Merci à tous ceux qui ont suivi/favorisé ma fiction et à ceux qui ont pris le temps d'écrire un commentaire, ça me fait extrêmement plaisir!


Le visage de Régina pâlit alors que les souvenirs de la veille lui revenaient en mémoire. Elle sentit son corps se glacer et la main rassurante que Gold posa sur son épaule la fit sursauter. Elle luta de toutes ses forces pour garder le contrôle sur son corps et son esprit, se forçant à respirer calmement.

Gold se tenait prêt à appeler les infirmières pour lui injecter un calmant au moindre signe de perte de contrôle. Il ne connaissait que trop bien la force et la violence dont pouvait faire preuve Régina lorsque ses démons prenaient le dessus. Après quelques secondes qui lui parurent durer des heures, il sentit toutefois le corps de Régina se détendre peu à peu. Celle-ci prit une grande inspiration et posa la question qui lui brûlait les lèvres :

"Il est vivant ?" demanda-t-elle d'une voix faible.

"Oui." répondit simplement Gold, guettant la réaction de la brune.

"Pour longtemps ?"

"Oui."

"Je veux le voir."

"Régina…"

"Maintenant."

Gold réfléchit quelques instants mais Régina ne lui laissa pas le temps de répondre et se leva. Elle fut prise d'un vertige et Gold la rattrapa de justesse avant qu'elle ne s'effondre sur le sol.

"J'appelle une infirmière pour te trouver une chaise roulante."

"Je vais bien, juste un petit vert.."

"Ce n'est pas négociable" la coupa Gold d'une voix ferme.

Régina accepta à contre cœur, Gold ne la laisserait pas sortir de sa chambre sur ses pieds et pour être tout à fait honnête, elle n'était pas sûre d'être capable de marcher plus de quelques mètres. Elle se sentait nauséeuse et sa tête tournait mais elle voulait, non, elle devait aller voir l'homme qui avait fait d'elle ce qu'elle était devenue.


Emma claqua violemment la portière en se laissant tomber sur le siège passager en poussant un soupir de frustration. Elle sentit le regard insistant de Mary posé sur elle, mais elle n'était pas prête à parler pour le moment.

"J'aurais bien besoin d'un verre."

"Ça tombe bien, David vient d'appeler, il est de sortie avec des amis donc on a toute la soirée pour nous."

Sur ses mots, Mary démarra la voiture et conduisit en silence jusqu'à son appartement. A peine arrivées, Emma s'affala dans le sofa en poussant un long soupir. Elle avait du mal à comprendre le sentiment qui l'envahissait depuis sa visite à l'hôpital. Elle se sentait déçue et cela la mettait en colère. Qu'attendait-elle après tout ? Que cette femme saute de joie et la prenne pour sa sauveuse ?
Quand même, sa froideur avait blessé Emma.

Mary s'assit à côté d'elle et lui tendit une bière.

"Alors, tu vas me dire ce qu'il s'est passé ?" demanda-t-elle avec curiosité.

"Régina, Madame Mills pardon, s'est réveillée alors que j'étais dans sa chambre." marmonna Emma.

"Waouh mais c'est génial !" répondit la petite brune avec enthousiasme.

"Oui."

"Mais ?"

"Elle m'a fait comprendre que je n'avais clairement rien à faire ici."

"Oh Emma, elle devait certainement être confuse, ça n'a pas dû être facile pour elle de se retrouver en face d'une inconnue alors qu'elle venait juste de se réveiller."

Parfois, la vision du monde plus qu'optimiste de Mary avait le don d'exaspérer la blonde. Son amie ne pouvait-elle pas pour une fois être juste d'accord et ruminer avec elle ? Elle répondit avec morosité :

"Mary, tu n'étais pas là, si tu avais entendu la façon dont elle m'a parlé tu ne dirais pas ça. Je ne sais pas à quoi je m'attendais en allant à l'hôpital."

Sur ces mots, Emma se leva pour chercher une deuxième bière et commander une pizza.


Régina et Gold se trouvaient au service de réanimation de l'hôpital. Le directeur avait poussé le fauteuil roulant jusque devant la porte 312 et la brune s'apprêtait à se lever quand Gold posa une main sur son épaule.

"Régina, es-tu sûre de vouloir faire ça dans ton état ?" demanda l'homme avec douceur.

"Oui," répondit-elle en essayant de mettre le plus de fermeté possible dans sa voix.

