Touché-des-Fées

Auteur : Blind Author, qui remercie sa merveilleuse correctrice ginbitch pour son aide sur cette histoire.

Titre original : Faerie Touched

Traduction : La'ienth

Crédit : les personnages appartiennent à la BBC, et l'histoire à Blind Author. Je la traduis avec sa permission.

Avertissement : Ceci est un slash Sherlock/John. Mention de sexe, non explicite. Spoiler jusqu'à l'épisode 3 de la saison 1 'Le Grand Jeu' (The Great Game)

Note : C'est un UA (univers alternatif) que j'ai beaucoup apprécié. Malheureusement, il n'y a que deux chapitres, sniff.

Merci à Yumi-chan, lisaelle, odvie, Petite Amande, et ahotep84 pour leur review.


Deuxième Partie

Siphon

Jamais plus Nés-de-Fée en cette cour ne marcheront

Jamais plus nos doux rivages ils ne verront

Plus d'humains comme maris et femmes nous ne prendrons

Et jamais plus il n'y aura de Siphon.

xx

Quand Amélia Watson y repensa, elle découvrit que ça avait commencé quand elle était enceinte d'à peu près 3 mois. Sa magie commença à devenir erratique, marchant parfaitement à certains moments, étant très affaiblie à d'autres, et parfois elle n'était carrément plus là du tout.

C'était plutôt effrayant, mais le docteur lui avait assuré que c'était normal pour une grossesse d'interférer avec la magie (aucune importance qu'elle n'avait pas eu un seul problème quand elle portait Harry), donc Amélia était rentrée chez elle et avait essayé de ne pas s'inquiéter. Au cinquième mois, quand elle devint incapable de jeter le moindre sort, n'importe lequel, elle y retourna, et on lui dit la même chose.

Même après la naissance de John, ses sorts étaient toujours erratiques, parfois fonctionnant avant de s'évaporer, parfois ne démarrant même pas en premier lieu. Ce fut seulement quand elle mit à refroidir une fournée de biscuits avec un petit sort, puis revint avec un John de deux mois pour son déjeuné et trouva que le sort s'était éteint qu'elle réalisa ce qu'il se passait.

Toutes ces fois où ses sorts n'avaient pas pris ? C'était quand elle avait tenté des les lancer dans la même pièce que John. Quand les sorts démarraient puis s'évanouissaient ? C'était parce qu'elle avait amené John dans la pièce.

Quand John était là, la magie simplement… ne fonctionnait pas.

Amélia voulait aller voir le docteur, mais quelque instinct viscéral l'en empêcha. Au lieu de ça, elle et son mari commencèrent à rechercher dans les légendes Féeriques et sorcières.

Cela leur prit deux semaines avant qu'ils ne trouvent ne serait-ce qu'une référence. Un conte datant de plusieurs siècles, aussi fantastique que 'Le Petit Chaperon Rouge', parlait du temps où avoir des enfants avec des humains était considéré comme tabou.

Une légende disant que si une Fée avait un enfant avec un humain, celui-ci n'était pas toujours puissant dans les arts magiques – il n'avait pas toujours cette fine connexion aux Éléments, de laquelle ils tiraient leurs pouvoirs.

À la place, c'était une connexion directe aux Éléments, un conduit si large et si vaste que toute la magie y disparaissait pour retourner aux Éléments Naturels. Cet enfant serait comme un trou dans la magie du monde, un drain par lequel le pouvoir s'écoulerait et serait perdu.

Un Siphon.

Un Siphon ne pouvait pas faire de magie, mais aucune magie ne pouvait marcher sur eux. Tout sort entrant en contact avec eux se dissiperait pour retourner aux Éléments qui lui avaient donné naissance.

