Me voilà avec le second chapitre de cette fiction.
Je remercie toujours Daiky pour la correction !
Je remercie également les personnes ayant laissé une review sur le premier chapitre : CaptainJay, toph90, pyrrha0811, et Anonymous
En espérant que ce second chapitre vous plaise !
Bonne lecture !
Chapitre 2
Il planait. S'élevant au-dessus des nuages, nageant dans un océan bleuté peuplé de formes cotonneuses. S'élançant sous cette brise chaude et apaisante, il s'élevait sans un bruit, quittant le sol et cette Terre si terrible pour rejoindre cet état clair et paisible. Ses poumons se remplissaient d'un air nouveau, pulsant cette énergie merveilleuse dans ses veines, nourrissant son corps déshydraté. Il se sentait libre, perdu dans cet état second, s'évaporant telles les gouttes d'eau formant ces masses nuageuses. Et pourtant, quelque chose le retenait encore, l'empêchant d'atteindre cet état béni auquel il aspirait tant. De lourdes chaînes enserraient son corps, le tirant toujours plus bas, lui volant cette liberté à laquelle il n'avait pu goûter. Il tombait. Il tombait toujours plus bas.
Son cri de terreur se répercuta sur les murs de sa chambre, résonnant dans la pièce alors que son réveil retentissait de cette sonnerie stridente caractéristique du matin. Écarquillant les yeux, encore perdu dans les brumes du sommeil, Léon dut s'accrocher aux draps le recouvrant pour s'assurer enfin que ce cauchemar était bien derrière lui. Où était-il vraiment ? Le ciel bleu qu'il percevait de l'autre côté de la vitre ressemblait tant à celui de son rêve…
Se levant maladroitement, Léon passa une main tremblante dans ses cheveux emmêlés, avant d'ouvrir en grand la fenêtre de sa chambre. Il ne portait qu'un bas de pyjama, et la fraicheur matinale lui fit un bien fou alors qu'une brise tiède caressait son torse nu. Admirant le panorama s'étalant devant ses yeux encore endormis, il sourit en notant qu'un souffle puissant agitait déjà les vagues, faisant danser ces monstres naturels dans la clarté merveilleuse du petit matin.
Il n'était que six heures.
Et pourtant, le soleil éclairait déjà la ville, réveillant doucement ses habitants. Mais Léon allait avoir besoin d'une stimulation plus forte que la clarté de cet astre pour commencer sa journée du bon pied.
Il enfila rapidement quelques vêtements, avant de dévaler les marches le menant à la librairie. L'endroit était encore calme, alors que lui seul parcourait les rayonnages. C'était dans ces moments-là qu'il appréciait le plus cet endroit. Lorsque le silence était maître de ces lieux, envahissant la pièce, faisant naître une sérénité dans les pages de chaque volume – sérénité qui s'évanouissait dès l'arrivée du premier client. Et ce calme, il n'y avait que Léon qui pouvait en être l'unique spectateur. Habiter juste au-dessus de la libraire avait de nombreux avantages.
Il s'était d'abord senti seul lorsque Gwen avait décidé d'emménager avec Lancelot. La présence de la jeune femme lui avait terriblement manqué. Mais il attendait désormais avec impatience ces moments volés qu'il avait en tête à tête avec les livres, dans une communication presque sacrée. Poussant enfin la porte de la librairie, il s'élança finalement à l'extérieur.
La mer était violente, déchainée en ce beau matin d'août, les vagues fouettant son visage alors qu'il les combattait rageusement, ses bras battant les courants frais, le faisant évoluer dans cette masse aqueuse. Son souffle était court, ses gestes empressés. Il savait qu'il pouvait sombrer à tout instant, laisser l'océan l'emporter, se noyer dans ces vagues sombres. Mais il continuait sa lente progression, absorbant cette adrénaline, cette force naturelle, laissant le pouvoir des éléments transpercer son corps…
- Puis-je me joindre à vous ?
