Disclaimer : L'univers et les personnages appartiennent exclusivement à J.K. Rowling

Chapitre 2

« Une rencontre n'est que le commencement d'une séparation »

Proverbe japonais

Ce fut un rayon de soleil qui me réveilla, atteignant mon œil droit : dans ma fatigue, hier, j'avais oublié de fermer le rideau de soie bleue. Lucy avait déjà quitté son lit, se trouvant à présent sûrement sous la douche et Esther se levait toujours aux aurores et se promenait habituellement dans le parc avec Drew avant de nous rejoindre dans la grande salle. Bien que n'étant pas de nature à faire de longues grasses matinées, j'étais souvent la 3e à me lever, et c'était à moi qu'incombait la dure tâche de tirer Joy du lit.

Ma montre indiquait qu'il était déjà 8 heures 15, et je m'extirpai en soupirant de mon lit avant de rejoindre celui de Joy. Ses boucles noires dépassaient de sous la couverture.

- Joy… debout.

Je la secouais doucement, mes mains continuellement glacées contre sa peau tiède, mais rien à faire, elle se contentait de me repousser en soupirant.

- Ne m'oblige pas à te jeter un sort, Joyce Hamlet.

- Ne m'oblige pas à riposter, Ruthanna Hayward.

Elle me poussa de nouveau, plus fort cette fois-ci, au moment même où Lucy rentrait dans la chambre, déjà habillée.

- J'avais oublié à quel point cet uniforme craignait… murmura Joy dans mon dos en s'extirpant de ses draps tout en fixant Lucy tandis que je rejoignais la salle de bain pour une douche revigorante.

L'eau chaude était, avec l'eau froide, la meilleure façon à mes yeux de se réveiller. Ce matin-là, j'optai pour l'eau chaude, bavardant avec Joy qui se frottait le visage avec de l'eau froide, n'étant vraiment pas du matin, avant de lui laisser ma place dans la cabine.

Lucy finissait de se coiffer dans la chambre, tirant les mèches encadrants son visage de poupon en arrière. Joy arriva quelques minutes plus tard, ses cheveux impeccablement coiffés d'un nœud flamboyant.

- On va juste prendre notre petit déjeuner tu sais ? murmura Lucy tandis que nous descendions les escaliers.

Matt, Tyler et Jeff nous attendaient dans nos fauteuils habituels, et nous pûmes rejoindre la grande salle tous ensemble.

Comme il était déjà plus de 8 heures 30, il n'y avait plus grand monde, la plupart des filles étant remontées se refaire une beauté et les garçons profitant de leurs dernières minutes de liberté. Dès que nous fûmes assis, Flitwick s'approcha de sa démarche semblable à celle d'une grenouille ayant peur de se faire écraser par un humain négligent.

- Voilà vos emplois du temps !

Il jeta pratiquement mon planning dans mon assiette déjà pleine, et ce fut la rapidité de Drew qui venait d'arriver qui le sauva de mes tartines.

- Merci, murmurais-je en découvrant mes nouveaux horaires.

- Oh regardez par quoi on commence, geignit Matt.

- Histoire de la magie. C'est une blague ?

Nous avions beau être à Serdaigle, les heures d'histoire de la magie étaient pour nous un véritable supplice. Même Esther, pourtant la meilleure serdaigle de notre année, décrochait généralement au bout de 40 minutes, s'obstinant malgré tout à faire semblant d'écouter jusqu'au bout.

- Au moins on est avec les gryffondors…

- C'est encore pire.

- Tiens, ça me fait penser que… commença Jeff, mais il n'eut pas le temps de finir que Rusard s'approchait de nous en grognant.

- Vos retenues auront lieu ce soir, après le dîner. Vous attendrez devant mon bureau.

Il repartit aussitôt, l'étrange odeur se dégageant de sa veste flottant encore dans l'air.

- Je sens qu'on va s'éclater, déclara sombrement Matt en trempant son pain dans son café.

J'approuvai silencieusement en parcourant des yeux le nouvel emploi du temps.

OoOoOoOoOoOo

La salle d'histoire de la magie se trouvait au 5e étage, au fond d'un couloir poussiéreux et mal éclairé, comme la salle de cours, d'ailleurs.

J'observais la poussière tomber doucement du plafond, comme dans un fugace ballet éclairé par un soleil morne.

Joy se caressait distraitement le bout du nez avec sa plume, son regard se baladant rêveusement sur le tableau sombre, un sourire absent sur les lèvres. Ce fut une boule de papier en pleine tête, que je m'empressai de déplier et lire, qui me sortit de ma propre rêverie.

On prendra le couloir venteux du 7e étage Wormtail, mais sans la cape.

Moony pense que tu es « un débile profondément englué dans son arrogance » et qu'on devrait prendre la cape, Prongs.

Je jetai un coup d'œil autour de moi, sans comprendre. Ce message ne m'était pas adressé, et pourtant, il m'était arrivé dessus. Tandis que j'étais plongée dans mes pensées, le bout de papier froissé glissa lentement entre mes doigts, avant de s'élever dans les airs. Je le suivis distraitement des yeux jusqu'à ce qu'il arrive entre les mains de Black. Potter haussa les épaules en rangeant sa baguette et je me tournais vers Pettigrow qui m'adressa un timide sourire d'excuse tandis que Lupin secouait la tête gravement.

- Débile, murmurais-je avant de retourner à ma contemplation de la poussière tombant du plafond.

