Tant que tu seras mien 2

Visite et travail.

Le lendemain Harry reprit son travail, deux jours d'arrêt pour lui était déjà trop, il était débordé ces temps-ci. Il s'était octroyé un peu de répit pour son anniversaire mais il n'avait pas le temps pour plus. Sans compter que parfois pour s'avancer il travaillait le samedi et le dimanche pour mettre au point les plans des jardins et parcs qu'il dessinait chez lui. Donc pas vraiment le temps de prendre du temps pour flemmarder même si le mot n'était pas approprié.

Là en ce moment il bossait pour un propriétaire terrien qui voulait réaménager son vaste parc laissé à l'abandon depuis des années. Le travail avançait superbement bien, ses ouvriers ne lambinaient pas. Il faut dire qu'il avait engagé les meilleurs. C'était un remaniement gigantesque de plusieurs centaines d'hectares, un endroit magnifique avec des arbres centenaires aux essences parfois rares.

Au loin le jeune homme remarqua de suite que les oliviers, même s'ils venaient d'être replantés deux mois plus tôt, avaient admirablement bien repris. Il les avait choisi en container pour une repousse plus facile. Bien arrosés les oliviers avaient maintenant bonne figure, un petit coin de provence pour ce propriétaire qui avait voulu un peu plus loin, pour border une route, une allée de cyprès. Ça allait être un ensemble harmonieux de verdure odorant.

Ce matin il devait s'attaquer au plan d'eau, un petit lac entouré, ou presque, de saules pleureurs et de roseaux. Ils allaient devoir les élaguer méchamment en automne, c'est à dire dans trois mois.

Il avait aussi prévu quelques nénuphars pour le lac paisible où toute une faune habitait en harmonie. Les grenouilles, les libellules, les araignées d'eau, les tritons, les carpes et les perches, les salamandres et autres, faisaient que l'endroit grouillait de vie.

Le jeune paysagiste regarda un splendide papillon Macaon se poser sur l'extrémité d'un roseau puis reprendre son envol pour se poser gracieusement un peu plus loin. Il vit une petite carpe orange pointer le bout de son nez, se demandant si le papillon ne serait pas un mets délectable, s'imagina le paysagiste avec un sourire. Le poisson disparut sous l'eau, déçu de ne pas avoir attrapé sa proie car le papillon se tenait sur une tige inaccessible pour elle.

C'était une très belle journée. Le jeune homme nota les changements à terminer avant de retirer le tee-shirt qu'il avait sur le dos. Harry avait la peau mat à force de vivre dehors et de s'exposer aux rayons du soleil.

Il ne se rendait pas compte à quel point il était bel homme avec ses un mètre quatre-vingt, sa fine musculature, ses longues jambes et ses beaux cheveux noirs qui, sans êtres courts, n'étaient pas longs non plus. Ses yeux verts n'étaient plus cachés derrière des lunettes, voilà quelques années déjà qu'il les avait changé contre des lentilles de contact.

Il pouvait dire qu'il faisait des envieux, mais bon son travail était tellement prenant qu'il lui laissait peu de loisir pour trouver un homme qui le satisferait sur tous les plans. Lui ce qu'il voulait c'est un homme avec de l'humour, disponible pour lui, avec du caractére, aimant les sorties, les ballades en moto et la nature dans toute sa splendeur.

L'âge n'avait aucune espéce d'importance pour lui. Plus jeune, plus âgé, du moment qu'ils se plaisaient le reste n'avait aucune raison d'être. Harry se secoua puis s'attela à sa tache toute la journée, ne ménageant pas ses efforts ni sa sueur pour défricher l'étang. Il rentra chez lui très tard, fourbu mais heureux du travail accompli.

Il était vingt deux heures quand il rentra son engin dans son garage qui abritait aussi un quatre quatre rouge qu'il utilisait rarement. La moto est la deuxième chose qu'il avait acquis après sa maison, un rêve d'ado devenu réalité. Il avait travaillé dur pour ça, et il ne le regrettait nullement tellement il était bien dans sa vie.

Ses études avaient été fastidieuses et longues à cause des multiples perfections qu'il avait voulu se donner, à être bon autant être le meilleur, avait-il pensé. Tout cela avait payé puisqu'il était sorti de l'école Supérieure d'Architecture et de Paysagiste de Paris avec les honneurs et les félicitations de ses professeurs et du recteur. Six années d'études, puis il était revenu en Angleterre pour enfin débuter une carrière d'ingénieur-paysagiste.

Il ne savait d'où lui venait cette passion pour la nature et la vie au grand air. Peut-être de ses parents, mais comme ceux-ci étaient décédés depuis bien longtemps, il ne le saura jamais.

Le jeune homme se fit un plateau repas et porta le tout dans sa serre, puis comme chaque soir il s'installa et tout en dînant, épluchait ses notes pour les jours à venir.

Demain et après demain, il avait un autre chantier à voir à deux cent kilomètres de là. Il partira tôt, fera le tour de la propriété pour se rendre compte du travail à faire, puis, l'après-midi, il pourra commencer à dessiner les plans tout en tenant compte du désir du châtelain ou de la châtelaine.

