Note d'auteur :Aaah, je suis vraiment une mauvaise fille… Je n'ai pas touché à mes autres fics (et en particulier Ginger la Légende) et me suis concentrée sur celle-ci. Mais je m'amuse tellement à l'écrire ! Le fait que je sois une obsédée des bassistes gauchers, drogués et liverpuldiens des années soixante n'y est sans doute pas pour rien.
J'ai donc écrit une suite à ce qui devait être un OS… Et il y aura encore une suite à ce chapitre ! (Nécessairement. Vous comprendrez à la fin.) Ce chapitre n'est pas aussi marrant que le précédent, désolée. Mais je pense que celui d'après (pas encore commencé) sera nettement mieux sur ce plan-là !
Je réponds aux gens qui n'ont pas de compte ici, en les remerciant pour leurs reviews :
- Amawall : Sois pas trop triste pour McCartney :) Et pour le truc du tutoiement/vouvoiement : le tutoiement existe bel et bien en anglais ! C'est une forme peu usitée, au lieu de dire « you » on dit « thou ». … bon ok d'accord, je l'admets, c'est vieillot de dire « thou ». Mais ça existe ! (Je n'ai jamais aimé admettre que j'avais tort...)
- Laura : Dit comme ça, c'est sûr que c'est bizarre de voir Poppy à 20 ans dans une bagnole :) Contente que ça t'ait plu !
Sur ce, bonne lecture :)
Come Together
Après l'examen, je ne pensais plus du tout à Paul McCartney. Pendant dix jours, je n'eus qu'une chose en tête : mon examen et mes résultats. Comprenez : c'était l'examen de ma vie, celui qui me donnerait ou non mon diplôme d'infirmière. Après, j'avais l'intention de postuler à Sainte-Mangouste, ce qui était le « must » pour une infirmière sorcière vivant au Royaume-Uni.
Enfin, pas tout à fait. Le meilleur du meilleur, c'était de travailler à Poudlard. C'était éreintant mais très bien payé et l'infirmière était logée. Mais celle qu'ils avaient en ce moment était en bonne forme. Elle n'avait pas besoin de remplaçante. Je visais donc le possible : infirmière à Sainte-Mangouste. Pour cela, il me faudrait les meilleurs résultats de ma promotion, à l'examen mais aussi à mes diplômes reçus à Poudlard, à savoir les BUSES et les ASPICS.
Et surtout, il faudrait que j'entre dans la bande de Penny Salsbury.
Pénélope Salsbury était la fille du directeur des ressources humaines de Sainte-Mangouste. Et tout le monde dans le milieu infirmier savait qu'elle constituait le seul et unique tremplin pour travailler à l'hôpital. Elle réservait les meilleurs métiers à ses plus proches amis. Puis elle proposait les dossiers de ses amis à son père, et il choisissait alors parmi ces dossiers. Tout le monde avait conscience du trafic et en particulier Penny Salsbury.
Je ne connaissais Penny que de nom mais j'avais beaucoup entendu parler d'elle. C'était une fille manipulatrice, légèrement superficielle, mais diablement intelligente. Elle était capable de briser une carrière comme de la faire bondir. La règle d'or avec elle : ne jamais la contrarier. Lorsque j'avais appris tout cela, je m'étais révoltée mais je dus m'y faire. Il semblait parfois que toute notre société était corrompue, et il était plus simple de se ranger du côté du reste de la population que de lutter contre le courant. Je me détestais d'être aussi grégaire mais je n'y pouvais rien. Je n'avais ni la force ni le courage de combattre.
Ainsi, à partir de la seconde où je transplanais de mon centre d'examen jusque chez moi, je ne pus fermer l'œil. Dix jours d'insomnie. Une horreur. Je faisais les cent pas, seule dans mon petit appartement, à me dire que j'avais raté mon examen, que je n'avais pas de si bon résultats à mes ASPICS après tout, que jamais je ne réussirais à devenir amie avec Penny Salsbury, etc. Je perdis cinq kilos à cause du stress et de l'anxiété. Et puis, finalement, le 25 mai, un hibou toqua à ma fenêtre. Tremblante, je le rejoignis et détachai la missive de sa patte.
C'étaient mes résultats.
Cinq minutes plus tard, mon voisin du dessous toquait à ma porte. C'était un vieux monsieur ronchon et qui n'aimait pas le bruit. J'ouvris la porte et le serrai fort dans mes bras sans cesser de pousser des petits cris de joie.
- Mais… ! Mademoiselle !
