Bon, ben j'ai quand même fait un suite. Même si je n'ai pas eu de retours. Ma vie a un triste goût.
Mdr, non mais je me disais que je pourrais écrire cette fic en parallèle de l'autre. Enfin essayer car je l'aime pas mal. Boh voilà, c'est tout.
Même si évidemment, j'espère que ça vous plaira !
À la maison
.
POV Harry
Je vis dans un château avec des murs en or, des dizaines de chambres, six salles de bains avec des baignoires de marbres…
Je demeurais les paupières closes, m'empêchant de regarder la façade.
Je vis dans un manoir gardé par de grandes grilles en argent, je vais aller rejoindre ma serre ou des centaines d'espèces végétales poussent, je vais me faire apparaître un énorme Tiramisu d'un coup de baguette…
J'osai ouvrir un œil. Rien.
Je vis dans une résidence à trois étages ou la magie est permise et où tout est assez grand…
J'ouvris l'autre œil. Toujours rien, ça ne marchait jamais. Je soupirai en fixant notre maison si petite. On aurait dit un vieux doudou rafistolé de partout, une espèce de patchwork de mauvais goût.
Dans notre quartier, tous les logements entassés étaient bordés de rues étroites et généralement sales. Mais au moins, nous connaissions bien nos voisins. Un peu de convivialité dans cette boite de sardines ne faisait pas de mal.
Je plaquai un sourire sur mon visage puis pénétrai l'antre familiale.
- Bonsoir 'man !
Je captai le regard soulagé de ma mère Lily qui s'attelait aux fourneaux, avant que sa mine ne se crispe.
- Je n'ai pas eu de nouvelles de toi de tout l'après-midi ! Tu as vu l'heure ? Qu'as-tu fait pendant tout ce temps ? S'énerva-t-elle en égouttant les pâtes avec un peu trop de hargne.
Bon, cette réaction était prévisible mais je continuai à lui sourire malgré tout, feintant l'innocence :
- Je suis allé me balader dans la forêt, puis jusqu'à la mer et je n'ai pas vu le temps passer. Je suis désolé… Mais c'est vrai que si on pouvait utiliser les moyens de transport sorciers, je serais….
Elle se stoppa dans sa tache quelques secondes pour me couper, implorante :
- Je suis fatigué Harry alors tu ne vas pas recommencer avec ça... Les sang-mêlés et les nés-moldus ne sont pas autorisés à utiliser la magie dans les espaces publics, sauf s'ils ont une autorisation du ministère. La loi existe depuis plus de cinq ans maintenant et c'est comme ça ! Ça n'excuse en rien tes absences inconsidérées, surtout en ce moment.
J'allais répliquer, mais je fus devancé par mon frère Jules, qui s'avançait nonchalamment vers nous ;
- Moi je trouve qu'Harry a raison, dit-il. Ce n'est pas parce que c'est la loi que c'est juste. On nous écrase, si ce n'est pas de l'esclavagisme…
Ma mère leva les yeux au ciel à ce discours, sans répondre. Quant à moi, je regardai mon frère s'appuyer sur le comptoir de notre cuisine exiguë en fronçant les sourcils. C'était étrange, Jules ne venait jamais à ma rescousse lors des embrouilles mère-fils. En fait, nous n'étions pas complices pour deux noises. Nous nous ignorions dans le meilleur des cas.
Face à l'absence de réaction de notre chère Lily, celui-ci continua :
- Tu penses vraiment que c'est normal ? Ils nous contrôlent tellement que l'on n'use quasiment plus de magie dans notre propre lieu de vie ! Déjà qu'on n'a pas une thune, on vit comme des putains de moldus !
- Jules langage ! Siffla ma mère.
Je la voyais crisper ses petites mains sur le bord de la casserole, signe de tension évidente.
Avant dix-sept ans, aucun sorcier n'était autorisé à pratiquer la magie mise à part à l'école. Donc les mesures ségrégationnistes de restriction de la magie ne me touchaient pas moi, directement. Pas encore. Mais pour une fois, je trouvai que Jules - qui aurait ses dix-sept ans le mois prochain - avait raison. La magie s'éteignait, elle désertait tranquillement notre maison, la laissant branlante, et nous avec.
Dans un coup de vent, ma mère passa devant mon frère, la casserole pleine dans les mains, et cria « A table ! ».
