Si vous avez des critiques, des corrections, n'hésitez pas. Alors, à vot'bon cœur !



Une femme. Une très jolie femme. Cette réalisation fut instantanée et unanime chez tous les anciens camarades de celle qui était à présent une avocate renommée. Haruhi Fujioka était restée assez petite, menue, même si à présent des courbes féminines se dessinaient sous le tissu de son tailleur sombre. Un tailleur pantalon, notèrent immédiatement les jumeaux non sans une pointe d'ironie. Ses immenses yeux bruns, encore agrandis par la surprise, passaient sur les visages de tous ses anciens compagnons. Quelques mèches s'éparpillaient sur son front alors que le reste de sa chevelure était retenu en une longue tresse.

Kusagi se retourna vers les six hommes et découvrit leurs regards stupéfaits fixés sur sa fiancée. Il demanda :

- Vous… Vous vous connaissez ?

Kyoya acquiesça :

- En effet. Mademoiselle Fujioka a passé une partie de ses études secondaires dans le même établissement que nous, et au même moment. À l'académie Ouran.

- L'académie Ouran ?!

L'avocat se tourna à nouveau vers sa fiancée qui avançait, lentement, vers les hommes qui l'attendaient, toujours debout et immobiles.

- Mais, Haruhi, tu ne m'as jamais dit avoir été à Ouran ! Comment as-tu pu y être admise ? Cet établissement est réputé pour…

- J'ai bénéficié d'une bourse, répondit Haruhi machinalement.

- Ah, je comprends.

Elle s'assit dans le fauteuil que lui présentait galamment Arima. Elle aurait voulu pouvoir baisser les yeux, mais restait rivée malgré elle aux six visages des hommes qui, à leur tour, s'assirent en face du couple. Ils avaient si peu changé en fait, sous leurs costumes sombres d'hommes d'affaires désormais aguerris… Elle écouta Kyoya égrainer leurs noms pour les présenter tour à tour à Arima. Kyoya avait ce même sourire fin et satisfait de celui qui manigance tout dans l'ombre sans jamais commettre d'impair. Les jumeaux, manifestement ravis, côte à côte, leurs chevelures rousses justes légèrement moins ébouriffées que du temps du lycée. Mori, droit et fier, son regard sombre si intimidant et si chaleureux en même temps. Le sourire radieux de Honey qui, enfin, semblait presque sur le point de rattraper ses compagnons en taille, mais dont les joues roses et tendres conservaient une délicieuse juvénilité. Et Tamaki. Lui seul portait un costume beige très clair, sur une chemise d'un rose pâle. Le temps ne semblait pas avoir eu d'emprise sur lui, sur l'éclat de son regard aux nuances violacées, sur la blondeur irréelle de sa chevelure savamment décoiffée, sur la finesse de ses traits, l'élégance de son port de tête et la douceur de son sourire.

Si, son sourire. Son sourire n'était pas le même, plus le même. Ce sourire-là, Haruhi le sut immédiatement, était celui qu'il servait jadis aux clientes du Host Club.

Car, elle-même, réalisa-t-elle soudain, n'était désormais qu'une cliente. Cliente pour un autre service.

La réalité lui revint à l'instant même où Arima, dans un geste tendre, posa la main sur celle de la jeune femme. Elle lutta contre le réflexe étrange de retirer son bras, cette discrète démonstration d'affection lui semblant tout à coup déplacée dans ce contexte. Mais Haruhi ne bougea pas et, sans regarder Arima, sourit :

- Alors, HC Inc, c'est vous ? C'est vous six ?

- Oui, Haruhi, c'est nous ! s'exclama joyeusement Honey.

- Enfin, c'est Kyoya à la Présidence, Tamaki à la Direction, et nous ensuite ! corrigea Kaoru.

- Des organisateurs de mariage… murmura Haruhi, stupéfaite.

- Une société spécialisée dans l'événementiel, dirais-je plutôt, corrigea calmement Kyoya.

- Et une entreprise qui marche remarquablement bien, si j'ai bien compris, renchérit Haruhi.

- Nous ne nous plaignons pas, reprit le Président.