Seulement, cela ne concernait pas uniquement les sorts en contact avec John – mais aussi tous ceux se trouvant à proximité. Quand il atteignit l'âge de trois ans, il fallait que John soit entièrement hors de la maison si Amélia voulait enseigner quelques sorts à Harry. Et c'est aux alentours de ce temps-là qu'Amélia et Roy réalisèrent que John devait apprendre comment se limiter – il ne pouvait pas se balader aux alentours en désorganisant les sorts des gens à chaque fois qu'il passait dans la rue.

Quelque chose en Amélia lui dit de garder ça secret, et c'est donc exactement ce qu'ils firent.

xx

Cela prit deux ans à John avant qu'il puisse se contrôler assez pour ne pas drainer n'importe quelle magie avec laquelle il entrait en contact. C'était comme si la chose qui faisait de lui un Siphon – ce trou dans la magie du monde – était étalée autours de lui comme un filet, et il devait le tirer en lui-même, le maintenir juste sous sa peau au lieu de le laisser tout autour de lui.

Ce fut difficile au début, et il continuait à déraper quand il dormait, mais le temps qu'il atteigne ses onze ans, John était parvenu à la conclusion que c'était comme d'apprendre à contrôler ses intestins. Vous n'avez aucun contrôle quand vous êtes un bébé, puis en grandissant vous obtenez assez d'autonomie pour vous contrôler à tout moment, même quand vous êtes endormi.

Mais il ne pouvait jamais s'empêcher d'être un Siphon, ou éviter que la magie qui rentrait en contact direct avec lui ne se disperse comme si elle n'avait jamais existé en premier lieu.

Il avait une vague idée de ce qu'il était – Papa et Maman lui avait dit qu'on appelait ça un Siphon – mais ce fut seulement à quinze ans, dans un cour d'Histoire, qu'il se rendit finalement compte de la façon dont un Siphon était vu dans la communauté magique.

Ils discutaient le déclin du nombre de Nés-de-Fée qui avait eu lieu du dixième au seizième siècle. Les raisons de ce déclin étaient âprement débattues, mais il était généralement admis que le Seigneur des Fées avait interdit toute relation sexuelle avec les humains dans le but spécifique de faire décroître le nombre de Nés-de-Fée. Pourquoi voulait-il faire cela, c'était toujours un mystère, la seule référence que l'on pouvait trouver était une sorte de légende à propos d'un Né-de-Fée qui n'aurait pas de magie, mais qui au lieu de ça l'annulerait, et aurait mis toute la Cour Féerique à genoux.

Ce qui, bien entendu, aurait incité ce décret du Seigneur :

Jamais plus Nés-de-Fée en cette cour ne marcheront

Jamais plus nos doux rivages ils ne verront

Plus d'humains comme maris et femmes nous ne prendrons

Et jamais plus il n'y aura de Siphon.

Cependant, il était généralement convenu que ce 'Siphon' était un mythe, un croque-mitaine utilisé pour effrayer des créatures qui n'avaient peur ni de la magie ni des monstres.

Cela ne plaisait pas beaucoup à John – l'idée que vous étiez essentiellement l'incarnation du monstre d'un conte de fée n'était pas géniale pour votre amour-propre. Mais avec le temps, il était arrivé à y trouver des avantages – sûr, cela voulait dire qu'il ne pourrait jamais être soigné ou protégé magiquement, mais cela voulait aussi dire que la magie offensive ne pouvait pas le blesser non plus. Les charmes ne marchaient jamais, les compulsions ne prenaient jamais… c'était comme d'avoir un bouclier invisible permanent entre lui et le reste du monde.

Et, comme tout bouclier, c'était parfois un avantage, et parfois c'était juste exaspérant.

xx

A l'armée, on l'appelait Tête de Pioche. Et Caoutchouc, parce que rien semblait tenir, ou juste le simple Chanceux, parce la magie ne semblait jamais le toucher.