À l'écho de cette jolie voix, mon père quitta le canapé pour venir s'asseoir autour de la table en bois. Elle était si âgée qu'on pouvait y voir toutes les traces notre enfance : des petits trous faits aux ciseaux, des coups de crayons magiques qui avaient laissé des paillettes incrustées, de grosses taches d'encre bleue…
Ma grande sœur nous rejoignit aussi, tranquillement, sans quitter son monde à elle. Elle était l'aînée, mais j'avais souvent la sensation qu'elle était la plus jeune d'entre nous.
Je lui fis un sourire, bien que je fusse invisible à ses yeux.
Nous commençâmes à manger. Les paroles de la télévision - un objet moldu censé être « distrayant » et dont mon père avait fait l'acquisition suite à l'établissement de la loi qui restreignait considérablement l'usage de la magie - en guise de fond sonore.
Je levai les yeux de mon assiette et tombai sur ceux de Jules qui me scrutaient l'air sadique. Ça ne présageait rien de bon. J'attendais alors une attaque quelconque.
- Alors Harry, encore avec ton petit puritain ?
Je serrai les dents.
Je détestais quand Jules se comportait aussi stupidement que certains sangs purs, en utilisant des vieux jeux de mots racistes. Surtout, lorsqu'il évoquait Draco.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, répondis-je calmement.
La lueur mauvaise dans son regard s'intensifia.
- Mais si tu sais, cette saleté de sang-pur prétentieux, fils de celui qui prend un malin plaisir à légiférer contre nous, les sangs-mêlés...
Ne réagis pas, il n'attend que ça.
Comment osait-il dénigrer mon meilleur ami ?
Ma mère s'écria alors, sa voix partant un peu trop vers les aigus :
- J'en étais sûre, tu étais encore avec lui !
Mon père, surpris et maladroit, avait fait tomber la moitié de son assiette par terre. Il n'a pas fallu plus d'une seconde à Jules - que j'assassinais du regard, mais qui semblait s'en foutre comme de l'an quarante - pour ramasser ce qui était tombé, et tout enfourner.
- Mais non maman, la rassurai-je. Je me promenais c'est tout.
Luna s'était immobilisée, comme si les haussements de tons l'avaient sortie de sa rêverie. Contre toute attente, elle leva les yeux vers nous avant de demander d'un ton léger :
- Papa, où est Neville ? Nous avions prévu d'aller chez Florian Fortarôme pour manger des glaces ensemble.
Ma mère blêmit et mon père suspendit son geste, laissant sa fourchette immobile. Même Jules avait levé les yeux vers elle. James se tourna vers sa femme encore sous le choc, et ils commencèrent un de leurs dialogues silencieux, dont eux seuls avaient le secret.
Au bout d'une petite minute, mon père dit d'une voix qui se voulait tranquille :
- Luna chérie, Neville n'est pas là, tu sais bien.
Hélas, c'était trop tard. Ma sœur était déjà repartie.
J'étais moi aussi abasourdi. Luna n'avait pas ouvert la bouche depuis des semaines. Et même lorsqu'elle le faisait, c'était pour dire deux, trois mots pas plus.
En réalité, je ne me souvenais plus exactement de quand datait son état. Cette bulle qu'elle ne quittait plus. Depuis quand n'avais-je pas discuté avec ma sœur ? Je l'ignorais. À quand remontait la dernière fois où ses jolis yeux bleus s'étaient posés sur moi pour me regarder vraiment ? Pour me voir moi. Depuis quand n'avait-elle pas passé ses doigts dans mes cheveux en m'appelant « petit lion » ? Je ne savais plus, mais ça me manquait.
Je secouai la tête, empêchant la tristesse de m'envahir. Si je n'avais jamais été proche de mon frère, j'éprouvais pour ma sœur une tendresse indéfectible.
Mais je me demandai, qui était ce Neville ? Un ami ? Jamais je n'avais entendu parlé de lui. Tout comme moi, mes parents semblaient encore perturbés par l'intervention de Luna, donc je décidai de ne pas leur poser de questions.
Je n'avais plus très faim. Seule Jules paraissait depuis longtemps désintéressé de tout cela et piochait allègrement dans mon assiette, même si elle devait être froide à présent.
Le climat restait un peu tendu.
Puis ma mère se leva pour commencer à débarrasser, et mon père se racla la gorge.
- Hum, fit-il. Tu es prêt pour ta rentrée à Poudlard Harry ? Ça va venir vite, tu sais !
