Salut à tous (et bon week-end, en passant)!

Voici donc le deuxième chapitre de cette fanfiction totalement irréaliste! D'avance, permettez-moi de présenter mes excuses aux fans du Rhadamanthe macho et imperturbable qu'on a l'habitude de voir par ici, car votre cher juge en verra, entre autres, de toutes les couleurs!

Sinon, quelques petits détails avant de commencer :

-Ce chapitre (enfin, surtout celui qui suivra) risque de faire apparaître certains personnages assez OOC. Ne soyez donc pas trop surpris.

-1000 fois merci à ma très chère Leyounette qui a eu la gentillesse de corriger mes horribles fautes! (Allez lire ses fics, ce sont de vraies merveilles!)

-Et enfin, d'immenses remerciements à toutes les personnes qui ont eu la gentillesse de me laisser des reviews : Briseis31 (je suis très heureuse que ce premier chapitre t'ai fait rire, j'espère que ce sera aussi le cas de celui-ci!), Gemini no Vanou (Merci d'avoir lu mes "Saints Tales", en espérant que la suite de cette fic te plaira également), Ashérit, Camus scorpio (j'avais peur que ma façon d'imaginer le comportement d'Hadès et de Rhadamanthe puisse déplaire, mais je suis ravie que tu ais trouvé cela à ton goût! Si tu aimes le MiloxCamus, tant mieux, car je prévoyais d'inclure ce couple dans cette histoire! Encore merci pour ta review) et alia62! Vos reviews m'ont vraiment fait chaud au coeur, mille merci à vous!

Ceci étant dit, je vous souhaite à tou(te)s une bonne lecture!


Chapter 2 : The Stage is Set :

Ce qu'il lui suffisait de faire, c'était ramener une ordure de la pire espèce auprès de son Maître... Et chance pour lui, il connaissait justement la personne idéale pour ce rôle!

Malheureusement pour pour le juge Rhadamanthe, même si identifier la personne sur mesure avait été en soit une tâche aisée, la convaincre d'accepter sa proposition s'annonçait déjà beaucoup plus compliqué...

A vrai dire, tout allait se jouer en deux étapes. Étape n°1 : la trouver.

Pour être honnête, l'action en elle-même n'avait rien de bien complexe. Se rendre au bon endroit avait d'ailleurs été enfantin... Néanmoins, il fallait bien reconnaître qu'un Spectre d'Hadès en visite au Sanctuaire Sacré, domaine d'Athéna, faisait quelque peu mauvais genre.

Alors oui, en effet, c'était bien facile de rappeler qu'un traité de paix avait été signé par les deux divinités, que toutes les «petites animosités» vieilles de plusieurs millénaires avaient été oubliées et que tous les chevaliers, peu importe leur alignement, étaient invités à faire ami-ami entre eux, il n'empêchait que jusqu'à présent, tous étaient tombés d'accord pour se dire que tant que chacun restait chez soit, la Terre pourrait continuer de tourner et tout le monde serait content.

Ce fut donc sans surprise qu'il reçut un accueil qui ne pouvait être vraiment qualifié de chaleureux (à moins que les regards haineux des gardes soient leur façon de lui souhaiter la bienvenue, ce qui n'était pas exclure) lorsqu'il arriva devant l'immense escalier reliant entre elles les douze Maisons du Zodiaque. Cependant, personne n'essaya de l'arrêter lorsqu'il commença à grimper les marches (cela ne les enchantait guère, mais un accident diplomatique, c'était vite arrivé...) conduisant jusqu'à la Maison du Bélier, en se faisant la réflexion qu'un ascenseur ne serait pas du luxe.

Finalement arrivé devant le premier obstacle, Rhadamanthe, tout en se demandant comment il était humainement possible de vivre au quotidien dans de telles bâtisses, tomba nez à nez avec Mû du Bélier, qui n'eut cependant l'air ni surpris, ni outré lorsqu'il se présenta sur le seuil de sa demeure. Le regard de jade resta tranquille et serein, et il inclina légèrement la tête devant lui en signe de salutations. Si bien que le terrible juge des Enfers, touché sans se l'avouer par l'indulgence du gardien, se sentit forcé de présenter quelques excuses au chevalier de la Première Maison pour lui avoir «explosé la gueule» la dernière fois qu'ils s'étaient vus : le Tibétain n'avait pas répondu, mais lui avait offert un sourire si aimable que le Juge sut aussitôt que tous ses torts, aussi infects furent-ils, lui étaient pardonnés.

