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Acte 2 :

Les ailes du souvenir

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Lassitude, envie de hurler. Tous ces sentiments s'abritaient en elle, l'abîmaient dans la plus profonde des mélancolies.

Dès l'instant où elle avait ouvert les yeux après qu'elle fut sortie du ventre maternel, même si elle ne s'en souvenait pas, Shio avait senti que quelque chose lui manquait. Plus tard, lorsqu'elleeut l'âge de se tenir debout et de parler, le sentiment d'être étrangère à ce monde où elle était née avait surgi des ténèbres pour s'emparer d'elle.

Il avait grandi en elle comme un vers qui s'étire, et la pomme qu'elle était se découvrait rongée de l'intérieur. Si elle en avait parlé à quelqu'un, Shio aurait été certaine de se faire traiter de dépressive ou de folle. Or, elle sentait au plus profond de son être qu'il fallait que quelqu'un la prenne au sérieux un jour...

Aujourd'hui, c'était pire que tout. Ses yeux bleus, personne n'y regardait de plus près pour tenter de les déchiffrer. Son visage, aucun de ses proches, de ses amis, ou même de simples inconnus n'y faisait attention. Jolie, mais sans plus. Banale à bien des égards, mais trop étrange pour être considérée comme normale.

Shio, qui signifiait « marée ». Pourquoi sa mère l'avait-elle nommée ainsi ? Elle était loin d'être aussi belle que les vagues de l'océan. Ses cheveux, aussi sombres que l'ébène, ne les symbolisaient pas du tout, ils étaient raides comme des baguettes de bambou. Elle se sentait beaucoup plus proche de la terre chaude détrempée par la pluie, dont elle aimait l'odeur même si tout le monde trouvait que cette boue formée semblait laide.

Ces gens-là ne savaient pas apprécier la beauté quand ils l'avaient sous leurs yeux.

La jeune fille mit la musique un peu plus fort sur ses oreilles, serra les lèvres et se replongea dans son monde intérieur; là-bas, elle y était merveilleusement bien, mais ne pouvait jamais y rester bien longtemps, sous peine d'attirer trop l'attention sur elle de personnes curieuses de savoir ce qu'elle faisait, à quoi elle pensait. Ce monde-là, Shio l'aimait parce qu'il y avait ce petit quelque chose qui sur Terre était absent.

Et bien sûr, il y avait cet homme. Jeune, avec des yeux incroyables et une chevelure impossible à imaginer ici comme étant une couleur naturelle. Chez lui, elle l'était pourtant. Cet homme, il n'existait pas, sauf dans son esprit.

L'influence des jeux vidéos avait-elle altéré les fantasmes de base de l'être humain qu'elle était ? Non, puisqu'avant d'y avoir goûté, Shio le voyait déjà dans ses rêves toujours empreints de douceur et de folie. Des rêves bien plus vivants que sa vie réelle.

La jeune fille sentit ses yeux se fermer lentement. Peut-être devait-elle aller consulter un médecin pour ce problème. Il était impossible de s'attacher à des personnes imaginaires, sauf pendant l'enfance... mais Shio, elle, n'avait jamais cessé de le faire même si elle avait fini par le cacher.

Cet inconnu avait grandi avec elle sans grandir. Ce mystère la laissait un peu perplexe, mais elle ne s'y attardait pas de trop. Le sentiment qu'elle éprouvait pour lui s'était alors éclairci, et... son cœur avait sombré sous la douleur.

Il n'existait pas. Jamais ils ne vivraient ensemble, ni ne s'accorderaient un simple regard.

Shio serra les poings sur sa jupe. Le froid mordant du banc de fer lui parut plus cruel encore. Pourtant, elle restait assise dessus, faisait semblant d'être pétillante de vie, plaquait un faux sourire sur ses lèvres bleuies lorsqu'un passant la saluait. Elle donnait l'illusion de vivre. Son monde intérieur ne lui suffisait plus et lui créait tant de tourments... elle avait si mal ! Il en était issu, lui, qu'elle appelait à tort son ange gardien, parce qu'il représentait bien plus pour elle... Cet ange gardien qui n'existait pas.

Lorsqu'elle ouvrit de nouveau ses paupières fatiguées, la voûte céleste avait presque revêtu son manteau d'astres. Elle devait rentrer. Ce parc la déprimait, de toute façon. Au moins, il lui paraissait un peu plus familier que le lycée ou la maison.