Même si ce n'était à l'origine qu'une vaine tentative pour changer de sujet, je vis briller dans ses yeux un éclat de fierté.
Mon père, James Potter, était un sang-pur de naissance. Mais lorsqu'il avait pris la décision d'épouser Lily Evans né-moldue, il avait progressivement tout perdu. Enfin, tout ce qui faisait de lui un sang-pur. Cela ne s'était pas fait du jour au lendemain puisqu'il y a vingt ans, le racisme n'était pas aussi important que maintenant, surtout d'un point de vue juridique. Aujourd'hui, son rang, la reconnaissance des sang-purs jusqu'à certains membres de sa famille ainsi que tous les droits dont il avait pu jouir, demeuraient de lointains souvenirs. Aujourd'hui, il se considérait comme un sang-mêlé ou un né-moldu, ou du moins, comme faisant partie d'une majorité opprimée.
En outre, bien que mon père n'ait jamais regretté son choix - heureusement - et qu'il était fier de s'être marié à ma mère, je sentais brûler en lui un feu dormant. Celui de la frustration de ne pouvoir rien faire contre cette société de plus en plus inégalitaire.
C'est ainsi qu'il avait été extrêmement heureux lorsque j'avais été accepté à Poudlard. Presque plus que moi.
Parce que oui je l'étais moi aussi. J'étais fier. C'était inespéré d'entrer à Poudlard. Pourtant, je sentais également un noeud se former dans mon ventre.
- Oui papa, tout à fait près, prononcai-je en me servant un verre de lait.
- Je continue à croire que ce n'est pas une bonne idée ! Cria ma mère depuis la cuisine.
- Et bien pas moi, déclara mon père. Ce sera dur Harry, c'est vrai, mais c'est une opportunité qu'il ne faut pas laisser passer !
Ma mère, cette impétueuse rouquine qui apportait les desserts, s'empressa de répliquer :
- Je ne vois pas l'intérêt qu'Harry aille dans un établissement de sang-purs. Nous avons déjà des lycées pour nous ! Pourquoi irait-il se mélanger à eux…
- Qu'y a-t-il de mal à se mélanger ? Demandai-je, surpris.
- C'est juste que ça n'aboutit à rien ! Tant que les établissements seront dirigés par les Sang-purs, eux seuls seront privilégiés et nous resterons ignorés.
- Tu ne pensais pas comme ça avant, dit mon père.
- Sans doute parce que j'étais beaucoup trop naïve !
Les mots étaient bloqués dans ma gorge. C'était confus. Si j'avais entendu les mots de ma mère dans la bouche d'un sang-pur, je l'aurais traité de tous les noms. Quelle était son idée de notre société ? Continuer d'augmenter la ségrégation ? Des établissements pour les sangs-purs et d'autres pour les sangs-mêlés et les nés-moldus ? Des transports pour eux et d'autres pour nous ? Des parcs pour eux et d'autre pour nous ? Des toilettes pour eux... Stop, on a compris.
Génial quoi. Le paradis sur terre.
- Mais enfin Lily, s'agaça mon père, tu n'as pas envie qu'il réussisse là où nous avons échoué ?
- Comment peux-tu dire ça ? Évidemment que je veux qu'il réussisse !
Sentant la dispute poindre son nez, je m'empressai de calmer le jeu.
- Ça va maman, ne t'en fais pas. Tout va bien se passer.
Je commençai à me lever lorsque Jules me donna une petite claque sur l'épaule en s'exclamant :
- Tu vas bientôt te croire trop bien pour nous ! Fais attention à ne pas prendre pas la grosse tête !
- Ça n'arrivera pas, sourit mon père. Harry n'est pas comme ça, n'est-ce pas ? Tu représenteras les sang-mêlés ! Tu nous représenteras nous !
Pourquoi ne pouvais-je pas me contenter de me représenter moi ?
- Tu leur montreras qu'ils se trompent ! Que nous sommes aussi brillants qu'eux, que nous sommes des gens biens ! Continuait-il enthousiaste.
- Il n'a pas besoin de leur montrer ça, qu'est ce que ça changerait… Grommela ma mère.
Je fermai les yeux et bu une nouvelle gorgée de lait.
De l'eau, du lait, de l'eau, du lait. C'est tout ce qu'il y avait. Chez les Malfoy, ils devaient boire du vin, du champagne même.