La traversée de la Maison du Bélier se passa donc sans encombre, le seul soucis notable incarné par un gamin à la tignasse rousse qui poussa un cri de terreur en l'apercevant pour finalement courir se réfugier auprès du chevalier aux cheveux parme en hurlant «Maître Mû! Le Sanctuaire est attaqué!».

Quelques marches plus haut, il parvint au vestibule de la Maison du Taureau, dont le gardien l'accueillit sans la moindre surprise et presque à bras ouverts, lui parlant comme s'il était un ami de longue date et allant même jusqu'à lui donner une tape amicale sur l'épaule (qui faillit la lui déboîter). Et même lorsque Rhadamanthe reprit sa route sans pour autant avoir décroché le moindre mot, Aldebaran lui affirma qu'il pouvait revenir quand il voulait et qu'il serait toujours le bienvenu entre ces murs.

C'était là une sensation bien étrange pour le spectre qui passait depuis plusieurs millénaires le plus clair de son temps à envoyer les âmes dans le tourment éternel, sans jamais tenir compte de leurs supplications. Se voir aussi soudainement traité avec autant d'indulgence et de gentillesse... ces échanges avaient presque quelque chose d'improbable à ses yeux, qu'il croyait pourtant fatigués et blasés par l'existence même.

...Mais ceci étant dit, il doutait très sincèrement que le même genre d'accueil lui serait réservé une fois arrivé à destination. Destination que, justement, il commençait déjà à distinguer au loin et devant laquelle il se retrouva bien vite... Un peu trop vite à son goût, se fit-il la réflexion devant les colonnes de pierre peu accueillantes et l'aura menaçante qui en ressortait : la légendaire Maison des Gémeaux.

«Nous y voilà» songea-t-il simplement en soupirant et en reprenant son souffle (Pour sa défense, il défiait quiconque de s'envoyer six mille marches du Sanctuaire avec une température extérieure largement supérieure à trente degrés). Néanmoins, il ne se sentait absolument pas pressé d'y pénétrer, et préféra attendre que le Gardien de la troisième Maison lui-même vienne se présenter à lui... Ce qui ne tarda pas à arriver.

Une imposante silhouette, vêtue d'une longue toge noire, se dessina hors des murs. Et un homme d'une beauté presque irréelle s'avança vers lui, ses cheveux d'un bleu hypnotisant volant derrière lui, et son regard fixé sur le spectre d'un air hautain.

Rhadamanthe l'observa un long moment, s'efforçant de maintenir son soulagement modéré. Tâche ardue. Car la personne qui pouvait le sauver était bel et bien là, sous ses yeux, l'air plus accessible que jamais. Une pensée qu'il n'aurait jamais songé devoir un jour envisager... Et pourtant, il l'avait enfin retrouvé, le seul homme au Monde à avoir su lui résister. Et lui offrir le plus combat de son existence.

Et se présentait alors à lui la pénible, mais incontournable étape n°2... le convaincre.

-Kanon des Gémeaux, énonça-t-il donc simplement, craignant que la moindre parole superflue ne suffise à éveiller la colère ou le désintérêt du Maître des lieux, réduisant de ce fait tout son projet à néant.

Dans l'absolu, la démarche avait le mérite d'être réfléchie... pourtant, il ne se rendit même pas compte de la terrible erreur qu'il avait commis avec cette simple salutation. Mais il sut aussitôt sa tentative vouée à l'échec lorsque les sourcils de son vis-à-vis se froncèrent distinctement, et que cette voix qu'il ne connaissait que trop bien raisonna jusqu'à lui, lui assénant cette réplique glaciale :

-Je crains qu'il n'y ai erreur sur la personne, Spectre... Vous vous adressez actuellement à Saga des Gémeaux.

Premier contact manqué.

