Chapitre 1 :
Deux mois plus tard
L'atmosphère de la pièce était glaciale. Autant par sa température que par son apparence. Dans l'âtre de la large cheminée, ne restaient que quelques braises orangées, seules vestiges d'un feu autrefois vif. A travers la fenêtre grande ouverte, les rayons de la lune projetaient d'inquiétantes ombres sur les murs aux teintes vertes et argentées. Dans un coin, une grosse malle –ayant visiblement servi de nombreuses fois – débordait de vieilles robes de sorciers et de grimoires sans aucun doute peu utilisés.
Non loin de là, un balai trônait fièrement contre le mur, dont le manche, manifestement pas astiqué depuis plusieurs mois, portait l'étrange inscription de Nimbus 2001. Balai qui appartenait surement au jeune homme assis sur son lit, le dos contre le mur. Le regard fixé sur le mur face à lui, Drago Malefoy ne semblait pas importuné par les glaciales bourrasques de vent qui s'infiltraient à intervalles réguliers dans la chambre. Ses cheveux humides et ébouriffés par une récente douche lui tombaient nonchalamment devant ses yeux d'acier, soulignés par de larges cernes. Ce regard sombre jurait sur sa peau d'albâtre. A travers une chemise à peine fermée, il était aisé de deviner les muscles saillants qu'abritait son torse imberbe. D'un geste souple, il se leva, chaque tendon se contractant sous la puissance du geste. De ses longs doigts fins, il ferma la fenêtre dont le rebord accueillait les premiers flocons de neige. Puis il retourna sur son lit, adoptant la même position qu'auparavant, telle une statue capable uniquement de la même pose.
Quelques coups retentirent dans la pièce. Il ne cilla pas, comme sourd à cette demande muette. La porte pivota doucement sur ses gongs, laissant entrer une belle femme d'apparence aristocrate. Etroitement glissée dans une longue robe émeraude, elle s'approcha de Drago dont le regard restait ostensiblement rivé sur le mur nu. Elle frissonna discrètement.
- Tu ne dors pas ?
Sa voix, douce, résonna quelques secondes dans la pièce glacée, rompant la quiétude apparente des lieux.
- Tu sais que ton père est fier de toi, Drago.
Avec amertume, le jeune homme répondit d'un unique mouvement de lèvre :
- Il est le seul, je me trompe ?
Le matelas s'affaissa légèrement et des doigts frais caressèrent la peau tatouée et encore boursoufflée de son avant bras. Il frémit légèrement mais ne bougea pas.
- C'est encore douloureux ?
- Non.
Les doigts remontèrent le long de son bras et s'arrêtèrent sur sa joue mal rasée. L'espace de quelques secondes, il eut envie de se blottir contre sa mère, comme lorsqu'il était enfant et qu'un trop gros chagrin emplissait son cœur. Il collait alors son oreille contre son sein et écoutait minutieusement chaque battement, s'assurant qu'elle était bien là, en vie. S'assurant qu'elle serait toujours là pour lui, quoi qu'il puisse arriver. S'assurant qu'elle le protégerait de tous les malheurs de la Terre. Mais voila, il avait grandi et de simples pulsations régulières ne suffisaient plus à le convaincre. Alors il ne bougea pas, se contentant de fixer plus intensément le mur.
- Es-tu heureux ? Chuchota t-elle si bas qu'il ne fut certain qu'elle ait réellement parlé.
- Qui l'est vraiment ?
La main de Narcissa retomba, molle, sur le matelas. Il posa finalement ses yeux d'acier sur le visage de sa mère. Ses yeux, identiques aux siens, étaient bien trop brillants. Son teint de porcelaine était bien trop blafard et les cercles autours de son regard bien trop sombres. Ses mains, ramenées sur ses genoux tremblaient légèrement.
Il se redressa brusquement et planta ses pupilles dans celles de sa mère, lui arrachant une grimace.
- Qui t'a fait du mal ? Demanda t-il sèchement.