Du haut de ses seize ans, Shio ne se sentait bien nulle part. Sauf dans son monde intérieur, celui qu'elle imaginait ou croyait imaginer. Sauf dans les bras de ce jeune homme aux yeux turquoise et aux cheveux d'argent. Un an plus tard, elle serait assise à la même place, parlerait à voix basse de lui... et s'abîmerait plus encore dans la tristesse.

Parce qu'il n'existait pas.

Elle n'aurait pas conscience que ce jeune homme la regarderait d'une autre dimension, sous une forme astrale ou une simple émanation de l'esprit, et qu'il tenterait de poser la main sur la sienne avant d'être rattrapé par sa propre réalité.

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Shio poussa un gémissement de désespoir; le sommeil lui échappa. Ses yeux s'ouvrirent et des larmes acides, brûlantes, coulèrent sur ses joues et achevèrent d'éclater ses dernières barrières.

Ils s'étaient vus, mais il ne l'avait pas reconnue. Là-bas, sur cette île qui représentait le cœur de son monde imaginaire. Elle lui avait posé une question – pas celle qu'elle aurait voulu formuler – et il lui avait répondu. Elle s'était aperçue qu'il était troublé, qu'il doutait, qu'il cherchait à se souvenir d'elle... Non, cela n'était pas possible. Pour lui, elle n'existait pas et inversement.

Shio saisit son oreiller et y fourra son visage pour étouffer ses sanglots imprégnés de fatigue. L'insomnie lui aurait été salutaire pour une fois. Recroquevillée en fœtus, elle maudissait plus que jamais la vie d'être aussi cruelle envers elle. Elle s'en voulait à elle-même d'être trop étrange, malade, folle.

Comme Alice au Pays des Merveilles. Elle aussi avait-elle été amoureuse ? Lewis Carroll n'en parlait pas. Peut-être que ça avait été trop douloureux pour lui.

Où ses pensées dérivaient-elles ? Oui, elle était folle. Folle d'amour et folle d'aller aussi mal. Folle et pétrie de sentiments pour quelqu'un qui n'existait même pas. Pitoyable, grotesque. Combien de personnes en ce bas monde étaient-elles touchées par cette épouvantable malédiction au goût de sucre et de miel ?

Ici, ce n'était pas sa place. Ce monde, ce n'était pas sa maison. Cette maison, enfin cet appartement, ne lui appartenait absolument pas. Ce lit, ce n'était pas le sien. Jamais Shio n'en avait été plus persuadée.

Même son prénom était une imposture. Elle l'avait modifié secrètement pour qu'il colle plus à elle, l'inconnue. Un X au niveau du graphisme, même s'il pouvait se prononcer comme un « sh » dans sa langue natale. Xio. Cela ne lui avait pas plu. Non, pas du tout même. Son prénom, elle le voulait musical. Elle désirait qu'il fût unique.

Xion. Oui, c'était beaucoup mieux. Lorsqu'elle l'avait formulé à voix haute, un carillon lointain avait retenti à ses oreilles. Son cœur s'était allégé d'un poids. Néanmoins, une vieille douleur s'était réveillée. Une douleur sourde, incompréhensible, impossible à définir. Une douleur issue d'une autre vie ?

Shio – non, Xion – se releva doucement et frotta ses paupières rougies. Elle fixa le volet fermé de sa fenêtre. Il était trois heures du matin. La ville devait dormir à moitié, ou être animée d'une énergie morte. Cette ville, qu'elle avait appris à aimer, mais qui la rendait malade aussi. Cette ville triste et grise, à la pointe de la technologie d'après les dirigeants de son pays.

Du haut de ses dix-sept ans, Xion avait l'impression d'avoir souffert mille maux. Une autre vie... et puis quoi encore ? Son esprit cherchait-il des chemins plus tortueux pour s'égarer un peu plus dans ses délires ?

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Hōryū-ji (1) somnolait sous un ciel gris et trop duveteux. Pourquoi y était-elle allée, alors qu'elle se fichait de la religion, quelle qu'elle fût ? Xion n'en avait aucune idée. Peut-être était-ce pour l'atmosphère de paix qui se dégageait de l'endroit, malgré l'hiver rude qu'ils connaissaient en ce moment.

