Vos commentaires et vos demandes ont encouragé mon imagination, et j'ai rapidement trouvé l'idée d'un second OS ! Il sera certainement suivi par d'autres, qui se dérouleront à chaque fois quelques temps plus tard... Le titre est inspiré d'un livre que j'avais étant enfant.
Warning : mignonnitude en barre
Cauchemar cherche bon lit
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« Alors, tu as lancé ton premier sort, ça y est ? » Demanda, impatient, Blaise Zabini, se penchant en avant sur la table pour essayer de décrypter son regard.
Draco ménagea le suspens. Il fit tourner le liquide ambré dans son verre, joua avec les reflets que le faible éclairage du Chaudron Baveur – repris par Hannah Abbott à la fin de la Guerre – lui donnait. Il aimait savoir ses amis pendus à ses lèvres. Celles-ci s'étirèrent en un sourire en coin. Ce pouvoir était jouissif. Il avait envie d'en abuser, juste quelques secondes. De savourer l'emprise qu'il avait sur eux à cet instant. Même s'il les comprenait, il aurait été empressé aussi à leur place.
Le matin même, il avait été convoqué au Ministère de la Magie. Il avait achevé sa peine. Les trois années s'étaient écoulées, sans anicroche ou presque Il avait veillé à être le plus respectueux des règles qu'on lui imposait, quelle que soit la justification qu'ils voulaient leur donner. Son psychomage le lui avait conseillé, et il n'avait pas mis longtemps à se ranger à son avis. Draco était un calculateur né, un négociateur. Il savait évaluer une situation. Il savait très bien que sa peine n'avait été allégée que par des témoignages en sa faveur. La communauté sorcière n'attendait rien de moins qu'un faux pas de sa part pour requérir un nouveau jugement, pour lequel le Magenmagot serait sans doute moins clément. Il n'avait plus rien, mais il ne comptait pas brader sa liberté. Alors il avait fait exactement tout ce qu'on lui demandait. Il s'était comporté exactement comment ils attendaient qu'il le fasse. Il s'était repenti, dans les grandes largeurs, à grand renforts d'excuses publiques, de profil bas et de séances fructueuses chez son psychomage.
Il avait signé des papiers au bureau des aurors et on lui avait ensuite enlevé la Trace, et remis sa baguette. Il avait écouté d'une oreille distraite le discours que lui avait fait le chef du bureau des aurors, quant à la nécessité qu'il reste dans le droit chemin et à la surveillance dont il ferait encore l'objet un certain nombre d'années. Pour être certain de la sincérité de son repenti. Il était bien trop fasciné par sa baguette qu'il tenait enfin entre les mains pour penser seulement à protester. Le Ministère pouvait bien faire ce qu'il voulait, il pouvait bien le considérer comme un Mangemort pendant les années à venir, il avait récupéré ses pouvoirs magiques et c'était l'unique chose qui comptait à ses yeux. Il l'avait bien senti. Dès qu'il avait rangé le bout de bois dans sa manche, il s'était senti lui-même à nouveau. Bien plus que durant ces trois dernières années. C'était un sentiment… exaltant. L'impression d'avoir retrouvé une partie de lui-même. D'être entier. Enfin.
Il en avait gardé un petit sourire aux lèvres toute la journée. Il s'était promené dans le Londres moldu, qui lui semblait différent, à présent qu'il avait sa baguette à portée de main. Il aurait pu transplaner chez lui pour déjeuner, ou encore changer ses vêtements d'un coup de baguette dans une ruelle sombre, pour s'adapter à la mode moldue. Il aurait même pu invoquer une plume et un parchemin, pour écrire à ses amis.
Mais il avait préféré prendre un fish and chips sur le pouce, dans un restaurant sur son chemin. Garder des vêtements moldus sur lui pour aller au Ministère et éviter ainsi d'être repéré quand il passerait de l'autre côté de la frontière magique. Rentrer chez lui en tube, comme d'habitude. Il s'était installé à son bureau, il avait sorti sa plus belle plume de paon, une encre émeraude de circonstance, et il avait envoyé un mot à Blaise, Pansy, Théo et Gregory pour les inviter à boire un verre avec lui au Chaudron Baveur, dans la soirée. On était vendredi soir et aucun d'entre eux n'avaient de cours le lendemain, ils pouvaient donc se permettre de sortir. Fêter sa victoire sur le ministère et les préjugés. Quant à lui-même… eh bien disons simplement que son emploi du temps était encore assez libre, pour l'instant.