- Personne, soupira t-elle, agacée par le ton autoritaire de son fils.
Il ne fut guère convaincu mais n'insista pas, se jurant intérieurement de la venger, qui que ce soit. Narcissa sembla pourtant deviner ses pensées et fronça les sourcils.
- Tu ne peux pas toujours me défendre, Drago. Tu dois arrêter de toujours penser à moi. Il faut que tu prennes soin de toi maintenant.
Les muscles de sa mâchoire se contractèrent violemment sous la colère que ces quelques mots firent monter en lui.
- Ta vie importe plus que la mienne, conclut-elle d'une voix ferme, laissant ainsi peu d'options quant à la réponse adéquate.
Drago reporta son regard sur le mur face à lui, se retenant difficilement de laisser libre cours à son irritation.
- Tu devrais aller te coucher. Il est tard. Hasarda t-il finalement froidement.
Narcissa soupira une nouvelle fois, hésitante. Drago ressentit son incertitude mais ne bougea pas.
- Je ne serais pas toujours là, Drago. Un jour, je partirais. Et tu devras te battre tout seul. Ne les laisse pas décider pour toi. Suis ton cœur. Aime et sois-le en retour. Mais promet moi de ne jamais les laisser faire de toi ce monstre auquel ils aspirent tant. Tu n'es pas comme eux. Ton humanité est ta meilleure arme. Ne la perd pas.
Il ne broncha pas. Le visage impassible, il se contenta de garder les yeux rivés sur ce pan de mur dont il connaissait à présent chaque détail. Narcissa se leva alors, lui souhaitant dans un souffle une bonne nuit. Et tandis que la porte se refermait sur elle, Drago promit.
Jamais mémoire de sorcier n'avait vu autant de cadavre de Gazette. Elles étaient plusieurs dizaines laissées là, sur le parquet poisseux, abandonnées dans des positions difformes. Non loin d'elles, de vieux cartons vides s'entassaient dans le fond de la pièce, abritant sans aucun doute plus de souris que d'objets. Seule une mince lucarne laissait passer un unique rayon de lune qui se reflétait paresseusement dans la poussière. Le reste de la pièce était éclairé par la lueur d'une faible bougie dont la cire se répandait allègrement dans la saleté. Et, profitant au maximum de cette unique source décente de lumière, une jeune femme, dont le visage était masqué par son imposante masse capillaire, écrivait frénétiquement sur un vieux parchemin. Le bout de sa plume chatouilla son nez et elle lâcha un bruyant éternuement, soulevant un nuage de poussière qui en déclencha un nouvel. Elle renifla et se redressa sur ses coudes, dégageant vivement quelques mèches rebelles venues l'aveugler. Le matelas sur lequel elle était allongée, facilement qualifiable de paillasse tant son épaisseur laissait à désirer, rendait son dos de plus en plus douloureux. Avec une grimace, elle s'assit en tailleur et s'étira longuement. Quelques sinistres craquements résonnèrent dans la petite pièce et elle se détendit enfin, relâchant chaque muscle avec soulagement. Ses grands yeux bruns glissèrent rapidement sur les notes étalées sur différents parchemins, éparpillés tout autour d'elle. Des dessins grossiers, reliés entre eux par des flèches et des annotations, des adresses, des calculs, des plans, des gros points d'interrogations entourés ci et là. Il était impossible pour une personne extérieure de comprendre ce charabia. Mais la jeune femme, elle, semblait captivée par les notes. Puis, soudainement, elle repoussa violemment tous les parchemins qui découvrirent une photo tout aussi sale que le sol sur lequel elle gisait. Hermione Granger s'en empara d'une main, tandis que l'autre tâtait son cou nu. Sans même y jeter un coup d'œil, elle la reposa délicatement un peu plus loin. L'image mouvante représentait trois jeunes personnes qui agitaient joyeusement la main devant l'objectif. Deux garçons et une fille. Harry Potter, Ron Weasley et Hermione Granger. Elle laissa mollement retomber ses doigts qui caressaient nonchalamment la peau de son cou. Une vieille habitude qui ne voulait plus rien dire à présent. Le pendentif avec lequel elle jouait habituellement avait disparu.