La neige avait recouvert son toit harmonieux et les allées bordées par des sapins. C'était là qu'elle s'était réfugiée après qu'elle eut visité l'intérieur de la pagode. Elle n'y était pas restée longtemps malgré le froid.

Xion soupira et attrapa une des mèches de ses cheveux courts. Elle refusait de les porter long depuis ses quinze ans. Elle se sentait plus elle-même ainsi. Cependant, chose étrange, dès qu'on l'interpellait par son prénom d'origine – Shio –, il lui arrivait de ne pas se sentir concernée. Elle devait faire attention avec cela, parce « Xion » devait rester secret !

Elle tritura une de ses mitaines en laine. Les carreaux noirs et blancs lui rappelaient l'échiquier de sa vie. Elle ne cessait de changer de camp, de violer les règles fondamentales. En vérité, Xion se cherchait... et cherchait sa place sur Terre, même si elle n'existait pas. La liberté l'appelait plus que tout, mais elle ne savait pas où la débusquer !

Les barrières l'empêchaient de venir toucher un des sapins, mais elle comptait l'enjamber lorsqu'il n'y aurait plus personne. C'était plus ou moins le cas, d'ailleurs. Le crépuscule donnait rendez-vous de plus en plus tôt en ce mois de décembre. Noël arriverait trop vite, et Xion ne souhaitait pas le fêter, ni même y penser.

Quelques flocons de neige échouèrent sur sa tête, qu'elle recouvrit de sa capuche. Son long manteau blanc affinait sa silhouette déjà mince et lui tombait jusqu'aux pieds. Ses bottes plates, d'un noir de jais, faisaient craquer la neige parsemant l'allée. Elle marchait sans but et raison sur ce chemin dont elle ne voyait pas le bout.

Quelques mois plus tôt, elle avait tenté de faire le deuil. Oublier ce jeune homme inventé. Bien mal lui en prit, puisqu'elle ne l'avait pas supporté et était tombée malade. Et encore, Xion s'estimait heureuse de s'en être sortie avec une simple grippe intestinale. C'était passé inaperçu aux yeux de sa famille, et c'était tant mieux.

Alors elle avait voulu l'aider. À chaque fois qu'elle rêvait de lui, il combattait une force obscure. Il n'était pas tout seul, mais il semblait avoir besoin d'encouragements. Sans réfléchir, Xion lui en avait donné. Il avait remporté sa bataille, et la jeune fille s'était dit qu'elle ne devait plus intervenir.

Pensive, elle leva la tête vers le ciel. Toujours ce gris souris, ce gris à vomir... ce gris qu'elle ne supportait plus. Il symbolisait l'absence, le chaos... et tout son être mâchait ce gris, en était empli jusqu'au bord ! Désespérément, ses yeux cherchèrent d'autres couleurs, d'autres nuances, même infimes. Sans en avoir conscience, elle se mit à appeler un nom qui lui tournait dans la tête depuis quelques minutes. Un prénom qui signifiait « terre ferme ».

La jeune fille fronça le nez et le front, se concentra davantage. Elle sentit à peine la morsure du vent soudain sur sa peau. Elle fit à peine attention à l'éclat du jour, qui grandissait... sauf lorsqu'elle fut obligée de s'arrêter et de fermer les yeux. Xion perçut alors que quelque chose était en train de se produire.

Son cœur se mit à battre d'affolement, mais d'une étrange excitation qui l'atterra. Pourquoi ne fuyait-elle pas en direction de la pagode ? Pourquoi plaçait-elle ses bras devant son visage comme une idiote en détresse ?

Un corps dur la frappa de plein fouet et la coucha par terre. Ce corps-là attrapa sa taille et la serra contre lui. Xion ne cria pas, même si elle aurait dû. Elle ne chercha pas à se débattre et se laissa faire. Elle mit un moment avant de lever les paupières et de manquer s'étrangler. Le garçon aux cheveux d'argent et aux yeux turquoise... C'était lui ! Non, impossible...

Pour s'en assurer, elle déplaça sa main tremblante vers ses ailes. Dans son rêve, il n'en possédait pas. À la place, il avait une arme étrange : une lame sertie par une garde ornée d'un œil bleu félin, et de deux ailes entrelacées. Une aile d'ange et une aile de démon.