Je me souvenais lorsque Draco m'avait fait gouter du jus d'abricot. Dans l'immense cuisine de marbre blanc, je revoyais le liquide oranger briller dans mon verre de cristal. Ça m'avait semblé si bon. Divin
Mais je n'ai même pas assez d'imagination pour transformer mon lait en jus de fruit.
- Il sera bientôt aussi crétin que les puritains, relança mon frère.
Je posai mon verre pour le regarder.
- Aller Harry, tu n'as même pas le courage de le nier, c'est pitoyable, murmura-t-il.
Je posai mes mains sur mes cuisses.
- Aussi pathétique que Draco Malfoy, ce petit pu-ri-tain… Continuait-il tout bas, pour que je sois le seul à l'entendre.
Dessous la table, mes jointures blanchissaient tellement je serrai les poings. Depuis mon acceptation à Pourdlard, Jules n'arrêtait pas de me chercher. Il n'attendait que ça, que je m'énerve. Qu'on se batte sûrement. Ça arrivait rarement, je ne voulais pas causer encore plus de soucis à mes parents.
Draco… Draco… J'essayai de me rappeler son visage insouciant, quitté il y a seulement quelques heures. Son sourire. Son baiser, auquel je n'avais pas encore eu le temps de repenser. Ses microbes partagés. Ça me faisait rire maintenant.
C'est bien Harry…. Retrouve Draco…. Quitte cette maison.
- Ah, mon fils à Poudlard ! C'est incroyable ! Répéta mon père.
- Tais-toi et mange ton dessert ! Le rembarra ma mère.
Mon père la regarda et rit. Nous l'imitâmes tous un peu, histoire de faire retomber la pression. Sauf Luna.
Mais il avait raison. Bientôt, je serai à Poudlard. Bientôt, j'aurais un diplôme. Bientôt, rien ne pourrait plus me séparer de Draco.
.
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OooooooooooO
POV Draco
Je venais de passer l'immense porte cochère qui me fit arriver directement dans la cour intérieure. Je parcourus des yeux le petit jardin, bien entretenu par notre elfe jardinier Shunk, certainement pas par ma génitrice. D'ailleurs, il fallait à tout prix que je l'évite avant de me faire allumer. Ça s'annonçait compliqué.
Je soupirai. Je craignais les nerfs de ma mère alors qu'il était à peine 21 heures. Mais ça avait toujours été comme ça, je crois.
Peu importe, ça faisait un moment que je n'avais plus beaucoup d'espoir concernant ma propre famille. J'avançai tranquillement, mais précautionneusement, suivant la haie d'Hortensia pour atteindre la porte sur la gauche du jardinet, celle qui menait plus vite à mes appartements.
Malheureusement pour moi, je vis ma mère ouvrir la fenêtre de la grande baie vitrée.
- Dracoooo, s'écria-t-elle en tendant ses bras vers moi.
Je me massai les tempes pour m'empêcher de trop penser.
Narcissa Malfoy me rejoignit en titubant, sa longue robe en soie orange de couturier se mouvant autour d'elle.
J'aurais dû le prévoir. Soit mère était hargneuse, soit elle était saoule.
Magnifique, encore une belle soirée en perspective.
Je me crispai, tandis qu'elle m'étreignait de ses bras osseux. Ma mère m'offrit même une bise sur la joue, ce qui, ma foi, n'était que très rare. Dommage que son haleine puait le Chardonnay.
- Viens, me dit-elle en gloussant, il faut que je te montre quelque chose.
Elle m'embarqua donc vers le grand hall d'entrée et je remarquai que je lui servais plus d'appui qu'autre chose.
Arrivé dans la pièce, j'ouvris des yeux ahuris.
Le sol était tapissé de morceaux de vêtements luxueux. De la soie, du cachemire, du tweed, du velours et bien d'autres tissus de toutes les couleurs jonchaient le carrelage. Au milieu, mère avait fait apparaître un podium où nos elfes de maison défilaient, vêtus de ses "créations".
- Alors, qu'en dis-tu ? Tu aimes ? Me demanda-t-elle les yeux embrumés, mais pleins d'espoir.
Je ne répondis pas tout de suite que c'était sûrement une très mauvaise idée de transformer notre hall d'entrée en salon de couture. Je craignais de transformer la femme ivre en furie.
Mère s'alluma alors une cigarette, une habitude moldue que je trouvais dégradante, mais dont elle n'arrivait pas à se défaire.