Les poutres au dessus de la tête de la jeune femme craquèrent bruyamment, lui arrachant un sursaut. Elle jeta un coup d'œil à travers la petite fenêtre. La nuit était assez claire et quelques flocons de neige brillaient dans les rayons de la lune. Les premiers flocons de l'hiver. Elle poussa un profond soupir, souffla la flamme de la bougie et s'enroula dans une vieille couverture rongée aux mites. Un léger frisson du à la fraîcheur de la pièce secoua son corps et elle s'endormit presque aussitôt, replongeant une fois de plus dans un torrent d'images qu'elle connaissait par cœur. C'était chaque nuit la même chose. Le même scénario. Pas de personnages, pas de dialogue, pas d'histoire. Juste une vision. Toujours la même. Celle d'une large pièce sombre dont les murs étaient surmontés par de hautes fenêtres, toujours recouvertes de lourds rideaux. Chaque nuit, Hermione observait à travers ses songes cette salle. La perspective ne bougeait jamais. Toujours ce même coin. Toujours cette même hauteur. Le sol semblait être fait d'un marbre sombre. Et pour seul mobilier, une longue table, entourée par une trentaine de chaises en bois au dossier très droit. Sur sa gauche, elle distinguait vaguement un morceau d'accoudoir. Mais comme paralysée, il lui était impossible de tourner la tête et de contempler cette partie de la pièce qui lui était inconnue. Elle ne sait combien de temps elle resta ainsi, immobile, à détailler cette salle dont elle connaissait chaque recoin visible. Pourtant, cette nuit là, quelque chose changea. Un murmure semblable à des voix retentit, rapidement suivi d'un craquement alarmant. La lourde porte, au fond de la salle, pivota lentement sur ses gongs. Une haute silhouette noire se découpa dans l'entrebâillement de l'arc. Et alors qu'elle s'approchait de l'endroit où était tapie Hermione, une violente lumière aveugla cette dernière.
Elle ouvrit difficilement les yeux qu'elle cacha du dos de sa main. Elle se décala de quelques centimètres sur sa couche, s'éloignant du seul rayon de soleil qui avait trouvé le mince interstice servant occasionnellement de fenêtre. Avec un grognement, elle roula sur le ventre, écrasant au passage quelques uns de ces parchemins auxquels elle donnait tant d'importance. Chacun de ses membres courbaturés hurlaient de douleur et, difficilement, elle se leva. Les paupières mi-closes, elle claudiqua jusqu'à un coin du grenier, camouflé par une paroi de verre dont toute transparence était rendue impossible par la couche de crasse et de tartre qui s'y amoncelait. Une petite douche, d'une propreté douteuse, se tenait pitoyablement là. Frissonnante, Hermione se débarrassa de tous ses vêtements et se glissa dans la petite cabine. Une longue cicatrice encore rouge barrait son dos, partant de son omoplate gauche et s'arrêtant au début de ses côtes. La jeune femme hésita quelques secondes, tendis la main vers le robinet et avant de le tourner, prit une grande inspiration. Le jet d'eau lui glaça chaque organe, transperçant sa peau tel un millier d'aiguilles. Le souffle court, elle ne put s'empêcher de gémir. Presque aussitôt, elle coupa l'eau. Immobile, trempée et gelée, elle resta quelques secondes là, avant d'oser esquisser un geste. Son regard glissa sur le sol jusqu'à un morceau bois qui gisait entre plusieurs débris. Sur la pointe des pieds, elle s'en approcha et le fit tourner entre ses doigts tremblants. Juste une fois. Juste aujourd'hui. Que risquait-elle ? Elle le pointa sur la douche et une lumière orangée s'en dégagea.