Ils avaient commencé par discuter de tout et de rien. Se raconter leurs vies. Il leur avait fallu du temps, après la Guerre, pour se réunir à nouveau. A vrai dire, au début, Draco n'avait parlé qu'à Pansy. Elle avait été la seule à ne pas le prendre en pitié. A faire comme si de rien n'était. A oublier sciemment les sujets qui fâchaient, tout en lui faisant comprendre que ses secrets seraient en sécurité avec elle s'il décidait de les lui confier. Ça avait toujours été ça entre eux.
Un mélange subtil entre l'amitié et quelque chose de plus… pernicieux. Une alliance qui était allée au-devant de tous les principes, de tous les dangers. La famille Parkinson n'avait pas apprécié que leur fille reste acoquinée à un mangemort désormais reconnu mais elle n'en avait eu cure. Le pacte entre eux était plus fort que la famille. Il leur assurait la présence de l'autre, à quelque moment que cela soit, dès qu'ils en avaient besoin, contre une dette un peu plus incommensurable à gérer. A eux de décider d'alourdir leur dette, ou de se débrouiller sans la meilleure aide qu'ils pourraient requérir.
Il avait mis plus de temps avant de revoir Théo, Blaise et Gregory. A présent, la hache de guerre et les différends qu'il avait pu exister entre eux étaient absous. Oubliés les camps de la Guerre. Oubliées les rancunes. Tout ça n'avait plus aucune importance, et ils avaient décidé de repartir de zéro. De profiter eux aussi de la nouvelle vie qui leur était donnée.
Draco avala une gorgée de son breuvage, avant de le poser sur la table d'un coup sec. C'est avec satisfaction qu'il vit Gregory sursauter, renversant un peu de bièraubeurre sur sa main. Le jeune homme s'était presque endormi à attendre qu'il réponde. Son apprentissage en cuisine semblait lui prendre toute son énergie. Draco eut un sourire en coin. Enfin, il ouvrit la bouche pour répondre à la question de Blaise :
« Non. »
Pansy écarquilla les yeux face à la réponse surprenante, et laconique, tandis que Blaise s'emportait déjà :
« Non ? Tu nous as fait tout ce cirque pour juste nous répondre 'non' ? Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi à la fin ? »
Théo se redressa sur son siège, sa main jouant avec un dessous de verre, et demanda calmement :
« Pourquoi ? »
Le blond rejeta la tête en arrière et eut un petit rire. Il avait toujours su que Théo était le plus intelligent d'entre eux. Il ne se contentait pas des apparences. Il allait au fond du problème, dès le début. Il ne cherchait pas à faire des histoires sur l'utilisation d'un terme ou d'un autre, il se concentrait sur le sens général. Et ici, la question n'était pas de savoir pourquoi Draco avait répondu laconiquement mais bien pourquoi il avait choisi cette réponse. Il tourna son regard vers son ami.
« Cela fait trois ans que je n'ai pas utilisé de baguette. A vrai dire, j'ai bien cru que j'allais finir comme un moldu le restant de mes jours, qu'ils allaient trouver une quelconque raison pour ne pas me la rendre. Maintenant que je l'ai avec moi…, » Fit-il en tapotant la manche de sa robe où était rangé son étui, « je ne veux pas gâcher mon premier sort avec. Je veux que cela soit quelque chose de… »
« Spectaculaire. » Acheva Gregory. « Quelque chose de particulier. »
Draco hocha la tête. C'était exactement ça. Blaise se pencha brusquement vers leur ami, interloqué.
« Quoi ? J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? » Demanda le brun, soudainement embarrassé.
« Tu es parfois impressionnant de lucidité, Greg. Vraiment épatant. » Commenta Pansy, tapotant doucement son épaule et résumant l'esprit général.
Le brun soupira, semblant soudainement rassuré. Il n'avait rien dit de grave ou qu'il ne fallait pas, pour une fois. Il ne savait jamais trop ce qu'il fallait éviter de dire. Heureusement que ses amis étaient là pour l'aider à démêler les nœuds qu'il se faisait au cerveau à force d'y réfléchir.
« Donc… A quoi pourrait ressembler un sort extraordinaire ? » Relança Théo. « Tu comptes inventer quelque chose ? »
« Fermer le clapet de Potter devant public ? » Suggéra Pansy, sa rancœur envers le supposé Sauveur transparaissant largement.
« Invoquer du lubrifiant ? » Demanda Blaise en même temps, s'attirant des regards mi-désespérés, mi-amusés. « Ben quoi ? C'est utile, non ? Laissez tomber… »
« Je pense que je le saurai quand j'en aurai besoin. » Conclut Draco.
« A ton sort extraordinaire alors ! » Fit Blaise, levant son verre de vodka dragon avant d'en boire une grande gorgée, s'étouffant presque avec tant elle était raide. « Waouh, ça te ramonerait un dragon, ça ! » S'exclama-t-il.
Pansy leva les yeux au ciel avant de lui lancer une grande claque dans le dos pour le remettre d'aplomb.