Les mains de la brune tremblaient et sa tête tournait dangereusement mais elle avait besoin de d'affronter l'homme qui se trouvait derrière cette porte.

Gold l'aida à se lever, passant un bras protecteur autour de sa taille. Régina ne broncha pas, elle avait besoin de tout le soutient possible même si elle ne l'aurait admis pour rien au monde. Doucement, elle ouvrit la porte.

L'homme était endormit sur le lit d'hôpital, un conduit d'oxygène lui passait sous le nez. Par réflexe, Régina saisit le dossier médical du patient, elle lut rapidement le compte rendu post opératoire ainsi que les prescriptions médicamenteuses.

Gold, qui était resté en arrière, observait avec attention les réactions de sa protégée.

Régina s'approcha doucement de l'homme endormit. Il avait les mains étaient menottées de part et d'autre du lit.

La brune était maintenant à quelques centimètres du lit et étudia le visage de celui qui avait bouleversé sa vie il y a quelques années. Elle se souvenait parfaitement de sa mâchoire carrée, son nez trop grand pour sa figure et la cicatrice qui barrait son menton.

Lentement, elle se pencha en avant jusqu'à ce que ses lèvres se trouvent à hauteur de l'oreille de l'homme et murmura :

"Cette fois-ci, c'est moi qui vais gagner"

Régina s'apprêtait à sortir de la chambre lorsqu'elle entendit l'homme dire faiblement:

"Bonjour Régina, ça fait bien longtemps que nos chemins se sont croisés.
Comment va ton fils ?"

Sur ces paroles, et malgré sa faiblesse, Régina fit volteface prête à se jeter sur l'homme mais Gold fut plus rapide et l'empoigna par la taille. Malgré son état physique, la brune était forte et Gold luttait pour l'entrainer hors de la chambre. Par chance, Victor n'était pas loin et s'empara d'une seringue qu'il enfonça dans le bras de la brune. L'effet fut immédiat et celle-ci s'effondra dans les bras de son mentor qui l'assit délicatement dans le fauteuil pour la reconduire à sa chambre.

"Vous ne pouvez pas lui retirer ce travail comme ça, réfléchissez un peu aux conséquences que cela engendrerait."

"Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, je ne pense pas qu'elle soit en capacité de reprendre son activité."

"Victor, vous savez qu'elle voudra reprendre le travail à la seconde où elle ouvrira les yeux et je pense qu'il est mieux pour elle d'avoir cette constante dans sa vie, surtout maintenant."

"Vous avez vu comme moi comment elle a réagi avant-hier en apprenant qu'il avait été admis dans notre service. Avez-vous seulement réfléchi à ce qu'il pourrait se passer si elle perdait ses moyens en pleine opération ? De plus, je vous rappelle qu'elle souffre d'une commotion cérébrale et qu'elle ne sera sans doute pas capable d'enchainer des heures d'opérations pendant plusieurs jours."

"Chaque chose en son temps vous ferez un bilan neurologique demain à la première heure et je prévois un rendez-vous avec le docteur Hopper pour évaluer son état émotionnel. Nous aviserons la suite en fonction des conclusions de ces deux entretiens."

Régina n'en revenait pas de ce qu'elle venait d'entendre. Comment pouvaient-ils croire un seul instant qu'elle n'allait pas reprendre sa place de chef de chirurgie dès le lendemain ?! Il était hors de question qu'on lui retire son travail et la renvoie chez elle.

Victor n'avait jamais pu accepter le fait qu'elle prenne la tête du service de traumatologie, il s'estimait plus méritant, sans doute parce qu'il était un homme et elle une femme. Régina avait prouvé à de multiples reprises que la place lui revenait, elle avait travaillé dur pendant des années pour parvenir à sa réputation et pour rien au monde elle n'abandonnerait son métier.

Elle ne l'avait pas fait il y a deux ans, elle n'allait pas le faire maintenant.


Vendredi 13 juin 2014 - 7h.

Emma se réveilla dans la chambre d'ami de Mary. Elle avait une légère gueule de bois mais elle était bien décidée à oublier les mésaventures de la veille. Elle se leva sans bruits, prit une douche rapide et commença à préparer un petit déjeuner.

Après avoir rapidement avalé un pancake, bu une tasse de café et dressé la table pour Mary et David, Emma consulta sa montre : 7h30, elle avait encore une bonne demi-heure devant elle avant de se mettre en route pour le travail. Presque machinalement, elle alluma l'ordinateur posé sur la table basse et s'assit sur le sofa. Elle ouvrit le moteur de recherche et tapa 'Régina Mills, hôpital général de Boston'. Plusieurs articles apparurent et elle décida d'ouvrir le premier.