Surpris par cette présence inattendue, Léon faillit boire la tasse. Toussant et recrachant l'eau étant parvenue à pénétrer ses lèvres entrouvertes, il tourna un regard surpris vers l'endroit d'où provenait cet appel. Et ce qu'il vit l'étonna encore plus.
Il ne croisait jamais personne à cette heure matinale, et pouvait donc profiter comme il le souhaitait de la violence de la mer. Et pourtant, IL était là, superbe dans la lueur du matin. Ce torse ferme évoluant sans peine au milieu des flots, en harmonie avec cet élément. Une fougue certaine brillait dans ce regard sombre, alors que ces lèvres entrouvertes demeuraient les seuls témoins de l'effort créé par le jeune homme.
Léon regagna un endroit où il était certain d'avoir pied avant de se redresser, grimaçant alors que les flots menaçaient de la faire trébucher.
- Gwaine ? Que faites-vous ici ?
Près de trois jours s'étaient écoulés depuis la visite de l'homme, et Léon n'avait plus entendu parler de lui. Il avait secrètement espéré un coup de fil de sa part, ou même un simple sourire s'il passait devant la boutique. Mais rien. Rien ne lui permettait de faire vivre l'étincelle du désir s'étant allumé en lui lors de leur première rencontre. Et pourtant, l'homme était bien là, lui souriant mystérieusement alors qu'il venait à son tour le rejoindre, se redressant juste devant lui.
Léon eut un instant envie de plonger à nouveau, le regard de l'homme fixé sur son torse nu le mettait étrangement mal à l'aise, mais déclenchait à la fois chez lui un désir qu'il ne savait pour le moment identifier. La voix riche et grave de Gwaine le fit frissonner soudainement.
- Je faisais mon jogging matinal lorsque je vous ai vu. Vous ne devriez pas nager dans une mer aussi agitée. Vous risquez de vous noyer.
- Et pourtant vous êtes venu me rejoindre, rétorqua le jeune libraire non sans rougir à cette remarque.
Il était parfaitement au courant des dangers le menaçant. Mais cette communion matinale était un rituel qu'il ne pouvait abandonner. Et le danger ne l'excitait que davantage. Il ne pouvait même qu'attendre avec impatience que l'océan se décide enfin à l'engloutir pour de bon…
- Je voulais vous revoir, rétorqua simplement le brun. Et vous remercier pour le livre. Je l'ai commencé, et j'aime beaucoup. Cet auteur a vraiment une façon particulière de voir les choses.
- Oh…
Léon baissa les yeux, un sourire maladroit effleurant ses lèvres. Il était terriblement flatté que l'homme eût décidé cela.
- De rien, balbutia-t-il. C'était un plaisir de vous conseiller à ce sujet. Ellie a-t-elle aimé le livre ?
Un sourire éclatant éclaira le visage de Gwaine.
- Elle l'a adoré ! Selon sa mère, c'est maintenant un de ses livres préférés.
- J'en suis ravi.
Les deux hommes échangèrent un sourire, avant que Léon ne frissonne soudainement. La fraicheur des flots commençait à avoir des effets néfastes sur son organisme, surtout maintenant qu'il avait stoppé ses mouvements.
- Nous ferions bien de regagner la plage, balbutia-t-il.
Gwaine acquiesça aussitôt.
- Excellente idée.
Se démenant dans les flots déchainés, Léon parvint tant bien que mal à regagner le rivage, pestant intérieurement contre l'interruption de sa nage matinale. Mais il était en même temps excité, anxieux, dans l'attente de ce qui allait se passer ensuite.
Léon rougit soudainement lorsque ses pieds s'enfoncèrent enfin dans du sable non recouvert d'eau. Il pouvait apercevoir la pile de vêtements qu'il avait abandonnés plus tôt. Et la seule chose qu'il avait actuellement sur lui était un simple boxer dont les couleurs claires devaient désormais créer un effet particulier dans cet état humide. Couvrant d'un réflexe peut-être exagéré son entrejambe, il jeta un œil à Gwaine, et déglutit précipitamment avant de détourner le regard.
