Le solitaires de Noël – Suite

J'emmenais Chris de gré ou de force - plutôt de force - dans le canapé, l'y allongeant pour le dominer de tout mon corps. Il ouvrit la bouche pour protester mais se ravisa en voyant mon regard. Ce qui lui valut un nouveau sourire en coin. J'adore ses réactions. Je ne sais pas comment j'ai réussi à m'en passer si longtemps. Qu'on ne vienne pas me dire que je ne suis pas quelqu'un de patient...

Patient. C'était bien le mot. Je l'avais été beaucoup trop longtemps. Au-delà du supportable pour un humain ordinaire. Il sursauta un peu quand je tirais sur sa chemise au point d'en faire sauter les boutons.

« - Toujours aussi délicat, à ce que je vois. »

Râla-t-il, plus pour la forme qu'autre chose. Il savait que ce genre de remarque me faisait sourire et m'incitait à continuer. C'est dans ce genre de moment que j'ai l'impression qu'on se connaît depuis toujours alors qu'à y regarder de plus près... On n'a pas passé tant de temps que ça ensemble. Mes mains passe doucement sous le haut qu'il lui reste, avec sensualité, je me délecte de ce moment. Il est comme un met exceptionnel qu'on prend le temps de savouré. Lentement. Sans se presser. J'ai attendu des années, je ne suis plus à quelques minutes prés. Je relève mon regard vers lui avant de reprendre possession de ses lèvres. Langoureusement. Ses lèvres. Ses yeux. Son odeur. Tout est là et ne me rappelle que trop bien d'anciens souvenirs que je n'ai cessé de ressasser. Chaque soir de pleine lune, après avoir dépassé la haine que je ressens pour lui et sa famille – surtout sa famille -, je me souviens...

Son entré dans les couloirs du lycée de Beacon Hills. Sa démarche peu assuré du petit nouveau en ville qui peine à regarder les gens autour de lui. Il voulait se faire discret. Pas de chance pour lui que son regard ait rencontré le mien à ce moment-là. Je m'en souviens vraiment comme si c'était hier. À la seconde même où nos regards se sont croisé, il a fixé le sol comme si c'était soudainement la chose la plus intéressante du monde avant de se mettre à chercher le casier qu'on lui avait attribué. J'avais ris. J'avais même ris franchement. C'était mignon. À cette époque, j'étais déjà assez populaire, du genre assez ouvert et sociable, je faisais partis du haut du panier comme on dit, et je ne ratais pas une occasion de le faire remarquer.

Quand il ferma enfin son casier, il se tendit, voir se figea presque sur place en voyant mon magnifique sourire s'afficher – alors que je m'étais caché discrètement derrière la porte de son casier, oui, surprendre les gens, ça doit être un truc de famille-.

« - Peter Hale, terminal. »

Me présentais-je tout en lui tendant la main de façon tout à fait naturel. Il me regarda, regarda ma main, et à nouveau ma main, semblant un peu nerveux et hésitant. Mais il finit par la serrer avec un peu plus d'assurance.

« - Chris Argent, seconde. »

En seconde... Je comprenais un peu pourquoi il avait l'air si peu sûr de lui, il était encore jeune. Au point que si je l'aurais mangé, il aurais fondu sous mes crocs. Bien sûr que j'y ai pensé. Mais comme je l'ai dis, c'est une délicieuse gourmandise qu'on prend le temps de déguster. Je lui ai proposé tout naturellement de lui faire visiter le lycée, tout en saluant les autres personnes qui se trouvaient sur notre chemin. Je discutais avec lui comme si je le connaissais depuis des années, c'était quelqu'un d'étonnement honnête et droit sans pour autant être totalement niais. Je n'avais pas ce genre de personne dans mon entourage et ça m'intéressait. Chaque jours qui passaient, je me rapprochais de lui, peut-être un peu trop.

Il faut bien avouer qu'à un moment donné, simplement discuter avec lui ne me suffisait plus. Et puis, je me suis toujours fichu d'à quel sexe pouvait appartenir mes partenaires. Ils n'étaient que des proies, rien de plus. Mais c'était plus, avec lui. C'était différent. Il était unique. Il n'avait rien à voir – et surtout rien à faire – avec quelqu'un de manipulateur comme moi. Il ne savait pas que j'étais ainsi, d'ailleurs. Personne ne le savait, je le cachais très bien. J'avais toujours été un maître en la matière, il faut dire. Je me souviens aussi très bien, de cette soirée où il pleuvait horriblement fort et où nous avions été obligé de nous réfugier sous un porche, trempé jusqu'aux os. Je devais sentir le chien mouillée et franchement, cette sensation était déplaisante. La seule satisfaction que j'avais à ce moment-là, c'était d'être avec Chris. Et le voir, trempé au point qu'on puisse voir à travers ses vêtements, m'a fait sourire. Je n'ai pas réfléchis comme je le fais chaque fois, je n'ai pas gardé mon calme, j'ai simplement agis. Caressant sa joue, j'observais son regard incertain, mais il ne me repoussa pas. J'ai alors lié ses lèvres aux miennes. Son cœur battait alors si fort que je me suis demandé s'il n'allait pas faire une crise cardiaque. C'était un baiser tendre et passionné. Bien différents des autres. Notre premier baiser.