Cela me rappela l'appartement dans lequel j'avais passé mes premières années, dans le comté de Norfolk. Je n'en gardais pas beaucoup de souvenirs, ayant déménagé lorsque j'avais 5 ans, mais l'image qui me revenait toujours à l'esprit lorsque je repensais à ces années-là était cette chambre exiguë aux murs froids, dotés d'une unique fenêtre laissant passer le peu de lumière qui me permettait d'admirer les couchers de soleil ou la fine pellicule de poussière qui semblait s'envoler vers les vitres, après les heures passées à apprendre à représenter des personnages en utilisant des figures géométriques sous la surveillance de Mrs. Garfunkel, une vieille femme aux cheveux frisés qui avait perdu son mari en 1944 sur les plages normandes. Du haut de mes 5 ans, j'avais senti sa douleur et sa peine, et ce, malgré les années passées depuis la libération. Je m'étais surprise à m'imaginer quelques années plus tard, moi aussi amoureuse d'un officier prêt à se rendre à la guerre qui m'aurait offert une unique rose Tudor avant de partir mourir. Sa rose à elle avait fané, évidemment. Lorsque cette révélation s'était faite à moi, je m'étais rendue compte que je voulais refaire sourire cette vieille dame. Alors, je lui avais offert cette même rose, en fin d'année, une petite rose toute simple, juste pour lui faire plaisir. Aujourd'hui encore, cette rose reposait dans un joli verre en cristal, 10 ans après, et elle était toujours aussi splendide. C'était la première fois que j'avais utilisé la magie, mais évidemment, je n'en avais pas eu conscience à l'époque. Missy Park, ma meilleure amie moldu du jardin d'enfant, m'avait envoyé une lettre en 1973, où elle m'avait parlé de la vieille Mrs. Garfunkel et de sa rose qui ne fanait pas. En ville, tout le monde la prenait pour une folle, et on lui avait donné un arrêt de travail forcé pour « se reposer ». J'avais eu de la peine pour elle, moi qui avais voulu lui rendre le sourire, elle était à présent dans une maison de retraite avec pour seule compagnie une rose magique offerte par une gamine de 5 ans qui étudiait à présent dans une école de sorcellerie. S'il y en avait une qui devait être traitée de folle, ça n'était certainement pas elle.

- Tu viens Ruth ? Ruth ?

Je clignai des yeux avant de tourner la tête vers Joy, qui me regardait, ses fins sourcils légèrement froncés.

- C'est fini ?

- Oui, on a… métamorphose.

Je me relevai en m'étirant avant de jeter en vrac mes affaires dans mon sac et de suivre Joy dans le couloir. Malheureusement, la salle de métamorphose se trouvait au premier étage, ce qui représentait un long trajet, que nous partageâmes avec les gryffondors qui avaient potion.

- Dis, Hayward, tu as lu le mot que Peter t'a lancé par inadvertance ? demanda Potter en se plaçant à ma hauteur, Black posté de l'autre côté, m'encadrant grossièrement. Ils aimaient utiliser ce genre de mots, « inadvertance », Black et lui, quand ils parlaient à des non-Maraudeurs.

- Ça poserait un problème si je répondais oui ?

Il passa une main dans ses cheveux, les ébouriffant en se poussant pour laisser passer une Evans de mauvaise humeur qui murmurait à propos « d'idiots n'ayant aucun respect pour les points accordés à leurs propres maisons ».

- Peut-être bien, répondit-il distraitement en suivant des yeux l'adolescente aux cheveux flamboyants.

- J'ignorais qu'il y avait des escaliers venteux à Poudlard.

- Tu ne connais pas Poudlard dans ce cas, petite serdaigle. Ça doit être à cause du fait que tu sois amie avec Brown, elle doit t'obliger à emprunter les chemins les plus longs et les plus ennuyeux, pas vrais ?

- Pourquoi tu la détestes à ce point-là, Black ?

Il me jeta un regard hautain que j'associai immédiatement à ceux que jetaient les adultes aux enfants ignorants.

- Pourquoi les serdaigles veulent toujours tout savoir ?

- Pourquoi les gryffondors sont toujours les premiers à mourir sur un champ de bataille ? répliquai-je en m'inspirant des énigmes qui m'avaient été posé depuis que je faisais partie de la maison des serdaigles.

- Parce qu'il n'y a personne d'autre pour venir se battre ?

Potter éclata de rire et nous souhaita une bonne matinée avant de disparaître avec ses trois meilleurs amis.

OoOoOoOoOoOo

McGonagall passa les 15 premières minutes du cours à nous rappeler l'importance des BUSE, ce qui nous avait été épargné en histoire de la magie, Binns ayant immédiatement commencé son monologue au sujet de la révolte des gobelins, ce qu'il nous enseignait tous les ans depuis 5 années, me semblait-il.

- Aujourd'hui, nous allons commencer l'étude du sortilège de disparition, qui vous sera demandé lors des BUSE. Des escargots vous seront distribués à tous, et vous devrez tenter de les faire disparaître en utilisant le sortilège evanesco.

Elle attrapa aussitôt un escargot dont la coquille pâle semblait pratiquement translucide.

- Evanesco !

Aussitôt, l'escargot disparut, et je sentis l'excitation monter en m'imaginant faire disparaître toutes sortes de choses.

- Evidemment, ce sortilège est plus simple que le sortilège d'apparition que vous étudierez en 7e année, mais n'espérez pas réussir au premier essai.

Je sentis toute ma motivation retomber tandis qu'un élève de poufsouffle posait un escargot devant chaque élève.

- Vous pouvez commencer.

Aussitôt, je sortis ma baguette de mon sac, et la pointai vers l'escargot qui tentait de s'enfuir.

- Evanesco !

Il ne se passa rien, mais l'escargot s'arrêta, ses longues antennes se tournant vers moi, presque avec curiosité. Du coin de l'œil, j'aperçus Matt tapoter lesdites antennes de son escargot, s'amusant de les voir reculer puis revenir.

- Mr. Dunst, est-ce qu'une heure de retenue vous conviendrait ?

Je retournai aussitôt à mon escargot, essayant une nouvelle fois tandis que Lucy murmurait des paroles encourageantes au sien.

- Allez, disparaît et je te rendrais ta liberté, petit invertébré…

- Bravo Miss Brown. 10 points pour serdaigle !

Esther adressa un sourire poli au professeur avant de me faire un clin d'œil, montrant silencieusement du doigt son bureau vide.

- Elle a réussi au 2e essai. Notre honneur est sauf, murmura Jeff à Matt tout en vérifiant que tous les poufsouffles fixaient Esther, béats d'admiration.

- Ton honneur à toi est tout mais certainement pas sauf, murmura Joy. Ton escargot se fait la malle, Jeffrey.