« Eh, ce n'était pas la peine ! » S'écria-t-il, se tournant vers elle. « T'as une force surhumaine, t'es vraiment sûre que t'es une fille ? »
« J'ai simplement cru que tu en avais besoin pour te remettre l'estomac à l'endroit. » Fit-elle en haussant des épaules, blasée par sa remarque.
« Essaie de ne pas mettre trop longtemps avant de lancer ton premier sort. » Chuchota Théo à l'oreille du blond, profitant de l'agitation. « Je comprends ce que tu voulais dire. J'ai fait un peu pareil, quand on m'a rendu ma baguette, et ils ne me l'ont confisquée que quelques semaines, en attendant le procès de mon père. » Grimaça-t-il. « Mais eux, je ne suis pas sûr qu'ils le comprennent. On va croire que tu ne sais en réalité plus lancer un sort. Que tu as perdu ta place… »
« Un Malfoy ne perd jamais sa place. » Répondit-il sur un ton polaire. « Mais merci du conseil. » Ajouta-t-il plus doucement.
Théodore hocha la tête. Ils allaient se replonger dans la conversation de leurs amis quand soudain, une loutre argentée apparut. Elle slaloma entre les tables du Chaudron Baveur, traversa quelques clients un peu éméchés, virevolta autour d'une serveuse et de son plateau rempli de bièraubeurres. Pour finalement s'arrêter devant Draco. Le jeune homme ferma les yeux et se pinça l'arête du nez, devinant déjà qu'il n'allait pas apprécier ce qui allait suivre.
« Malfoy, j'ai besoin de toi, tout de suite. Je suis avec Teddy au Square Grimmaurd. Fais vite, s'il te plaît. » Le pressa la voix de Granger.
La loutre fit un tour sur elle-même avant de s'évanouir discrètement. Le blond soupira. Il savait qu'il n'allait pas aimer ce que cette loutre dirait. Il n'avait pas deviné qu'il s'agissait du patronus de Granger – comment aurait-il pu, il ne l'avait jamais vu – mais dès que l'animal s'était arrêté en face de lui, il avait senti que c'était pour l'enquiquiner. Ses plus proches amis étaient assis avec lui, le patronus de sa mère était un paon et ses voisins moldus ne faisaient certainement pas de magie. Donc il ne pouvait bien s'agir que d'ennuis.
Il termina son verre d'une lampée. Il n'avait malheureusement pas le choix. S'il n'obéissait pas, Granger débarquerait ici et il n'était pas question que quiconque sache qu'il fricotait avec. Il s'était repenti certes, mais ça n'était pas une raison pour être vu avec Miss-je-sais-tout. Sans compter les horribles sorts qu'elle lui ferait subir s'il ne rappliquait pas assez vite. Et oui, il l'en croyait parfaitement capable. Il frissonnait rien que d'y penser. Ses années chez les Mangemorts l'avaient certes endurci, mais il n'était plus vraiment préparé à affronter la meilleure sorcière de sa génération, telle qu'on l'appelait désormais. Sorcière hebdo trouvait vraiment des sobriquets ridicules pour n'importe qui.
« Tu vas y aller ? » Le questionna Pansy.
« Ne sois pas ridicule. Depuis quand est-ce que Draco obéit aux ordres de cette peste de Granger ? Surtout pour un Teddy que personne ne connaît… » Renifla Blaise. « Hein mon pote, tu restes avec nous n'est-ce pas ? On a encore toute la soirée pour se soûler. »
« Teddy est mon petit-cousin, aussi je te prierai d'être plus poli le concernant, à l'avenir, Zabini. » Répondit froidement Draco, insistant sur le nom de son ami. « Vous n'aurez qu'à mettre vos consommations sur ma note. » Ajouta-t-il.
« Tu n'as plus rien sur ton compte. File donc, je paierai. » Le rassura Pansy.
Il se leva de la banquette et ajusta sa cape sur ses épaules, ignorant la remarque. Il fit un bref signe de tête à chacun et sortit dans l'arrière-cour du Chaudron, qui menait au Chemin de Traverse. Là, il ferma les yeux, et inspira profondément. Cela faisait trois ans qu'il n'avait pas fait ça. Trois ans qu'il n'avait pas senti le tiraillement vers son nombril, qui semblait l'aspirer tout entier. Il se concentra, ôtant toute appréhension de son esprit, et redessina mentalement les marches du perron de Square Grimmaurd. Il se souvenait avoir entendu Potter dire qu'on ne pouvait transplaner dans la maison mais que cela était possible sur le perron de l'entrée, sans être visible pour les moldus du quartier. Il ne fut cependant totalement rassuré que lorsqu'il sentit les pierres dures sous ses pieds. Il avait réussi. Son premier transplanage depuis trois ans. Et il avait fallu que cela soit pour répondre à une injonction de Granger. Elle avait intérêt à avoir de bonnes excuses.