- J'avoue que je n'en avais pas entendu parler jusqu'à ce que Arima me donne rendez-vous ici aujourd'hui. Mais je me doute qu'il n'a pu faire appel qu'aux meilleurs pour notre… mariage.

La voix de Haruhi avait légèrement tremblé sur le dernier mot. Juste assez pour que Tamaki le remarque et, élargissant son sourire, déclare avec enthousiasme :

- Oui, et d'ailleurs, toutes nos félicitations, Haruri… et Monsieur Kusagi.

Haruhi cessa un instant de respirer en croisant le regard étrangement perçant de Tamaki. Arima répondit :

- Merci beaucoup ! Eh bien, cet entretien prend une tournure fort inattendue et, en fait, très intéressante.

Kyoya se racla la gorge :

- Je dois vous avouer, Monsieur Kusagi, que votre fiancée est la raison pour laquelle j'ai fait en sorte que nous puissions nous rencontrer aujourd'hui.

Il sentit Tamaki se tendre à côté de lui mais continua sans y prêter attention :

- Lorsque vous nous avez sollicités, et que j'ai su qui était la future mariée, j'ai cédé à la tentation de bousculer un peu notre planning pour faire cette surprise à mes collègues, à notre ancienne camarade… et pouvoir vous offrir le mariage dont vous rêvez, et ce même en un mois. Je ne doute pas que, pour Haruhi, nous nous dépassions. J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de cette légère manigance de ma part et que cela n'entachera pas nos relations futures.

- Bien sûr que non, n'est-ce pas ma chérie ?

Haruhi sembla réaliser qu'on s'adressait à elle et répondit vivement :

- Non, pas du tout ! Au contraire, je suis ravie !

Arima sourit de plus belle avant de froncer légèrement les sourcils et de baisser les yeux vers la main d'Haruhi qu'il caressait distraitement. Il ajouta sur un ton faussement vexé :

- Haruhi, tu as encore ôté ta bague !

Elle baissa à son tour les yeux vers sa main, cligna des paupières, et l'enleva vivement de celle d'Arima avant de fouiller prestement dans une poche intérieure de sa veste de tailleur en bredouillant :

- Je.. oui, pardon, je sais, mais pour plaider, tu sais que…

Arima tourna la tête vers les six membres de HC Inc et haussa les épaules avec un sourire navré :

- Ma fiancée déteste les bijoux ! Elle prétend se sentir mal à l'aise quand elle en porte, même sa bague de fiançailles semble lui peser !

Tamaki regardait Haruhi qui, les yeux baissés, glissait à son doigt une magnifique bague composées d'un énorme diamant – Kaoru l'estima immédiatement à plus de trois carats, et Hikaru jugea qu'elle écrasait bien trop la finesse des doigts d'Haruhi – serti sur un large anneau d'or blanc incrusté de plusieurs autres diamants, de taille plus raisonnable mais cependant impressionnants. A peine l'avait-elle au doigt que Haruhi croisa vivement les mains, les posant sur le tissu de son pantalon. Arima allait ajouter quelque chose, mais à cet instant une sonnerie discrète de portable retentit et il fit une petit grimace. Il s'excusa et sortit de sa poche un portable dont il scruta l'écran avant de se lever avec un sourire navré :

- Pardon, mais c'est un appel important que j'attendais. Puis-je…

Mori s'était déjà levé et, lui faisant poliment signe de le suivre, conduisit Arima vers un confortable bureau contigu dont il lui ouvrit la porte. Arima, qui avait déjà décroché, le remercia d'un sourire et disparut. Mori referma la porte sur lui… et se fut la ruée.

Le plus rapide fut Honey, suivi de très près par les jumeaux. Haruhi se retrouva serrée entre les bras de ses anciens compagnons et ne put que répondre à leur étreinte, incapable de résister elle aussi à la chaleur de cette affection débordante. Elle sentit une large main lui tapoter délicatement le haut de la tête et sut d'instinct que c'était Mori, avant même de lever les yeux vers son regard amusé. Toujours assis dans son fauteuil, Tamaki tourna lentement la tête vers Kyoya et grommela :

- Tu savais. Tu savais que c'était elle et tu ne nous as rien dit.

- Non. Je craignais que sinon tous ne viennent pas.