Matt tendit aussitôt la main pour rattraper le fuyard, avec la légendaire délicatesse d'un excellent batteur, ce qui provoqua l'écrasement de la coquille fine et fragile.

- Matt… protesta Joy, dégoûtée, lorsqu'il lui montra la paume de sa main recouverte des restes de la pauvre bête.

- Mr. Dunst, je crois que ce sera une heure de retenue ce soir !

- Mais j'ai déjà une retenue ce soir !

- Alors vous en aurez deux demain !

- Mais…

- Et j'enlève 5 points à serdaigle !

Son ton était sans équivoque, et Matt baissa piteusement la tête vers le cadavre du gastéropode. Il attrapa sa baguette, et murmura : « reparo ! ». Et, à mon étonnement le plus total, les bouts de coquille dispersés un peu partout se regroupèrent, reformant la « maison » à présent vide d'habitant de l'escargot.

OoOoOoOoOoOo

- Tu aurais mérité 5 points pour le reparo, le consola Lucy tandis que nous rejoignions la grande salle pour le déjeuner.

- Elle m'a collé 2 heures demain ! Cette vieille harpie, je vais lui…

- Supplier de te pardonner ? ironisa Esther en le dépassant.

- Je pensais plutôt à lui écraser la face avec ma batte ! rétorqua-t-il en levant le poing vers le ciel.

- Tu te ferais transformer en crapaud avant d'avoir pu l'atteindre, Matt, tempéra Drew en s'installant sur le banc, encadré par Tyler et Jeff.

- Ça vaut le coup d'essayer ! insista-t-il.

- On a besoin de toi dans l'équipe, rappelai-je.

Cet argument sembla faire mouche car aussitôt, il se plongea dans la composition de son plat.

OoOoOoOoOoOo

A la fin de ma 2e année, lorsqu'on m'avait demandé de choisir mes options pour l'année suivante, j'avais hésité : étant une serdaigle, il aurait paru évident que je prenne étude des runes et arithmancie, et ce serait mentir d'affirmer que je n'avais pas pensé à cette solution toute faite.

Mais Joy m'avait convaincu de prendre la divination. D'après elle, c'était une matière très intéressante, qui, pour des « raisons obscures », étant souvent dénigrée. Elle avait passé plus d'une heure à me convaincre de prendre arithmancie et divination, avant d'elle-même choisir soins aux créatures magique et étude des moldus – « C'était divination ou étude des moldus, Ruth, et je veux pouvoir comprendre ce que tu racontes sans avoir besoin de te demander de m'expliquer le fonctionnement d'une ampoule ! » – me laissant seule dans mes deux options.

J'adorais l'arithmancie, et je ne regrettais pas d'avoir choisis cette matière, qui était ma préférée, mais la divination restait à mes yeux un mystère. A quoi pouvait bien servir de tenir un journal de rêves et de fixer une boule de cristal pendant des heures sans rien voir ? J'avais l'impression dans ces moments-là de faire partie du club très fermé des voyants moldus qui escroquaient de pauvres gens. De plus, Tempenny, le professeur de divination, un homme d'une cinquantaine d'année, avait un regard étrange que Tyler – il était le seul serdaigle de notre année, avec moi, à avoir choisis cette option – jugeait pervers au possible.

En 3e année, trouver la salle de cours avait été un véritable enfer, et nous ne devions notre salut qu'aux maraudeurs qui avaient eux aussi pris cette option – pour avoir des O sans rien faire, d'après eux – et qui connaissaient apparemment déjà le chemin.

2 ans après, je connaissais parfaitement le chemin, empruntant un raccourci coupant une bonne partie de la tour d'astronomie.

- Tu m'étonnes que personne ne choisisse jamais cette matière et qu'ils puissent placer l'étude des runes et l'étude des moldus en même temps… qui voudrait marcher autant pour observer son glorieux avenir dans une tasse de thé puante ? se plaignit Tyler en lançant un sort vers son visage, laissant une légère brise sortir de l'extrémité de sa baguette.

- Arrête de te plaindre, on y est presque.

Nous arrivâmes enfin à la trappe et nous hissâmes jusqu'au grenier, l'échelle ayant mystérieusement perdu la moitié de ses barreaux.

Dans la salle étouffante, il y avait déjà les maraudeurs, les seuls gryffondors, et Faith Wood ainsi que Orson Blick, les représentants des serpentards. Les poufsouffles, les plus nombreux dans cette matière, n'étaient toujours pas arrivés, préparant sûrement mentalement des rêves à raconter à Tempenny.

- On étouffe ici… murmura Tyler avant de se laisser tomber dans un pouf rouge sombre qui changea aussitôt de forme pour lui être plus confortable. Prête à boire du thé amer ?

Des murmures parvinrent jusqu'à nous, et la classe se tourna vers la trappe pour voir arriver le professeur et les retardataires.

- Bienvenu, chers élèves ! Cette année, comme vous le savez sûrement, aura lieu l'épreuve des BUSE ! Chaque année, je vois des élèves devenir adultes, avec beaucoup d'émotion…

- M'sieur, c'est pas après les ASPIC qu'on devient adulte ? lança Potter tandis que Black tapotait distraitement la boule de cristal posée sur la petite table face à lui avec ses ongles, que le professeur s'empressa de retirer.

- Nous allons aujourd'hui travailler avec des tasses de thé… où est-ce que je les ai rangées ?

Potter sortit sa baguette et lança un sortilège de lévitation sur la boule de cristal que Tempenny avait pris à Black, le faisant rire silencieusement.

- Mr. Potter, voudriez-vous reposer cette boule de cristal ? ordonna Tempenny toujours dos à la classe. Ah, les voilà !

Il distribua à tous des petites tasses en porcelaine couvertes d'une fine pellicule de poussière qu'il remplit entièrement d'eau brûlante.

- A toi l'honneur, murmurai-je à Tyler tandis que Potter buvait son thé comme « les londoniennes distinguées », le petit doigt en l'air, ce qui fit rire aux éclats Black et Pettigrow, tandis que Lupin avalait sa boisson en grimaçant.