Il frappa un coup à la porte avant de patienter. Il n'osait pas utiliser la sonnette, de peur que Teddy ne dorme. Il jeta un coup d'œil à sa montre à gousset. Il était près de vingt heures trente. Le petit garçon devait être couché à cette heure. Il ne put empêcher un petit sourire de flotter sur ses lèvres. Il avait appris à l'apprécier, avec le temps. Potter l'avait invité encore un certain nombre de fois ces derniers mois. Il avait même été invité à l'anniversaire du petit garçon, en avril dernier. Il s'était surpris à faire les magasins d'enfants pour trouver le jouet le plus bruyant et le plus clignotant possible. Il avait été récompensé d'un grand rire du petit garçon, ravi.
« Malfoy ?! Enfin, je veux dire, Draco… » S'exclama Hermione Granger, en ouvrant la porte, un peu échevelée.
« On dirait presque que tu as l'air surprise, Granger, c'est pourtant toi qui m'as demandé de venir… » Grinça Draco. « J'ai quitté une réunion très importante, figure-toi, alors si on pouvait faire vite... »
« Oui, excuse-moi, entre. C'est juste que je ne t'attendais pas si tôt, avec les transports en commun… » Bafouilla-t-elle en se décalant pour le laisser passer.
« J'ai transplané. » Répondit-il simplement.
« Oh. Enfin, je veux dire, c'est génial, tu dois être ravi de retrouver tes pouvoirs. Je suis vraiment contente… » Se reprit-elle.
« Epargne-moi ton couplet, Granger, et dis-moi ce qui ne va pas. » Balaya-t-il de la main. « Où est Potter, d'abord ? » Ajouta-t-il en s'agaçant.
Il fouilla le rez-de-chaussée du regard. Le salon était faiblement éclairé et il pouvait voir des manuels étalés çà et là sur la table basse et au sol. Sans doute Granger qui révisait. Il voyait mal Potter s'adonner à ce genre d'activités. La cuisine était plongée dans le noir, et il n'entendait aucun bruit à l'étage.
« Eh bien, c'est-à-dire que… » Commença la jeune femme, mal à l'aise.
Elle passa devant lui pour s'assoir sur le canapé du salon et referma un ou deux ouvrages. Sur le dos de l'un d'eux, il pouvait lire : Réglementation internationale relative aux créatures magiques et peuples assimilés. Tout un programme. Il ne pouvait s'empêcher d'en être amusé. Il aurait dû se douter que Granger n'abandonnerait pas si facilement son idée de S.A.L.E. Une vraie tête de botruc quand elle le voulait. Il prit un fauteuil en face d'elle et posa les coudes sur ses genoux, se penchant en avant.
« Ecoute, Granger. J'étais avec des amis très chers en train de fêter un événement important. Alors si tu pouvais te dépêcher de m'expliquer ce que je fiche là, ça m'arrangerait. » Demanda-t-il en tentant de conserver son calme.
« Je… Harry ne voulait pas que je t'en parle, mais… Oh et puis zut, c'est idiot, je ne vois pas pourquoi il veut le cacher, tout le monde est au courant. Sa vie entière est étalée dans la Gazette. Ginny l'a invité à dîner, au restaurant, ce soir. Ce n'était pas prévu, mais… enfin ça n'est pas facile pour eux en ce moment. C'est un peu le dîner de la dernière chance pour lui. »
« Et ? En quoi la vie amoureuse de Potter me concerne ? » Fit-il, haussant un sourcil, réprimant son dégoût face à l'idée qui se formait dans sa tête de Potter et de la Weasley dégoulinant d'amour au restaurant. Eurk. Un cauchemar.
« Il a débarqué chez moi pour me demander de garder un œil sur Teddy cette nuit, mais la bibliothèque sorcière organise une nocturne ce soir, et il y a un certain nombre de livres que je dois absolument consulter avant mes partiels de la semaine prochaine… S'il m'avait prévenue avant, j'aurais pu m'organiser pour les examiner hier, mais je comptais sur cette ouverture exceptionnelle pour réviser… J'ai essayé de réviser un peu sans, mais ils me sont vraiment indispensables, je ne peux pas me permettre de rater mes examens, tu comprends ? » Expliqua-t-elle, désespérée.
Elle farfouilla dans ses affaires pour en sortir un parchemin sur lequel étaient inscrits les noms d'une dizaine d'ouvrages au moins. Draco leva les yeux au ciel. Granger était vraiment un cas spécial. Il aurait mis sa baguette au feu qu'elle aurait un optimal à tous ses examens – ce qui n'était pas peu dire puisqu'il venait à peine de la retrouver –, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de paniquer comme si elle n'avait rien révisé du tout. A croire que ses années à Poudlard n'avaient pas amélioré sa confiance en elle.