L'homme était nu. Entièrement nu. De cette brève vision divine, le jeune homme avait pu en conclure trois choses primordiales :
1) Les rêves érotiques qui l'agitaient depuis sa rencontre avec le brun n'allaient pas s'éteindre – surtout après avoir eu un aperçu de ce corps magnifique qu'il imaginait allongé sur le sien.
2) Le brun était visiblement fier de son physique, s'il pouvait en juger par le sourire qu'il lui avait décerné durant ce bref coup d'œil.
3) Être une goutte d'eau devait s'avérer très agréable, surtout lorsqu'il s'agissait de rouler sur cette peau luisante, s'insérer entre deux épaules, parcourir ces abdominaux, découvrir ces jambes puissantes…
- Mon dieu…
Cette prière n'avait pu être retenue par le jeune libraire. Il sentait ce désir vif refaire lentement surface. Et le fait de se trouver presque nu en compagnie d'un Gwaine complètement dévêtu n'arrangeait vraiment pas les choses.
Les flots glacés étaient soudainement de nouveau très attirants. Ne pouvant retenir un gémissement, Léon courut presque pour attraper son pantalon.
- Vous allez juste réussir à mouiller vos vêtements, fit la voix moqueuse de Gwaine à quelques mètres de lui. Laissez l'air vous sécher.
Lâchant un soupir de découragement, le jeune homme laissa l'habit retomber sur le sable. Il aurait dû prendre une serviette. Cela était une évidence. Mais, habituellement, la plage était déserte à cette heure matinale. Rien ne l'empêchait donc d'apprécier la fraicheur du vent sur son corps, de laisser les éléments effacer toute trace de ces gouttes d'eau. S'asseyant sur le sable, il fit de son mieux pour ne pas tourner la tête en direction de Gwaine lorsque l'homme s'installa à sa droite.
- Détendez-vous ! s'exclama soudainement le brun en lui donnant une tape dans le dos. Je ne vais pas vous manger. J'ai d'autres projets beaucoup plus intéressants pour vous.
Des projets ? Surpris, Léon jeta un bref coup d'œil à Gwaine, soupirant avec amusement lorsque ce dernier lui retourna un clin d'œil taquin.
- Je voulais vous appeler, vous savez, reprit Gwaine. Mais…
Il sembla hésiter un instant, et Léon en profita pour observer son beau visage, sur lequel la lueur du matin faisait naître des ombres envoûtantes. Ses cheveux étaient doucement soulevés par le vent, alors que sur son torse perlaient encore toutes ces petites gouttes, s'accrochant à la fine toison brune le recouvrant, et qui était presque invisible au regard. Le regard du jeune homme faillit glisser plus bas, mais il sursauta presque lorsque le timbre grave de Gwaine retentit à nouveau.
- Je sais que c'est votre sœur qui m'a donné votre numéro.
- Gwen a souvent besoin de se mêler de ma vie amoureuse, rit Léon. Mais je suis heureux qu'elle l'ait fait. J'ai attendu votre appel. Je pensais que je ne vous intéressais pas.
- Je crois que nous devrions tous les deux arrêter de trop réfléchir, lança soudainement Gwaine.
Léon s'apprêtait à approuver cela lorsque deux lèvres se posèrent sur les siennes. Écarquillant les yeux, le jeune homme eut à peine le temps d'apprécier cette chaleur et ce goût salé, ou même cette main massant brièvement l'arrière de son cou. Cette bouche aventureuse s'éclipsa aussi rapidement qu'elle était arrivée, laissant Léon dans un état mêlant surprise et déception. Il en voulait plus. Maintenant qu'il avait pu goûter à cette bouche délicieuse, il voulait la sentir s'abandonner sur la sienne, alors que leurs corps s'aimaient passionnément. Il n'eut cependant pas ce loisir.