Après quelques secondes, je tentai quand même :
- Mais mère, enfin, c'est bien que tu te sois trouvé un passe-temps, mais les elfes ne sont pas fais pour ça !
Après le départ de la mère de Harry, nos employés n'avaient plus été que des elfes de maison. Lorsque je lui avais demandé pourquoi, mère m'avait répondu qu'ils faisaient moins d'histoires. Elle avait été mal à l'aise alors je n'avais pas insisté.
Elle me fixait, l'air passablement dépitée, mais trop alcoolisée pour s'attarder vraiment sur cette déception.
Puis la porte derrière nous claqua. Je me retournai vivement et vis alors, se tenant droit dans l'encadrement de la porte, mon père.
Il examina rapidement la salle en fronçant les sourcils. Son visage était froid et n'exprimait que peu de choses qui malheureusement, se trouvaient être l'agacement et le mépris. Il considéra son épouse, qui ne pipait mot.
- Je vois qu'on s'adonne à des activités hautement utiles Narcissa, énonça-t-il sèchement.
Cette dernière tenta de se donner une contenance, mais elle tanguait quelque peu. Lucius Malfoy lui jeta un regard dédaigneux avant de se tourner vers moi. Je n'avais pas émis le moindre mouvement, trop honteux de l'attitude de ma mère, qui ne faisait qu'encourager mon père à la négliger.
Quand ses yeux se posèrent sûr moi, ils retrouvèrent l'éclat qu'ils m'accordaient depuis ma naissance et ses lèvres se fendirent en un sourire. Les rares qu'il offrait. Il s'approcha et m'ouvrit ses bras dans ce geste affectueux que j'aimais tant. Je m'y engouffrai avec plaisir.
Depuis combien de temps n'étais-tu pas venu nous voir père ? Deux mois ? Trois ?
- Comment vas-tu Angel ?
Angelus était mon deuxième prénom, mon père m'appelait ainsi la plupart du temps.
- Bien et toi ? Je suis heureux que tu sois là, dis-je, parce que c'était le cas.
- Moi aussi, j'en suis heureux. Viens allons nous asseoir dans le salon pour discuter un peu, ça fait longtemps.
Évidemment que ça faisait longtemps. Mon père n'habitait plus le manoir familial depuis au moins deux ans, même si officiellement, il restait sa résidence officielle. Cela évitait à la presse de faire des vagues, disait-il. Je ne savais pas exactement où il logeait, il avait toujours refusé que je vienne le voir. Aujourd'hui, ses visites se faisaient de plus en plus rares...
Mais enfin, je n'allais pas le lui dire au risque d'entamer une discussion houleuse durant les quelques heures où je pourrais profiter de lui.
Ignorant superbement ma mère, Lucius se dirigea vers la grande porte en bois blanc et je m'empressai de le suivre.
- Et Narcissa, interpella-t-il en se retournant, j'aimerais que tu remettes en ordre tout ça. Enfin, demande-le plutôt aux elfes puisque tu n'as pas l'air en capacité de le faire toi-même...
Je décidai d'ignorer les paroles de mon père, mais il continua placidement :
- J'espère que tu es consciente de l'humiliation dans laquelle tu te serais retrouvée si ça n'avait pas été moi. Il est temps que tu te reprennes.
Puis il fit voler sa cape et entra dans le salon. En passant la porte, la culpabilité s'insinuait doucettement en moi, mais je choisis de l'ignorer.
Brusquement et de manière tout à fait inappropriée, je repensai à Harry. Je souris furtivement en me rappelant comme il avait insisté pour que je m'essuie la bouche avant de l'embrasser. Il m'avait amusé.
Je secouai la tête, ce n'était vraiment pas le moment d'y penser. Bien que ce souvenir fût presque addictif.
Si mon père, je ne sais comment - parce qu'il ne pratiquait pas l'occlumencie sur son propre fils - parvenait à deviner mes pensées, ce serait purement désastreux. Avoir embrassé un garçon, mais surtout un sang-mêlé. Je ne donnais pas cher de notre relation père/fils. Ça me désolai un peu, quelque part, cet état de fait. Mais je n'avais aucune prise là dessus.
- Mon fils, commença-t-il en s'asseyant élégamment sur le canapé en velours, prêt à entamer ton avant-dernière année à Poudlard ?