Dans deux jours il devra aussi vérifier les jardins que ses ouvriers devaient avoir fini chez un Lord qui venait d'hériter d'un manoir. Tout était en ordre, bien établi, et pour l'instant aucun retard dans ses plans. Bien longtemps après le jeune homme repoussa son plateau repas puis ses cahiers, il étira ses jambes et ferma les yeux en posant sa tête sur le coussin du canapé en rotin. Ce n'est qu'une heure plus tard qu'il regagna son lit après avoir pris une douche relaxante et reposante.

Demain sera un autre jour, pensa-t-il en fermant les yeux de sommeil sur une journée éreintante. Voilà les journées de Harry Potter, travail et encore travail, ce que ses amis réprouvaient parfois.

Le matin, dès sept heures, le jeune paysagiste était déjà à pied d'oeuvre. Il venait de fermer son garage, d'enfourcher sa puissante Suzuky aux chromes rutilants pour parcourir les quelques deux cent kilomètres qui le séparaient de son nouveau projet de rénovation.

Dans sa tenue de motard il se sentait protégé. Il était prudent et très bon conducteur, mais une chute était toujours probable. Personne n'était à l'abri d'une erreur ou d'un accident. Son casque à la visière fumée ne laissait rien voir de son visage, et pour finir ses bottes noires complétaient la tenue.

La moto montra sa puissance quand il parvint sur la grand route. Le conducteur se délecta de la vitesse quand enfin il put accélérer. Il avait la passion de ces machines qu'il trouvait magnifiques et sensuelles. Il aimait leur puissance, l'impression de liberté quand il les chevauchait. Il adorait sentir l'engin sous lui et la voir répondre au moindres de ses gestes.

D"ailleurs c'est un peu déçu qu'il tourna dans une allée une heure trente plus tard pour accéder à une grande bâtisse qui tenait plus d'un castel que d'une simple maison, aussi grande fut-elle.

Assis sur sa moto, il ôta son casque et regarda les alentours qu'il trouva très beau. Certes des changements étaient à faire, estima-t-il en professionnel. Mais peut-être pas autant que ça. L'endroit avait été entretenu, c'était certain, et par une femme qui plus est, pensa-t-il avec justesse. En effet, Harry discuta avec le propriétaire qui lui expliqua que c'était sa femme qui s'occupait avec amour de son jardin et du parc. Elle avait quand même soixante-dix-sept ans, et elle peinait maintenant, lui apprit aussi le mari.

Harry comprit ce qu'avait voulu dire le mari aussitôt qu'il entendit sa femme. Elle adorait son jardin et ses fleurs, son parc et chaque arbre qu'elle connaissait sur le bout des doigts, elle souffrait de les laisser à l'abandon. Voilà pourquoi elle avait fait appel à lui. Un simple travail d'entretien pour une vieille dame au coeur sensible, ce que le jeune homme comprit de suite, étant lui aussi un amoureux de la nature.

Le paysagiste et la septugénaire, dont il avait galamment pris la main pour la mettre sous son bras, partirent en exploration, heureux l'un comme l'autre de parler de leur passion commune. La visite dura deux heures trente, puis Harry ramena la vieille dame épuisée chez elle mais sincèrement satisfaite de sa promenade, la preuve s'il en fallait une, son sourire éclatant et ses joues rose de joie.

Le jeune homme reprit sa moto puis la route après avoir eu le privilége de déguster un thé à l'arôme subtil et délicat que la vieille dame faisait venir de Chine tout en bavardant sur les nouvelles variétés de rhododendrons et de chênes aux feuillages persistants qu'elle voulait planter près de la terrasse.

La journée suivante, il revint pour dessiner quelques plans pour faciliter le travail, et une liste de certaines choses à rénover pour simplifier la vie des propriétaires. A la vérité il aurait pu faire le boulot chez lui et ne pas déranger ces braves gens mais il préférait se mettre dans l'ambiance pour avoir un effet plus réaliste.

Au milieu des arbres et des plantes il flâna entre les allées et les fleurs au parfum captivant et suave. Il s'arrêta quelques minutes devant des arbustes fleuris et admira les abeilles volant juste sous son nez, là son instinct d'artiste ne lui faisait jamais défaut pour trouver la touche de couleur qui manquait pour raviver un coin un peu triste.

Le jeune homme mit ensuite quelques ouvriers sur le chantier dès l'après-midi même, et rentra le soir quand il fut certain que les désirs de la vieille dame seraient comblés.

La semaine passa à une vitesse incroyable, le temps allait bien trop vite d'après Harry. Il y avait tellement de chose à faire...tellement à voir.

Quand le motard arriva chez lui, vendredi soir, Blaise l'attendait, assis tranquillement sur un banc abrité par une glycine odorante aux grappes lourdes de fleurs bleues que des abeilles butinaient ardemment.

Tous les vendredi Blaise et Drago passaient la soirée, voir la nuit, chez Harry, une manière pour eux de ne pas se perdre de vue et ainsi sortir leur ami pour des soirées pittoresques.