L'allusion à peine voilée fit plisser les yeux à Tamaki qui suivit du regard son meilleur ami quand celui-ci, se levant enfin, alla rejoindre les autres pour saluer à son tour leur ancienne amie. Tamaki haussa les épaules et, finalement, l'accompagna.

C'est une Haruhi enfin radieuse qui se tourna vers lui avant de s'immobiliser quand leurs regards se croisèrent à nouveau. Tamaki ne lui laissa pas le temps de réfléchir – ne se laissa pas le temps de réfléchir – et saisit la jeune femme, l'attirant à lui un bref instant en murmurant :

- Je suis heureux de te revoir. Vraiment heureux.

C'était simple, bref, et terriblement sincère. Haruhi lui rendit son étreinte avant qu'ils se séparent rapidement. Elle enchaîna :

- Mais comment… Comment diable êtes-vous devenus organisateurs de mariage ?!

- En fait, répondit joyeusement Hikaru, après avoir tous été diplômés, nous avons gardé contact.

Tous diplômés… gardé contact… Une ombre passa sur le visage de Haruhi mais ils feignirent de ne pas la voir.

- Et j'ai décidé de pousser plus loin l'idée du Host Club ! s'exclama Tamaki.

- Nous devions tous plus ou moins reprendre les affaires familiales, continua Kyoya, mais nous avons préféré, après en avoir longuement discuté, entre nous et avec nos familles, lancer notre propre affaire. En y intégrant éventuellement nos entreprises respectives et nos compétences personnelles.

- Et donc… murmura Haruhi.

- Et donc je suis responsable de toute la partie traiteur ! s'écria Honey, ravi. Takashi gère la logistique et le service d'ordre, comme ce sont des mariages de personnages publics.

- Nous, nous avons repris la maison de couture de notre mère… continua Kaoru

- … et prenons en charge toutes les tenues, textiles décoratifs et autre. Avec une spécialisation dans les robes de mariée et cortèges ! finit Hikaru.

Le sourire d'Haruhi s'élargissait au fur et à mesure qu'elle se représentait les nouvelles fonctions de ses anciens camarades. Kyoya reprit :

- Evidemment, je gère la partie financière et administrative de notre entreprise, et nos clients ne sont que des grandes familles issues de toute la noblesse mondiale, des industriels fortunés ou, éventuellement, des gens du spectacle.

- Tous très très riches, bien sûr, remarqua Haruhi.

- Bien sûr ! s'écrièrent en cœur les jumeaux.

La jeune femme posa à nouveau ses grands yeux bruns sur Tamaki et dit doucement :

- Toi, laisse-moi deviner… Tu conçois tout, tu prépares tout, tu inventes tout. Tu fais en sorte que ce jour soit parfait, romantique à souhait, et que Kyoya touche à la fin un montant totalement indécent.

Tamaki sourit de toutes ses dents :

- Moi, je suis responsable de faire vivre un rêve. Je concrétise la perfection à laquelle chacun aspire pour son mariage.

Son sourire trembla un bref instant avant de revenir, plus éclatant que jamais, et il s'inclina en une révérence irréprochable devant la jeune femme :

- Mais tu vas pouvoir le vérifier très rapidement, puisque désormais mes talents sont à ta disposition pour organiser ton propre mariage avec Monsieur Kusagi.

- On parle de moi ?

Tous se tournèrent pour découvrir Arima qui, rangeant son portable, s'avançait à nouveau vers le groupe désormais debout au milieu de l'immense salle de réunion. Tamaki s'inclina à nouveau légèrement :

- Mais votre fiancée et vous-même allez devenir notre sujet de discussion privilégié pour les semaines à venir, Monsieur Kusagi !

L'avocat rejoignit sa promise et acquiesça en la couvant d'un regard énamouré :

- Je serais ravi que vous puissiez mener à bien la réalisation de ce projet, et je vous suis déjà fort reconnaissant d'avoir donné un tel sourire à ma fiancée.

Haruhi leva les yeux vers le jeune avocat et rougit légèrement sous l'intensité de son regard. Il avait cependant parfaitement raison, et tout son être hurlait sa joie d'avoir retrouvé ceux qui lui manquaient depuis tant d'années. Une joie légèrement coupable, réalisa-t-elle en son for intérieur.