« Et Andromeda ? Elle ne pouvait pas s'en occuper ? »
« Elle a déposé Teddy tôt cet après-midi, juste avant que Ginny ne transplane ici, en fait. Je ne l'avais jamais vue aussi furieuse, je crois qu'elle avait beaucoup à reprocher à Harry. Ginny, pas Andromeda. Enfin bref, elle est partie rejoindre une amie en France, par portoloin. Andromeda, pas Ginny. Elles avaient une sorte de réunions d'anciennes élèves de Serdaigle, dans le Sud. » Bafouilla la jeune femme, rassemblant ses affaires au fur et à mesure, fourrant ses parchemins et ses plumes dans un grand sac.
Draco ne se donna pas la peine d'évoquer Ron Weasley. S'il se souvenait bien, l'exécrable rouquin était en voyage en Europe de l'Est pour la coupe de Quidditch. Sans compter qu'il ne le voyait absolument pas s'occuper d'un enfant de cet âge. Il allait le leur casser. Pas question qu'il laisse la crevette entre ses mains.
« Très bien. Je vais le faire. Je vais garder ce satané môme. Mais tu diras à Potter qu'il m'en doit une. Et toi aussi. » Soupira Draco.
« Super ! C'est vraiment génial ! Merci Malf… Draco ! » S'exclama-t-elle, relevant la tête. Il vit dans son regard un tel soulagement qu'elle était prête à lui sauter dessus pour l'embrasser. Peuh. Très peu pour lui.
« Ça va, ça va. Pas la peine de t'exciter comme ça. » La repoussa-t-il.
« Tu verras, tu n'as presque rien à faire. Teddy s'est endormi il y a une demi-heure, environ. Je lui ai raconté un conte de Beedle le barde. Normalement il ne devrait pas se réveiller. Je reviendrai demain matin si tu veux, vers huit heures et demie, pour te remplacer. »
« Potter ne risque pas de rentrer ? Je ne voudrais pas qu'il me stupéfixie de surprise… » Grimaça-t-il.
« Non, je pense qu'il ira dormir chez Ginny. Elle a dû lui faire le coup de la nuisette rouge sous les vêtements. » Répondit la jeune femme machinalement, finissant de ranger ses affaires. Soudain, elle s'arrêta et porta la main à sa bouche, les yeux écarquillés. « Oublie ce que j'ai dit ! »
Draco éclata de rire.
« Non, vraiment, ce n'est pas drôle, ne répète à personne ce que je t'ai dit ! Ginny me tuerait si elle apprenait que j'en ai parlé… » Fit-elle en lui donnant un coup de poing dans le bras.
« D'accord, d'accord. Je serai muet comme une tombe. » S'inclina-t-il, encore secoué par les rires, levant les mains en signe de reddition.
« Bon. Je crois que j'ai tout. » Conclut-elle en tournant sur elle-même pour observer le salon. « J'y vais. Ne fais pas de bêtises ! Je reviens dès demain. » Fit-elle avant de disparaître dans la cheminée, emportant des flammes vertes à sa suite.
Draco resta un instant figé devant la cheminée où Granger venait de disparaître. Cette fille était stupéfiante. Hystérique. Et à la fois terriblement autoritaire. Sans parler de son apparence brouillonne. Il ne s'y ferait jamais. Et pourtant, en faisant la connaissance de Pansy quelques dizaines d'années plus tôt, il avait été persuadé qu'il ne rencontrerait jamais personne comme elle. Voire pire qu'elle. Il était sûr qu'il avait survécu à ce qu'il y avait de plus dingue en matière de femmes. C'était dire.
Il s'assit sur le canapé désormais libéré et souffla bruyamment. Voilà que sa soirée de beuverie entre amis s'était transformé en baby-sitting d'un môme qui n'était même pas le sien. Lui-même se serait bien gardé d'en faire à qui que ce soit. Mais il devait admettre que le petit Teddy Lupin avait quelque chose d'attendrissant, même pour un cœur dur comme le sien. Il était certain que son père aurait trouvé qu'il était une honte pour leur famille, surtout de par ses origines, mais sa mère l'aurait sans doute trouvé aussi adorable que lui. Il n'avait jamais osé lui proposer de le rencontrer. A vrai dire, il n'avait pas proposé à sa mère de sortir de son Manoir depuis un bon moment. Elle semblait si distante, si effacée, même après toutes ces années. Il osait à peine l'effleurer de la main, pour s'assurer qu'elle était encore réelle. Il soupira et secoua la tête. Ce n'était certainement pas le moment de penser à ça.