Lorsque Gwaine se releva, il dut faire tout son possible pour garder les yeux fixés sur le visage du brun.
- Je t'attendrai devant la librairie ce soir vers dix-huit heures trente. Ne sois pas en retard. À ce soir beau gosse !
Ces derniers mots avaient été criés alors que le brun d'éloignaient en courant pour vraisemblablement retrouver une pile de vêtements l'attendant un peu plus loin. Se relevant à son tour, Léon l'observa se vêtir du coin de l'œil, tout en enfilant à son tour ses habits. Il put admirer à sa guise ce corps fin mais bien bâti, ces muscles dessinant ces épaules, ce dos, ces jambes. Déglutissant face à des images auxquelles il ne devait songer pour le moment, il regagna la route, échangeant un dernier sourire avec Gwaine avant de s'élancer en courant en direction de la libraire.
Il était déjà en retard sur sa routine matinale. Et Gwen n'appréciait que moyennement de devoir ouvrir plus tard que prévu.
Lorsque, essoufflé, il atteignit enfin la boutique, il gémit presque en notant que les lumières étaient déjà allumées, signe que sa sœur s'activait déjà à l'intérieur.
Uh oh…
Cela ne signifiait rien de bon pour lui.
Poussant timidement la porte d'entrée, il se glissa rapidement à l'intérieur, priant pour que Gwen ne le remarque pas. Ses prières furent toutefois vaines. Alors qu'il s'apprêtait à poser le pied sur la première marche de l'escalier menant à l'étage, il sursauta en sentant une poigne ferme s'abattre sur son bras. Gwen avait dû en premier lieu viser son épaule, mais la différence de taille n'avait pas dû l'aider dans cette tâche…
- On peut savoir où tu étais ? S'enquit la jeune femme
Grimaçant, Léon se retourna lentement avant de dédier à sa sœur son plus beau sourire.
- À la plage, j'ai rencontré Gwaine, et…
Il espéra que la mention de Gwaine parviendrait à la calmer un instant. Après tout, c'était en partie de sa faute si le jeune brun l'avait à nouveau abordé.
- À la plage ? Par un vent pareil ? le coupa-t-elle. Les vagues doivent être terribles aujourd'hui, Léon. À quoi pensais-tu donc ? Un jour tu vas finir par te noyer.
Soupirant contre ces personnes qui ne cessaient de lui répéter cela, Léon crut un instant que son réquisitoire allait soudainement empirer. Mais un élément avait apparemment retenu l'attention de la jeune femme.
- Gwaine ? Tu as rencontré Gwaine ? s'exclama-t-elle.
Léon gémit face à ce sourire certain qui annonçait sans aucun doute un interrogatoire dans les règles.
- Oui. Il courait lorsqu'il m'a vu nager. Il est venu me rejoindre. J'ai un rendez-vous avec lui ce soir.
- Oh.
Le jeune homme fut satisfait de remarquer que cela avait, apparemment, fait taire sa jeune sœur – chose qui n'arrivait que très rarement. Toute la colère de cette dernière semblait également s'être mystérieusement évaporée. Il grimaça lorsqu'une main vint soudainement se glisser dans ses boucles dorées.
- Tu as du sable dans les cheveux, Léon, marmonna Gwen avant de repartir vers la réserve.
Secouant la tête face à ces changements d'humeur typiquement féminins, Léon se mit en quête d'un rapide petit déjeuner. Et tant pis pour le sable…
Tap Tap Tap.
Gwaine s'ennuyait.
Baillant profondément, il jouait machinalement avec le curseur à l'écran, sélectionnant des zones au hasard pour former des formes géométriques.
Tap Tap Clic.
Autour de lui, ses collègues continuaient sans un mot leurs occupations, pianotant sur le clavier de leur ordinateur, les yeux vissés sur leur écran. En temps normal, le jeune brun serait également plongé dans cette frénésie particulière, faisant de son mieux pour faire avancer le projet l'occupant actuellement. Mais aujourd'hui, il ne pouvait qu'attendre avec une impatience à peine contenue l'heure libératrice à laquelle il pourrait enfin LE retrouver.