L'aîné des jumeaux maudits, apparemment satisfait par la mine décomposée du juge contre lequel il maintenait encore un semblant de rancœur, se tourna alors vers le vestibule du temple d'un air digne et s'exclama :

-Je pense que c'est pour toi.

Sur quoi il s'écarta lentement de l'entrée, pour laisser apparaître entre les colonnes la silhouette de son double.

Et un deuxième homme en tout point similaire à son interlocuteur, à l'apparence tout aussi envoûtante malgré la vieille tunique d'entrainement qui lui servait de vêtements, fit quelques pas vers lui d'une démarche beaucoup plus naturelle... et se figea sur les dalles de l'entrée lorsque ses yeux rencontrèrent les siens.

Kanon.

Pour poser à son tour un regard dédaigneux sur le Spectre en marmonnant :

-... Mais qu'est-ce que tu fous là, toi?

Deuxième contact catastrophique.

Ça commençait bien...

XxXxXxX

Lorsque Rhadamanthe avait annoncé aux deux gardiens, se maudissant d'avoir oublié la petite originalité du troisième signe, qu'il devait à tout prix parler au cadet des Gémeaux, deux paires d'yeux étonnés s'étaient aussitôt posées sur lui, mais il fut malgré tout autorisé à pénétrer dans l'ancien labyrinthe du Sanctuaire.

Ce fut donc assis à même le sol devant une table basse tellement abîmée qu'elle semblait menacer de s'écrouler à tout moment sous le poids des trois tasses fêlées posées dessus (le confort maximum du Sanctuaire, nota-t-il dans un coin de sa tête) que le juge des Enfers expliqua aux jumeaux la raison de sa venue, l'urgence de sa situation et ce qu'il attendait de Kanon, le tout en précisant qu'il était prêt à le rémunérer généreusement s'il acceptait de lui prêter main forte dans son entreprise. Ce qui, à la réflexion, n'avait pas été la façon la plus intelligente de présenter les choses.

Car comme il s'y était malheureusement attendu, la réaction du chevalier reconverti face à la proposition fort peu charitable ne fut guère enthousiaste. A savoir :

-Tu me prends pour une pute?

Rhadamanthe s'efforça de ne pas laisser paraître son agacement face à la réputée délicatesse naturelle du Dragon des Mers (ex). Ce qui ne l'empêcha pas d'essayer tout de même de rattraper le coup, tant bien que mal, en ignorant les regards outrés que lui lançaient l'aîné des Gémeaux depuis le début de leur conversation :

-Non. Ce que je te demande, c'est de te faire passer pour mon amant, l'espace d'une soirée, contre rémunération.

-Ah mais en effet, ça n'a rien à voir, ironisa le cadet en se levant. Navré que tu te sois déplacé pour rien. Mais ne t'inquiète pas, je suis sûr qu'un tas de filles des banlieues d'Athènes accepteront de prendre ma place pour un prix de location autrement plus raisonnable.

-Tu n'as pas l'air de comprendre : c'est de TOI dont j'ai besoin, répondit Rhadamanthe en se concentrant pour ne pas perdre son calme.

Peut-être s'était-il montré plus convaincant. Ou peut-être avait-il su trouver les mots qu'il fallait pour atteindre l'impétueux guerrier. Mais pendant un instant, un très bref instant, le juge eut l'impression qu'il avait réussi à capter l'attention de l'ex-Général, une ébauche d'intérêt animant les traits de son visage. Pourtant, bien vite, les yeux turquoise reprirent un air profondément blasé et leur propriétaire demanda, désabusé :

-Comment ça?

-Il faut que je trouve une personne capable de dégoûter mon Maître au point de le faire renoncer à son projet. Si je lui présente quelqu'un de suffisamment ignoble, il gardera pour lui ses histoires d'union et j'aurais de nouveau un mode de vie acceptable. Or, tu es certainement la personne la plus méprisable qu'il m'ai été donné de rencontrer, donc...

Le coup était parti si vite que Rhadamanthe n'eut guère le temps de finir son argumentation, ni même de réagir. Saga des Gémeaux, à une vitesse hallucinante même pour un Spectre d'Hadès, s'était retrouvé à ses côtés, une de ses mains lui enserrant dangereusement la gorge, menaçant à tout moment de l'étrangler ou de lui briser les os :

-Je me moque des «accidents diplomatiques», Spectre. Alors avise-toi d'insulter encore une fois mon frère et dis adieu à tes prochaines réincarnations...