Elle parcouru rapidement la page et apprit que Régina avait travaillé dans une clinique privée qu'elle avait lancée elle-même, jusqu'à 3 ans en arrière. Apparemment, son cabinet se portait très bien avant qu'elle ne décide soudainement de tout revendre pour se consacrer à la traumatologie au Boston général. L'article ne précisait pas la raison de ce changement radical de carrière et Emma se demanda ce qui avait bien pu décider la brune à abandonner ainsi ce qui devait être la réussite de sa vie.

Une photo accompagnait le papier et Emma eu du mal à reconnaitre la femme qu'elle avait rencontré la veille. En effet, sur ce cliché Régina était souriante, ses cheveux étaient élégamment attachés en un chignon impeccable et une étincelle brillait dans ses yeux. Elle arborait un sourire magnifique, révélant des dents blanches parfaitement alignées. La joie émanait de la brune et Emma eu un pincement au cœur en se souvenant de la femme si dure et perdue qu'elle avait rencontrée.

Qu'avait-il bien pu lui arriver ?

Songeuse, elle prit rapidement la pile de dossier sous son bras et laissa un mot à l'attention de Mary avant de se mettre en chemin pour ne pas arriver en retard au travail.


Régina avait passé une nuit agitée. La veille au soir, elle avait demandé à une infirmière de lui retirer sa perfusion, elle voulait avoir les idées claires pour son rendez-vous avec Archie le lendemain matin. Sans médicaments pour l'abrutir, la brune avait néanmoins fait des cauchemars toute la nuit et avait peiné à trouver le sommeil. C'est donc la tête lourde qu'elle se réveilla ce matin-là, toutefois bien décidée à affirmer sa place.

Gold entra le premier dans sa chambre en lui disant que Victor et Archie passeraient tous deux la voir dans la matinée. Régina fit mine de ne pas avoir entendu la conversation des deux hommes la veille et lui dit de faire vite, elle avait une garde à commencer dans quelques minutes. Gold avait poussé un soupir, sachant pertinemment qu'il ne servirait à rien d'argumenter, avant d'avoir eu les résultats des examens du moins.

Régina passa le test neurologique sans problème; à part un mal de tête persistant elle ne semblait avoir aucune séquelle de sa chute.
Archie entra dans sa chambre quelques minutes plus tard alors qu'elle s'apprêtait à enfiler sa blouse, bien décidée à aller voir ses patients en post-op.

"Bonjour Régina."

"Venons-en directement aux faits, Archie," répondit-elle d'un ton assuré.

"Et quels sont-ils ?"

"Vraiment ?" lança la brune en arquant le sourcil.

Face au silence du thérapeute, elle reprit d'un ton ferme

"Parfait. William Brooks a été admis mercredi après-midi en traumatologie suite à un accident de la route, il a survécu à l'opération qu'a pratiquée le docteur Anders et s'en sortira sans séquelles majeures."

"Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez appris qu'il était ici ?" demanda l'homme d'une voix posée.

"Que croyez-vous que j'ai ressenti ?" lâcha Régina d'un ton sec.

"Vous ne répondez pas à ma question."

"Je sais."

La brune s'était assise sur le lit et les minutes défilaient en silence.

"Alors ?" reprit le docteur Hopper

"Alors quoi ?"

Archie poussa un soupir discret. Lors de leurs premiers entretiens, il avait fallu plusieurs mois au thérapeute pour gagner la confiance de la brune et il savait qu'il était crucial de ne pas la bousculer. Régina avait toujours eu du mal à s'ouvrir sur ses sentiments et Archie savait qu'il lui faudrait faire très attention pour ne pas briser l'alliance qu'ils avaient construite au fil de leur séances.

"Très bien, laissons cette question de côté pour le moment. Qu'étiez-vous en train de faire lorsque vous avez appris la nouvelle ?"

"Je venais de finir d'opérer un patient. J'allais enlever ma blouse de chirurgie et me changer quand j'ai vu son nom sur le tableau d'opérations."

"Et ensuite ?"

"Ensuite, je suis allée dans le bloc du docteur Anders pour voir si c'était bien lui."

"Continuez." encouragea le docteur Hopper.

"Je ne sais plus très bien."