Tap Tap Tap.
Léon. Léon Ettons.
Clic. Tap.
Cet homme l'avait hypnotisé dès leur première rencontre, capturant son attention dès que ces iris d'une couleur si particulière avaient rencontré les siennes. Il n'avait, à vrai dire, pénétré dans cette libraire que par hasard. Lancelot DuLac, le meilleur garagiste du coin, lui avait assuré au détour d'une conversation qu'il y trouverait des livres disponibles nulle part ailleurs. Cela avait attisé sa curiosité, mais aussi un désir presque enfantin de prouver à Freya Emrys, la mère de la petite Ellie, qu'il était aussi capable de trouver des livres intéressants et éducatifs pour la petite fille. Il s'était attendu à tomber sur un vieil homme, ou même sur une jeune femme aux larges lunettes et aux vêtements datant d'un autre siècle. Mais la vision presque divine qui l'avait conseillé n'avait pas fait partie de ses plans initiaux.
Clac !
Gwaine soupira profondément, étirant ses bras alors que ce visage si beau envahissait de nouveau ses pensées. Le libraire avait une voix grave mais douce, et c'était cela qui l'avait en premier lieu surpris chez l'homme. Cette voix le troublait, pénétrant au plus profond de son esprit, et générait chez lui un frissonnement tellement étrange…
La manière d'être de l'homme l'avait également perturbé. La carrure de Léon aurait pu laisser penser qu'il serait sûr de lui, voir presque brusque. Et pourtant, cet homme si grand semblait timide, incertain, mais s'exprimait avec une aisance si particulière.
Tap…Clic !
Léon l'attirait et l'intriguait à la fois. Et cette combinaison de sentiment, le brun ne l'avait que rarement éprouvé pour un homme. Un homme magnifique, qui plus est. Oui, il avait vraiment hâte de passer la soirée en sa compagnie.
Clac! Tap Tap Tap…BAM!
- Aieuh ! Mais tu es complètement malade !
Gwaine frotta avec vigueur l'arrière de son crâne, où Merlin, son collègue et meilleur ami, venait d'abattre un énorme catalogue.
- Veux-tu simplement arrêter de jouer avec ton crayon ? Le bruit est particulièrement agaçant, rétorqua ledit Merlin en confisquant aussitôt l'objet.
Gwaine grommela à la perte de son jouet, mais attrapa aussitôt un autre stylo sur le bureau devant lui.
- Et ne pense pas recommencer avec celui-ci ! retentit la voix du jeune homme.
- À vos ordres, papa ! rétorqua le brun avec amusement, entrainant un soupir exaspéré chez son ami.
Merlin Emrys, tentant actuellement de se noyer dans sa tasse de thé, était le meilleur ami de Gwaine. Enfin, en temps normal. Gwaine soupçonnait fortement que cet état de meilleur ami ne prenait pas en compte l'agacement provoqué par le claquement répété d'un crayon sur une table.
Ils s'étaient rencontrés à l'université, étudiant tous les deux l'informatique. Gwaine avait en premier lieu envisagé de séduire le jeune homme, mais avait rapidement renoncé en notant que Merlin n'avait d'yeux que pour les femmes, et en particulier pour Freya, qui devint par la suite sa femme. Le couple était aujourd'hui les parents de la petite Ellie, que Gwaine s'empressait de gâter et de chouchouter dès que l'occasion se présentait. Mais aujourd'hui, ce n'était pas la petite fille qui occupait ses pensées.