- Bon, alors, je dirais que… ça à la forme… d'une feuille de thé.

- Hum, alors ça veut dire que… tu risques de mourir dans d'atroces souffrances en plein automne, inventai-je.

- Cool. Il me semble aussi voir une ombre visqueuse, ça veut dire que je vais mourir dans d'atroce souffrance, dévoré par un mollusque géant en novembre.

J'éclatai de rire avant de boire à petite gorgée mon propre thé. C'est à ce moment-là que Tempenny décida de venir à notre table.

- Alors, Miss Hayward, que voyez-vous ?

Je faillis m'étouffer avec le peu de thé que je n'avais pas encore avalé à cause de sa chaleur.

- Je vois… heu… c'est plutôt… on dirait qu'il y a… un chiffre.

- Vraiment ? Quel chiffre ?

- Heu…

Je croisai le regard de Tyler qui me sourit, et j'entendis Faith pouffer dans mon dos, tandis que les Maraudeurs avaient cessé leur bêtise et regardaient vers ma table avec curiosité.

- Je dirais… 5. Oui, c'est un 5.

- Le 5 est dans la partie supérieure de la tasse ?

- Non, inférieure je dirais.

- Ce qui signifie ?

- Ce qui signifie… que… le 5 est dans la partie inférieure de ma tasse.

De nouveau, Faith ricana, accompagnée par Potter et Pettigrow.

- Mais encore ?

- Hum… la partie inférieure de la tasse, c'est… le long terme ?

- Exact.

Je restai silencieuse, m'attendant à un long discours passionné, mais le professeur se contentait de me regarder droit dans les yeux.

- Donc… l'événement aura lieu dans… 5 mois, ou 5 ans ?

- Quel événement ?

Je détestais la divination parce que j'avais l'impression de me retrouver avec un psy qui posait toujours plus de questions sans donner d'explications, qui voulait tout savoir et laissait ses patients dans le brouillard le plus total.

- L'événement c'est…

Je jetai un coup d'œil rapide à ma tasse, mais il n'y avait rien. Je n'arrivais d'ailleurs plus à voir le chiffre 5, l'ayant sans doute imaginé.

- Il n'y a plus rien, professeur.

- Regardez attentivement. Fermez-les yeux, concentrez-vous. Qu'est-ce que vous voyez ?

J'eus envie de lui hurler que son cours n'était qu'une grosse blague, une supercherie, un truc sans intérêt dans lequel tout le monde inventait, un cours prit par des élèves souhaitant avoir de bons résultats en inventant des rêves dans un journal et en fixant son reflet dans une boule de cristal. J'eus vraiment envie de lui lancer tout ça à la figure, mais je n'en fis rien.

- Je vois… une voile. Un bateau. La voile d'un bateau. Je vois un bateau.

- Bien, un bateau. Qu'est-ce que cela veut dire ?

- Que je vais prendre le bateau dans 5 mois.

Il me regarda avec un air indéchiffrable, et je me sentis rougir devant son regard « pervers ». Tyler se pencha pour regarder le fond de ma tasse, le comparant au sien, tandis que les poufsouffles cherchaient frénétiquement dans leur livre la signification du bateau.

- Miss Grings ?

- Le bateau a deux significations, professeur. Cela peut signifier un voyage ou… la fin d'une amitié.

La sonnerie retentit au même moment. J'avais l'impression d'avoir pris un seau d'eau froide sur la tête. « La fin d'une amitié ».

- Grings a dit ça parce qu'elle rêve de perdre sa virginité avec Tempenny, me consola Tyler en rangea ses affaires.

- Je n'y crois pas, protestais-je.

- Evidemment que tu n'y crois pas, Hayward, tu es une serdaigle ? On peut se demander ce que tu fais ici d'ailleurs. C'est pour roucouler avec ton chéri dans une pièce sombre et suffocante ? cracha Faith.

- La ferme, Wood.

- Fais attention, Hayward. Dans 5 mois…

Elle m'adressa un sourire étrange, étincelant, et pendant une fraction de secondes, elle me fit penser à Esther. Elle était tout aussi belle, mais d'une beauté différente, étrange. Esther, c'était la brune au teint diaphane et aux yeux chocolat qui sortait avec l'un des plus brillants et adorables garçons de notre année. Wood, c'était un serpent doté d'un beau visage long et de cheveux blonds toujours impeccables. Rien de plus.

- C'est toi qui devrais faire attention, Wood, rétorqua Tyler avant de m'entraîner dans un couloir opposé.

OoOoOoOoOoOo

Nous avions potion en dernière heure, ce qui contrebalançait grandement avec la chaleur de la salle de divination. A peine avions nous mit les pieds dans le cachot qu'une brise hivernale et glaciale nous avait pris, me faisant claquer des dents.

- Si on fait de la théorie… je crois que je me tue, murmura Matt en resserrant les pants de sa robe autour de lui.

- C'est le premier cours, Matthew… on va forcément faire de la théorie.

- Merci de briser mes rêves, Esther, souffla Matt avant d'entrer en classe après avoir pris grand soin de la bousculer grossièrement, recevant un coup de pied dans les tibias par vengeance.

Le professeur Slughorn était un petit homme gras qui adorait Evans, Esther, Wood, Black et Taylor Harrison, une serdaigle de mon année qui me détestait et réciproquement. Il tenait un petit club, le club slug, dans lequel Esther était toujours invitée, accompagnée par Drew. D'après elle, c'était des soirées créées uniquement pour agrandir les relations de Slughorn et son capital sécurité et confort, mais elle aimait y aller pour écouter le professeur de potion parler avec émerveillement de ses anciens illustres élèves. « Tu te rends compte qu'un jour il parlera comme ça de toi ? », s'était amusé Matt, et pour la première fois elle ne lui avait pas répliqué une remarque acerbe. Elle avait juste souri, plus belle que jamais.

- Cette année, vous passerez vos BUSE. J'espère que chacun d'entre vous les obtiendront, évidemment.

Il rit, comme s'il venait de faire une blague particulièrement amusante, et je me contentai de sourire poliment tandis qu'il tripotait ses boutons de veston.