Et lorsqu'elle se glissa une nouvelle fois sous le jet d'eau, la tiédeur de ce dernier détendit aussitôt chaque tendon douloureux et Hermione poussa un profond soupir de soulagement.
A travers la fenêtre close, le soleil s'élevait doucement, surplombant bientôt les montagnes et illuminant de son éclat doré les champs devenus blancs sous l'assaut de la poudreuse. Drago contempla ce spectacle, parfaitement immobile. Debout derrière la vitre, appuyé contre le mur, il assistait au levé de l'astre sacré. Rien, absolument rien, n'aurait pu trahir son état d'esprit. Le visage plus fermé que jamais, il attendit simplement que le soleil soit haut dans le ciel pour détourner son regard d'acier. De profondes auréoles foncées entouraient ses yeux, dénonçant un manque évident de sommeil. Cependant, lorsqu'il se dirigea vers la porte, ce fut d'une démarche souple et féline. Il parcourut de nombreux couloirs et arriva finalement dans un vaste hall surplombé d'un immense lustre de cristal mais il n'accorda pas un coup d'œil à la beauté glacée des lieux. Il continua son chemin jusqu'à une porte dérobée et se faufila dans le passage qu'elle dévoilait. Une chaleur étouffante balaya son visage et une délicieuse odeur chatouilla ses narines. Silencieusement, il s'assit sur un petit tabouret de bois, observant minutieusement une vieille femme donner mille et un ordres à quelques elfes de maison. Lorsqu'elle l'aperçut enfin, son regard bleu se voila légèrement. D'une démarche bien trop rapide pour une femme de son âge, elle s'approcha de Drago et saisit sa tête entre ses mains, la tournant à gauche puis à droite, détaillant chaque centimètre carré de sa peau. Le jeune homme la repoussa doucement.
- Vous êtes d'une pâleur à faire peur Mr Malefoy, le sermonna t-elle d'une voix autoritaire.
Il esquissa un mince sourire en coin.
- Peut-être que des œufs et du bacon contribueraient à me redonner un teint de pêche.
La vieille femme le contempla quelques secondes, se demandant surement s'il ne se fichait pas d'elle. Indécise, elle marmonna finalement quelques mots incompréhensibles et d'un coup de baguette magique fit apparaître une assiette honorablement garnie. Elle la fourra sans délicatesse dans les mains de Drago et retourna à ses fourneaux.
- Allons May ! Tes œufs et ton bacon ont toujours été parfaits, tu le sais bien.
May se retourna et pointa en guise de menace une cuillère en bois vers le jeune homme :
- Faites attention à vous, mon garçon. Viendra un jour où je refuserais de vous nourrir convenablement et vos flatteries n'y feront rien !
Drago pouffa doucement et avala une première bouchée qu'il accueillit avec délectation. Elle fut rapidement suivie d'une seconde, puis d'une troisième et il termina rapidement l'assiette. May, qui l'observait du coin de l'œil ne put s'empêcher de commenter :
- Ca fait bien trois jours que vous n'étiez pas venu réclamer un plat. J'espérais que vous aviez fini par vous faire une raison et que vous vous étiez présenté aux repas organisés par votre père. Mais j'en conclus m'être trompée, une fois encore.
Drago releva la tête et plongea silencieusement son regard dans celui de la vieille femme qui ne put s'empêcher de frémir. Une légère peur s'installa au creux de son ventre mais elle la chassa rapidement. Le jeune Malefoy ne lui ferait rien. Cependant, elle ne pouvait s'empêcher d'en douter lorsqu'il la transperçait ainsi de ses pupilles de glace.
- J'ai vu ma mère hier. Elle semblait bouleversée. Que s'est-il passé ?
Une expression paniquée déforma quelques secondes les traits de la gouvernante mais elle se ressaisit rapidement.
- Je ne suis pas au courant, souffla t-elle en baissant les yeux.
Drago, impassible, sauta souplement de son tabouret et s'approcha doucement de May. Son visage à quelques centimètres de celui de la vieille femme, il réitéra sa question :
- Que s'est-il passé ?