Un sourire éclaira son visage alors que les images du matin même s'immisçaient dans son esprit. Il n'aurait jamais pensé rencontrer Léon à cette heure matinale, particulièrement à cet endroit. Et pourtant, il pouvait encore se remémorer avec précision la justesse et la vigueur des mouvements de l'homme alors qu'il évoluait dans les flots. Cette fougue passagère avait été bien éloignée de l'idée qu'il s'était fait du libraire lors de leur première rencontre. Il l'avait pris pour quelqu'un de réservé, de profondément calme. Mais ce n'était plus cette quiétude qui animait le regard de l'homme, qui créait une flamme vive et brûlante dans ses yeux gris alors que tout son corps était soumis à la violence de l'océan. Léon n'avait visiblement pas fini de le surprendre, et il avait hâte de voir quelles surprises l'homme lui réservait.
L'air rêveur sur son visage fut remplacé par la surprise puis par une certaine douleur lorsqu'un projectile vint de nouveau percuter l'arrière de son crâne. Gémissant avec indignation, il fit volteface, sa chaise roulant sur le lino bleu. Il grimaça en rencontrant le regard amusé de Morgana, laquelle le dévisageait par-dessus ses grosses lunettes noires.
- Travaille au lieu de rêvasser ! lui lança-t-elle avant de l'attaquer d'une autre boule de papier.
Lui tirant la langue, Gwaine attrapa son bloc note, s'en servant de bouclier contre cet affront soudain. Sentant le projectile ricocher contre ce moyen de défense, il abaissa légèrement son bouclier…et se prit la boulette suivante dans la figure.
Ronchonnant contre ses collègues de travail, il tira à nouveau la langue en direction de Morgana.
- Arthur ! Elle m'embête ! geignit-il lorsque leur patron pénétra dans la pièce quelques secondes plus tard.
Pendragon & Co était une petite entreprise familiale qui avait été fondée par Uther Pendragon, le père d'Arthur, dans l'idée de proposer des services de développement de site web, de base de données, et d'autres projets de ce type. L'activité s'était rapidement développée, et une dizaine de personnes travaillaient aujourd'hui pour le jeune chef d'entreprise.
- Si elle t'embête, c'est que tu l'as sûrement mérité, soupira Arthur en jetant un regard amusé en direction de sa sœur.
Gwaine prit un air outré.
- Moi ? Le mériter ? s'offusqua-t-il. Je suis pourtant l'exemple parfait de l'innocence !
Clignant plusieurs fois des yeux, il ouvrit grand les paupières et fit trembler sa lèvre inférieure, tentant d'imiter le chiot en manque d'affection.
- L'innocence, bien sûr, s'esclaffa Morgana. Et moi, je suis la reine d'Angleterre.
- Sa Majesté peut-elle donc arrêter de me balancer des boulettes de papier ? s'enquit Gwaine en évitant un nouveau projectile. Tout le monde me veut du mal, aujourd'hui.
Il eut un large sourire.
- Enfin non, pas tout le monde, corrigea-t-il malicieusement.
Après tout, Léon l'avait plutôt bien accueilli le matin même.
- Va-t-on enfin en savoir plus sur ta nouvelle conquête ? s'amusa Morgana. Cela fait plusieurs jours que tu rêvasses constamment. On veut des détails, nous !
- TU veux des détails, corrigea aussitôt Merlin en éclatant de rire. Les détails de la vie sexuelle de Gwaine sont toujours trop détaillés à mon goût.
Le jeune Emrys frissonna un instant, puis secoua la tête comme pour chasser une image dérangeante de son esprit.
- Tu n'apprécies pas mes histoires à leur juste valeur, mon cher Merlin, rétorqua le principal concerné en souriant largement. Ma vie amoureuse est tellement trépidante…
- Tellement trépidante que tu ne nous en parles plus depuis près d'une semaine ? le coupa Morgana. Tu deviens vieux, Gwaine. Trouve-toi un compagnon stable et range-toi.
Cette proposition aurait pu susciter une exclamation d'indignation chez le brun, mais son sourire resta intact, alors qu'il ne quittait pas des yeux la jeune femme.
- Non ! s'exclama cette dernière après quelques secondes d'un jeu de regard silencieux. Vraiment ?