- Comme vous le savez certainement, les épreuves se scindent en deux parties : la partie théorique – Matt soupira bruyamment – et la partie pratique. Pendant le premier mois, nous reverrons tout le programme depuis la première année.

Cette fois-ci, ce fut une vague de soupir auquel je m'étonnais de participer : les potions n'étaient pas ma matière préférée, loin derrière les enchantements.

- Nous allons donc aujourd'hui revoir la potion permettant de guérir les furoncles !

Il semblait particulièrement excité comme s'il nous annonçait qu'il avait découvert la 8e merveille du monde.

- Vous avez l'heure entière pour écrire et expliquer sur un parchemin qui sera bien évidemment noté – il eut un petit sourire – la préparation de cette potion. Il me semble que cela ne prend que 5 minutes, mais vous pourrez au moins être prêt pour la préparation qui aura lieu au prochain cours ! Vous pouvez y aller !

Aussitôt, chacun sortit de son sac un rouleau de parchemin, une plume et un encrier, mais je restai immobile, tentant de comprendre les paroles de Slughorn. Jeff me donna un rapide coup de pied me tirant de ma rêverie et je me mis au travail.

J'aimais les travaux écrits. J'aimais sentir l'odeur du papier neuf, et entendre une vingtaine de plumes gratter contre le parchemin, formant des mots. Quand j'étais plus jeune, j'adorais m'asseoir sur le parquet sous le bureau de mon père pour l'entendre écrire avec sa plume favorite, une belle plume d'oie d'un blanc neige, héritage familial. Il avait ensuite fait l'acquisition d'une machine à écrire, bien plus pratique d'après lui, et c'était moi qui avais reçu la plume, que je gardais précieusement dans une longue boite semblable à celle dans laquelle j'avais obtenu ma baguette chez Ollivander.

Evidemment, c'était souvent contraignant, surtout lorsque le bouchon de la bouteille d'encre était mal refermé et que l'encre s'écoulait sur tous les livres, mais nous étions dans une école de magie. Tout était possible ici. Les escaliers bougeaient tout seul, le plafond de la grande salle était étoilé, la nourriture apparaissait comme par magie, des elfes de maison venaient déposer des bouillottes dans nos draps en décembre. Je me demandais souvent ce que ressentaient les nés-moldu, lorsqu'il recevait leur première lettre. Il devait sans doute penser à une mauvaise blague. Peut-être que cela leur faisait de la peine. Moi, j'avais accueilli la lettre avec bonheur. J'étais de sang-mêlé, je savais déjà ce qui m'attendais lorsque j'avais vu la chouette lapone arriver à tire-d'aile vers l'Ermitage.

Je mis un point final à mon devoir, et le relus rapidement, repassant certaine de mes lettres qui n'étaient pas entièrement apparues, rajoutant deçà delà des informations que je n'avais pas suffisamment exploitées.

Ma montre indiquait qu'il ne restait que 10 minutes avant la sonnerie, et la plupart des élèves avaient eux aussi fini leurs travaux, s'échangeant des regards encourageants et de grands sourires. C'était un bon début d'année avec une bonne note facilement atteignable. J'avais assuré un E au minimum, et c'était ce qu'on attendait d'un serdaigle.

Enfin, la cloche sonna et je m'empressai d'apporter ma copie à Slughorn avant de sortir du cachot, Tyler et Joy sur mes talons, bavardant au sujet de la potion et de la note qu'ils pensaient avoir.

- Tu devrais commencer ton journal des rêves dès ce soir, je pourrais même t'aider… il reste une heure et demi avant le dîner et je suis exténuée… je suis certaine de pouvoir te fabriquer un petit O ! s'exclama Joy, excitée comme une puce.

Nous saluâmes Tyler avant de monter dans notre chance et Joy se jeta aussitôt sur son lit. Deux minutes plus tard, elle dormait profondément. Lucy monta nous rejoindre et nous passâmes le temps qu'il restait à jouer aux échecs.

- Tu crois que vous ferez quoi ce soir ?

- Pour la retenue ?

Elle approuva, se mordillant la lèvre inférieure.

- Je sais pas… le hall a été nettoyé donc j'imagine qu'on fera autre chose, comme… nettoyer la salle des trophées à la brosse à dent. Black se plaint toujours en divination, et il se plaint drôlement fort. Apparemment, Rusard demande souvent à ce que les coupes brillent.

- Alors ça devrait vite être fini ! s'exclama-t-elle joyeusement. Vous êtes 10, ça devrait être vite terminé, non ?

J'approuvai sans grand enthousiasme. 10 dans une même salle pour une retenue, ça faisait beaucoup.

Joy sortit de son lit en s'étirant pour aller chercher un rouleau de parchemin sur lequel elle s'empressa de griffonner tandis que je renversais le roi de Lucy.

- Alors ton rêve ?

- J'ai vu un clown sur un balai dans un match de quidditch !

J'éclatai de rire et fouillant dans ma valise à la recherche de mon livre de divination.

- Je ne pense pas qu'il y ait de clown là-dedans… le ciel était bleu ?

Elle me jeta un coup d'œil blasé et je me contentai d'hausser les épaules en passant une main dans mes cheveux, repoussant une boucle en arrière.

- On ne sait jamais… mais je suis par sûre de mettre ce rêve dans mon journal, Joyce.

- Moi je pense que si… ça signifie que tu vas te rendre ridicule au prochain match de quidditch.

- Le bleu signifie le raisonnement et la connaissance, Joy.

- Il faisait nuit dans mon rêve, se rappela-t-elle. Cherche le noir.

- Le noir c'est la… stérilité ! m'exclamais-je en lisant le paragraphe sur les couleurs.

Joy éclata de rire, commençant à sautiller en hurlant des idioties.

- C'est ton rêve, Joyce, répliquais-je, agacée.

- C'est dans ton journal des rêves que tu vas annoncer à ton prof que t'es stérile, Ruthanna.

- Ça signifie d'autres trucs aussi, protestais-je.

- Comme quoi ?

- Hum, il y a la mort…

Il y eut un silence pesant dans la pièce, durant lequel on aurait pu entendre une mouche voler.