- Je l'ai eu, je l'ai eu, je l'ai eu ! chantonnai-je. Je vais être infirmière ! Je vais y arriver !
Il redescendit chez lui sans demander son reste et je continuai de danser chez moi, avec la RITM à fond. Puis je me précipitai sur ma cheminée et j'appelais toute ma famille. Enfin, épuisée, mais heureuse, je rejoignis mon lit et je dormis quatorze heures d'affilées.
Quand je me réveillai, c'était à nouveau avec l'angoisse au ventre. Il fallait maintenant que j'entre dans le cercle très fermé de Penny Salsbury, et ce serait encore plus difficile que réussir haut la main mon examen comme je l'avais fait. Je savais qu'elle organisait une fête demain soir, et il faudrait d'abord que j'obtienne le droit de m'y rendre.
Je pris une douche, me coiffai, m'habillai, mangeai un morceau et sortis de chez moi. Il faisait beau, nous étions presque en juin et une légère brise caressait mes cheveux. Je marchai cependant à pas pressés. Où pourrais-je trouver Penny Salsbury ? Elle faisait probablement les boutiques, à cette heure-ci de la journée. Peut-être la trouverais-je chez Mme Guipure, la nouvelle couturière du Chemin de Traverse ?
Bingo. Depuis l'extérieur du magasin, je la vis, à travers la vitrine, essayer une très jolie robe et tournoyer pour la faire voler autour de ses longues jambes fuselées. Derrière elle, une armée de filles qui avaient passé leur examen avec moi il y a dix jours lui chantaient ses louanges. J'étais en retard, visiblement.
Je rentrai dans le magasin et me mis au milieu du groupe de nouvelles infirmières.
- Et celle-là, comment la trouvez-vous ? fit Penny en sortant une autre robe d'un portant.
- Oooooh, se pâmèrent toutes les filles.
- Je ne sais pas si ça t'irait… commençai-je.
Toutes les têtes se tournèrent vers moi, choquées. Y compris celle de Penny. J'avais son attention.
- Elle est très jolie, c'est vrai, continuai-je, mais je préfère celle que tu portes. Elle met tes yeux bleus en valeur et allonge tes jambes. Celle-là te donnerait l'air d'un nain. Ce serait dommage.
Penny Salsbury regarda la robe qu'elle avait dans la main, puis se tourna vers un miroir pour observer celle qu'elle portait. Elle fit la moue pendant un moment, pesant le pour et le contre, et dit finalement :
- Tu as raison. Merci de m'avoir conseillée. Comment tu t'appelles ?
- Poppy, répondis-je, ravie. Poppy Pomfresh.
- Tu viendras à ma fête demain soir, n'est-ce pas ? J'invite des anciens de Poudlard. Tu trouveras peut-être certains de mes amis ?
Et peut-être mon futur métier ?
- Oh, merci beaucoup, dis-je en ignorant les regards noirs des autres infirmières qui, semblait-il, n'avaient pas été invitées. Oui, je viendrai, bien sûr.
Je tremblais presque d'émotion quand elle me tendit le carton d'invitation.
- Il faut venir accompagnée, Poppy, grinça une des filles de ma promotion. Tu as un petit-ami, j'espère ?
Une autre infirmière ricana. Je n'avais jamais eu de petit-ami. Vieux jeu ? Peut-être. D'habitude ça ne m'embêtait pas. Mais là, ça compromettait cruellement mon avenir.
- Bien sûr, j'en ai un, dis-je d'une voix tremblante.
- Et comment s'appelle-t-il ?
Je vous avais parlé de cet accès de folie, il y a dix jours, quand j'avais appuyé comme une malade sur l'accélérateur d'une voiture ? Hé bien, ces accès de folie étaient de toute évidence récurrents. Car seule la folie pouvait expliquer ma réponse.
- Il s'appelle Paul.
OoOoO
Il ne me restait plus qu'une chose à faire. Trouver un garçon qui accepterait de s'appeler « Paul » pour une soirée et de m'accompagner. Je n'avais pas l'intention d'aller chercher Paul McCartney. Il était gentil, certes, mais d'une : il était moldu, et de deux : il m'avait oubliée. Pendant ces dix jours d'angoisse, j'avais tout de même pensé à passer au bureau des Oubliators pour leur demander de passer chez Paul McCartney pour lui faire oublier les sorciers. J'étais tombée sur une camarade de Poudlard, Prudence Paddington, et elle m'avait promis de s'en occuper elle-même. Cela m'avait un peu inquiétée – Prudence était tellement tête-en-l'air – mais je n'avais rien dit, de peur de la vexer.
