DISCLAIMER : Oui, j'écris sur l'univers de Harry Potter. Oui, j'utilise les personnages de Harry Potter. Oui, je parle de sorcellerie de Poudlard, de baguettes magiques, d'elfes de maison, de grands méchants pas beaux… oui, c'est vrai, mais je ne suis pas JKR. Qui est-ce qui a bien pu vous mettre une idée pareille en tête ?

RESUME : C'est toujours la même chose avec eux, une dispute, des regards meurtriers, de la haine, et puis… le silence. Lorsque la fumée se dissipe, personne pourtant n'avait prévu ce qui allait suivre.

RATING : De la violence suggérée, mais rien qui ne risque de vous traumatiser, je vous rassure ! Tout au plus vous indigner… Pas de scènes de sexe explicites…, ni implicites d'ailleurs ! Juste une p'tite histoire sans prétention, comme ça, pour passer le temps…

NOTE : Je voulais juste prévenir les âmes sensibles que cette fic risque d'être très… dégoulinante de bons sentiments. Je vous demande pardon en avance, mais les death fics ça n'a jamais été mon truc de toute façon !


Chapitre 2

Ou comment on transforme un gobelet en plastique en son meilleur ami

Il ne resta alors dans la pièce que le silence pesant qui suit toujours les catastrophes.

Molly s'empressa de compter les siens et de s'assurer de leur état. Tout semblait aller pour le mieux. Bill retenait d'une main Mondingus qui semblait avoir abandonné l'idée de prendre la poudre d'escampette, dépité. George avait une large traînée noire sur la joue droite qui ressemblait un peu à une patte de lion. Etrangement, Fred avait exactement la même sur la joue gauche. Ils se sourirent de concert et Molly se contenta de secouer la tête avant de se tourner vers son mari pour passer une main tendre dans ses cheveux roux un peu désordonnés. L'accident ne semblait avoir eu aucune incidence.

Harry et Ron faisaient encore de leur corps une barrière infranchissable entre ce qui avait été une fumée inoffensive et deux jeunes femmes, respectivement Ginny et Hermione. Lorsqu'ils s'aperçurent que le danger était écarté et qu'il ne servait donc plus à rien de conserver leur ridicule posture de combat, les deux garçons se relâchèrent. Devant leur geste inconscient et la réaction souriante des deux jeunes femmes, Ron s'écarta vivement en se frottant la nuque et en admirant le bout de ses chaussures usées, ce qui fit soupirer une Hermione hésitant entre la déception et l'euphorie. Harry, quant à lui, se contenta de sourire à Ginny dont le beau visage rayonnait. Aucun d'entre eux ne remarqua deux spectateurs discrets et attentifs qui se regardèrent d'un air entendu.

La même pensée traversa l'esprit d'Arthur et Molly Weasley. Décidemment, les enfants grandissent toujours trop vite !

Remus, Tonks, Kingsley, Fol'Oeil et Minerva brandissaient toujours leur baguette contre l'ennemi invisible. Comme rien n'arrivait, ils se décidèrent à les ranger. Après un rapide coup d'œil vers sa fiancée et son presque neveu, Remus, rassuré, chercha Sirius du regard. Où donc avait encore bien pu passer son imbécile de meilleur ami ? Poussant un soupir, il se demanda même s'il n'était pas encore en train de se battre tranquillement de l'autre côté de la table, là où il ne pouvait pas être vu du seuil de la porte, inconscient des dégâts qu'il avait engendrés par son impulsivité.

- « Tout va bien ? Personne n'a rien ?, » s'enquit la directrice adjointe de Poudlard.

Des hochements de tête lui répondirent. Alors seulement, tous les regards convergèrent vers Albus Dumbledore qui se tenait encore au centre de la pièce. Lentement, la baguette à la main et prêt à toute éventualité, le vieil homme se dirigea de l'autre côté de l'imposante table en chêne, de laquelle dépassait un petit bout de cape noire immobile. Il ne put pas s'empêcher de se sentir inquiet devant le silence inhabituel qui persistait.