-Amusant..., lui rétorqua aussitôt le juge qui détestait les menaces lorsqu'il n'était pas celui à les proférer. A en juger les rumeurs, vu ce que vous avez vous-même fait subir à votre famille, vous n'êtes pas vraiment le mieux placé pour me donner des conseils...

Il sembla alors à Rhadamanthe qu'il avait fait, de nouveau, une grave erreur : et pour cause, les cheveux de l'aîné des Gémeaux lui semblèrent légèrement plus ternes, prenant sensiblement une teinte grisâtre, et ses yeux reflétant un étrange éclat, comme s'ils se coloraient progressivement de rouge.

-Saga, je te préviens : si j'aperçois un seul cheveux gris, frère ou pas, tu te prends mon poing dans la gueule!

Le spectre ignorait s'il devait sa survie au son de la voix de Kanon ou bien à l'assurance de ses paroles, mais son frère stoppa net ses gestes, reprit ses couleurs habituelles et eut un mouvement de recul, profondément troublé, peinant presque à reprendre pied avec la réalité.

Kanon, quant à lui, retourna s'asseoir en face de Rhadamanthe et jeta un regard autoritaire sur les deux hommes qui lui faisaient face :

-J'aimerais qu'à l'avenir, vous évitiez de m'inclure dans vos engueulades. Compris?

-...

-Bien. Et si on reparlait un peu de cette proposition, maintenant?

Ce fut au tour du Spectre de se troubler : ne venait-il pas de l'insulter, de remettre en cause la sincérité de son repentir, de réveiller le démon qui habitait manifestement toujours son frère? Et pourtant, Kanon des Gémeaux n'avait l'air ni vexé, ni même en colère. Lueur d'espoir dans les yeux du Britannique.

-Alors, tu accepterais?

-J'ai pas encore dit oui, rectifia l'ex-Dragon des Mers. Mais si je pouvais avoir quelques précisions...

-Kanon! s'interposa Saga, Tu n'as quand même pas l'intention de te plier à ses exigences ridicules?

L'interpellé ne lui adressa pas plus d'attention qu'un signe de tête, lui demandant silencieusement de lui faire confiance, ou bien de se taire. Rhadamanthe n'en était pas certain. Après quoi il rapporta péniblement son attention sur le juge :

-Alors?

-Une soirée, répéta donc Rhadamanthe. Tout ce que je te demande, c'est de passer une soirée aux Enfers avec moi.

-...Mais ce que je ne comprends pas, c'est la raison de tout ça! T'as pas un copain qui pourrait faire ça à ma place?

-Tu ne m'as pas écouté, n'est-ce pas? Je t'ai dit qu'il me fallait amener la pire personne imaginable à cette soirée.

-...Pour dégoûter Hadès, c'est ça? Demanda le cadet.

-Tout à fait.

-Au lieu de lui faire clairement comprendre que tu veux rester célibataire? Interrogea l'aîné.

-Exactement.

S'en suivit un silence consterné.

Les Gémeaux fixèrent un instant le juge d'un air parfaitement ahuri, puis échangèrent un bref regard. Et ne pouvant visiblement plus se contenir, ils éclatèrent de rire tous deux avec une parfaite synchronisation. Et Rhadamanthe se releva d'un coup, ne comprenant guère ce qui lui valait une telle humiliation de ces deux hommes pourtant réputés tout sauf saints d'esprit :

-Vous avez fini de vous foutre de moi? Interrogea-t-il donc d'une voix glaciale.

-Désolé, marmonna Saga entre deux fous-rires. Mais... c'est tellement affligeant!

-Et tu peux pas lui dire tout simplement que t'as pas envie de te caser? Rajouta Kanon en reprenant difficilement son souffle.

-Il me semble que vous êtes encore mieux placés que moi pour savoir qu'il est préférable d'éviter à tout prix de contrarier un Dieu... ou une Déesse.

Aussitôt, les rires des jumeaux s'évanouirent pour laisser place à un silence oppressant, à la grande satisfaction du juge qui savoura à leur juste valeur leur expression horrifiée.