Un long frisson secoua le corps de la vieille femme et elle secoua la tête :
- Votre mère m'a fait promettre de ne…
- Qui ?
La voix de Drago claqua, sèche, dans la cuisine. Les elfes relevèrent craintivement la tête de leurs marmites le temps de quelques secondes mais replongèrent rapidement leur nez dans leurs chaudrons, bien trop apeurés par l'idée de croiser le regard ténébreux de leur maître.
- Mr Travers, avoua t-elle finalement piteusement.
Les muscles de la mâchoire du jeune homme se contractèrent fortement et il tourna les talons, s'éloignant d'un pas raide de la cuisine. Il rebroussa chemin, ouvrant chaque porte sur son passage avec plus de force que nécessaire. Au détour d'un couloir, il tomba nez à nez avec un homme qui baissa immédiatement les yeux.
- Malefoy, le salua t-il dans un grognement.
Drago ne s'encombra pas de politesses inutiles et empoigna l'homme par le col de sa robe avant de le projeter contre le mur. La tête du mangemort cogna dans un bruit sourd le papier peint foncé.
- Où est Travers ? Articula le jeune homme.
- Je…je ne sais pas ! Suffoqua l'homme.
Drago le lâcha rageusement et s'écarta brusquement. L'homme, pas très grand et trapu se massa amèrement la peau du cou et lança un regard plein de rancœur au jeune Malefoy.
- Je ne sais pas ce qu'il a fait mais je n'aimerais pas être à sa place…
Le visage plus fermé que jamais, Drago ne réagit pas. Le mangemort se racla discrètement la gorge et continua :
- Enfin bref, Rookwood a repéré plusieurs traces de magie sur le Chemin de Traverse. Bellatrix nous a conseillé d'aller jeter un coup d'œil. Tu es de la partie ?
Les yeux anthracite croisèrent les pupilles sombres de son interlocuteur qui détourna aussitôt son regard, un long frisson secouant son corps.
- Le Chemin de Traverse est un village sorcier, se contenta de répondre Drago.
- Il n'est pas bon d'utiliser la magie en ce moment, surtout quand son sang n'est pas pur. Et les sorciers de notre rang ne courent pas les rues.
Après un court silence, il rajouta faiblement :
- Ta présence nous serait vraiment utile.
Drago étira un mince sourire narquois. Il lui avait suffi de mener à bien une mission particulièrement délicate pour devenir le nouvel héros de tous ces idiots. Il hocha finalement la tête.
- On part tout de suite, ordonna t-il. Yaxley doit trainer dans le coin. Il vient avec nous. Je m'occupe de la rue principale, arrange toi avec lui pour le reste. Si vous avez un doute, n'hésitez pas à ramener quelques prisonniers. Les cachots sont un peu vides depuis que Bella y est passé.
Le mangemort hocha silencieusement la tête, n'osant soumettre une objection quelconque. Drago tourna les talons dans un mouvement fluide et s'apprêtait à disparaître lorsqu'il lança par-dessus son épaule une dernière recommandation :
- Et vas-y doucement sur les Avadas, j'en ai assez de devoir gérer les mouvements de panique.
Enfin, il s'évapora, laissant derrière lui l'écho d'un plop !