Bref, le lendemain matin j'avais acheté une jolie robe et de belles chaussures assorties mais je n'avais pas trouvé de garçon à mettre à mon bras. Pour me changer les idées – et peut-être en trouver une en chemin – je décidai de me promener dans Londres. Très vite, le Chemin de Traverse me parut étouffant et je passai de l'autre côté du mur du Chaudron Baveur pour me retrouver côté moldu.
Les Moldus resteraient toujours, pour moi, des créatures étonnantes. Tout ce qu'ils avaient inventé pour pallier à l'absence de magie était inimaginable. Les voitures… le téléphone… mais le plus étonnant c'était les avions. Quelle persévérance ! Construire un si gros engin alors que nous, les sorciers, nous contentions d'un simple balai !
Mes pas me guidèrent devant une boutique de vêtements à la mode que je ne connaissais pas. Comme je n'avais rien de mieux à faire, j'entrai.
Je fonçai de ce fait dans quelqu'un qui sortait, et je tombai par terre en même temps que l'autre client avec tous ses sacs.
- Oh, je suis désolée, monsieur… commençai-je avant de lever la tête vers son visage.
C'était Paul McCartney.
Déguisé, en fait. Il portait une barbe et un chapeau enfoncé jusqu'au niveau des yeux, mais je n'avais pas oublié son regard marron, chaleureux et jovial.
Que faire ? Je ne devais pas avoir l'air de le reconnaître, il ne devait pas se souvenir de moi. Mais d'un autre côté il semblait être célèbre côté moldu, alors devais-je faire semblant de le reconnaître ? Ou pas, parce qu'il était déguisé ?
- Poppy ? s'exclama-t-il, stupéfait.
Mémo personnel : penser à remercier Prudence pour tout le bon travail qu'elle fait.
- Vous vous souvenez de moi, remarquai-je assez inutilement.
- Bien sûr ! s'écria-t-il avec un immense sourire en m'aidant à me relever. Comment peut-on oublier une sor…
- VOULEZ-VOUS que je vous aide à ramasser vos sacs ? m'empressai-je de dire en lui lançant un regard suppliant.
J'avais attiré l'attention de la moitié du magasin avec ma question stupide vu qu'il les avait déjà tous ramassés, mais au moins personne ne l'entendit dire « sorcière ».
- Vive la discrétion, sifflai-je.
- Je peux t'inviter à prendre un café ?
- Non merci. Vous êtes sensé m'avoir oublié, d'accord ?
- Tu me vouvoies à nouveau ?
- On ne se connaît pas, murmurai-je avant de sortir du magasin d'un pas vif.
Il me rattrapa aussitôt.
- Je ne t'ai pas oubliée, continua-t-il en marchant à côté de moi. Tu as oublié d'envoyer tes sorciers ? Ou alors… tu ne voulais pas que je t'oublie ! C'est ça !
- Ni l'un ni l'autre, grimaçai-je. La personne qui devait vous ensorceler pour vous faire oublier a… oublié de le faire.
Il éclata de rire et je lui lançai un regard noir.
- Ca n'a rien de drôle.
- Tu n'es vraiment pas contente de me revoir ? poursuivit-il.
- Non, répondis-je franchement. J'ai des problèmes en ce moment et j'aimerais pouvoir les régler au plus vite. Et ça ira plus vite quand je serai seule !
- Dis-moi tout.
- Non.
- Alleeeez… Après je te laisse tranquille. Promis.
Je lui lançai un regard blasé. Je sentais bien qu'il ne me laisserait certainement pas tranquille après.
- Tu sais, j'ai attendu toute la journée devant ton centre d'examen, après, continua-t-il. Tu n'es pas sortie. Je mérite bien de savoir, non ? J'ai perdu une journée entière pour toi !
- Je ne vous avais pas demandé de m'attendre, rétorquai-je.
Mais je fus prise de pitié quand même. Peut-être à cause de ces grands et tristes yeux marron de petit garçon… Raaah ! Je me déteste !
- Bon, vous voulez savoir ? dis-je d'un ton bourru. Très bien. J'ai passé mon examen d'infirmière. Je l'ai eu. Et maintenant, je veux travailler à Sainte Mangouste. Mais…
- Où ça ?
