ne serait pas seule le moment venu.

Il ne savait comment réagir face à cette fragilité si inhabituelle. Il pensa la prendre dans ses bras mais n'était pas sur que ce soit ce qu'elle voulait. Il croisa son regard, il pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert. Il se rapprocha doucement d'elle, jusqu'à ce que leurs deux corps se touchent, bras contre bras, jambe contre jambe. Alors, il se tourna vers elle, pas trop vite, lui laissant anticiper chacun de ses mouvements. Il repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille et en profita pour caresser sa joue, l'attirer à lui. L'embrasser. Avec douceur et tendresse, il lui fit comprendre que désormais elle n'était plus seule. Quand il se recula, elle vint se nicher dans ses bras, visage enfoui dans le creux de son cou. Il caressa son dos, traçant de petits cercles, lui laissant le temps de se ressaisir.

« Pouvez-vous m'aider? » Demanda-t-elle timidement, après un petit moment. Il se leva et attendit les instructions. Elle était toujours en jupe et soutien-gorge, dans la même tenue que lorsqu'il était arrivé. Il la vit défaire le zip de son tailleur, lui tendre une main. Il l'aida à se mettre sur pieds et le bout de tissu tomba immédiatement au sol. Il ne dit rien, notant seulement les changements qu'avait pu connaître son corps en si peu de temps. Elle était si mince, presque maigre. Il s'agenouilla devant elle et retira ses bas, ses chaussures. Il n'hésita pas à caresser ses longues jambes. Ces mêmes jambes qu'il ne pouvait quitter des yeux à chaque fois qu'elle portait une jupe. Il déposa un baiser sur l'un de ses genoux et se releva. Elle lui souriait toujours, rougissant légèrement. Avait-elle vu le trouble qu'elle faisait naitre en lui? Il ne se posa pas plus de questions et vint s'asseoir dans son dos. « Vous avez froid? » murmura-t-il à son oreille.

Elle était gelée mais elle ne voulait pas qu'il arrête de la caresser, elle voulait savoir ce qu'il lui réservait. « Non. » affirma-t-elle.

Il saisit ses cheveux d'une main et les poussa par dessus l'une de ses épaules. De ses doigts, il redessina les traits fins de sa nuque, avant d'y déposer ses lèvres. Il l'embrassa longuement, parcourant chaque millimètre de cette peau si douce, se fiant à ses soupirs, revenant parfois en arrière, insistant longuement à l'orée de son cou. De ses mains, il caressait ses hanches, son ventre, son dos. Quand il la sentit prête, il dégrafa son soutien-gorge et le fit glisser le long de ses bras. Il attrapa alors la blouse préparée par Billy et la lui tendit. Elle enfila les manches, il l'aida à passer la tête, à la faire descendre le long de son buste. Il revint devant elle et l'aida à se lever. La chemise de nuit ne lui arrivait qu'à mi-cuisse, laissant l'amiral rêveur. Il réussit tout de même à se concentrer et la guida jusqu'au lit. Il la regarda avec amusement se laisser choir contre une montagne d'oreiller et vint s'asseoir tout près d'elle.

Il commença par caresser son visage, puis par se pencher pour embrasser son front, l'arrête de son nez, puis... Puis ses lèvres. D'un baiser qu'il voulait tendre et chaste, la présidente le rendit passionné et torride. Il se perdit dans ces sensations nouvelles qu'elle lui offrait et ne remarqua qu'elle avait déboutonné sa veste que lorsqu'elle tomba au sol. Elle glissa alors ses mains fines sous son marcel, caressant son ventre, remontant le long de son corps, entrainant le tissu avec elle. Quand il se retrouva torse nu, il se recula légèrement. « Un regain d'énergie? » Rit-il.

« Mes mains ont toujours très bien fonctionné. » Répondit-elle sur le même ton. Elle se redressa sur un coude et vint à sa rencontre, scellant de nouveau leurs bouches. Cette fois-ci, elle se montra plus douce, effleurant ses lèvres du bout de sa langue, les suçotant, les mordillant, soupirant entre chaque mouvement. Elle se laissa complètement aller, ne pensant plus à rien, seulement au plaisir qu'il lui était donné de savourer. Un léger grognement de frustration se fit entendre alors que les lèvres de l'amiral quittaient celles de la présidente. Mécontentement vite oublié quand il entreprit d'embrasser le cou de la belle. Elle se montra elle aussi participative et défit la boucle de son pantalon.