Régina sentait la panique s'infiltrer en elle alors qu'elle se remémorait cet instant. Elle se souvenait très bien de chaque seconde mais elle n'avait aucune envie d'en parler. Tout ce qu'elle voulait, c'était être déclarée apte à reprendre son travail et continuer sa routine quotidienne.

"De quoi vous souvenez-vous ?"

Décidément, Archie n'était pas prêt à lâcher l'affaire. Régina prit une grande inspiration et répondit d'un bloc.

"Je me souviens du docteur Anders me criant de quitter immédiatement sa salle d'opération, que je n'étais pas stérile et qu'en plus j'avais encore le sang d'un autre patient sur moi. Je suis sortie de l'hôpital et je suis allée marcher pour me calmer. La chose suivante dont je me souviens est de m'être réveillée dans ce lit le lendemain."

"Et depuis votre réveil ?"

"J'étais sous sédatifs donc j'ai principalement dormi."

"Et durant vos moments d'éveil ?" tenta patiemment Archie.

"Cette femme est venue, mademoiselle Swan je crois. C'est elle qui m'a trouvée dans la parc." Voyant que le psychiatre en attendait plus, la brune ajouta "Et je suis allée voir Brooks en réa."

"Comment cela s'est-il passé ?"

"Il a parlé de Henry."

Régina sentit les larmes lui monter aux yeux en prononçant ces mots mais elle refusait de craquer maintenant. Elle prit une grande inspiration en s'efforçant de ravaler ses larmes.

"Régina, vous avez le droit de laisser vos émotions s'exprimer. Je vous rappelle que nous sommes entre nous ici et que je ne suis pas là pour vous juger."

La brune ne répondit pas et plusieurs minutes s'écoulèrent sans que personne ne prononce un mot. Finalement, Archie reprit.

"Qu'a-t-il dit ?"

"Il m'a demandé comment il allait."

"Et comment avez-vous réagit ?"

"Vous le savez très bien."

"J'aimerais l'entendre avec vos propres mots."

"Je n'ai pas envie d'en parler."

Le thérapeute resta silencieux, attendant que sa patiente ne change d'avis.

"Je peux aller travailler maintenant ?" demanda Régina avec fermeté.

Archie savait que ses prochaines paroles allaient être difficiles pour la brune. Il aurait voulu pouvoir lui dire oui, lui permettre de reprendre sa routine pour qu'elle puisse garder un point de repère dans ce qu'elle traversait mais il devait penser aux conséquences que cela pourrait engendrer. Il ne pouvait pas risquer de laisser Régina opérer des patients alors qu'elle pouvait à tout moment craquer émotionnellement et commettre une erreur fatale.

"Régina, selon moi vous n'êtes pas prête à reprendre votre travail aujourd'hui." commença-t-il doucement.
"C'est M. Gold qui prendra la décision finale, mais dans mon rapport je ne pourrai émettre un avis favorable à…"

"Gardez votre salive, j'ai compris" répondit sèchement la brune.

Sur ces mots, elle sortit de la chambre en claquant la porte. Sur le chemin de la sortie, elle croisa Gold qui tenta de la stopper mais Régina était plus rapide.

Arrivée dehors, elle marcha d'un pas rapide jusqu'au coin de la rue et s'arrêta pour reprendre ses esprits, elle se sentait nauséeuse et sa tête lui faisait un mal de chien, le brouillant la vue. Sa voiture était toujours dans le parking de l'hôpital mais pour rien au monde elle n'y serait retournée, elle se remit donc en marche en direction de son appartement.


Emma avait commencé sa matinée de travail avec une réunion plus qu'ennuyante. Elle était la secrétaire d'un éminent cabinet d'avocats de Boston depuis maintenant plusieurs années. Son patron avait pour habitude de la faire participer à la constitution des dossiers de leurs clients mais il était actuellement en vacances et les journées de la blonde se résumaient ainsi à prendre des appels, diriger les clients dans l'immense bâtiment et faire de la paperasserie, ce qui avait pour effet de l'ennuyer au plus haut point.

Lorsqu'elle était plus jeune, Emma rêvait de faire des études de droit, elle s'était maintes fois imaginée avocate. Au fil des ans, la blonde avait murit et elle s'était vite rendue compte qu'elle n'était pas faite pour ce métier, ni pour les études en général. Elle avait besoin de se sentir libre et aimait le fait de ne pas avoir d'obligations ou d'attaches. Pendant longtemps, elle avait enchainé les petits boulots par ci par là, travaillant juste assez pour subvenir à ses besoins et profitant pleinement de la vie.