- Alors je pense que l'affaire est conclue, il ne restera plus qu'à signer notre contrat et nous prenons tout en charge. Asseyons-nous, si vous le voulez bien.

Les deux futurs mariés s'installèrent à nouveau face aux six membres de HC Inc et Arima saisit le superbe stylo que Kyoya lui tendait avec une lourde liasse de papiers. D'un ton faussement inquiet, Haruhi grommela :

- Si c'est Kyoya qui a rédigé ce contrat, tu devrais le lire attentivement, cet homme est redoutable.

Un sourire passa sur les lèvres du susdit et un éclair fit teinter le verre de ses fines lunettes. Arima se contenta de poser sur les feuillets sa première signature :

- Haruhi, si ces hommes sont tes amis, alors je leur fais aveuglément confiance.

La paperasse fut réglée en quelques instants et Tamaki conduisit la suite de l'entretien de sa voix chantante :

- Bien, comme vous vous en doutez, les délais nous obligent à une totale rigueur dans notre organisation. Avez-vous des idées déjà arrêtées sur la tonalité que vous souhaiteriez donner à cette inoubliable journée ?

- En fait, dit l'avocat avec un petit haussement d'épaules, absolument aucune, et pour le moment Haruhi et moi ne sommes d'accord sur rien !

- Je veux juste quelque chose de simple, Arima ! renchérit la jeune femme en fronçant les sourcils. Je ne souhaite pas que mon père et moi nous trouvions immergés dans une foule de trois mille personnes qui…

- A peine plus de mille, tu exagères tout de suite ! corrigea son fiancé.

- Je ne vois pas la différence ! Quant à cette histoire de cathédrale…

Les six hommes écarquillèrent imperceptiblement les yeux : une cathédrale ?

- … tu sais que je préfère un mariage plus intime, traditionnel, moins… plus…

- plus sobre ? acheva doucement Tamaki.

Les fiancés relevèrent la tête et la jeune femme acquiesça :

- Oui, plus sobre, plus simple.

Arima se contenta de soupirer profondément en levant les yeux au ciel. Kyoya intervint à nouveau :

- Ne vous inquiétez pas, nous avons parfaitement l'habitude d'avoir à concilier différentes aspirations, qui pourraient sembler au premier abord incompatibles. Le résultat sera à la hauteur de vos attentes à tous deux.

- Un mariage intime dans une cathédrale ? demanda ironiquement Haruhi.

Les jumeaux retinrent un éclat de rire et Honey prit la parole à son tour :

- Faites confiance à Tamaki pour trouver quelque chose.

- Je ne suis pas sûre que « confiance » soit le terme exact… grommela la jeune femme.

- Haruhi, tu me blesses par ces mots injustes qui m'atteignent au plus profond de l'âme !

Tamaki avait déclamé cela sur un ton parfaitement théâtral, levant une main à son front et fermant à demi les paupières.

Arima Kusagi se demanda un instant où il était tombé et si, en effet, il n'aurait pas du mieux lire les contrats… Mais un simple coup d'œil à Haruhi le rassura, changeant son inquiétude en une totale surprise : elle était radieuse. Elle lançait un regard agacé à Tamaki, mais tout en elle exprimait soudain la décontraction, la gaité, le plus simple et parfait bonheur. L'avocat refusa d'écouter la petite voix intérieure qui lui glissa que jamais, jamais Haruhi Fujioka n'avait semblé si détendue à ses côtés. La voix de Kaoru retentit, le tirant de ses pensées :

- Il faudrait par contre que nous mettions au point un planning de rencontres, car une grande partie de notre travail dépend de la connaissance que nous avons de vous et de votre couple, de vos habitudes et de vos aspirations. Nous devons apprendre vos goût, votre mode de vie, ce que vous aimez manger, porter, afin que ce mariage vous ressemble et que ce jour ne soit que l'épanouissement parfait et la consécration ultime de ce qui constitue chacun de vous.

- Je suppose, enchaîna son jumeau, que vos obligations professionnelles ne vous laissent que peu de temps habituellement, mais nous allons hélas devoir vous solliciter ces quelques prochaines semaines, afin de répondre aux mieux à vos attentes à tous les niveaux.