- Il se pourrait que j'aie trouvé quelqu'un, confirma mystérieusement le brun. Enfin, je n'ai pas encore réussi à le mettre dans mon lit, donc on verra.
- Je suis ravi pour toi, Gwaine, intervint Arthur. Et je suis certain que Morgana prêtera une oreille attentive à tous les détails que tu lui fourniras. Mais ce n'est pas de cette manière que ton projet avancera. Alors, retournez tous au boulot !
- Tss…Rabat-joie, marmonna la jeune femme en rabattant d'un air dramatique son foulard dans son dos tout en se réinstallant sur sa chaise.
Gwaine lui fit un bref clin d'œil avant de pivoter pour être à nouveau face à son ordinateur. Il se remit lentement au travail, après avoir pris un long moment pour contempler de nouveau l'image mentale d'un Léon presque nu sortant de l'océan.
À quelques kilomètres de là, Léon éternua.
Pestant contre le picotement nasal qui ne semblait plus le quitter, il sortit un mouchoir de sa poche, tentant de faire disparaître cet inconfort.
- Tu vois que tu n'aurais pas dû aller nager ce matin, commenta Gwen qui était occupée à ranger une étagère. Tu vas maintenant être malade pour ton rendez-vous de ce soir.
Rangeant son mouchoir, Léon rendit en souriant la monnaie à la cliente devant lui.
- Voilà Mme Muller, en espérant que le livre vous plaira.
La vieille dame accepta les quelques pièces en dévisageant Léon, les yeux pétillants.
- Un rendez-vous, Monsieur Ettons ? Il serait en effet temps que vous trouviez une jolie...Ahem, un bel homme pour s'occuper de vous. Je vous souhaite bonne chance.
-Merci Mme Muller, bafouilla Léon, alors que ses joues prenaient une teinte écarlate.
- Et ne rougissez pas comme cela, continua la vieille dame. Vous êtes un beau jeune homme. Tout devrait bien se passer.
- Je l'espère. Bonne journée Mme Muller.
- À vous aussi Monsieur Ettons.
Dès que ladite Mme Muller eut quitté la libraire, Léon fusilla Gwen du regard, faisant de son mieux pour masquer le rouge recouvrant ses joues. Gwen était, quant à elle, secouée par un rire témoignant de tout son amusement face à cette situation.
- Ce n'est pas drôle, grommela le jeune homme. Maintenant, elle va en parler à toutes ses amies, et je ne vais plus pouvoir m'en défaire. Déjà qu'elles avaient essayé de me caser avec tous leurs petits fils lorsqu'elles ont appris que j'étais gay…
Il secoua la tête. Il ne comprendrait décidément jamais le troisième âge.
Quelques secondes plus tard, il éternua à nouveau.
- Tu devrais prendre quelque chose pour te soigner, Léon.
- C'est le sable, marmonna-t-il. Celui de ce matin est encore dans mes cheveux, et dès que je bouge la tête j'en reçois une partie.
Il gémit lorsqu'une main vint soudainement lui ébouriffer ses boucles dorées.
- Gwen Je vais m'en sortir tout seul. Tu vas complètement me décoiffer…
- Si môsieur préfère s'occuper seul de sa divine chevelure, rétorqua la jeune femme en descendant de la chaise sur laquelle elle était grimpée.
Léon éclata de rire.
- Dis celle qui peut passer des heures à se coiffer le matin.
- Touché, admit Gwen avec un sourire coupable. Mais il faudrait tout de même que tu te débarrasses de ce sable avant ce soir. Tu ne voudrais tout de même pas que Gwaine soit gêné par cela.
- Je suppose qu'il en a reçu autant, marmonna-t-il avant de saluer un nouveau client.
Mais peu lui importait ses éternuements répétés, ou même toutes les séquelles de sa promenade matinale. Il n'attendait qu'une chose : le revoir enfin...
Fin du chapitre 2
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