Qui ne durèrent hélas guère : bien vite, Kanon reprit la parole, retrouvant du même coup son effroyable sourire, et montra une fois de plus qu'il ne perdait jamais l'essentiel de vue :

-Et ma rémunération?

Rhadamanthe se demanda si le fait que Kanon mentionne ce détail était bon pour lui ou non... Le «non» l'emporta néanmoins dès qu'il vit les deux frères échanger un nouveau regard complice. Et si le Spectre ne s'estimait pas particulièrement pingre, il se doutait néanmoins bien que cet échange n'avait rien de rassurant pour lui. Encore moins pour son porte-monnaie :

-Eh bien quoi? Tu m'as bien dit toi-même que tu étais prêt à me payer «généreusement» pour ma collaboration, non?

Visiblement sur la même longueur d'ondes que son frère, chose plutôt rare chez les Gémeaux, Saga qui s'était éclipsé l'espace de quelques secondes revint vers eux en ramenant un vieux carnet de notes, ainsi qu'un stylo qui semblait avoir pas mal d'années derrière lui, et les déposa devant son frère qui s'en empara joyeusement :

-Donc, une soirée..., commença-t-il en prenant des notes. Soit environ quatre heures... Je détermine le prix d'une heure... Multiplié par quatre... Avec une augmentation de quarante pour cent après vingt heures, bien évidemment...

Toute trace de couleur déserta alors le visage de Rhadamanthe, qui fixait d'un air terrifié les petites lignes de calcul que Kanon traçait en marmonnant, et qui ne cessaient de s'accumuler.

Finalement, il inscrivit (ou plutôt gribouilla) son total en bas de la feuille, qu'il tendit d'un air satisfait vers le Spectre :

-Voilà, ça me semble un prix honnête.

Ceci dit, il ne put s'empêcher de ricaner lorsqu'il vit les yeux de Rhadamanthe s'agrandir dangereusement, prêts à quitter leurs orbites à la vue de la somme finale :

-...En Euros? Demanda-t-il avec un faible espoir.

-Allons, allons, pour qui me prends-tu?, fit alors Kanon d'un ton doucereux qui ne présageait rien de bon, Comme je voulais t'épargner des calculs supplémentaires et inutiles, j'ai directement converti en Livres Sterling.

-...

-...

-Une telle somme juste pour faire acte de présence? Tu te fiches de moi?

-Mais oui, tu as raison : comme nous sommes de «vieux amis» , je suis prêt à te faire une remise de deux pour cent...

-...On ne va vraiment pas s'entendre.

-Alors qu'on est même pas encore ensemble? Eh ben, cette relation s'annonce bien partie!

Saga émit un bruit curieux, qui ressemblait à un léger rire mal dissimulé, et Rhadamanthe se demanda si, «peut-être», l'aîné des Gémeaux n'avait pas légèrement plus qu'une dent contre lui.

Mais il rapporta bien vite son attention sur Kanon, qui demeurait après tout sa principale source de préoccupation. La Whyvern et le Dragon des Mers se fixèrent alors un long moment, dans le silence le plus complet, chacun semblant attendre que l'autre craque en premier.

Cependant, et à la grande surprise de Rhadamanthe, ce fut le Gémeau qui rompit le contact, baissant les yeux pour inscrire une nouvelle somme sur le carnet, qu'il poussa ensuite vers le juge :

-C'est mon dernier prix.

-...

-...

-C'est hors de question!

-Comme tu veux, fit Kanon en haussant les épaules. Dans ce cas, je pense qu'il est inutile que je te montre la sortie!

Il se leva, échangea un dernier regard avec le Spectre, et s'apprêtait à sortir de la pièce, sous le regard amplement satisfait de Saga (qui semblait avoir prévu depuis le début la façon dont cet entretien se terminerait).

Aussi, Rhadamanthe ne comprit jamais si ce fut le regard exaspérant de Saga, la soudaine réalisation de la situation catastrophique dans laquelle il venait de se mettre ou le simple fait de voir Kanon s'éloigner, emportant avec lui son dernier espoir. Toujours fut-il qu'il se releva brusquement et s'exclama d'une voix forte :

-Marché conclu.