- Nous sommes évidemment à votre entière disposition pour que ces rendez-vous aient lieu aux moments qui vous dérangeront le moins.

Arima Kusagi acquiesça et répondit :

- Je vois. Je suis moi-même très pris, mais Haruhi peut être déchargée de quelques dossiers ces prochaines semaines pour se consacrer à l'organisation de notre mariage !

Un vent glacial sembla balayer la pièce quand la jeune femme jeta à son fiancé un regard meurtrier qu'aucun de ses anciens camarades ne manqua. Elle grinça entre ses dents :

- Arima, je ne supporte pas que tu…

- Je sais, pardonne-moi, s'empressa-t-il de répondre en embrassant la main de Haruhi. Mais ainsi tu passeras du temps avec tes anciens amis, et tu pourras vérifier que je ne fasse rien sans ton total accord !

Tamaki s'empressa d'intervenir :

- Nous pouvons régler tous ces détails ultérieurement, lors d'un rapide entretien à votre domicile si possible. Cette incursion dans votre espace personnel serait judicieuse dans le but de mieux cerner vos habitudes.

- Oui, cela ne posera aucun problème, répondit Arima. Mais que diriez-vous d'un dîner chez moi, ces jours-ci ? Ce serait l'occasion de faire cet entretien tout en profitant de vos retrouvailles avec ma très chère Haruhi, non ?

Cette dernière se détendit immédiatement, et les six hommes notèrent que cet Arima Kusagi ne semblait pas avoir volé sa réputation d'as du barreau : il était parvenu à détourner la jeune femme de sa colère naissante par une judicieuse proposition. Judicieuse, et agréable.

- Nous vous remercions de cette invitation, mais nous ne souhaitons pas nous immiscer dans votre vie plus que nos engagements professionnels ne l'exigent. Ne vous sentez nullement obligé de…

- Nous ne nous sentons obligés de rien, Kyoya, coupa doucement Haruhi, et je serais ravie de vous revoir tous lors d'un dîner.

- Vos épouses sont bien entendu conviées, ajouta Arima en souriant. Alors, combien serons-nous ?

Haruhi écarquilla les yeux un instant, soufflée par cette remarque évidente à laquelle elle n'avait cependant nullement songé. Un sourire amusé passa sur les lèvres des jumeaux qui répondirent en cœur :

- Nous serons dix, douze avec vous.

Dix… Donc quatre épouses, réalisa immédiatement Haruhi.

Mariés. Quatre d'entre eux étaient mariés, avec des enfants peut-être… Elle baissa les yeux pour jeter un coup d'œil aux éventuelles alliances, mais eut la désagréable surprise de voir disparaître subrepticement les mains gauches de ces messieurs sous la table. Elle plissa les yeux, furieuse, et releva la tête. Les sourires taquins des jumeaux, de Tamaki et d'Honey lui serrèrent le cœur d'une joie enfantine.

Quels idiots.

Mon dieu… Ce qu'ils avaient pu lui manquer…

Cela marqua la fin de l'entretien et Kyoya raccompagna les futurs mariés à la porte alors que les cinq autres membres de HC Inc s'étaient respectueusement levés, leur main gauche obstinément dans la poche de leur pantalon de costume. Le battant se referma sur le regard à la fois furieux et amusé d'Haruhi, et le Président se tourna lentement vers ses collègues et amis.

Kaoru et Haruki posèrent immédiatement leurs mains à plat sur la table et hurlèrent :

- Kyoya ! Comment as-tu osé ?

Le brun se contenta de revenir vers eux d'un pas nonchalant. Honey murmura, comme pour lui-même :

- Elle n'a pas changé. C'est toujours notre Haruhi.

- Non. C'est celle de Arima Kusagi, corrigea Mori.

Un silence.

Kaoru se laissa tomber dans son siège en soupirant :

- Pfff… On ne peut même pas dire qu'il soit antipathique.

- Non. Et il est très, très amoureux, continua son frère.

Tamaki s'effondra dans un coin de la salle en répétant dans des gémissements à fendre l'âme :

- Il est sympathique et amoureux ! Le fiancé de Haruhi est sympathique et amoureux !