John ne leur avait jamais dit ce qu'il était. Ce n'est pas qu'il essayait activement de le cacher, mais c'était dur de déroger à une habitude si profondément ancrée, dur de se débarrasser de l'image du visage de sa mère lui disant qu'il ne devait dire à personne ce qu'il était, ce qu'il pouvait faire.

Il avait supposé que Sherlock l'avait démasqué à peu près au moment où il avait cessé de lui rabattre les oreilles à propos du talisman. Après tout, Sherlock savait qu'il n'avait pas remarqué les barrières magiques autour de leur appartement, savait que les charmes et les compulsions glissaient sur lui sans aucun effet – sûrement, il avait compris ?

Apparemment non, si le regard confus, à moitié paniqué (ok, peut-être complètement paniqué) sur le visage de Sherlock en témoignait. Mycroft, John s'attendait juste à ce qu'il sache – cet homme se spécialisait dans l'omniscience, après tout – mais il n'y avait de traces écrites nulle part, ce qui signifiait qu'il était aussi perplexe que son petit frère.

Lestrade et le reste des policiers s'étaient figés, reconnaissant de toute évidence le moment où quelqu'un était sur le point de faire une révélation qui allait changer la donne, et Moriarty…

Et bien, il était toujours réjoui et triomphant, mais John ne pensait pas qu'il imaginait le soupçon de malaise dans l'expression de l'homme.

« Si quelqu'un a des talismans coûteux sur lui, je suis vraiment désolé, » offrit John.

Puis il ouvrit son filet, son trou dans la magie du monde, et le déploya largement.

Tous les sorts sans exceptions s'évanouirent. Les barrières magiques furent dissoutes, les boucliers des policiers disparurent – il n'y eut aucun son, pas de sifflement comme quand la pression était relâchée ou de bruit sec comme lorsque la magie était dissipée. Les sorts se trouvaient simplement là à un instant, et avait disparus le moment suivant.

John ignora les halètements de surprise et les murmures d'incrédulité pour fixer son regard dans celui de Moriarty.

« Impossible, » souffla le Daemon, la panique commençant à pénétrer sa voix.

John pensa que Moriarty était le genre de personne à avoir un plan de secours pour les plans de secours – il n'y avait aucune situation à laquelle il n'avait pas pensé et pour laquelle il n'ait prévu un plan d'évasion.

Sauf ça.

Et face à l'inconnu et l'imprévu, le masque de 'criminel consultant parfait' était en train de craquer sur les bords.

« Si tu as un plan, n'importe lequel, qui ne nécessite pas la magie, ce serait le bon moment de le mettre en place, » offrit John.

Il ne pensait pas que ce serait le cas. Il suspectait que le plan de Moriarty était de les retenir avec les barrières magiques et de s'échapper avec un sort de téléportation – quelque chose que seul un pure Daemon, Fae, Ondine ou Sylphe pouvait faire.

Du moins, tant qu'ils avaient accès à la magie, ce qui n'était pas le cas avec un Siphon dans la pièce.

« Les Siphons, ça n'existe pas ! cria Moriarty.

_ Et pourtant me voilà, dit doucement John. J'existe. »

Il s'attendait à moitié à ce que Moriarty regagne son sang-froid et produise un pistolet ou un sniper ou quelque chose. Mais celui-ci se contenta de faire demi-tour et de courir vers la porte.

La police s'élança, mais John était le plus proche. Moriarty ne parcourut même pas 4 mètres.

xx

On avait encore donné à Sherlock une ridicule couverture orange. Mais cette fois-ci, il pensa qu'il allait peut-être la garder.

Il écoutait Lestrade et Donovan questionner John, Mycroft parler à son assistante à propos de prendre en charge Moriarty, et chacun d'entre eux faisaient de leur mieux pour ne pas laisser paraître leur choc. Sauf John, évidemment.