Ces ailes, il les avait dans le dos. Xion les caressa doucement toutes les deux jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux. Elle se pétrifia l'espace d'une seconde, mais elle retrouva ses esprits rapidement et lui sourit tendrement. Elle ne pouvait pas s'en empêcher, c'était viscéral. Même si tout ceci était le jouet d'une hallucination, elle en profitait jusqu'à ce qu'elle s'arrête.

Elle le sentit se raidir. D'une voix tremblante d'émotion, Xion lui demanda :

- C'est toi... c'est bien toi, mon ange gardien ?

Il semblait hébété, mais cela ne dura pas. Sans rien dire, il la serra contre lui à l'étouffer en murmurant d'une voix étranglée – d'une voix grave, mais si belle à ses oreilles :

- Je t'ai retrouvée... Kingdom Hearts, alors tu existes vraiment !

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Tous deux se relevèrent alors que la nuit achevait de naître au-dessus de leurs têtes. Riku refusait de lâcher Xion, et l'inverse était tout aussi vrai. La neige tombait à gros flocons sur eux et les bénissait de ses étoiles éphémères.

Sans que la jeune fille ne s'y fût attendue, le jeune homme la saisit par la taille et les jambes pour la porter étroitement contre lui, lui adressa un sourire confiant, puis lui chuchota :

- Accroche-toi.

Xion ne se fit pas prier; Riku déploya ses ailes, donna une impulsion du talon, puis s'éleva avec douceur dans les airs. Elle cacha son visage dans son torse en gémissant :

- On pourrait nous voir... Les anges, personne n'y croit ici...

- Ne t'inquiète pas. Je ne nous emmène pas bien loin. Je connais ton monde.

Xion ne lui posa pas plus de questions. Riku les déplaça sous la sapinière la plus proche, à l'abri des regards. Elle frissonna lorsqu'il la déposa à terre et qu'elle quitta la chaleur de ses bras. Ne sachant trop quoi dire, elle baissa la tête et joua à tasser la neige avec son pied. Riku perçut son désarroi, ses interrogations. Lui-même avait du mal à croire qu'il avait changé d'univers, qu'elle était en chair et en os devant lui. Il ferma les yeux, imagina que ses ailes disparaissaient.

Étrangement, cela marcha. Elles ne rentrèrent pas sous sa peau, ni ne se replièrent simplement, elles s'évaporèrent comme par magie. Riku sut qu'il pourrait les rappeler à loisir. C'était sa Keyblade qui se manifestait de cette manière.

Xion le regardait en coin, avec une sorte de sourire triste comme elle en avait l'habitude. Ce qui était en train de se produire tenait du miracle pur et dur, mais il ne durerait pas. Les belles choses mouraient si vite... et celle-là ne ferait pas exception. Son ange gardien disparaîtrait à son tour, comme les ailes qu'il possédait. Il ne pouvait pas rester rien que pour elle.

Riku s'approcha d'elle et lui saisit le visage à deux mains. Il devait clarifier un point avec elle : il ne retournerait pas dans son univers. Il demeurerait auprès d'elle, et lorsqu'ils seraient prêts, alors il l'y emmènerait. Doucement, il lui demanda :

- Quel est ton nom ? Je n'ai jamais pu le savoir...

À sa plus grande surprise, elle lui dit :

- Mon vrai nom, ou celui que l'on m'a donné à la naissance ?

Pourquoi lui avait-elle répondu une chose pareille ? Xion l'ignorait. Était-ce si important ? Hésitante, elle attendit.

- Ton vrai nom, si tu penses que celui que tu as ne te convient pas.

- Alors je m'appelle Xion.

Au moment où elle prononça ces mots. Une douleur vive naquit au sein de la poitrine de Riku. Il geignit et tomba à genoux en se tenant le cœur. Xion... Ce qui manquait à sa mémoire lui revint avec une force inouïe.

La cassure se ressouda, et le puzzle prit tout son sens. Xion, celle qui était l'incarnation des souvenirs de Sora, mais qui était parvenue à construire sa véritable personnalité. Xion, la quatorzième membre de l'Organisation condamnée à disparaître... et à être effacée des mémoires.

De son côté, Xion mettait les mains devant sa bouche, horrifiée, et reculait. Que lui arrivait-il ? Pourquoi semblait-il souffrir ?