- L'hôpital Sainte-Mangouste, pour maladies et blessures magiques, récitai-je. Ce qu'il y a de mieux pour une infirmière. Mais comme le DRH est corrompu, il faut que je devienne amie avec sa fille pour avoir une chance d'être engagée. J'ai réussi à être invitée à sa fête de ce soir, mais je dois venir avec un cavalier. Et je n'en ai pas.
- C'est scandaleux, de devoir passer par ça pour trouver un métier.
- Je n'y peux rien.
Il garda le silence un instant. Puis ses yeux s'illuminèrent. Je savais déjà ce qu'il allait dire.
- Tu n'as qu'à y aller avec moi !
- Hors de question.
- Pourquoi ?
- Parce que, d'une, vous êtes moldu, et de deux, je ne vous connais pas !
- Mais si, tu me connais, sourit-il.
Je le fusillai du regard. Une fois de plus, cela ne sembla pas le déranger.
- Trois bonnes raisons d'y aller avec moi, dit-il d'un air professionnel : d'une, tu me connais. De deux, je veux bien jouer le jeu. De trois, je suis célèbre et ça pourrait impressionner cette fille…
- Personne ne vous connaît dans le monde sorcier, McCartney, dis-je froidement. Je n'ai jamais entendu une seule de vos musiques.
Mais ce qu'il venait de dire m'avait fait réaliser trois choses. D'une, je n'avais pas vraiment d'autre choix que lui comme cavalier. De deux, le choix en question était conciliant et acceptait de se faire passer pour mon petit ami. De trois, le choix était plutôt canon et ça, en revanche, ça pouvait jouer pour me faire passer pour une fille du genre de Penny : le genre qui ne voulait que le meilleur du meilleur pour soi-même.
Je levai les yeux vers lui. Il souriait largement.
- Je t'ai convaincue, hein ?
- Arrêtez de me tutoyer.
OoOoO
J'avais donné rendez-vous à Paul chez lui. Après m'être habillée, maquillée et préparée, je descendis donc au bas de mon immeuble et transplanai directement dans son entrée. Tout était exactement comme la dernière fois : mal rangé et encombré. Je m'assis sur un canapé et attendis calmement son arrivée.
Du moins c'est ce que j'avais projeté de faire. Parce que sur le canapé se trouvait une énorme bête. Peut-être était-ce un chien. Tout ce que je savais, c'est que c'était gros, ça avait l'air méchant et ça me regardait.
Je déglutis.
L'animal aboya et je criai de terreur. Il sauta au bas du canapé et commença à me poursuivre. Je pris mes jambes à mon cou et fis deux fois le tour du salon avec le fauve à mes trousses. Je montai alors les escaliers quatre à quatre, et courus dans le couloir tout en haut. Une porte s'ouvrit devant moi et je me la pris en plein dans la figure. Je tombai par terre en gémissant.
- Poppy ? s'exclama Paul. Mais comment es-tu entrée ?
Je me relevai rapidement et entrai dans la salle qu'il venait de quitter pour m'y enfermer. En regardant autour de moi, je compris que j'étais dans une salle de bains. J'entendis des aboiements derrière la porte : je m'étais réfugiée juste à temps.
- Euh… ça va, Poppy ? cria Paul, de l'autre côté de la porte.
- Ca ira mieux quand cette… chose sera partie, réussis-je à dire.
Il y eut une pause.
- Tu as peur des chiens ?
- Un peu.
Je l'entendis nettement soupirer.
- Je vais enfermer mon chien dans ma chambre. Allez, viens, Martha !
Le chien aboya joyeusement et je les entendis s'éloigner. J'en profitai pour m'approcher d'un objet intriguant de la salle de bain : de toute évidence électrique, l'objet formait un angle droit étrange. Il y avait un trou d'un côté, au fond duquel se trouvait une hélice immobile. Sur l'autre partie de la chose, ce qui ressemblait à un interrupteur était sur la position « off ».
J'entendis toquer à la porte.
- Poppy ? C'est bon, Martha ne t'embêtera plus. Tu peux sortir.
Je rouvris la porte et il entra. Je saisis l'engin électrique :
- C'est quoi, ça ?
- Le séchoir ? Tu n'as jamais vu de séchoir ? s'étonna-t-il.
- Ca sert à quoi ? demandai-je.
- Comme son nom l'indique, à se sécher les cheveux. Regarde…
Il enclencha l'interrupteur et le bruit qui sortit du « séchoir » me fit sursauter de peur. Paul éclata de rire et dirigea la « bouche » de l'objet vers moi. Un vent chaud me fouetta le visage. Pauvre Moldus qui devaient se contenter de ça pour se sécher les cheveux ! Ils devaient en mettre, du temps !