« Je suis tout le contraire de magique. » Et John parlait littéralement – le contraire d'une chose positive n'était pas zéro, mais une chose négative. C'était pour ça que c'était une balle qui l'avait blessé et non un sort, et pourquoi personne n'avait été capable de soigner magiquement la blessure. C'était la raison pour laquelle les barrières magiques de Sherlock ne l'avait jamais dérangé, que les charmes de Sébastien ne l'avaient pas touché, que le sort de camouflage de Sherlock n'avait pas marché pour lui, qu'il s'était opposé de façon si véhémente à ce que Sherlock lui façonne un talisman – il n'en avait pas besoin.

John était un Siphon.

Bien sûr, il connaissait l'histoire, écrite pour expliquer pourquoi le nombre de Nés-de-Fée avait chuté au Moyen-âge, mais personne ne la prenait au sérieux.

Sauf que maintenant Sherlock n'avait plus d'autre choix que d'y croire.

Et, d'après ce qu'il avait dit avant de faire s'évanouir dans l'éther tous les sorts se trouvant dans les cinquante mètres à la ronde, il avait assumé que Sherlock le savait. Ridicule, bien sûr – sur quoi pensait-il que la conversation sur la résistance héritée à la magie portait, si ce n'était Sherlock essayant de déterminer s'il pouvait se rapprocher de John de manière sexuelle sans lui faire de mal ?

Mais puisque John était un Siphon, ce n'était plus un problème. Sherlock n'aurait jamais à s'inquiéter de perdre le contrôle, puisque John neutralisait toute magie en contact avec lui.

À cette pensée, Sherlock se leva et se dirigea d'un pas vif vers John.

« Et vous n'en avez jamais parlé à personne ? » était en train de demander Donovan – ils en avaient apparemment fini avec l'interrogatoire officiel et Donovan satisfaisait sa curiosité lubrique.

John secoua la tête.

« Mes parents ont gardé ça secret quand j'étais enfant, et l'habitude est juste restée. Je veux dire, vous avez vu quelles difficultés un Né-de-Fée peut avoir – mis à l'écart à l'école, des propositions par des individus douteux, spécialement s'ils ont un talent inhabituel – et je suppose qu'ils pensaient que ce serait pire pour moi si cela se savait que j'étais un Siphon. »

Lestrade eut un petit rire, et secoua la tête.

« Et dire que je m'inquiétais de vous voir traîner avec Sherlock – je m'attendais à ce qu'un jour il vous entraîne au milieu d'une espèce de bataille magique à laquelle vous ne pourriez pas faire face.

_ Oui, et bien, je suis plutôt bon contre les sorciers, » dit John, d'une voix affable tout en ayant un sourire carnassier.

Lestrade lui rendit un petit sourire complice.

« Ramenez-les simplement à votre niveau et bottez-leur les fesses, hein ? »

John hocha simplement la tête.

« Ça m'a sauvé la vie plus d'une fois. La plupart des sorciers ayant une puissance raisonnable se reposent entièrement sur la magie, et une fois qu'on leur a enlevée… »

Il haussa les épaules, mais ses mots envoyèrent un frisson le long de la colonne vertébrale de Sherlock. Il y avait un nombre incalculable de gens puissants qui deviendraient vulnérables sans magie, qui ne se douteraient jamais qu'on puisse la leur enlever. Il se rappela ce que John avait dit à propos des inquiétudes de ses parents, que des gens cherchant leurs propres intérêts pourraient chercher à se servir de lui comme d'une arme ou d'une ultime protection.

Il leva les yeux vers ceux de Mycroft, pour y trouver exactement ce qu'il craignait. Son frère parlait peut-être à son assistante, mais son regard était fixé sur John, et son expression était intriguée, spéculative… presque affamée.

Sherlock se plaça directement dans la ligne de mire de Mycroft, et soutint le regard de son frère. Si Mycroft voulait utiliser John pour faire son sale boulot, il devra d'abord lui passer sur le corps.