- Non, s'il te plaît... Dis-moi ce qu'il y a...

Un éclair de lucidité traversa son cerveau de part en part. Une grimace de douleur transparut aussi sur ses traits. Cependant, la seule chose qui se libéra chez elle ne fut pas la mémoire de son ancienne vie... Juste un prénom. Celui qu'elle prononçait tout à l'heure, avant que son « ange » ne lui tombe dessus ! Haletante, elle se mit à genoux, lui prit le visage en coupe et lâcha :

- Riku...

Ce dernier eut un rictus, puis se calma soudainement. Ses yeux brillaient lorsqu'il lui dit :

- Je ne ferai pas comme dans notre autre vie...

Perplexe, Xion le regarda comme s'il était devenu fou. Ce dernier lui servit un sourire tendre, rabattit une de ses mèches couleur ébène derrière son oreille et ajouta :

- Je sais que tu ne comprends pas, mais tu sauras tout le moment venu. Pour l'instant...

La seule chose dont se souvint la jeune fille avant de s'évanouir dans ses bras, à cause de l'émotion, mais aussi du froid et de la fatigue, ce furent ses lèvres contre les siennes, douces et invitantes. Ces lèvres qu'elle attendait depuis si longtemps.

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Après être entré le plus discrètement possible, Riku la déposa doucement dans son lit en bénissant une chose : en partant de chez elle, Xion avait oublié de fermer la fenêtre. La pièce était glaciale, mais il y remédierait...

Les parents de la jeune fille étant absents, il pouvait se permettre de rester à ses côtés quelques heures, avant de chercher un endroit où loger dans la ville même. Toutes ces choses, loin de l'effrayer, le remplissaient d'une sérénité tranquille. Son apparence risquait de choquer, mais s'il le fallait, alors il trouverait une solution aussi. Ce n'était pas compliqué, il était débrouillard et très intelligent.

Xion fronça les sourcils, ouvrit des paupières confuses. Ses iris croisèrent ceux de Riku, ce qui la fit bondir de surprise. Calmement, le jeune homme la recoucha et caressa ses cheveux en lui disant :

- Je suis là. Je ne suis pas près de partir.

- C'est vrai ? Tu me le jures ?

Sa voix était éraillée, elle tremblait peut-être de fièvre, mais Xion ne s'était jamais sentie aussi vivante qu'aujourd'hui. Riku lui répondit par un nouveau sourire, puis un baiser qu'il déposa sur ses lèvres. Les joues de la jeune fille s'empourprèrent sous le geste. Personne ne l'avait jamais regardée, ni même embrassée ainsi...

- Je te le jure. Je me taillerai une place dans cette ville, comme dans tous les mondes que j'ai visités.

Il se mordit la langue après avoir sorti ces mots. Cependant, Xion ne releva pas. Elle était heureuse; elle savait qu'il ne venait pas de la Terre, mais cela ne la dérangeait pas.

Celui qu'elle aimait depuis qu'elle était enfant, et même depuis une autre vie... Il existait pour de vrai. C'était tout ce qui comptait.

Ces conclusions, Riku les formula aussi au sein de son esprit. Il se pencha vers elle, lui chuchota à l'oreille en lui saisissant la main :

- Un seul ciel, une seule destinée. Je suis parvenu à franchir la porte de ton « younivers », oui, ton univers à toi, pour te retrouver.

Un ange passa avant qu'il n'ajoute :

- Mon cœur...

- … est un zéphyr ardent qui rêve de se déposer sur le tien, acheva-t-elle de dire à sa place, la voix pleine d'émotion.

- Notre histoire ressemble à une épopée, fit-il remarquer, en s'allongeant à ses côtés.

- Un rêve éveillé... mais je ne veux pas qu'il cesse.

- On est deux.

Le reste, leurs yeux se l'avouèrent avec beaucoup plus d'éloquence. Plus rien n'importait que cet instant présent, que même un souffle de monde ne pourrait rompre malgré l'énergie qu'il y mettrait.

L'amour était une bien plus étrange alchimie qu'on ne l'aurait pensé. Le Kingdom Hearts, lui le savait... que ce fût dans un univers ou dans un autre.


Lexique:

Hōryū-ji (1): Temple bouddhiste situé à Ikaruga, ville de la préfecture de Nara au Japon.