La jeune femme sentit ses mains se mettre à trembler alors que la porte s'ouvrait lentement sur un homme légèrement plus vieux qu'elle mais qui était pourtant son portrait craché. Mêmes cheveux blonds en batailles, même nez aquilin.

Elle soupira et baissa la tête alors que son frère la fixait, les yeux écarquillés de surprise:

"Harriet?"

Pendant ce temps là, dans les locaux de Scotland Yard, le DI Lestrade était penché sur une pile de dossier qu'il devait absolument terminer avant le soir-même.

Seulement armé de son Bic bleu, il griffonnait rapidement sur les feuillets, sans vraiment faire attention à ce qu'il écrivait. Après tout, les rapports servaient juste à embêter le personnel et étaient en réalité très peu utiles dans la réalité.

Il passa lassement sa main dans sa crinière brun-argent avant de s'étirer en laissant tomber sa tête sur le dossier de son fauteuil en cuir en poussant un soupir à fendre l'âme.

Soudain, son téléphone posé sur la table se mit à vibrer doucement. Il lança un regard fatigué à l'appareil et soupira de plus belle en voyant qui était la personne qui essayait de le contacter.

Sur l'écran s'étalait la photo d'une belle femme brune en robe verte qui regardait tendrement l'objectif et souriait avec douceur. En plein milieu de la dite photo s'étalait en lettre blanche le prénom de la jeune femme: Louisa.

Il grimaça en reconnaissant le nom de sa femme et retourna le téléphone pour ne plus faire face à la photographie. L'inspecteur ne voulait pas lui parler... Pas maintenant... Il n'avait aucune envie de se disputer avec sa "si charmante et douce" femme qui ne cessait de le tromper avec un professeur de gym.

Et oui, il ne fallait tout de même pas le prendre pour un imbécile, il était au courant de tout cela. Mais il refusait de faire face à la vérité, préférant souffrir.

Au fur et à mesure qu'il plongeait de plus en plus profondément dans ses pensées, le programme de sa soirée se dessinait également plus clairement dans son esprit: il allait faire la tournée des bars et se saouler pour oublier sa tristesse.

Il se leva et rangea son portable dans la poche de son jean avant d'attraper rapidement sa veste et de sortir de son bureau sans demander son reste.

En passant, il salua Donovan qui faisait des heures sup' pour se payer une croisière pour l'été. Il ne fit pas plus attention à elle qu'à Anderson qui l'abordait mais qu'il fit mine de ne pas entendre.

Une fois sorti de Scotland Yard, Lestrade prit une cigarette qu'il alluma rapidement avant de resserrer le col de son manteau contre son cou et de partir errer dans la ville à la recherche de quelque chose qui lui ferait oublier tous les problèmes qu'il avait en ce moment, et dieu sait qu'il en avait.

John ferma doucement la porte de la chambre en soupirant et se tourna vers son colocataire qui le fixait, les sourcils haussés en une moue légèrement incompréhensive.

" C'était ta sœur?

- Oui... Répondit le blond dans un souffle.

- Elle boit."

Ce n'était pas une question mais une affirmation. Watson n'avait aucune envie de rajouter quelque chose et le détective consultant sembla le comprendre puisqu'il s'affala de nouveau sur le canapé et rentra de nouveau dans sa phase de transe intellectuelle.

A peine avait-il ouvert la porte que sa sœur s'était littéralement effondrée dans ses bras en pleurant toutes les larmes de son corps. John l'avait donc trainée jusque dans sa propre chambre et l'avait allongée sous les couvertures et quelques secondes plus tard, la jeune femme s'endormait comme une masse, victime des contrecoups de l'alcool et de son stress.

Le blond avait bien vu dans son regard qu'elle avait honte de venir le voir dans un tel état après toutes ces années sans nouvelles. Il n'était pas en colère contre elle, ou si mais pas pour les raisons qu'Harriet pensait.

Pourquoi ne l'avait-elle pas prévenu plus tôt au lieu de revenir vers lui aussi pâle que la mort, le tout imbibée d'alcool fort.

Qu'est-ce qui avait bien pu lui arriver? La dernière fois qu'il avait eu de ses nouvelles par leurs parents: elle était avec une certaine Clara et les deux jeunes femmes envisageaient sérieusement de se marier.

C'était il y a un mois à peine et voilà que la vie de sa petite sœur chérie avait basculé dans les ténèbres sans qu'il n'ait pu rien faire pour l'aider.

Le docteur s'affala dans son fauteuil après avoir préparé du thé pour Sherlock et lui. Un silence confortable les enveloppa alors que le détective semblait sortir légèrement de sa transe. Ils se fixèrent dans les yeux pendant un long moment ce qui donna à John l'impression étrange d'être compris et soutenu, le tout par un simple regard.

" Je te laisse ma chambre, j'ai une affaire à régler ce soir."

La voix du brun avait été rendue rauque par le long moment durant lequel il n'avait pas utilisé ses cordes vocales et le docteur était tellement épuisé et inquiet qu'il n'eut pas la force de refuser l'offre de son ami ni même de lui demander de quelle affaire il s'agissait.

Il se contenta de hocher la tête en signe d'assentiment et ferma les yeux en se calant dans son fauteuil après avoir posé sa tasse sur la table.

Ses paupières commencèrent à se fermer toutes seules sans qu'il ne puisse rien y faire et tranquillement, tout doucement, il tomba dans un profond sommeil durant lequel il rêva que son partenaire prenait une couverture pour le couvrir, marque d'affection qu'il n'aurait jamais eu dans la vraie vie.

Harry ouvrit doucement les yeux et finit par se pelotonner encore plus dans les épaisses couettes du lit de son frère. Car elle se doutait bien de ce qui s'était passé: elle s'était évanouie dans les bras de son frère qui dans son extrême gentillesse l'avait transportée jusque dans sa propre chambre.

Son regard fatigué coula jusqu'à la fenêtre dépourvu de rideau à travers laquelle elle pouvait apercevoir les étoiles briller faiblement dans le ciel noir et pollué de la City.

Penché sur le côté, ses cheveux blonds s'étalant sur l'oreiller pour former comme une auréole de lumière.

Et c'est en regardant la lune qu'elle se rendormit paisiblement, ne se doutant pas que le lendemain serait le jour qui marquerait le début de sa nouvelle vie et accessoirement celui de ses retrouvailles formelles avec son grand frère.