Je l'imitai avant de répondre :
- Et bien oui, cette année j'ai pris davantage d'options pour augmenter mes chances d'être accepté à l'université de sciences politiques, comme tu me l'avais conseillé.
- C'est une excellente idée, les Malfoys sont nés pour faire de la politique, dit-il fièrement.
J'acquiesçai alors, même si je n'en avais aucune idée en fait. Ça devait être vrai, mon père m'avait répété ça de nombreuses fois. Si souvent que je m'étais sûrement inconsciemment interdit d'éprouver de l'attachement pour d'autres disciplines, qui m'auraient envoyées vers des métiers différents.
Je n'arrivais toujours pas à savoir si c'était une bonne chose. Je cherchais seulement son approbation, l'étincelle de ses yeux qui me faisait me sentir aimé. Totalement illusoire et cliché, aurait sûrement dit Harry, avec sa franchise naturelle. Ce n'est pas de là qu'est censée venir l'affection, sinon ça voudrait dire qu'elle est perverse. Et peut-être qu'il aurait eu raison. C'est sans doute aussi pour ça que je ne lui parlais jamais de ça. Il avait déjà bien d'autres choses à penser.
- Père, au sujet de ma fête d'anniversaire... Bon c'est encore dans un mois, mais j'aurais beaucoup aimé que nous puissions la célébrer en petit comité. Pas trop d'invités, les amis proches et la famille. Qu'en penses-tu ?
Je vis sa mine se fermer un peu, sans comprendre.
- À ce propos Draco, dit-il peu à l'aise.
Je fronçai les sourcils à l'entente de mon prénom qu'il n'employait que quand quelque chose clochait.
- Je ne suis pas sûr qu'il soit bon de...
- Paapaaaaaa !
Nous sursautâmes et je me sentis tout de suite vexé. Comment faisait-elle pour toujours se croire tout permis ?
Ma sœur Minerva, d'un an mon ainée, venait de nous couper dans notre discussion, - pire qu'une tornade - pour se jeter sur mon père.
- Tu ne m'avais pas dit que tu étais rentré ! Je suis plus que ravie ! S'écria-t-elle.
- Minnie, tu n'as pas comme la sensation de déranger là ? Marmonnai-je.
- Mon prénom c'est Minerva, dit-elle l'air hautain.
- D'accord Minnie.
- Ferme là Dray, m'intima-t-elle.
Je reçus une œillade mi-agacée, mi-amusée de mon père et m'en voulus pour m'être laissé aller devant lui. J'agissais encore comme un gamin.
- Comment vas-tu ma princesse ? Demanda-t-il, alors que l'impolie s'asseyait sur le siège à côté de moi.
- Très bien ! J'ai hâte que la rentrée arrive. Au fait, très impressionnant ton discours sur l'affaire Plessy versus Ferguson. Il est temps que les gens se rendent compte que la séparation entre les différentes races est nécessaire...
Je serrai les dents.
Comment osait-elle ? D'abord, parler politique alors que mon père venait d'arriver, juste pour lui cirer les bottes. Et ensuite parler précisément de ce sujet. L'affaire dont les médias se délectaient depuis quelques semaines. L'affaire que j'essayais d'ignorer au possible. Le sujet sur lequel je ne pouvais pas m'exprimer sous peine de décevoir mon père ou à l'inverse, de voir le visage de Harry se dessiner sous mes paupières, l'air furieux ou pire, trahi.
Je me levai alors pour quitter la pièce.
- Angel, tu nous quittes déjà ?
- Il faut que j'aille me doucher, expliquai-je avec une décontraction feinte.
- D'accord, mais ne te prélasse par trop longtemps, nous dînons ensemble ce soir !
Je quittai la pièce et m'empressai de retrouver mes appartements.
En montant les escaliers, je songeai aux mots de mon père avant que Minnie ne débarque. Je craignais au fond, de déjà connaître ce qu'il finirait par me confier.
Il ne serait sûrement pas présent pour mon anniversaire. Ça n'aurait pas dû me toucher autant, je n'étais plus un enfant...
J'eus soudain envie de retourner sur la plage, de retrouver Harry. J'aurais murmuré à l'océan mes désirs d'adolescent de seize ans, qui ne me semblaient pourtant pas si insensés que ça. Qu'on me laisse vivre, qu'on me laisse retrouver ma mère, qu'on me laisse avoir un père. Qu'on me laisse aimer un sang-mêlé. Pas si insensés. Mais tellement intouchables.