- Le néant, les pièges destinés à me perdre et…

- C'est bon Ruth, on a compris, le ciel était bleu finalement.

- Finalement ?

- Le jour s'est levé, tu vois le genre ? Le jour se lève, le clown meurt, tout le monde est content…

- Le clown est mort ? répéta Lucy.

- Bah il n'avait pas l'air très à l'aise sur le balai…

- Je vais prendre mes propres rêves, je crois, Joy.

- Oui, il vaut mieux…

Le silence était à présent gêné, le même silence précédant généralement un grand fou rire, mais il n'y eut rien, et finalement, nous descendîmes rejoindre les garçons dans la salle commune. Ils faisaient une immense partie de carte explosive avec les 6e années, que nous observâmes à l'abri un peu plus loin. Evidemment, ce fut les 6e années qui gagnèrent et eurent le droit aux regards admiratifs des plus jeunes et aux demandes en mariage – « Les filles sont de plus en plus folles ! » avait soupiré Matt en voyant une 2e année fondre en larme après avoir vu le courageux élu de son cœur embrasser sa petite amie – pendant que nous rejoignions la grande salle.

Il était encore tôt et peu d'élèves étaient déjà présents, ce qui nous permis de trouver rapidement de la place pour un groupe de 8 élèves.

- Alors, vous êtes prêts à souffrir jusqu'à l'aube sous la cruauté irascible de Rusard ? demanda Drew en mordillant son haricot vert.

- Tant qu'on se tient loin des Maraudeurs, ça devrait aller… cons comme ils sont, ils pourraient nous donner une deuxième retenue, répondit sombrement Esther en fixant la table des gryffondors.

Je suivis son regard. Les quatre garçons étaient déjà attablés, Potter et Black bavardant bruyamment tandis que Pettigrow semblait boire leurs paroles en même temps que son jus de citrouille et que Lupin fixait le ciel avec ennui en triturant son pain avec ses doigts pâles barrés par quelques fines cicatrices.

Ils se levèrent en parfaite synchronisation et quittèrent la salle sans faire attention aux autres, plaisantant entre eux comme s'ils étaient les seuls au monde. Parfois, je me disais que j'aurais aimé avoir la même insouciance, le même déni du règlement, mais j'étais une serdaigle, l'élève sage et sérieuse qui regardait chaque côté avant de traverser la route et qui se couchait pratiquement contre la table lorsque les hiboux arrivaient le matin, en recouvrant mon verre de la main.

OoOoOoOoOoOo

Je n'étais jamais allée dans le bureau de Rusard, et même Matt ne savait pas où aller. Nous étions bloqués dans le hall, regardant les autres passer pour aller dîner sans faire attention à nous. Drew et Lucy étaient déjà montés rejoindre la salle commune et nous étions presque en retard.

- Je suis sûre qu'il est au cachot son bureau. Vu comme il est aigri, je suis certaine qu'on gèle dans son bureau. Ça le met de mauvaise humeur et c'est pour ça qu'il est toujours dans les couloirs avec sa chatte stupide qui est là pour lui réchauffer les bras…

- Tu n'as qu'à demander à Slug, ton grand ami, lui aussi il habite les cachots, se moqua Matt en évitant la claque d'Esther.

Nous nous engageâmes donc dans les cachots, prenant les chemins les plus puants, obscures et glacials, avant d'arriver à une petite porte au bois pourri devant laquelle les maraudeurs attendaient, en tailleur sur le sol, penchés sur une carte.

- Je te jure que si on prend par-là, on coupe cette salle… il y a une espèce d'escalier, ça doit emmener à la cloison, ça doit être épais, on s'en fou… murmurait Potter en montrant du doigt un point sur la carte.

- Qu'est-ce que vous faites encore ?

- Ça ne te regarde pas Brown, répliqua Black en observant avec attention ce que lui montrait son meilleur ami. Moi je suis certain que ça contourne la salle, c'est obligé, il faudrait vraiment que le mur soit super épais pour que…

- Mais on est à Poudlard, insista Potter. Les murs ils sont comme ils veulent, on s'en fou, mais j'ai raison !

- Bien sur Mr. Potter à la science infuse ! s'énerva Black.

C'était étrange de voir Potter et Black se chamailler, même sans être méchant. Ça avait quelque chose de dérangeant. A mes yeux et aux yeux de tout le monde, ils étaient la représentation même de l'amitié parfaite.

- Vous êtes là ! s'exclama Rusard dans notre dos, essoufflé.

Je vis du coin de l'œil Lupin ramasser la carte et la ranger dans sa poche tandis que Black aidait Pettigrow à se relever et que Potter se mettait à notre hauteur.

- On devait vous attendre là, non ? répliqua-t-il sur un ton de défi qui me sembla inapproprié.

Cela n'échappa pas à Esther qui soupira avant de plaquer sa main contre son front.

- Suivez-moi !

Nous nous mîmes en marche, les serdaigles devant, les maraudeurs continuant leur conversation dans notre dos. Enfin, nous arrivâmes dans la salle des trophées, et je soupirai de contentement en voyant les brosses à dent posées sur le sol. 5 belles brosses à dent, à peines abîmées, 5… 5.

Lorsque l'information prit complètement place dans mon esprit, je sentis mon cœur se préparer au saut à l'élastique et sauter, mais sans l'élastique. Le genre d'atterrissage douloureux.

- 5 d'entre vous, vont nettoyez tous les trophées pendant que les autres aideront à l'infirmerie. Vous 4, ajouta-t-il en désignant les Maraudeurs, je ne vous sépare pas, mais vous travaillez en bas, sous la surveillance du professeur Flitwick.

Il eut un sourire mauvais avant de se tourner vers nous, les pauvres agneaux, les pauvres serdaigles.

- L'un d'entre vous va rester avec eux.

Il nous regarda un par un, et j'eus l'impression que son regard s'attardait sur moi, mais c'était sûrement le fruit de mon imagination.

- Prenez Esther ! déclara soudain Matt. Les couleurs, elles s'entendent bien entre elle, non ? Et puis, ça fait du… marron foncé.