Mycroft inclina la tête, indiquant que le message était passé, mais Sherlock ne faisait pas confiance à ce sourire placide et se rapprocha d'une grande enjambée.

« Je ne plaisante pas, Mycroft, siffla-t-il, à voix basse – inutile d'alarmer John, après tout. Laisse-le tranquille. Ce n'est pas ton jouet, ni ton arme, et il ne sera pas ton laquais.

_ Lui, non, dit Mycroft, avec une emphase que Sherlock trouva particulière. Mais réfléchis, Sherlock – en face d'une preuve si irréfutable que les Siphons existent, tu ne penses sûrement pas que John est le seul qui existe ? »

Sherlock n'avait même pas envisagé cette possibilité – cela semblait juste avoir tellement de sens que John soit unique de cette manière comme il l'était de tant d'autres façons. Mais il se sentit presque immédiatement soulagé : même si la probabilité statistique de donner naissance à un Siphon était aussi infinitésimale que de un sur un milliard, avec une population approchant les sept milliards et encore en expansion, il devait y en avoir d'autres.

Et John suivait si fermement son propre code moral, et était si résistant aux manipulations, Mycroft savait qu'il avait de meilleure chance de trouver l'un des autres Siphons que de convaincre John de travailler pour lui. Peut-être que cela faisait de Sherlock le sociopathe qu'il clamait être, mais il ne pouvait ressentir aucune sympathie pour ces Siphons inconnus, cachés, que Mycroft rechercherait.

Comme il se détourna, une pensée déconcertante lui traversa l'esprit – et s'il n'y en avait pas d'autres ? Jusqu'à maintenant, la seule référence à un Siphon avait été cette cocasse comptine sur le décret du Seigneur des Fées. Mais en assumant que c'était vrai, et c'était très probable, alors cela voulait dire que le dernier témoignage de la présence d'un Siphon datait d'il y a plus d'un millénaire. Et aucune trace depuis.

Même en assumant que les Siphons étaient incroyablement rare, cela semblait hautement improbable. Quelqu'un, quelque part, devait avoir été remarqué ou dévoilé de la même façon que John s'était démasqué ce soir. Soit ces occurrences avaient été ignorés, ou…

Était-il possible que John soit seulement le second Siphon à avoir jamais existé ?

Attentif à ce qu'aucune de ces pensées ne se reflètent sur son visage, Sherlock se tourna enfin, enfin, vers John.

John leva les yeux vers lui, et lui sembla en fait nerveux, ce qui était ridicule – qu'est-ce qui pourrait rendre John nerveux ? Il avait été clairement imperturbable face aux barrières magiques explosives de Moriarty depuis le début, mais il supposait qu'un Siphon ne devait pas se sentir menacé par un Daemon, à moins que…

À moins que quelque chose d'autre ne soit arrivé. John avait mentionné un révolver au début, et de ce que Sherlock avait compris, un Siphon était tout aussi vulnérable face une arme à feu ou un couteau qu'un humain normal. Avait-il fait quelque chose à John avant de le mettre derrière ces barrières magiques ? Quelque chose que John ne disait pas ?

Il était en train de passer en revue la longue liste horrifiante de toutes les choses que Moriarty aurait pu faire subir à John tout en le laissant mobile et sans blessures graves quand il se rendit compte que John le regardait avec un peu trop d'attention. Il jetait des regards furtifs vers le visage de Sherlock et se balançait d'un pied sur l'autre, comme s'il croyait que Sherlock était en colère après lui, ou quelque chose comme ça.

Oh. Ça ne pouvait pas être ça, n'est-ce pas ?

« Tu as conscience, commença lentement Sherlock, en observant les réactions de John, que le fait que tu sois un Siphon ne change absolument rien à notre arrangement ? Enfin, si, certaines choses peut-être, mais rien de grande importance. »

La façon dont John se détendit en entendant ça informa Sherlock que oui, il s'inquiétait exactement de ça.