Il se releva brusquement et sortit du salon pour se diriger vers la cuisine. Il fouilla dans quelques placards, pour enfin trouver une tasse un peu éméchée, et une bouilloire. Comme un moldu, il remplit doucement celle-ci d'eau du robinet, avant de la mettre sur la gazinière. Encore heureux que Potter ait daigné ajouter tous les équipements moldus à sa maison, sans quoi il aurait été obligé de sacrifier son premier sort pour un bête réchauffement d'eau. Après avoir fouillé dans plusieurs armoires imposantes, découvert un réfrigérateur, il sortit un sachet de thé qu'il laissa infuser quelques minutes dans sa tasse. Un peu mal à l'aise, il s'installa sur l'un des deux grands bancs qui longeaient une table de bois immense. Il pouvait aisément imaginer l'ensemble des membres de l'Ordre du Phénix installés à cette table, partageant leurs stratégies pendant que lui-même tentait de survivre au manoir.
Les deux premières heures de sa garde passèrent lentement. Il resta au rez-de-chaussée, faisant des allers-retours entre le salon et la cuisine. Avec cette histoire, il n'avait pas dîné, et s'était donc préparé un sandwich avec ce qu'il avait pu trouver. Il avait vaguement regardé la télévision, avant de s'intéresser à la bibliothèque de Potter, planquée dans un coin de son salon. Il s'était attendu à trouver des romans qu'on pouvait lire sur le canapé, au coin du feu. Il n'y trouva que des ouvrages de l'école des aurors. Apparemment, Potter en avait truffé sa maison. Il feuilleta un instant Sorts défensifs à l'usage de l'auror expérimenté, survola Camouflage, filatures : les pièges de l'examen, avant de s'arrêter sur Potions de grands pouvoirs.
Il s'installa confortablement sur le canapé pour lire. Page après page, il se passionna pour ce qu'il lisait, et se remémora les cours de Potions enseignés par son parrain. Des années qu'il n'avait pas touché à un seul chaudron, et pourtant, il sentait des fourmis dans ses doigts à l'idée de s'y remettre. C'était quelque chose qu'il avait oublié, à force. Sa passion pour les potions et autres philtres. Il avait pensé s'inscrire à l'université de Droit Magique, dans un pays étranger, afin de recommencer une nouvelle vie, mais à présent il hésitait. Le meilleur institut de Potions se trouvait à Londres. Cela voudrait dire affronter tous ses démons, une fois encore. Persister à construire un nouveau départ dans la ville qui l'a haït si fort. C'était un pari risqué, dont il n'était pas sûr de sortir indemne. Ses pensées vagabondèrent entre cette question et le livre de potions fascinant qu'il lisait. Il faudrait qu'il demande à Potter s'il pouvait le lui chiper. Autrefois, il aurait pu l'acheter lui-même, en couverture reliée d'une peau de dragon rare et bordures d'or, mais aujourd'hui, il devrait se contenter de l'emprunter à son meilleur ennemi. C'était mieux que rien, après tout, pensa-t-il.
Une sirène retentit soudainement dans la pièce. Le jeune homme sauta hors du canapé et dégaina sa baguette, un air féroce sur le visage. Si quelqu'un tentait d'entrer par effraction dans la maison de Potter, il aurait un adversaire avec lequel en découdre. Avec ce qu'il avait vécu, il avait développé des réflexes pour le moins surprenants, mais qu'il ne pouvait contrôler. Il conserverait sans doute un moment cette attitude de qui-vive constant. Il resta dans cette position durant quelques minutes pour finalement s'apercevoir que personne ne cherchait à entrer par effraction. Pourtant, la sirène continuait toujours de fonctionner. Ce bip-bip lui portait sur le système. Il fouilla alors à droite, à gauche, avant de découvrir, sur un guéridon, un petit objet en forme de talkie-walkie, s'il se souvenait bien de sa vie chez les moldus. C'était sans doute Granger qui avait amené ça chez Potter. Et il n'avait aucune foutue idée de comment cela fonctionnait.
Il appuya sur un peu tous les boutons avant de réussir à finalement l'éteindre. A côté de la machine de malheur se trouvait un court parchemin. Il le prit pour le lire, bien décidé à comprendre ce qui venait de se passer. Il s'agissait d'une notice, apparemment écrite de la main de Granger, qui expliquait que le « babyphone magique » puisque tel était son nom, se déclencherait dès qu'il y aurait un bruit dans la chambre du petit Teddy, que cela soit un pas sur le plancher ou des pleurs de l'enfant. Il était apparemment réglé pour distinguer ces cas d'une simple peluche qui tombait au sol et permettait à Potter de savoir quand son filleul avait besoin de lui. C'était assez ingénieux, il devait l'avouer. Il reposa le parchemin et le boitier sur le guéridon avant de se diriger vers les escaliers. S'il avait bien compris, cela signifiait que la crevette ne dormait plus, et il était apparemment de son devoir, en tant que nounou de secours, d'aller le rassurer. Il espérait simplement que le petit garçon ne lui poserait pas encore une question à laquelle il n'avait pas de réponse. Il détestait se sentir impuissant face à ses grands yeux innocents.