Il me fallut longtemps avant de comprendre ce qu'il venait de dire. Black, Potter et Pettigrow fixaient Matt avec perplexité tandis que Lupin se retenait de sourire à cette blague que je jugeais comme étant la plus mauvaise de la décennie, si c'était une blague évidemment, car il semblait malheureusement - pour lui et la réputation des serdaigles - sérieux, et Esther l'avait apparemment compris.

- Hayward ça veut dire gris en suédois !

Je restai abasourdie par cette traîtrise, surtout que Hayward ne voulait rien dire, et ce, dans toutes les langues du monde. Seulement ça, Rusard l'ignorait.

- Hayward, vous restez ici !

- Quoi ? Mais c'est injuste, mon nom de famille il ne veut rien dire, et puis je viens d'une famille de petits marchands de… lait, improvisais-je sans savoir moi-même où je voulais en venir, presque au bord des larmes, lamentable et pitoyable.

Mais Rusard me laissa là et partit avec mes anciens amis qui me sourirent tous de leurs belles dents blanches de traîtres.

- Tu viens d'une famille de marchands de lait ? me demanda Pettigrow avec curiosité.

- Ça n'existe pas les marchands de laits, Wormtail, laisse tomber, soupira Black en se laissant glisser le long du mur. Flitwick ne sera pas là avant 5 bonnes minutes, ça laisse le temps de faire connaissance.

- Faire connaissance ?

- Nom, prénom, date de naissance, adresse…

- Tu veux le numéro de la carte bancaire de mon père aussi ?

- C'est quoi ?

- C'est… une carte. Pour retirer de l'argent.

- Les moldus peuvent retirer de l'argent à partir d'une carte ?

- Heu… plus ou moins.

- On tient un carnet des élèves qu'on croise en retenue pour savoir s'ils pourront nous être utile, expliqua Potter en sortant de sa poche un papier plié en 4.

- Vous être utile ?

- Ouais, comme guet.

- Oh… sympa.

- Ruthanna Hayward… on peut écrire Ruth, c'est moins long ?

J'eus envie de lui répondre que c'était sa feuille et qu'il en faisait ce qu'il voulait, et que de toute façon je ne lui servirais jamais de guet, mais je me contentai d'approuver.

- Serdaigle… les serdaigles sont intelligents et imaginatifs, non ? Ça doit être pratique ça l'imagination…

Il semblait se parler à lui-même, avec cette manie de se décoiffer et de caresser le bout de son menton avec sa plume qui avait dû coûter une petite fortune.

- Née moldu ?

- Sang-mêlé, mais en quoi ça…

- C'est quoi ton ambition dans la vie ?

- Devenir immortel et mourir, répliquais-je, agacé.

- Quoi ? Mais on ne peut pas mourir si on est immortel.

- Tu ne vas jamais au cinéma ?

- Au ciné-quoi ?

- Cinéma… pour voir des films, tu sais…

- A bout de souffle, lâcha soudain Lupin.

Je lui jetais un coup d'œil curieux avant d'approuver.

- A bout de souffle, répéta Black, perdu.

- C'est le nom du film, Padfoot.

- C'est quoi un film ? geignit Potter.

Il me fit alors penser à un gros bébé décoiffé affublé de lunettes rondes. Le cliché me fit presque sourire.

Flitwick arriva alors avec sa pile de copies et nous demanda de nous mettre au travail tandis qu'il corrigeait le travail des 2e années.

Je me retrouvais par terre, entre Black et Pettigrow, Potter et Lupin en face de moi, lavant sagement leur coupe respective.

J'avais rencontré les maraudeurs pour la première fois pendant la répartition. Potter était déjà à l'époque un petit garçon décoiffé et légèrement arrogant qui était certain de se retrouver à gryffondor. Il avait cette espèce de charisme qui faisait que tout le monde l'écoutait. Il était direct, n'agissait pas toujours avec tact mais était souvent dans le juste.

Black semblait déjà connaître Esther à son arrivé, et déjà à ce moment-là, ils ne s'entendaient pas. Toute la salle avait fait silence lorsqu'il avait été envoyé à gryffondor, excepté Potter qui lui avait lancé un « j'arrive ! » joyeux. Je n'avais pas compris sur le moment, et comme il était l'un des premiers à passer, j'avais cru qu'il me serait fait un même accueil : des regards interloqués et des murmures. Avec le temps, l'attitude face à Black avait changé, les filles tombant toute une par une sous son charme qu'il partageait avec ceux de sa famille. Ils avaient tous cette grâce propre aux aristocrates ne partageant pas la table des cafards, et lorsque je croisais Regulus Black et ses amis, j'avais toujours cette impression d'être un cafard. Une vulgaire bestiole facilement remplaçable. Esther m'avait dit de me méfier d'eux, et la plupart avaient quitté Poudlard pour rejoindre le rang d'un sorcier mystérieux et dont j'avais vaguement entendu parler.

Lorsque j'avais vu Pettigrow, j'avais naïvement pensé qu'il allait se retrouver à poufsouffle. Nous avions tous nos préjugés face à cette maison : elle prenait ceux qui restait, ceux qui n'était ni courageux, ni érudit et ni rusé. Un gamin grassouillet aux yeux humides se cachant derrière les plus grands et imposants ne pouvait que se retrouver à poufsouffle. C'était méchant et subjectif, mais c'était mon point de vue à l'époque. J'étais déjà installée à ma table, à celle des serdaigles, et je regardais avec un certain amusement la répartition, à l'aise dans ma nouvelle maison, déjà cataloguée comme étant une imaginative, une intelligente qui apporterait quelques points à la maison. Ça avait quelque chose de dégradant, mais les gens aimaient être catalogué dans une case bien précise, dont ils chercheraient à tout prix à sortir. Et Pettigrow avait atterri dans la maison qui semblait à l'opposé total de l'image qu'il dégageait. Et finalement, avec les années, il était apparu courageux, à sa façon. Il n'avait rien du courage tel qu'on l'entend, de se dresser seul face à un dragon, mais il défendait toujours ses amis. Tout le monde ne pouvait pas s'en vanter, j'imagine. Le courage n'était qu'un mot aux multiples significations.