Le Chemin de Traverse avait bien changé depuis la première fois où Drago y avait mis les pieds. Les rues autrefois remplies de joyeux sorciers étaient à présent vides et froides, à l'exception de quelques mendiants. De nombreuses boutiques étaient condamnées à l'aide de vieilles planches négligemment clouées à même la devanture et les maisons encore habitées avaient leurs fenêtres recouvertes par d'épais rideaux. Comme s'il était mauvais d'indiquer qu'il y avait de la vie entre ces murs. Dans chaque recoin visible, étaient placardées de nombreuses listes, toutes identiques. En tête de page, une large photo de trois jeunes personnes, deux garçons et une fille, dénonçait ces derniers de nombreux crimes. D'autres noms suivaient les leurs et une importante récompense était promise à quiconque donnait des informations sur ces dangereux malfaiteurs dont la confrérie portait le nom d'Ordre du Phénix. Mais Drago n'accorda même pas un coup d'œil aux affichettes. Il connaissait déjà ces visages. Ces noms. Au hasard, il pointa soudainement sa baguette sur une porte qui explosa immédiatement. Des cris retentirent à l'intérieur de la maison mais il ne s'en soucia pas et pénétra dans la demeure. Il atterrit directement dans la cuisine où une mère serrait dans ses bras une petite fille et un petit garçon. Tremblante, elle leva les yeux vers Drago mais les rebaissa immédiatement, enlaçant encore plus fort ses enfants. Le visage enfouit entre le frère et la sœur, elle supplia doucement. Impassible, le jeune homme se contenta de la fixer avant de demander, sèchement :
- Statut ?
- S…sang-m…mêlé, bégaya t-elle d'une voix étouffée.
Il esquissa un rictus dégouté et tourna les talons, laissant derrière lui une famille tremblante et une cuisine dévastée. Sans un regard en arrière, il répéta le même scénario une seconde fois, puis une troisième. Tous lui répondaient la même chose mais il ne se soucia pas de savoir si c'était la vérité ou non. Il s'en fichait. Il passa devant une vitrine condamnée portant la vieille inscription d'Ollivanders. Légèrement nostalgique, il jeta un rapide coup d'œil à travers la vitre crasseuse et s'apprêtait à continuer son chemin lorsqu'un infime détail l'interpella. Il fronça légèrement ses sourcils en aile de corbeau et d'un coup de baguette, ôta les vieilles planches qui empêchaient quiconque de rentrer dans la boutique dévastée. La porte grinça, accompagnée d'un bruit de clochette. Ici aussi, le paysage n'était plus le même. Les étagères, autrefois pleine à craquer de longues boites contenant toutes sortes de baguettes magiques, accueillaient à présent quelques débris de cartons et une impressionnante couche de poussière. La pièce était ravagée. Les vestiges d'une chaise qui avait du avoir quatre pieds autrefois trainaient au milieu d'un désordre incroyable, composé principalement de débris de meubles. Mais ce n'était pas tout ce bazar qui avait interpelé Drago. Slalomant souplement entre les nombreux décombres, il atteignit rapidement un petit escalier, légèrement camouflé par ce qui devait être auparavant le comptoir. Il se pencha sur les marches et les observa longuement. Un léger sourire étira finalement ses lèvres rosées, découvrant une rangée de dents parfaitement alignées. Il fit doucement rouler sa baguette entre ses doigts et, sans se départir de son sourire, monta une à une les marches. Aucun craquement ne le trahit, comme si ses pieds foulaient le plancher avec la douceur d'une plume. Il atteignit un petit palier mais, à la manière d'une personne connaissant les lieux, il se dirigea immédiatement vers un autre escalier, ressemblant d'avantage à une vieille échelle. Il releva les yeux vers le haut de la rampe et entreprit son ascension, toujours sans un bruit. Drago déboucha sur une petite pièce, visiblement sous les combles au vu de la courbe du plafond. Son sourire s'agrandit un peu plus lorsqu'il aperçut la jeune fille, couchée à plat ventre, sur un matelas miteux. Penchée sur de longs parchemins, son visage était caché par d'épais cheveux encore humides dont les pointes goutaient sur les papiers, effaçant l'encre à différents endroits. Mais Drago n'avait pas besoin de voir son visage pour savoir qui elle était. Il avait cohabité avec elle durant de nombreuses années, menant contre elle et ses amis une guerre sans merci. Son rythme cardiaque s'accéléra. La chance lui souriait vraiment, ces temps-ci. D'un regard, il balaya la pièce et repéra rapidement la baguette magique d'Hermione, abandonnée dans la poussière. D'un geste nonchalant, il l'attira vers lui. Ce mouvement n'échappa pas à la jeune fille qui se leva d'un bond. Dardant ses yeux fulminants dans ceux de Malefoy, son visage se décomposa doucement lorsqu'elle reconnut l'importun visiteur.