« Mais tu dis que ça va changer certaines choses – qu'est-ce qui va changer ?

_ Quand nous serons rentrés, John. »

xx

John admettait qu'il était nerveux. Il avait laissé éclater au grand jour le fait qu'il était essentiellement un monstre de conte de fées devant Sherlock, son frère, et plusieurs membres de la police, et une partie de lui s'attendait à ce qu'ils s'éloignent de lui dès qu'il se tournerait vers eux.

Personne n'embrasse le croque-mitaine, après tout.

Mais Lestrade et Donovan avaient plaisanté avec lui, avaient semblé en fait soulagés de savoir qu'il avait un moyen de se protéger lui-même. Mycroft lui avait accordé une attention minimale, comme d'habitude vraiment, et en vérité la seule chose qui l'inquiétait réellement était la réaction de Sherlock. Lestrade et Donovan se sentant mal à l'aise autour de lui, ça il pouvait… bon, il n'aimerait pas, mais pourrait certainement apprendre à le tolérer, mais Sherlock ?

John ne pensait pas qu'il pourrait supporter si Sherlock avait peur de lui. S'il lui avait dit qu'il ne pensait pas que leur arrangement de colocation pouvait continuer, qu'il ne pouvait pas vivre avec quelqu'un pouvant déranger ses expérimentations magiques juste en les touchant.

Sherlock avait dit que rien ne changerait, puis s'était corrigé en disant que certaines choses changeraient, ce qui laissait John tripoter nerveusement les manches de sa chemise pendant tout le trajet du retour. Mais honnêtement, comment était-il sensé interpréter ça sinon comme de mauvaise augure ?

Sherlock semblait étrangement tendu lui aussi, et ne dit rien de tout le trajet, le regardant à peine.

Quand ils furent arrivés à leur salon, John se brassa pour l'inévitable conversation.

« Fais-le marcher, ordonna Sherlock, cette étrange tension que John avait remarquée avant Moriarty faisant un retour en pleine force.

_ Quoi ?

_ Le truc que tu as fait à la piscine, fais-le encore. »

John était circonspect, se demandant si l'une des choses qui allait changer serait que Sherlock le traiterait comme un sujet de recherche. Mais il n'avait jamais été capable de refuser à Sherlock quelque chose qu'il voulait vraiment, et il n'allait pas commencer maintenant, pas alors que Sherlock semblait le vouloir si … désespérément.

Il prit une profonde inspiration, et étendit son filet un tout petit peu, juste assez pour couvrir la pièce – il ne voulait pas ruiner les sorts dans la cuisine ou la chambre de Sherlock.

« Fini. »

_ C'était rapide, murmura Sherlock, explorant la pièce du regard comme s'il s'attendait à ce quelque chose ait changé.

_ Ce n'est pas comme un sort, Sherlock, soupira John. C'est une partie de qui je suis. Je suis un conduit permanent vers les Éléments – c'est juste un acte de ma volonté d'ouvrir ce conduit plus large. »

Sherlock tendit la main, et parut satisfait quand il n'y eut pas même une légère brise dans l'air.

« Pas de magie. Je ne peux même pas la sentir – c'est comme si elle avait juste… disparu.

_ C'est ce que fait un Siphon, dit John de façon maussade, sentant de plus en plus que c'était en train de devenir une expérimentation.

_ Brillant, » lâcha Sherlock.

Puis il traversa la pièce en deux grandes enjambées, prit John par les épaules et l'embrassa.

C'était brûlant et profond et désespéré et John était à peine parvenu à rassembler le peu de neurones qui lui restaient pour commencer à lui répondre quand Sherlock s'arrêta.

« Sais-tu depuis combien de temps je veux faire ça ? » demanda-t-il, comme si le fait qu'il ne l'ait pas fait était un échec personnel de la part de John.

Il se pencha de nouveau, mais le cerveau de John s'était remis en marche et il posa les mains sur la poitrine de Sherlock pour le stopper.