Et Lupin… lorsque j'avais été appelé et que le choixpeau avait été déposé délicatement sur le sommet de mon crâne, et que serdaigle ! avait été hurlé dans toute la salle, j'avais été comme anesthésié. Ma table m'applaudissait. Ma nouvelle famille que je ne connaissais même pas m'acclamait. Ça avait quelque chose de magique. C'était un sentiment extraordinaire de se sentir aimé, même si ça n'était que fugace. Je m'étais retrouvée assise entre Joy qui avait été envoyée juste avant moi et Jeff qui était passé encore un peu avant. Tous ces gens, je ne les connaissais même pas, et aujourd'hui encore, je n'en connaissais pas la moitié, mais ce bonheur que j'avais ressenti avait duré plusieurs minutes, et lorsque j'avais pris part à l'observation de la répartition telle quelle, c'était au tour de Lupin de passer. On l'avait appelé, et il s'était approché, ses petits poings serrés, ses cheveux châtains recouverts complètement par le choixpeau qui avait pris quelques secondes à réfléchir. Et j'avais espéré qu'il se retrouve à serdaigle, que je puisse l'acclamer moi aussi, que je lui transmette l'amour qui m'avait été accordé. Mais il avait été envoyé à gryffondor, et il avait été accueilli comme moi quelques secondes plus tôt, avec joie, avant de retomber dans l'anonymat et l'indifférence, tout comme moi. La répartition n'était pas une fête joyeuse. C'était une séparation. On scindait des enfants en 4 groupes, les mettant en compétition, leur faisant croire qu'ils étaient une grande famille s'entraidant, mais c'était faux. Ce n'était que des équipes. De simples équipes voulant gagner à un jeu qui les dépassait. Et Lupin était comme moi. Il n'avait pas le charisme de Potter ou la beauté majestueuse de Black, comme moi, qui n'avais pas le charisme de Drew et la beauté impériale d'Esther. Nous étions nous, les silencieux et réfléchis, les éternels anonymes, qui aurait pu disparaître tout à coup de la grande salle dans l'indifférence totale.

C'était douloureux de se rendre compte que son existence ne servait à rien. Qu'on ne servait à rien. Que le fait qu'on existe ou non ne changeait rien. Parce que c'était le cas. J'étais là, par terre, à nettoyer des coupes sur lesquelles étaient gravés des noms d'élèves ayant eu de l'importance, eux. Moi, je n'y aurais jamais droit. Et c'était douloureux, comme constatation.

- Hayward, je crois que cette coupe est parfaitement récurée.

Je relevai la tête, croisant le magnifique regard doré de Lupin.

- Oui, tu as raison.

Je rebaissais la tête, le cœur lourd.

- Au fait, tu n'as pas donné la réponse.

Je le regardai, perplexe.

- A quelle question ?

- Pourquoi les gryffondors sont toujours les premiers à mourir sur un champ de bataille ?

- Black n'a pas répondu non plus, à : pourquoi les serdaigles veulent toujours tout savoir ?

- Tu peux m'appeler Sirius, tu sais ?

- Si Sirius donne la réponse, je donnerais la mienne.

- D'accord. Disons que les serdaigles veulent tout savoir pour ne pas perdre le contrôle. On affirme toujours que ce sont eux les plus érudits et sages, mais s'il se révélait qu'un gryffondor, par exemple, savait plus de choses qu'eux, alors ils ne seraient plus vraiment des serdaigles, parce que dans le fond, ils n'existent que pour ça, non ? Tous, je veux dire. Gryffondor, serdaigle, poufsouffle, serpentard… c'est juste une ligne de conduite à suivre. Et la ligne à suivre pour les serdaigles, c'est l'intelligence. A toi maintenant.

Je ne m'attendais pas à cette réponse. J'avais imaginé une plaisanterie, tout, sauf ça. Et ma réponse à moi semblait bien inutile. Ma belle réponse toute prête s'était envolée, alors, je répondis :

- « Le courage mène à une mort digne ». Mais quelle soit digne ou non, c'est la même chose. Le courage mène droit à la mort. C'est ça votre ligne de conduite.

- C'est ça que tu penses, Hayward ? chuchota Black en me regardant droit dans les yeux, yeux gris contre yeux gris.

- Ça alors, j'avais complètement oublié de regarder l'heure ! Allez les enfants vous avez bien travaillé et il se fait tard ! Au lit tout le monde !

Je me redressai en grimaçant, mon dos douloureux et mes jambes tremblantes. J'allais me réveiller avec des courbatures demain.

Nous sortîmes silencieusement de la salle, avant de gravir les escaliers. Il était déjà plus de 23 heures, et l'heure du couvre-feu était depuis longtemps passée, et mieux valait ne pas croiser de professeurs, surtout si nous voulions éviter une autre retenue. Mais cela, Black ne semblait pas en avoir grand-chose à faire.

- Tu le pensais ?

- Qu'est-ce que je pensais ?

- Le courage mène à la mort. Tu le pensais ?

- Peut-être. Quelle importance ça a ? Vous êtes des gryffondors, moi une serdaigle. Chacun sa ligne de conduite.

Nous étions au 3e étage lorsque je me rendis compte qu'ils étaient toujours avec moi.

- Je crois que vous avez raté votre salle commune.

- Tu as oublié les couloirs venteux, déclara calmement Potter avec un clin d'œil. Tu veux les voir ?

- Non merci, répondis-je prudemment.

- Pourquoi ? Ça te permettrait de savoir une chose de plus.

- Il n'y a pas que le savoir dans la vie, et il se fait tard.

- Il n'est même pas encore minuit !

- Je suis une serdaigle. Je suis le règlement.

- Il n'a jamais été dit que les serdaigles devaient suivre le règlement.

- Moi, je le suis, répliquais-je. Bonne nuit.

Je tournais au coin d'un couloir avant d'arriver devant le tableau abritant la salle commune. Je répondis juste à l'énigme et montai me coucher, pour découvrir les autres déjà profondément endormis.