-Dray n'est pas arrivé ? s'enquit Harry tandis qu'il remontait la visière de son casque pour regarder son ami.

-Pas encore, il ne va pas tarder je pense, répondit le métis à la carrure imposante, aux yeux chocolat et au charme ravageur.

-A tous les coups il est devant son miroir, s'amusa le paysagiste en entrant sa lourde machine dans son garage puis en enlevant son casque qu'il posa sur une étagère.

Blaise, qui l'avait suivi, ricana aussi.

-Je gage que si Malfoy père savait le temps que son fils passe dans sa salle de bain, il en ferai une jaunisse.

-Pourquoi quand vous parlez de lui, j'ai l'impression que cet homme est intransigeant ?

-Peut-être parce qu'il est, Harry.

-Alors cela ne doit pas être facile pour Drago, finalement je crois que je devrais le plaindre au lieu de me moquer de lui, pouffa le jeune homme en connaissant le caractère de son ami.

-Ne t'inquiète pas pour Dray, il est futé le blondinet, tu ne trouveras personne d'aussi malin que lui pour se sortir d'une situation difficile. Alors tu vois son père, tout intransigeant qu'il soit, ne saura pas faire plier son fils. Et puis si tu veux vraiment savoir je pense aussi que c'est leur éducation qui veut ça, ce sont des aristocrates, ça veut tout dire !

-Il n'empêche que plus j'entends parler de Lucius Malfoy et plus j'ai envie de connaître cet homme qui paraît si complexe malgré ce que j'ai dit il y a quelques jours. Ca devrait être intéressant comme challenge de cotôyer une homme tel que lui.

-Moi à ta place, je ne serai pas pressé de le rencontrer, crois-moi, à chaque fois que je l'ai vu, je me suis senti tout petit face à lui. Il est imposant de par son regard gris et glacial, à vous donner froid dans le dos.

-Tu exagères, là, personne ne peut te faire sentir tout petit, Blaise, surtout toi et ta carrure de sportif.

-Moque-toi, mais tu verras si un jour tu le rencontres, tu t'en rendras compte par toi même.

Drago Malfoy arriva alors que les deux autres hommes buvaient un verre de vin, assis sur les hauts sièges de la cuisine en discutant moto.

-Vous auriez pu m'attendre ! surtout que je subodore, le mot fit lever les yeux de Blaise et de Harry, que tu as ouvert une de tes merveilleuses bouteilles, hein ?

-Un bourgogne, Dray. Un délicat bourgogne fruité qui tient superbement bien en bouche, n'est-ce pas Blaise ? demanda Harry en entendant le dit Blaise claquer sa langue de satisfaction.

-Bande de petits salauds, je suis sûr que vous le faites exprès !

-Viens t'asseoir, blondinet, et goûte-moi ce nectar que Harry a sorti de sa cave.

Drago jeta sa veste sur le comptoir et prit le verre que Harry lui avança.

-Hum...quel arôme dis-moi !

-Ouais, pas mal, approuva le paysagiste en remplissant de nouveau son propre verre.

Deux ou trois bouteilles plus tard, les trois hommes soupèrent d'une omelette copieuse accompagné d'une salade et d"un pain de campagne, puis pour finir, se jetèrent sur le canapé du salon en rigolant comme des fous.

-Je te jure, Harry, il était à croquer avec ses beaux yeux marrons pétillants, si ça n'avait tenu qu'à moi je l'aurais embarqué et amené chez moi illico presto.

-Et tu serais tombé sur ton père qui aurait bien vite refroidi tes ardeurs sexuelles, Dray.

-Non, Blaise, il me laisse faire ce que je veux du moment que je reste discret. Il est bien plus tolérant qu'on ne le pense, avec moi du moins.

-Oui, mais toi tu es son fils, c'est un peu normal, non ?

-Peut-être, oui, accorda le blond qui s'assit plus dignement tandis que Blaise était allongé maintenant sur le tapis.

-Et alors, tu as conclu oui ou non ?

-Non, Harry, cette foutue bombe avait déjà un petit copain, bien dommage pour moi tu peux me croire !

-Un de perdu, dix de retrouvé, récita doctement Blaise Zabini qui tentait en vain de se relever.

-Tu as raison, Blaise, fit Drago.

-Ça vous va bien de dire ça, rigola Harry, ils sont tous à vos pieds, pas difficile pour vous de trouver des copains.

-Je sais pas pour vous, redevint sérieux Drago, mais moi je boirais bien un petit Cognac, pas vous ?

-Super idée, pouffa le paysagiste en se levant pour aller chercher la bouteille et trois verres qu'il déposa, sans les casser, sur la table basse.

-A votre santé, les mecs, rit Blaise déjà fort éméché.

Deux heures plus tard les trois jeunes hommes s'endormirent chacun dans une chambre de la grande maison. Le lendemain Harry fut certain que personne n'allait se rappeler comment ils avaient miraculeusement réussi à monter les marches sans se tuer ou se casser un membre.

Une soirée reposante, pour décompresser, et ils avaient merveilleusement réussi leur pari, comme chaque vendredi soir.