- Mais elle est vivante, railla t-il sans se départir de son sourire.
Blafarde, Hermione semblait incapable de prononcer un mot. Drago continua :
- Plus le sang est impropre, moins c'est crevable, pas vrai ?
Une lueur flamboyante illumina un instant les pupilles foncées d'Hermione, puis dans un stupide élan de courage, elle esquissa un pas vers son ennemi de toujours.
- Malefoy…Prononça-t-elle avec dégout. J'en déduis à ta cape que tu es mangemort en herbe. Comment ça se passe, dis moi ? Il y a des bacs à sable pour accueillir les nouveaux ?
Il haussa un sourcil et agita la baguette d'Hermione entre ses doigts.
- Je serais toi, j'éviterais la provocation.
Elle pinça les lèvres, visiblement contrariée.
- Ce n'est pas très loyal, rouspéta t-elle.
- Tu devrais savoir depuis le temps que je ne suis pas très loyal.
Elle ébaucha une moue ennuyée, tentant de cacher la peur qui lui nouait les entrailles. Qu'est-ce qu'il fichait ici ? Comment l'avait-il trouvée ? Elle avait été certaine que sa cachette était indécelable. Et si elle en croyait les rumeurs qui circulaient allègrement, Malefoy se disputait la place de numéro un au sein des mangemorts avec sa tante. Ce qui était, en soi, une mauvaise chose. Une très mauvaise chose. Elle inspira profondément, tentant en vain de desserrer l'étau invisible qui enserrait sa gorge. Drago sembla lire dans ses pensées car son sourire narquois s'allongea un peu plus.
- Alors, explique-moi. C'était quoi le plan génial ? Se cacher sous les yeux des mangemorts, les pensant trop idiots pour baisser la tête et constater ce qui trouve sous leur nez ? C'était presque intelligent.
Hermione ne répondit pas à l'attaque. Drago poursuivit :
- Ne sous estime pas trop tes ennemis, miss-je-sais-tout. Tu ne trouves pas étrange que dans une boutique poussiéreuse où personne n'a plus mis les pieds depuis des mois, il y ait justement des traces de pas sur les marches d'escaliers ?
Hermione serra les dents, s'insultant mentalement de tous les noms qui lui passaient par la tête.
- Et puis, continua t-il, utiliser la magie n'est pas très futé lorsqu'on sait que plusieurs sorciers recherchés sont pistés grâce aux sorts enregistrés.
Mais Hermine ne l'écoutait déjà plus. Les yeux rivés sur sa baguette, une idée de génie venait de traverser son esprit. Discrètement, elle esquissa un nouveau pas en direction de son ennemi et se jeta brusquement sur lui. Surpris, il vacilla mais garda l'équilibre. Dans un dernier espoir, elle tendit sa main vers la baguette mais d'un geste vif, Drago envoya valser la jeune femme à l'autre bout de la pièce. Son corps cogna violement contre le mur qui dégagea un large nuage de poussière. Sonnée, elle mit un certain temps avant de reprendre ses esprits et lorsque se fut chose faite, l'unique chose qu'elle vit fut ce bout de baguette de magique, tendu devant son nez, qui la menaçait ouvertement. Elle releva les yeux vers Malefoy, dont le regard la transperça avec tellement de force qu'elle se sentit mise à nue. Elle ne cilla pourtant pas.
- C'est étrange que tes petits copains n'aient pas encore accouru en tenue de super-héros. Où sont-ils ? Granger serait-elle seule ? Abandonnée ? Quelle tristesse, railla t-il, mauvais.
La jeune femme lâcha un ricanement amer. Elle se releva difficilement, le dos et la tête douloureux. Drago la suivit de sa baguette.
- Ne prétend pas vouloir faire la conversation avec moi, Malefoy, grimaça t-elle.