Il monta hâtivement les marches, quatre à quatre, maudissant Potter et Granger de l'avoir mis dans cette situation. A pas de loup, il poussa la porte de la chambre de son petit-cousin, pour l'entrouvrir. Peut-être que le gadget s'était allumé pour rien. Après tout, les défaillances techniques existaient – depuis qu'il était dans le monde moldu, il en avait fait maintes fois l'expérience – et Granger était peut-être la meilleure sorcière de sa génération mais elle n'était pas infaillible. S'il retrouvait le petit en train de dormir, il promettait de lui passer un savon digne de sa baguette. Il n'eut pas le temps de pousser plus loin la réflexion de sa vengeance.
« Qui c'est ? » Demanda faiblement le petit garçon, encore enroulé dans sa couverture. Sa veilleuse en forme de petit fantôme projetait des ombres bleutées sur son visage. « Tata Mione ? »
Draco entra tout à fait dans la chambre et s'approcha près du lit.
« C'est moi, crevette. Granger est partie travailler à la bibliothèque. Elle m'a demandé de te garder. Que se passe-t-il ? »
Il s'assit au bord du lit alors que le petit garçon lui faisait de la place.
« Je n'arrive pas à dormir. » Bougonna l'enfant.
« Tu as essayé de compter les botrucs ? »
« Mais… il n'y a pas de botrucs ici… Parrain m'a dit qu'il avait tout nettoyé pour qu'aucune créature ne me fasse du mal. » Fronça des sourcils le garçonnet.
« C'était une expression. » Sourit Draco. « Est-ce que tu veux que je te lise une histoire ? » tenta-t-il alors.
Il ne savait pas trop comment y faire avec les enfants qui ne voulaient pas dormir. A vrai dire, c'était la première fois qu'il se retrouvait dans un tel cas de figure. Son père à sa place aurait très certainement ordonné à l'enfant de s'endormir s'il ne voulait pas avoir une grosse punition à son réveil. C'était après tout ce qu'il avait fait avec lui durant toute son enfance. A tel point que Draco avait souvent fait semblant de dormir lorsqu'il passait dans sa chambre pour vérifier. Se blottissant dans ses couvertures et ralentissant machinalement sa respiration.
« Tante Hermione dit qu'on ne doit pas… » Bougonna le petit garçon.
« Oh. Eh bien, je suppose qu'il faut suivre ses recommandations. » Grimaça le jeune homme.
Il n'aurait sans doute jamais avoué devant Granger une telle chose. Suivre les règles était exactement le genre de la jeune femme, quoi qu'elle ait pu faire dans son adolescence qui contrevienne aux règles de Poudlard. Par définition, c'était donc le contraire de ce qu'il avait envie de faire. Draco avait passé toute son enfance à assimiler qu'il était au-dessus des règles, qui n'étaient faites que pour les faibles. Et il n'avait pas été à un caprice près, malgré la peur panique que lui inspirait son père.
Cependant, il devait avouer que ça n'était pas l'image qu'il souhaitait donner au petit garçon. Ces années l'avaient fait réfléchir, et se remettre en question. Certains trouveraient ça sans doute stupide mais Draco Malfoy s'était transformé, au fil de sa peine. S'il conservait le masque de froideur qui faisait sa marque de fabrique et le protégeait du monde extérieur, il avait appris à devenir plus humain.
Il aurait pu vouloir se faire passer pour le cousin enchanteur comme lorsqu'il avait emmené Teddy dans sa chambre l'année précédente pour laisser Potter ranger le petit train à propos duquel il l'avait grondé. Mais il voulait que la crevette grandisse correctement. Ai une vie normale. Enfin tant était qu'on puisse avoir une vie normale en arborant ces affreux cheveux bleus et en ayant Potter comme parrain. Bref. Les règles étaient les règles. Et il était important d'apprendre à les respecter. Cela lui aurait très certainement valu un grand nombre d'ennuis en moins lorsqu'il était plus jeune.
Il sentit le petit garçon bouger dans son lit, maladroitement, engoncé. Il se leva alors pour lui laisser plus de place, et s'accroupit sur le sol. Alors qu'il allait passer une main dans ses cheveux, il remarqua un détail qui le chiffonnait. Le doudou en forme de requin bleu de la crevette était par terre, à moitié sous le lit. Il fronça des sourcils, et se pencha pour le ramasser.