Kyoya alla tranquillement s'asseoir et recommença à taper sur son clavier sans prêter la moindre attention aux hurlements de désespoir de son meilleur ami.


Les différents secrétariats étant parvenus à s'entendre sur une date, Haruhi faisait les cent pas en attendant de recevoir à dîner ceux qu'elle n'aurait pas espéré revoir à peine quatre jours auparavant. Elle jeta un coup d'œil à la porte du bureau dans lequel Arima s'était enfermé quelques instants, pour en finir avec ses coups de fil de la soirée avant, il l'avait promis, de couper son portable. Elle serrait et desserrait machinalement les poings, s'interrompant de temps à autre pour tenter bien en vain de tirer un peu sur l'ourlet de sa robe de soirée. Un modèle simplissime, une petite robe lavande, droite, retenue sur les épaules par deux larges bandes de satin, au décolleté droit et sage. Arrivant à peine au-dessus des genoux. Elle tira à nouveau dessus, à nouveau en vain. Un ruban de même teinte était noué dans la nuque pour retenir la longue chevelure. Haruhi s'était très peu maquillée. De toute façon elle n'avait jamais pris la peine d'apprendre à le faire et ne disposait pas du moindre moment dans son emploi du temps pour passer entre les mains expertes d'un salon d'esthétique hors de prix.

Elle avança une énième fois vers les immenses fenêtres de l'hôtel particulier d'Arima, glissant un regard derrière les épaisses tentures pour observer la cour un étage en contrebas : toujours rien.

Elle se demanda, à nouveau, comment ce dîner allait se dérouler. Si tout allait lui sembler aussi simple que l'autre jour, dans les bureaux d'HC Inc.

HC Inc.

La pensée la fit sourire : rien ne semblait avoir vraiment changé, mis à part le fait qu'ils avaient fait d'un caprice d'adolescent une entreprise mondialement renommée. Mais tout ce que ces garçons touchaient était immédiatement changé en or, de cela elle n'avait jamais douté.

Non. Pas ces garçons. Ces hommes.

Ils étaient des hommes maintenant, l'épanouissement de ce que chacun d'entre eux laissait entrevoir quelques années auparavant. Presque neuf ans auparavant…

Des hommes mariés, peut-être pères de famille. Elle avait refusé, ces quatre derniers jours, de céder à la tentation de se renseigner sur leur compte, de savoir ce qu'ils étaient devenus. Après tout, c'était elle qui jusque là ne voulait pas de leurs nouvelles…

Un éclat lumineux la fit sursauter et elle releva le rideau qu'elle venait à peine de laisser retomber : l'éclairage automatique de la propriété s'était mis en marche alors qu'une superbe voiture de sport noire franchissait les grilles avant de rejoindre les places vacantes, les roues crissant doucement sur le gravier. Un des serviteurs dévala les quelques marches du perron et vint ouvrir la porte du passager en s'inclinant alors que, côté conducteur, la haute silhouette gracieuse de Tamaki sortait de la voiture.

Haruhi ne réalisa même pas qu'elle s'était légèrement mise à trembler et ses doigts se crispèrent sur le velours du rideau.

Une silhouette féminine se découpa, de dos, dans la lumière, remontant dans son cou le col en fourrure d'un manteau, attendant que Tamaki vînt la rejoindre et lui offre galamment son bras, sur lequel elle posa une main gantée. Le domestique leur fit signe de le suivre et le couple se tourna vers l'entrée de la maison, désormais nimbé d'un halo de lumière.

Le cri de Haruhi s'étrangla dans sa gorge et elle lâcha le rideau qui retomba souplement en place, sans parvenir à effacer l'image désormais gravée dans l'esprit de la jeune femme.

Tamaki, souriant, détendu, avec à son bras une femme superbe, élégante, rayonnante. Une femme dont jamais Haruhi n'aurait pu oublier les traits fins, la chevelure aux reflets cuivrés, les yeux bleus pénétrants.

Eclair Tonnerre. Eclair Tonnerre dont le manteau ouvert semblait un écrin subtilement étudié pour mettre en valeur la robe de cocktail sombre et vaporeuse, arrondie par la promesse d'une naissance.