« Tu voulais ça ?

_ C'est au présent, pas au passé, et bien sûr que je veux ça – soit attentif ! »

John savait que quand quelque chose que vous avez désiré depuis près de deux mois se jetait pratiquement dans vos bras, vous devez le prendre et ne pas poser de questions… mais il se sentait beaucoup trop impliqué émotionnellement pour être désinvolte à propos de ça. Et une partie de John se demandait pourquoi Sherlock lui faisait une ouverture maintenant – avait-il remarqué l'attraction que John avait pour lui des semaines plus tôt, mais c'était seulement maintenant que la nouveauté de coucher avec un Siphon l'attirait ?

« Pourquoi maintenant ? demanda-t-il calmement.

_ Parce que maintenant je sais que je ne vais pas te faire de mal. »

Étrangement, ce fut ce qui convainquit John. L'expression sur le visage de Sherlock était trop intense, trop abrupte, trop sincère pour être un mensonge, et l'idée que Sherlock aurait pu désirer cela mais pas assez pour risquer sa sécurité… et bien, ça expliquait beaucoup de chose, en fait.

Par conséquent, il arrêta de se poser des questions et attira Sherlock dans un autre baiser.

xx

Lestrade savait qu'il devait passer cet appel – le suivi sur la déposition des témoins et tout ça, peut-être demander à Sherlock pourquoi un agent du gouvernement était venu leur retirer Moriarty des mains – mais il pensa que ça pouvait attendre. Au moins jusqu'à demain matin.

Il n'était pas aveugle, après tout – il avait vu la façon dont Sherlock regardait John. Avant, Sherlock se contentait de se venir sur la scène de crime, de mitrailler les informations, et puis de disparaître en lançant quelques remarques désobligeantes sur l'intelligence des personnes présentes dans la pièce. Mais avec John, il s'expliquait vraiment – quand John lui demandait comment Sherlock savait quelque chose, Sherlock lui répondait. Et quand auparavant il ne semblait chercher l'approbation de personne en dehors de la sienne, maintenant chaque explication semblait presque être une tentative calculée d'impressionner John. Il arrivait même à Sherlock d'écouter John - pas souvent, c'est vrai, et pas à chaque fois, mais c'était toujours beaucoup plus que ce à quoi parvenait la plupart des gens.

Sherlock avait parut si conquis dès la fin du premier jour, quand il était soi-disant partie parler d'un problème de loyer, que Lestrade n'aurait pas été surpris le moins du monde si la prochaine saisie de drogue les trouvent tous les deux en train de forniquer sur la table de la cuisine.

Puis Donovan lui avait appris que John n'était pas du tout magique, et Lestrade s'était en fait senti désolé pour Sherlock. Cet homme était Né-de-Fée, après tout, ce qui signifiait qu'il ne pouvait pas batifoler avec un humain ordinaire sans de sérieux risque pour la santé de ce dernier – des gens essayaient de combattre ce phénomène, bien sûr, à l'aide de moyens scientifiques comme magiques, mais jusqu'à présent, ils restaient impuissants.

C'était triste, mais cela arrivait qu'un Né-de-Fée tombe amoureux avec un humain ou un sorcier de faible rang, mais ne puisse jamais consommer leur amour sans mettre en danger la personne qu'ils aimaient. De nombreuses chansons et histoires célèbres avaient été écrites sur cette agonie particulière.

Mais le fait que John soit un Siphon changeait complètement les choses.

Donc oui, il avait vu la façon dont Sherlock regardait John. Et maintenant qu'il était finalement autorisé à le toucher sans craindre les conséquences, sans risques de faire du mal au docteur…

Et bien, il allait attendre jusqu'à demain pour les appeler.

Demain après-midi.


Et voilà, c'est fini ! Et non, il n'y a pas de suite à cet UA. Dommage…

A bientôt !