Saga manqua de peu la syncope.

Kanon se retourna, l'air sincèrement surpris pour la première fois depuis le début de leur entretien : apparemment, lui aussi semblait convaincu que le juge renoncerait à sa proposition.

Et Rhadamanthe, quant à lui, se permit un soupir à la fois soulagé et désespéré : la liberté était donc encore accessible... Elle allait juste coûter un peu plus cher que prévu...

XxXxXxX

Aux alentours de seize heures, la Whyvern quitta finalement la Troisième Maison, dans un état que l'on aurait pu qualifier d'extatique : Après tout, ce n'était pas tous les jours que quelqu'un pouvait se vanter d'avoir conclu une affaire avec Kanon des Gémeaux (il était d'ailleurs plus fréquent qu'on ne s'en vante pas : Poséidon en savait quelque chose).

Restés à l'entrée de leur demeure, les deux frères le regardèrent s'éloigner sans la moindre réaction notable, Saga s'étant contenté de serrer les poings en silence pour résister à l'envie de l'étrangler à nouveau. Et lorsqu'il disparut totalement de leur champ de vision, Kanon croisa les bras derrière sa nuque et déclara d'une voix monotone :

-Bon, il a dit qu'il viendrait me chercher le jour même et qu'il amènerait l'argent en même temps... Tu te rends compte, c'est bien la première fois que j'aurais trouvé un travail lucratif!

-Kanon?

-Hm?

-Je peux savoir ce qui t'a pris d'accepter?

Kanon tourna alors vers son frère un visage malicieux, qui n'annonçait rien de bon, et répondit avec légèreté :

-Parce que c'est sûrement difficile pour toi de trouver un temple libre, non?

-...Pardon?

-Eh bien, oui : dans celui du Bélier, il y a Kiki en quasi-permanence et moi, je squatte le tien depuis la fin de la guerre. Pas facile de se trouver un peu d'intimité dans le coin, pas vrai...?

Le visage de Saga perdit progressivement ses couleurs :

-Je... Je ne vois pas où tu veux en venir.

Le cadet répondit à cette aberration en poussant un long soupir, pour finalement poser ses mains sur les épaules de son frère :

-Saga. Tu aimes Mû. Et à force de lui tourner autour avec aussi peu de subtilité, je peux t'assurer qu'à part lui, tout le monde au Sanctuaire est au courant!

L'expression qui prit place sur le visage de Saga aurait sans doute été jugée comique par de nombreux chevaliers, mais Kanon se demanda plutôt si son frère ne frôlait pas une fois encore la crise cardiaque. Ce qui ne l'empêcha néanmoins pas de reprendre avec le même ton joyeux :

-Donc, profite de l'occasion : invite-le à boire un thé, ou une niaiserie du genre. Pour une fois, vous aurez toute une soirée rien que pour vous deux! Arrange toi juste pour ne pas te prendre un râteau, s'il te plaît, ça me ferait un peu regretter mon acte...

L'idée sembla faire son bout de chemin dans la tête du Gémeau, vu la lueur rêveuse venant d'apparaître dans ses yeux qui, associée à son sourire, lui donnait l'air d'un parfait crétin. Cependant, il reprit bien vite une expression stoïque et se remit à scruter son frère, plus sérieusement cette fois-ci :

-Je veux la vérité, cette fois : pourquoi as-tu accepté?

-Ce que les grands frères peuvent être chiants...

-Kanon.

L'interpellé resta un long moment silencieux, puis leva les yeux au ciel, marmonnant d'une voix à peine audible :

-...«de toi dont j'ai besoin»

-Quoi?

-Tu vas sans doute trouver ça con, Saga, mais... J'ai juste réalisé que c'était la première fois que quelqu'un me disait ça.

Suite à cela, Kanon ne prononça plus le moindre mot, baissant la tête pour ne pas avoir à croiser le regard de son aîné. Et comme il n'y avait finalement rien à répondre à de telles paroles, Saga ne put qu'ignorer la douleur lancinante qui traversa un instant sa poitrine, se contentant d'ouvrir largement ses bras et de serrer son frère contre lui aussi fort qu'il le pouvait.

A suivre...