« Pourquoi est-ce que ton doudou est par terre ? Tu n'en veux pas pour dormir ? » Demanda-t-il doucement à Teddy.
Ce n'était pas que ça le dérangeait, mais un peu quand même. Draco Malfoy avait horreur du bazar et son appartement était très certainement un modèle d'ordre et de rangement. Chaque chose avait une place bien définie. Et cette peluche n'avait certainement rien à faire à terre.
Le petit garçon remua encore plus dans son lit. Il ouvrit puis referma la bouche, hésitant à délivrer sa pensée.
« Tu peux me le dire tu sais, je ne vais pas te disputer… » Le taquina le blond.
« Il ronfle. Ça me dérange pour dormir. » Avoua finalement Teddy. « C'est lui qui m'a réveillé. Je l'ai grondé, mais il n'a rien voulu entendre… Il dit que ça n'est pas de sa faute. »
Le jeune homme écarquilla les yeux. Il n'arrivait pas à y croire. Ce n'était qu'une peluche par Merlin, comment voulait-il qu'elle ronfle ? Pourtant, il avait pris un air grave pour le lui annoncer. Et il lisait son embarras sur son visage. Il lui semblait que c'était la peluche préférée du petit garçon, dont il ne se séparait jamais. Il soupira. C'était un problème de taille auquel il faisait face. Il se voyait mal prouver à la crevette qu'il était impossible que son doudou émette des borborygmes. A cet âge, il développait un imaginaire riche, fourmillant d'hypothèses et de convictions plus farfelues les unes que les autres, qui lui permettaient de mieux affronter la réalité. Qui était-il pour bouleverser ses certitudes, lui enlever ses repères, et vouloir rationaliser sa pensée ? Teddy avait déjà une vie bien assez compliquée comme ça, trimballé entre différents foyers, devant faire face à l'absence de ses parents. Il fallait qu'il trouve une autre solution pour mettre au petit de dormir.
Il fouilla dans son esprit à la recherche d'une solution lorsque celle-ci s'imposa à lui. Evidemment. Il prit un air doux pour rassurer son petit cousin, inquiet de s'être confié sur son problème, et entra dans son jeu.
« Mmm. Effectivement, c'est un problème. Je te comprends, je déteste dormir à côté de quelqu'un qui ronfle. Je suis sûr que Potter ronfle comme un sonneur, par exemple. »
L'expression fit rire le petit garçon. Draco sentit son sourire s'agrandir. Il avait presque réussi.
« Que dirais-tu alors de lancer un sort de silence sur ce requin malpoli ? Je pense que c'est exactement le traitement qu'il lui faut. » Renchérit-il.
« Ça ne lui fera pas mal ? » S'inquiéta le petit.
« Pas du tout. Cela va t'empêcher de l'entendre ronfler, mais lui pourra faire sa nuit tranquillement, avec toi. Tu pourras le remettre dans ton lit. » Répondit-il doctement.
« Ça va alors. » Soupira la crevette, visiblement soulagée.
« On fait comme ça alors ? »
Le petit opina du chef. Très cérémonieusement, Draco Malfoy sortit sa baguette de sa manche, demanda à Teddy de lui tenir l'animal récalcitrant et posa la pointe de sa baguette sur la tête du requin. Prestement, il lança la formule salvatrice, un silencio. Puis il rangea sa baguette, et se releva en époussetant ses genoux.
« Tu devrais mieux dormir maintenant. Je suis en bas pour veiller sur toi. Et je ne veux plus entendre un bruit, d'accord Requin ? » Fit-il en bordant la couverture du petit sorcier pendant que celui-ci se blottissait au fond de son lit, serrant à pleines mains sa peluche.
Il passa une main dans les cheveux du petit garçon, mal à l'aise avec des démonstrations d'une affection réelle, mais dont il ne maîtrisait pas les codes. Sur la pointe des pieds, il traversa de nouveau la chambre, dans l'autre sens, et ferma précautionneusement la porte. Une fois qu'il eut effectué quelques mètres sur le palier pour s'éloigner un peu, il soupira de soulagement. Si on lui avait dit que les enfants étaient bien plus compliqués que les pires crises diplomatiques. Et pire encore, qu'il utiliserait son précieux premier sort contre un bête requin fait de polyester et de rembourrage. Ses amis n'allaient jamais le croire. Il passa une main sur son visage, las. Il serait raillé jusqu'à la fin de ses jours. Mais cela en valait la peine. Il descendit les escaliers en souriant pour finir sa nuit dans le canapé du salon. Finalement, il ne gérait pas si mal que ça les enfants.