Paul finit par éteindre le séchoir. Avant de sortir de la salle de bain, j'aperçus mon reflet dans le miroir.
- C'est malin ! grondai-je. Je suis toute décoiffée, maintenant !
- Mince alors ! s'écria-t-il d'un air jovial.
Je lui lançai un regard noir. Il me fit un sourire d'excuse, me passa devant et se décoiffa devant le miroir.
- Comme ça on sera deux à être décoiffés.
J'eus envie de me taper la tête contre le mur.
- Je ne crois pas, non. Recoiffez-vous.
Il prit un peigne posé sur le lavabo et entreprit de se coiffer. Quant à moi, je me contentai de lancer un sort à mes cheveux pour qu'ils reprennent leur forme précédente. Quand Paul eut fini, il se retourna vers moi.
- Wow ! Comment t'as fait pour te recoiffer aussi vite ?
C'est alors que je remarquai les vêtements de Paul.
- Vous n'avez pas l'intention de venir habillé comme ça, n'est-ce pas ? demandai-je d'une voix blanche sans répondre à sa question.
- Arrête de me vouvoyer, Poppy. Si on doit faire semblant de sortir ensemble, il vaut mieux qu'on se tutoie. Et où est le problème avec mes vêtements ?
- C'est… un costume rose.
- Et alors ?
- Intégralement rose.
- Qu'est-ce que ça peut faire ?
- Ecoutez, soupirai-je, déjà lassée, je ne sais pas si c'est à la mode chez les Moldus mais le rose n'est définitivement pas une couleur portée par les hommes chez les sorciers.
- Je ne suis pas sorcier, objecta-t-il.
- Oui mais ce soir, vous serez côté sorcier. Alors faites un effort et allez enfiler quelque chose de plus… approprié.
- Et si je n'en ai pas envie ?
Je fermai les yeux en me pinçant l'arête du nez et comptai jusqu'à trois. Puis je rouvris les yeux, sortis ma baguette et changeait son costume en une robe noire classique. Il hurla.
- Vous avez raison, ça ne vous va pas si bien que ça, dis-je simplement.
Je transformai à nouveau sa robe. Elle se changea en un costume noir classique. Il se remit à hurler. J'attendis patiemment qu'il s'arrête de lui-même. Quand il se décida enfin à se taire, il s'observa sous toutes ses coutures.
- Comment… comment as-tu fait ? balbutia-t-il.
- Je suis une sorcière, dis-je simplement.
- Tes sortilèges sont réversibles ?
Je ne répondis pas. J'aimais faire le bien autour de moi et je considérais comme « bien » de faire disparaître de la surface de la terre cet affreux costume rose.
- Si vous êtes prêt, on peut y aller, annonçai-je.
- Comment y allons-nous ? En voiture ?
Cette proposition était tellement incongrue qu'elle failli me faire éclater de rire, mais je me retins. Ce pauvre moldu ne pouvait pas envisager les choses autrement qu'à la moldue, évidemment.
- Non, nous transplanerons.
- Pardon ?
- Nous transplanerons. Du verbe transplaner.
- Et ça veut dire quoi, transplaner ?
J'ouvris la bouche, puis la refermai. Comment décrire l'action de transplaner à un Moldu ?
- Vous allez voir, éludai-je. Donnez-moi la main.
Il me lança un regard faussement énamouré et je levai les yeux au ciel.
- Poppy, ça ne marchera jamais si tu as l'air excédée d'être avec moi.
- Je n'en ai pas seulement l'air.
- C'était méchant.
- C'était le but. Donnez-moi votre main et surtout ne me lâchez pas, vous pourriez vous désartibuler.
- Je pourrais me quoi ?
- Vous préférez ne pas savoir, dis-je sombrement. Votre main.
Il me prit la main, et sans tarder, je transplanai.
Le voyage fut très court mais riche en émotions. Surtout pour Paul. Je l'entendis hurler près de mon oreille et il faillit m'arracher la main tellement il la serrait fort. Une fois arrivés en bas de mon appartement, il tomba à genoux par terre et vomit. Je grimaçai et essayai de lui faire lâcher ma main, en vain.
- Soyez gentil et lâchez-moi, vous ne risquez plus de vous désartibuler, maintenant.
Il leva la tête vers moi. Il était un peu vert. Je me demandai de quoi il aurait eu l'air avec cette tête et son costume rose.
- Vous n'aimez pas beaucoup le transplanage, on dirait, commentai-je.