Elle avait souvent quitté Boston en quête d'aventure, cherchant à démarrer une nouvelle vie, se construire un futur mais elle était toujours revenue. Elle n'aurait pas su expliqué pourquoi elle aimait tant cette ville. Certes elle y avait des amis proches tels que Mary, Ruby ou Graham qu'elle considérait comme sa famille mais cette ville l'avait aussi marquée de douloureux souvenirs...


Emma s'était très vite habituée à sa nouvelle vie avec Karen et Marc, ils étaient pour elle les parents qu'elle n'avait jamais eus et les blessures de ses années passées dans le système commençaient doucement à cicatriser.
Elle allait à l'école de bon cœur, s'y était même fait quelques amis qu'elle aimait inviter à prendre le goûter les mercredis après-midi.

Karen l'avait inscrite dans un cours de piano et Emma s'était découvert une passion pour cet instrument. Les week-ends, elle apprenait de nouveaux morceaux avec Marc qui était un musicien hors pair et la fillette aux boucles blondes s'appliquait à apprendre de nouvelles partitions, répétant inlassablement les notes. Marc l'emmenait souvent à des récitals et les gens s'étonnaient d'y voir une si jeune fille mais Emma était toujours émerveillée par les pianistes qui se produisaient sur scène.

La blondinette riait aux éclats les samedis après-midi quand elle faisait de la pâtisserie avec Karen et qu'elle cassait un œuf par terre ou bien se retrouvait avec du chocolat plein la figure. Elle aimait se retrouver sur le canapé du salon, Karen à sa gauche et Marc à sa droite, tous deux lui lisant à tour de rôle une histoire du livre de contes gigantesques qu'ils avaient acheté lors d'une brocante.

Et puis il y avait Pongo, le bébé dalmatien qu'ils avaient un jour trouvé abandonné dans la rue. Emma aimait ce chien plus que tout au monde et passait des heures à jouer avec lui, faisant parfois la moue lorsqu'elle se retrouvait le visage couvert de bave à force d'avoir reçu des coups de langues affectueux, ce qui ne manquait pas de faire fondre ses parents adoptifs.

Cela faisait maintenant presque 3 ans qu'Emma vivait avec sa nouvelle famille. Elle allait fêter ses 9 ans dans deux mois et la petite famille était déjà en train de parler des amis à inviter pour sa fête.
La jeune fille aux boucles blondes avait demandé un poney comme cadeau et Karen et Marc avaient ris tendrement en lui expliquant que c'était impossible, qu'ils n'avaient la place pour un poney dans le jardin. Emma avait donc entrepris de construire un box dans chambre, à base de cartons trouvés un peu partout, bien décidée à faire de la place pour ce compagnon dont elle rêvait.

Rien n'aurait pu être plus parfait, Emma était enfin heureuse et un avenir radieux s'offrait à elle.

Le destin en avait décidé autrement…C'était un matin d'avril, un samedi pour être exact.

Emma regardait des dessins animés dans le salon tandis que Karen préparait le petit déjeuner et Marc réparait la poignée de la porte de leur chambre à l'étage.

Le générique des petits dinosaures venait de se lancer quand Emma sursauta en attendant un 'boum' retentissant. Pongo était descendu du canapé et s'était mis à aboyer avec force tandis que Marc avait descendu les escaliers quatre à quatre. Emma voyait une fumée noire envahir la pièce petit à petit et sentait une odeur désagréable sortir de la cuisine.

Marc l'avait prise dans ses bras et l'avait emmenée dans le jardin en lui disant de ne surtout pas rentrer, avant de retourner en courant dans la maison.

Emma s'était tenue là, au beau milieu du jardin, des larmes coulant sur ses joues. Pongo l'avait suivie à l'extérieur et continuait à aboyer en direction de la maison.
La jeune fille voyait les flammes engloutir les rideaux du salon où elle se trouvait quelques secondes auparavant.

Au loin, les sirènes hurlantes des pompiers retentissaient mais Emma ne les entendait plus.

Au fond d'elle, elle savait déjà que sa vie venait de changer à tout jamais.

Que Karen et Marc ne ressortiraient pas de cette maison.

Que jamais plus elle ne jouerait du piano.

Que le lendemain lorsqu'elle ouvrirait les yeux, elle serait de retour dans un dortoir sale et bruyant.


Tous vous commentaires et critiques sont les bienvenus, n'hésitez pas à m'en faire part :)