Il se recula brusquement. « Que faites-vous? »

Se saisissant de ses lèvres. « Un Scrabble. » Elle le sentit se tendre. « Vous ne... » Elle n'osait plus le regarder.

« Bien-sur que si! » Il l'embrassa. Croisant son regard, il prit à cœur de la rassurer. « Ne vous inquiétez pas, vous n'aviez rien perdu de votre charme. Bien au contraire. »

« Mais... » Elle ne pouvait détourner son regard du sien, blessée, déçue, quelque par humiliée de s'être autant dévoilée à lui.

« Vous êtes malade. »

Elle comprit ce qu'il voulait dire et se sentit immédiatement rassurée. Elle prit de nouveau ses lèvres d'assaut, voulant chasser ses doutes. « Raison de plus. »

« Je risquerais de vous faire mal. »

« Ça ne me tuera pas. » Ces derniers mots refroidirent l'ambiance. Elle se mordit quelques instants les lèvres, cherchant à réparer sa bêtise avant qu'il ne soit trop tard. « Je veux juste ... »

« Je sais. » La coupa-t-il. Il se releva, se tourna. Le cœur de la présidente manqua s'arrêter mais repartit de plus belle quand elle vit le pantalon de l'amiral rejoindre le sol. « Vous me faites un peu de place? »

Elle se déplaça difficilement dans le lit, lui permettant tout de même de venir la rejoindre. Il se tourna sur le côté, lui faisant face et recommença à l'embrasser. Il ne pouvait plus se passer de ses lèvres fines. Sans trop savoir comment, il se retrouva rapidement au dessus d'elle. Il avait alors tout loisir pour la caresser, l'embrasser. L'aimer.

Il la sentit rire contre ses lèvres. « Je croyais que vous ne vouliez pas... » S'amusa-t-elle en passant une main entre leur deux corps.

Il chassa sa main et appuya un peu plus son bassin contre le sien, lui faisant comprendre à quel point il la désirait. « Que puis-je dire pour ma défense, Mme la présidente? » il prit appui sur un coude, caressant son visage de l'autre. « Vous êtes une très, très belle femme. Une femme merveilleuse, pleine de vie, d'humour, d'humanité... »

Elle détourna le regard, émue. Elle cligna des yeux, essayant de chasser les larmes qui menaçaient d'inonder ses joues. Quand elle lui refit face, elle caressa avec tendresse sa joue. « Merci. » Murmura-t-elle. Elle rassembla son courage et fixa son regard au sien. « Je... enfin.. Vous... »

Il posa un doigt sur ses lèvres. « Chut... Je sais. » Il posa délicatement ses lèvres sur les siennes avant de rouler sur le côté, l'entrainant avec lui.

La tête sur son épaule, elle caressait son torse. Plusieurs fois elle passa ses doigts fins sur la peau fine de sa cicatrice. Il savait qu'elle avait quelque chose en tête mais ne la brusqua pas. « Qu'avez-vous ressenti quand... »

« Quand je me suis fait tiré dessus? » Il savait où elle voulait en venir. Il la sentit hocher la tête et continua. « Ça a été très vite. Je me souviens de la douleur quand la balle m'a percuté puis des flashs. »

« Des flashs? » Répéta-t-elle.

« J'ai vu... J'ai vu comme des images défiler devant moi. » Il la sentit bouger dans ses bras, tourner la tête avant de mieux le voir. « J'ai vu mes fils, bébés d'abord, puis un peu plus grand. J'ai revu mon ex-femme, l'enterrement de Zach. Plusieurs choses... » Il se tut un instant, ne sachant s'il devait continuer. « Je vous ai vue. » Elle se redressa afin de mieux l'observer. « Je vous ai vue arriver sur le Galactica, le jour de l'attaque. Et... Et j'ai senti l'odeur de vos cheveux, je me suis revu danser avec vous. C'était... intense. »

Elle ne pouvait plus cacher ses émotions. « Vous m'avez vue? Moi? »

« Oui, vous. » Il resserra sa prise autour de ses épaules. « Dès que je vous ai vue, j'ai su que vous alliez changer ma vie. Je n'avais pas tord. » Il savait à quel point il lui était difficile d'entendre ce genre de choses dans son état. Il remonta légèrement sa chemise de nuit et caressa son abdomen. Quand il sentit la fine cicatrice sous ses doigts, il lui demanda. « Et vous, que vous est-il arrivé? » Elle s'effondra en larmes. Il ne savait si c'était ce qu'il avait dit précédemment, ou si c'était des souvenirs enfouis mais il la serra fort contre lui, voulant la rassurer, l'apaiser. Les sanglots s'estompèrent rapidement et l'épuisement reprit le dessus. La présidente s'était endormie. Il étira son bras tant qu'il put, ne voulant pas réveiller la belle. « Galactica, ici le commandant Adama, passez-moi le colonel Tigh... »