- Qu'est-ce que… Comment… ?
- Nous avons transplané, expliquai-je. Disparu d'un endroit pour arriver à un autre. Si vous m'aviez lâchée en cours de route, vous auriez risqué de vous retrouver en plusieurs morceaux à plusieurs endroits. Une fois, j'ai dû m'occuper d'une personne désartibulée. Sa tête était à Taïwan, son buste en Russie et ses jambes à Paris. Une drôle d'histoire.
- Quelle horreur, dit Paul d'une voix blanche en pâlissant.
Il arborait alors un teint vert pâle charmant.
- N'est-ce pas. Venez, nous allons marcher un peu.
- Où sommes-nous ? me demanda-t-il en me prenant le bras.
- Sur le chemin de Traverse ! Ouvrez grand vos yeux car c'est la seule et unique fois où vous mettrez les pieds ici.
- Tu ne m'y remmèneras pas ?
- Je n'ai pas l'intention de vous revoir.
- Tutoie-moi. Et ce n'est pas gentil. J'accepte de jouer la comédie et toi, voilà comment tu me remercies !
- Oh, ce n'est pas comme si tu faisais ça par pure générosité, rétorquai-je. Tu es juste curieux de savoir à quoi ressemble le monde sorcier.
- Même pas vrai !
Nous continuâmes de marcher en silence.
- Quel genre de blessures tu soignes ?
Je soupirai et le regardai. Son immense sourire me fit sourire à mon tour, malgré moi.
- Oh, de toutes sortes. Pour commencer, les gens désartibulés… Il y a les blessures faites par les animaux magiques… Les gens brûlés par les dragons… pas beau à voir.
- Qu'est-ce que vous faites des dragons ? me demanda-t-il en regardant la rue tout autour de lui comme un touriste.
- Ce sont des animaux de compagnie, répondis-je naturellement. Un peu comme des chiens. J'ai un dragon, chez moi.
Je me demandai s'il allait avaler ça.
- Woah… fit-il, impressionné.
Je me mordis la lèvre pour ne pas rire.
- Et au fait, je me demandais… Quel genre de musique on écoute chez les sorciers ?
- Pas de la musique moldue.
Il se tourna carrément pour mieux voir la robe d'un sorcier qui rentrait chez lui. Il avait l'air de trouver cela étonnant. Moi, je trouvais encore plus étonnant qu'un homme qui s'habillait avec un costume rose puisse trouver un autre vêtement « étonnant ».
- Mais encore ? reprit-il en tournant à nouveau la tête vers moi.
- Tu as déjà essayé de décrire une musique ?
- Oui, et c'est très difficile.
Je lui lançai un regard glacé. Il ne fit que sourire.
- Alors quel genre de musique joues-tu, Paul ?
- Du rock, déclara-t-il en bombant le torse.
- Connais pas.
- QUOI ?
- Ca va, pas la peine de hurler, marmonnai-je alors que la moitié des piétons se tournaient vers lui. Ce style n'existe tout simplement pas ici, c'est tout. La culture sorcière, c'est une culture différente de la culture moldue.
- Mais alors… vous n'avez pas les mêmes instruments que nous ?
Il avait l'air ravi. Je haussai un sourcil, étonnée de cette réaction.
- J'aimerais tellement apprendre à jouer d'un instrument sorcier, me confia-t-il.
- Dans tes rêves, mon cher, rétorquai-je. Demain matin, tu ne te souviendras même plus de mon existence. Alors tu… Paul ! Reviens ici tout de suite !
Je courus à sa suite. Il avait traversé la rue et s'était arrêté devant une vitrine de librairie. A cette heure-ci, évidemment, elle était fermée. Il lisait les titres des livres tout haut, le nez collé à la vitre :
- « S'occuper de votre goule »… « Chasser les gnomes de votre jardin »… « Comment repousser un géant »… Les géants existent ?
- Bien sûr, quelle question. Est-ce qu'on peut…
- Tu en as déjà rencontré ?
Alors celui-là, quand il avait une idée en tête, impossible de la faire sortir.
- Oui, soupirai-je. C'était pour un stage en France, j'ai dû secourir des sorciers attaqués par une horde de géants. Je n'aimerais pas devoir faire ça une deuxième fois.
Il me regarda avec stupéfaction.
- Quoi ? m'écriai-je, légèrement excédée.
- Tu as combattu des géants…
- Et ?
- Tu as combattu des géants !