Comme c'est romantique, n'est-ce pas ? Évidemment, à ce moment-là, j'étais tellement bien que je ne voyais même pas le mur qui se profilait à l'horizon et contre lequel j'allais m'écraser. Non. Lancé à 100km/h sur une route, une voiture ne gagne pas contre un mur, à moins de freiner avant ou de le contourner. Si seulement j'avais pu. Si j'avais su. Cette histoire m'a au moins fait prendre conscience que je n'étais pas si infaillible que ça. Seulement... Comment aurais-je pu savoir qu'il était d'une famille de chasseur ? C'était d'ailleurs consternant que ma famille ne sache même pas qu'une famille de chasseur avait emménagé en ville. On était plutôt discret mais d'autres loup-garous faisaient du grabuge dans les environs, et ça, ce n'était pas bon. On savait qu'on n'allait pas devoir tarder à quitter la région. C'est vrai que son nom de famille aurait dû me mettre la puce à l'oreille... Encore aujourd'hui, je me demande comment j'ai fais pour être aussi aveugle.

Quelques temps plus tard, il arriva dans ce même couloir l'habitude de l'attendre, à la seconde même où je le saluais et qu'il évita mon regard, j'ai su que quelque chose n'allait pas. Je fronçais les sourcils alors qu'il m'emmenait dans un endroit plus tranquille pour discuter, je m'attendais presque à une de ces fameuse disputes de couple que je n'ai jamais connus. J'aurais préféré.

« - Peter... J'ai toujours su que tu me cachais quelque chose. » Fit-il tout en s'éloignant un peu de moi. J'arquais un sourcil, je n'aimais pas du tout cette entrée en la matière.

« - Pardon ?

- Depuis le début, je savais que tu me cachais quelque chose, pas seulement ta nature fourbe... »

J'étais perplexe face à cette discussion. Chris me connaissait donc à ce point ? Et cette autre chose... De quoi peut-il bien parlé ?

« - Soit plus clair, je n'aime pas quand tu tournes autour du pot.

- J'ai appris très récemment, que je faisais partis d'une famille de chasseur... »

Là, j'ai tout de suite compris de quoi il parlait, mais j'essayais de paraître le plus calme et imperturbable possible. Attendant simplement la suite, comme si le mot chasseur n'évoquait rien de spécial pour moi.

« - Ils ont des dossiers sur ta famille. Ils n'attendent qu'un faux pas, pour... »

Il se stoppe net en me regardant enfin en face, mon regard en ce moment doit franchement faire peur. Je ne sais pas comment il résiste pour ne pas s'enfuir.

« - Où veux-tu en venir ? Pourquoi tu me dis tout ça ? »

Ma voix était devenu grave et menaçante. Je n'étais plus le presque gentil Peter que je me suis efforcé d'être jusque-là. Plus que le fait d'être un chasseur, je savais à peu prés ce qui allait suivre et je sentais cette colère monter. Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas ressenti ça. J'étais tellement bien ces derniers jours et voilà... Le mur.

« - Parce que je me suis toujours efforcé d'être honnête avec toi, et que je ne peux pas avoir une quelconque relation avec un...

- Loup-garou ?

- … Monstre. » Trancha-t-il alors que je lui tendais une perche.

La colère se faisait assourdissante en moi. Je voyais rouge, on peut le dire. Je contractais la mâchoire, essayant de me contrôler, de garder mon sang-froid. En vain, cette fois. Il avait été trop loin.

« - Un monstre ? Vraiment ? »

J'appuyais bien mes propos, ne lui laissant pourtant pas le temps de répondre alors que je l'empoignais pour le faire voler contre le mur avec fracas. Je laisse alors les crocs s'allonger et lui montre ma forme de loup-garou avant de pousser un hurlement de colère.

« - Le voilà, ton monstre, Chris. N'oublie pas. N'oublie jamais. Que je te ferais regretter tes paroles. »

Sur ces paroles, j'ai repris contenance et je suis parti. Avant de le tuer de mes propres mains. Il aurait dû me tuer au lieu d'être honnête, il aurait dû... Tellement de fois... Mais n'a jamais pu... Il m'a laissé avec mes regrets, ma colère, ma vengeance. Cet espèce d'amour nostalgique que je maudis certains jours et dont je me languis les autres jours.

Nous avons quitté la ville ce soir-là. On ne s'est revus que des années plus tard.