Une douleur intense à l'épaule et l'odeur du café tirèrent l'amiral Adama de son sommeil. Il ouvrit un œil, puis l'autre. Il n'était pas dans son lit, il n'était pas dans ses quartiers. L'odeur, ce corps chaud contre le sien. La mémoire lui revint. Il caressa les longs cheveux de la femme endormie dans ses bras, embrassa le sommet de son crane. Il se sentait étrangement bien, reposé malgré les courbatures.

« Mr Adama, excusez-moi, je ne voulais pas vous réveiller. » Il leva légèrement la tête et vit Billy à l'autre bout de la pièce.

Il n'eut pas le temps de répondre que Laura s'éveillait. Elle remua légèrement avant de l'embrasser dans le cou, sur l'épaule. Se relevant sur un coude, elle lui sourit avec tendresse. « Bonjour, vous. » Quelques baisers plus tard, elle se rallongeait.

« Vous avez bien dormi? » Demanda son compagnon de lit.

« Merveilleusement bien. » Elle remua légèrement pour lui faire face. « Je ne sais pas ce que vous m'avez fait, amiral, mais j'ai l'impression d'avoir à nouveau 50ans. » Ils échangèrent quelques rires et de nouveau quelques baisers. La rousse se trouva rapidement à califourchon sur son officier.

« Méfiez-vous Laura, il risquerait de vous arriver des choses. » Entre caresses et baisers, il en avait oublié jusqu'à la présence de Billy. D'un mouvement vif, il la fit rouler et se retrouva au dessus d'elle. Il en profita pour appuyer son pubis contre le sien, faisant sortir de sa gorge une longue plainte rauque.

Il sentit ses petites mains glisser dans son caleçon, caresser ses fesses, avancer de plus en plus vers l'avant. « Pas de blague, Amiral. » Taquina-t-elle alors qu'il fondait sur ses lèvres.

« Hum ... » Le couple se sépara brusquement, dans un sursaut. « Je ne voudrais pas vous déranger mais, Mme la Présidente, il est 7h30. Vous avez rendez-vous avec le vice-président Baltar à 8h pour planifier votre succession puis, à 10h, avec le Corum des douzes. » Il s'était approché de la couchette et remarqua à ce moment l'intense proximité de ses supérieurs. Gêné, il se tourna. « Mme, Mr, le déjeuner est servi. Avez-vous besoin de moi? »

« Merci Billy. » Elle était heureuse, enfin, aimée à sa juste valeur. Le sourire aux lèvres, il quitta la suite. Du couloir étant, il pouvait percevoir les rires du couple. « Qu'allons-vous faire? » Demanda Laura, entre deux éclats de rire.

« Déjeuner. »

Après l'avoir aidé à se doucher, à s'habiller, il la fit asseoir dans un des moelleux fauteuils de son bureau. Adossée au mur, les jambes sur le fauteuil voisin, les pieds sur les cuisses de l'amiral, ils prenaient leur petit-déjeuner. Dans le silence, chacun plongé dans ses pensées. L'interlude avait été de courte durée, la réalité les rattrapait. Il allait falloir repartir travailler. Il allait falloir se battre, toujours se battre, contre les cylons, contre le cancer.

Deux coups à la porte et le jeune assistant entra. Il sourit face à la complicité du couple. L'amiral lui fit un signe de tête et se leva. Il se pencha sur Laura, l'embrassa et commença à quitter les lieux.

« Amiral. » Il se retourna. Elle était debout, mal assurée sur ses deux pieds mais debout. Il revint vers elle juste à temps pour qu'elle tombe dans ses bras. « Bill, je... » Les mots en soi n'étaient pas si dur à prononcer, ce qu'ils entrainaient était plus difficile à gérer. Elle savait son comportement égoïste. Elle était à l'orée de la mort et s'engageait dans une relation sentimentale. Elle allait mourir, le laisser seul. Elle ne pouvait dire ces trois petits mots, elle avait trop peur qu'il n'en souffre par la suite. Elle se hissa sur la pointe des pieds et l'embrassa. « Merci. » Elle ne pouvait dire que cela.