- Il y a des gens qui font plus dangereux que ça, répliquai-je alors que nous arrivions enfin à la rue de Penny Salsbury. Les éleveurs de dragons, les joueurs de Quidditch, les…
- Les joueurs de quoi ?
- De Quidditch. C'est un sport qui se joue sur balai. Il y a des morts tous les ans.
- Et il y a encore des gens pour vouloir jouer au… euh… quetsche ?
- Pourquoi pas ? J'ai entendu dire qu'il existait pas mal de drogues mortellement dangereuses chez les moldus. Les gens qui les consomment savent très bien qu'elles peuvent les tuer, et pourtant ça ne les arrête pas.
Il rougit. Touché. (1)
- Vous avez une invitation ? me demanda le sorcier baraqué qui gardait l'entrée quand nous l'atteignîmes.
- Bien sûr, répondis-je en lui tendant le carton.
Il le lut en diagonale puis me le rendit.
- Passez une bonne soirée, dit-il en ouvrant le portail.
- Merci.
Paul et moi passâmes devant lui et traversâmes le jardin devant le manoir illuminé de Penny Salsbury. Le sien. « Si je pouvais me payer un manoir à moi toute seule… » pensai-je avec envie.
L'angoisse commença à naître au creux de mon ventre. Mon avenir se jouait maintenant. Il fallait que je sois parfaite. Et ça allait être difficile avec Paul avec moi.
Nous nous arrêtâmes devant la porte d'entrée. A l'intérieur, la fête battait son plein. Un groupe de musique sorcière jouait très fort. Paul était intrigué.
- Drôle de musique…
La porte s'ouvrit. Derrière se trouvait Susan Brown, l'une de mes meilleures amies de Poudlard. J'étais surprise : je n'aurais pas cru la retrouver ici, et c'était la première fois que je la revoyais en au moins trois ans.
- Poppy ! s'exclama-t-elle avant de me serrer dans ses bras. Ca fait tellement longtemps ! Comment vas-tu ?
- Très bien, et toi ? Je pensais que tu étais à New York !
- Je sais, je sais, mais je suis revenue pour la fête de Penny. C'est l'une de mes plus proches amies.
- Tu rigoles ? m'étouffai-je.
- Pas du tout ! C'est une fille adorable. Tu sais qu'elle a tout fait pour que j'aie ce job de directrice des relations sorcio-moldues à New York ?
- Ca ne m'étonne qu'à moitié, grinçai-je.
- Toi, tu as quelque chose sur le cœur.
- Penny Salsbury a corrompu tout Sainte-Mangouste, avec son père qui est DRH. Seuls ses amis se font embaucher là-bas. Je suis ici pour devenir amie avec elle, et ainsi être infirmière à Sainte-Mangouste.
- Tu as eu ton diplôme ? Félicitations !
- Merci, répondis-je.
Son regard se figea alors par-dessus mon épaule. Elle écarquilla les yeux.
- Poppy… J'ai une hallucination ou c'est Paul McCartney qui t'accompagne ?
Je me tournai vers lui. Celui-ci souriait largement.
- Ah ! Je savais bien qu'il y avait au moins une sorcière qui me reconnaîtrait !
- Poppy, c'est une catastrophe, dit Susan d'une voix blanche. Tu n'aurais jamais dû venir avec lui.
- Pourquoi ? nous écriâmes-nous, Paul et moi.
- Le petit-ami de Penny Salsbury, tu sais qui c'est ? Peter Donovan.
- Donovan ? la repris-je, comprenant où elle voulait en venir.
- Donovan, affirma Poppy. Comme Terrence Donovan.
- Par Merlin, soufflai-je.
- Attendez, je comprends rien, là, s'énerva Paul. C'est qui, ce Donovan ?
- Terrence Donovan est le chef du Parti Ultra-Conservateur de la Magie, expliquai-je. Et son fils Peter en fait partie aussi.
- Et ça veut dire quoi, ça ?
- Qu'il déteste les Moldus.
Un ange passa.
- C'est quoi, le problème, avec les Moldus ? demanda Paul en fronçant les sourcils.
- Je suis sûre que vous pouvez comprendre, Paul, lui dit Susan en tournant à nouveau son regard vers lui, d'un air très professionnel. Chez les Moldus, il y a des problèmes entre les Noirs et les Blancs, n'est-ce pas ? On a des problèmes du même ordre ici avec les sorciers et les Moldus. Certains sorciers pensent que les Moldus leurs sont inférieurs. Nous ne sommes pas tous comme ça. Mais si le petit-ami de Penny est du PUCM, il vaut mieux que ni lui, ni elle, n'apprenne que vous êtes moldu.