- Oh mais je ne prétends rien du tout. Ton sort m'intéresse vraiment.
- Jusqu'à ce que ce que les chiots qui servent d'armée à Voldemort viennent me tuer ?
Drago haussa un sourcil et fit mine d'être offusqué :
- Quel piètre opinion tu as de moi !
- Ose prétendre que ce n'est pas la bonne.
- Je ne sais pas. Développe.
Hermione étira un fin sourire.
- La seule opinion que j'ai de toi est celle d'un lâche qui se prétend mangemort et qui est incapable de tuer un vieillard sans défense. Quand on sait de quoi tu es capable, mes jambes ne tremblent même pas. En fait, je n'arrive même pas à déterminer si la situation est comique ou pitoyable.
Le visage du jeune homme se ferma subitement. Ses traits devinrent vite durs et son regard s'assombrit, transperçant Hermione avec une telle force qu'un violent tremblement la secoua des pieds à la tête.
- Je serais toi, je ne m'aventurerais pas sur ce terrain là, articula t-il.
- Et quoi ? Qu'est-ce que tu comptes faire ? Me tuer ? Allons, Malefoy…
Un vague spasme de colère secoua le corps du jeune homme et le coup partit tout seul. Son poing heurta violement la joue d'Hermione dont la couleur vira presque aussitôt du blanc au bleu. La douleur mit un certain temps à monter mais elle devint rapidement fulgurante. Hermione planta rageusement ses yeux humides dans le regard glacé de Drago.
- Très moldue comme méthode. Tu t'es converti ? Félicitation.
Les muscles de sa mâchoire roulèrent sous sa peau et son regard se fit encore plus glacial. Hermione frémit mais n'abandonna pas. Il ne gagnerait pas si facilement. Pas maintenant. Pas encore. Les deux ennemis se jugèrent un long moment. La glace et le feu. Puis Drago détourna ses pupilles anthracite, un léger sourire en coin. Il rendit la baguette d'Hermione à sa propriétaire qui la récupéra, suspicieuse. Ce soudain revirement de situation la déstabilisa. Sans un mot, il tourna les talons et s'apprêtait à disparaître au premier étage lorsque la voix de la Gryffondor retentit derrière lui :
- J'avais oublié à quel point un mangemort pouvait être lâche. Mais toi, tu bats définitivement tous les records.
Il s'arrêta mais ne se retourna pas pour autant. Un large sourire étirait à présent ses lèvres. Elle allait le dire. Il en était certain. Granger était une idiote, c'était bien connu.
- Je suis l'ennemi numéro un et tu comptes me laisser là ? Ton maître risque de ne pas être content. Allez, dénonce-moi. Je sais que tu en meurs d'envie. Tu manques juste de cran. Ou de courage.
Gagné.
- A vrai dire tu es numéro trois. Potter et Weasley passent devant.
Puis il disparut pour de bon à travers la trappe, laissant derrière lui une jeune femme plus ébranlée que jamais.
Lorsque le Chemin de Traverse s'ouvrit une nouvelle fois à lui, Yaxley et Macnair complotaient un peu plus loin. Les deux mangemorts s'écartèrent vivement l'un de l'autre lorsqu'ils se rendirent compte de la présence de Drago.
- Tu as trouvé quelque chose ? Demanda le premier, les yeux rivés sur ses chaussures.
- Granger. Dans le grenier d'Ollivanders.
Les deux hommes ouvrirent de grands yeux. Malefoy n'eut pas besoin d'en dire plus. Ils se précipitèrent au pas de course vers l'endroit indiqué, leurs baguettes déjà brandies.
Drago leva les yeux vers le ciel d'un bleu particulièrement intense puis étira un sourire en coin.
Game on.
Voila =) Je sais que c'est difficile de se prononcer sur un seul chapitre donc je ne vais pas mandier de longues reviews constructives (pas maintenant, du moins=P). Toutefois, je reste toute ouïe à vos pronostiques et vos éventuelles questions =)
Bisou, Sonia.
