Le lendemain, Hermione se choisit deux petits pains bagnats fourrés au thon, et s'autorisa une viennoiserie en dessert. Elle n'hésita pas et choisissant comme souvent maintenant l'endroit le plus tranquille du parc, elle se dirigea vers le banc en face de l'étang. Comme la veille, le SDF était là, assis en tailleur.

- Bonjour, salua-t-elle poliment en s'asseyant.

- Bonjour ! répondit l'homme avec un sourire.

- Espérons qu'aujourd'hui nous n'aurons pas d'averse !

- Oui, ce serait souhaitable, sourit-il.

Elle sortit son déjeuner et commença à manger.

- Bon appétit, lança-t-il.

- Merci ! répondit Hermione. Puis sans trop réfléchir à ce qu'elle faisait, elle lui montra l'autre sandwich : J'en ai un deuxième, vous voulez qu'on partage ?

- Euh, y faut pas vous sentir obligé, vous savez ! refusa l'homme gêné.

- Ce ne me dérange pas, en fait j'en ai pris deux croyant qu'ils seraient plus petits mais en fait, je ne finirai pas tout.

- Euh, vous êtes sûre ?

L'homme hésitait, il avait grand faim. Pour toute réponse Hermione lui tendit le sandwich…

Il le saisit, puis le mangea, rapidement mais proprement.

- Merci, ça faisait longtemps que j'en avais pas mangé d'aussi bon !

- Alors vous n'avez pas gouté le spécial au saumon, il est encore meilleur, si vous êtes là demain, je vous en ramène un pour vous le faire goûter ! sourit Hermione. L'homme rit doucement, comme en réponse à une bonne plaisanterie et la conversation s'arrêta là. Hermione sortit la suite de son livre, et se détendit. Puis l'heure arrivant, elle le salua et retourna travailler.

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Le lendemain, elle acheta deux sandwichs au saumon ,deux yaourts ainsi que deux oranges, avant d'aller au parc.

Souriant, elle s'approcha du banc et salua le SDF toujours à sa place.

- Vous allez m'en dire des nouvelles ! annonça-t-elle en sortant les sandwichs.

- Vous n'avez sérieusement pas fait ça ! Je veux dire … Vous ne pouvez pas … Enfin vous ne devez pas … L'homme bafouillait, apparemment vraiment gêné.

Pour toute réponse, Hermione lui tendit simplement sa part.

- Je vous ai pris un yaourt aussi, goût fraise, vous aimez ?

A contrecœur, il prit le sandwich, le déballa et commença à manger.

Elle fit de même : le sandwich était bon et frais, comme elle l'aimait : des rondelles de concombre, du saumon fumé, du jus de citron, de la salade, de l'aneth.

- Alors ?

- C'est vrai qu'il est meilleur que celui d'hier … reconnut-il en souriant.

- Lundi, je vous ferai goûter une salade de pâtes de chez Gino ! C'est pas mauvais non plus.

- Pourquoi vous faites tout ça ? demanda l'homme soudain, posant son sandwich et se tournant vers elle. Il n'était pas énervé ou agressif, son regard exprimait simplement de la curiosité.

- Et pourquoi pas ? demanda Hermione.

- Je ne sais pas ! Personne ne fait jamais ça ! Les gens se contentent de me regarder avec méfiance ou méchanceté, comme si j'avais fait quelque chose de mal. Dans le meilleur des cas, on me donne une pièce voire un billet, mais personne ne partage son sandwich assis sur ce banc avec moi ! D'ailleurs, personne ne s'assoit à côté de moi ! Vous êtes qui ? Quelqu'un du service social qui veut me convaincre de m'installer en refuge pour l'hiver ? Non merci, j'ai déjà donné y a deux ans, tout ce que j'ai récolté, c'est des insomnies à cause de mon voisin qui ronflait comme un tracteur, des poux, et une mycose aux pieds grâce aux douches bien entretenues ! J'ai mis six mois à m'en débarrasser ! Merci bien !

- Non, non, vous n'y êtes pas du tout, se défendit Hermione, je travaille dans un journal de presse local !

- Ah ! dit l'homme semblant comprendre. Alors vous cherchez à faire un article sur la vie d'un SDF ?

- Non plus, je n'écris rien, je ne suis pas journaliste, je fais juste la mise en page, un travail de secrétaire plutôt !

L'homme parut soulagé, puis il ajouta :

- Faut pas vous sentir obligée de me nourrir, vous savez, j'ai l'habitude, je me débrouille.

- Mais je ne me sens pas obligée, ne vous inquiétez pas ! Ça me paraît normal, c'est tout ! Et je ne suis pas chrétienne, je suis athée ! précisa-t-elle souriante, je ne cherche pas non plus à gagner mon paradis ! J'aime votre compagnie silencieuse le midi, c'est égoïste : en fait, je vous achète ! ajouta-t-elle avec un clin d'œil.

Il sourit, amusé.

- Je dois prendre ça comme le salaire de mon travail, c'est ça ?

- Un peu ! rit Hermione.

- Bon, alors ça me va, une heure de mon temps contre un déjeuner ! Marché conclu ! Moi c'est Ronald, mais vous pouvez m'appeler Ron ! Il tendit sa main, qui étonnamment, sembla propre et blanche à Hermione. Elle la serra :

- Moi c'est Hermione …

- Enchanté, Hermione !

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C'est ainsi que naquit l'amitié entre Hermione et Ron : au début, elle se contentait de lui apporter le repas du midi, ils parlaient de la pluie et du beau temps sous le regard sceptique ou interloqué des passants. Puis, au fil des semaines, Hermione découvrit que Ron était en fait un homme plein d'humour, cultivé et plein d'esprit. Il connaissait les livres, mieux qu'elle, il la faisait rire, et les minutes que durait sa pause de midi passait trop vite. Parfois, ils faisaient le tour du parc en bavardant, mais le plus souvent, ils restaient à l'ombre de leur grand banc qu'ils s'étaient désormais appropriés. Elle attendait toujours avec impatience la pause de midi, et lui ne cachait pas sa déception au moment où il fallait qu'elle parte.