- C'est fichu, gémis-je en me prenant le visage dans les mains. Je ne peux pas aller à cette fête. Je ne serai jamais embauchée à Sainte-Mangouste. Mon avenir est fichu !
- Je peux faire semblant d'être sorcier.
Je lançai à Paul un regard noir.
- C'est vraiment pas le moment de faire de l'humour.
- Je ne fais pas de l'humour ! se révolta-t-il.
- Ca peut marcher, argua Susan. S'il fait semblant d'être muet.
- Et s'il sait parler le langage des signes, contrai-je.
- Pas forcément muet depuis toujours, muet à cause d'un accident ménager depuis peu de temps, par exemple. Le genre de mutisme qui passe en deux semaines et qui ne nécessite pas d'apprendre tout le langage des signes.
- Il passerait pour un attardé et Penny ne voudrait jamais de moi à l'hôpital ! Et pire, imagine, si quelqu'un le reconnaît ? On saurait tout de suite qu'il est moldu !
- On peut prétexter une simple ressemblance, ce n'est pas un problème, fit Susan. Il n'y a qu'une solution : vous ne vous quittez pas d'une semelle et vous n'abordez jamais un seul sujet sorcier. Vous détournez les conversations à votre avantage. Par contre, il va falloir changer ce costume, ça fait trop moldu.
Elle dégaina sa baguette et transforma le costume de Paul en une robe sorcière bien coupée. Il fit les gros yeux.
- C'est ce que les sorciers portent, lui dit-elle.
- D'ailleurs, il va aussi me falloir une baguette, remarqua-t-il. Vous pouvez m'en fabriquer une ?
- Il faut des années d'expérience pour fabriquer une vraie baguette, Paul, soupirai-je. Ca ne marchera jamais.
Susan sortit une plume de son sac et la métamorphosa en une copie conforme de sa propre baguette.
- Je peux faire des tours de magie avec ?
- Non. Si on vous demande de lancer un sort, vous agiterez votre baguette et Poppy vous couvrira avec un informulé.
- Avec un quoi ?
- Un informulé, un sortilège dont on pense la formule dans la tête pour le lancer au lieu de le prononcer, expliqua patiemment Susan.
- Ca ne marchera jamais, continuai-je de répéter. Ca ne marchera jamais.
- Ca ne marchera que si tu acceptes, Poppy, me dit Susan en posant ses mains sur mes épaules. Restez prudents et ça ira comme sur des roulettes. Et puis, mince, c'est de ton avenir dont il s'agit ! Tu ne vas pas baisser les bras, non ?
- Non, dis-je faiblement.
- Bon. Alors vous allez entrer tous les deux, parler un peu à Penny, danser sur deux ou trois morceaux et rentrer chez vous.
- Comme ça, ça a l'air facile…
- C'est parce que c'est facile, Poppy. Bon courage à vous deux ! Moi, je dois y aller, je reprends un Portoloin pour New York demain.
- Un quoi ?
- Un Portoloin, c'est un moyen de transport qui permet d'aller plus loin qu'en transplanant. Je vous laisse.
Elle me fit la bise et me murmura à l'oreille :
- Demain je t'appelle par Cheminée. Je veux tout savoir de ta relation avec Paul McCartney !
Je n'eus même pas le courage de lui dire que ce n'était même pas vraiment mon petit-ami.
Susan marcha jusqu'au portail au bout du jardin, puis se retourna, nous fit un signe de main et transplana. Paul écarquilla les yeux.
- Mais… elle est passée où ?
Je lui lançai un regard triste. Ce n'était pas gagné…
(1) Ouiche, les Beatles étaient des drogués en puissance. Vous ne me croyez pas ? Alors écoutez la version des Beatles de « House of the Rising Sun » des Animals sur youtube. Ca se passe de commentaire.
*Come together : Ca allait juste trop bien avec le texte… Je sais, à la base, dans la chanson, « Come together » veut dire « rassemblez-vous ». Mais on peut aussi le traduire « Venez ensemble »… non ? Bref, il s'agit du titre de la première chanson du dernier album des Beatles, j'ai nommé Abbey Road.*
Une fois de plus, Paul McCartney ne m'appartient pas (et c'est bien dommage) et Poppy Pomfresh non plus. Mais Susan, Prudence Paddington, Penny Salsbury et Terrence+Peter Donovan, eux, si :p
Non, non ! Ne vous en allez pas ! Je vous promets que le prochain chapitre sera mieux !