Les deux ennemis légendaires avaient-ils enfin réussi à s'entretuer comme ils semblaient l'avoir désiré si ardemment tout au long de leur vie ?

Lorsque Dumbledore stoppa brusquement sa progression et qu'il ouvrit de grands yeux étonnés, tous comprirent que l'explosion n'avait pas été si inoffensive qu'ils ne l'avaient cru et que l'heure où ils pourraient enfin aller se coucher n'était pas encore venue. Mondingus, quant à lui, se fit le plus discret qu'il put, s'attendant au pire. Ce fut le professeur McGonagall qui rompit une nouvelle fois le silence.

- « Qu'y a-t-il, Albus ? Un problème ? »

Celui-ci se contenta d'hocher la tête de haut en bas avant de la pencher légèrement sur le côté et de murmurer un énigmatique « ou peut-être pas »…

Poussés par leur curiosité et par l'étrange sourire attendri qui était apparu sur les lèvres du vieux directeur, tous s'empressèrent d'aller le rejoindre de l'autre côté de la pièce. Fol'Oeil se contenta de faire virevolter son œil magique, alors que Bill dut traîner par le bras un Mondingus réticent et terrifié. Ils firent alors face à un bien étrange tableau qui les troubla bien plus que si Voldemort avait finalement décidé de proposer une trêve en plein milieu d'une bataille, le temps d'un brunch entre ennemis.

Ron fut le dernier à arriver de l'autre côté de la table. Se hissant sur la pointe des pieds, de toute sa hauteur, il put sans aucun mal voir la scène. Il dut faire appel à tout son courage de Griffondor pour s'empêcher de hurler et, sous le regard d'Hermione, il s'obligea à ne pas s'évanouir. Cependant, malgré tous ses efforts, il ne put s'éviter de prononcer quelques mots qui résumaient bien à eux seuls l'ampleur de la situation.

- « Et ben, merde alors ! »

Pour une fois, Molly ne reprit pas son fils sur son langage. D'ailleurs, c'est à peine si elle l'avait entendu. Le spectacle qui s'offrait à ses yeux captait toute son attention.

Il faut dire qu'il valait vraiment le coup d'œil.

Sous le regard scrutateur d'une quinzaine de personnes et d'un chat, emmêlés dans un tas informe de tissus noirs et de jean délavé, dormant à poings fermés dans la candeur de leur âge, se trouvaient deux adorables bambins de quatre ou cinq ans tout au plus.

Haut comme trois pommes, l'un des deux avait une peau dorée par les rayons du soleil et un léger sourire accroché aux lèvres alors qu'il serrait tout contre son cœur comme si sa vie en dépendait une épaisse boule de tissu. L'autre, atteignant péniblement les deux pommes et demie, contrastait fortement avec son acolyte. Sa peau semblait garder la même douceur enfantine, mais elle était d'un blanc laiteux et satiné. Son visage était impassible mais, loin de correspondre à ses traits d'adulte, l'enfant semblait simplement détendu et apaisé par un sommeil sans rêve.

Le petit Sirius et le petit Severus dormaient paisiblement sous leurs couvertures de fortune, inconscients du drame qui se déroulait autour d'eux.

- « C'est…, pour la première fois de sa vie, Minerva ne trouvait pas les mots adéquats.

- … incroyable ?, proposa un Kingsley chevaleresque.

- Je dirais plutôt effrayant !, admonesta sans concession un Maugrey Fol'Oeil, qui en avait vu d'autres. Quoique…

- Ils ont l'air tellement tranquilles et sereins…, intervint à son tour Molly, dont le cœur chavirait toujours à la vue d'un enfant. Et ces deux là étaient particulièrement adorables, ainsi perdus dans leurs sommeils respectifs.

- Etonnant d'ailleurs, quand on connaît les phénomènes!, » rajouta malicieusement Remus, dont le sourire rayonnant et amusé calma immédiatement les angoisses de Harry. Si Remus ne semblait pas inquiet, il n'y avait pas de raison de s'angoisser. Autant profiter du spectacle.

Il est vrai que le visage calme et souriant qu'arborait le petit Sirius détonait du personnage hyperactif quoiqu'un peu dépressif qu'était devenu son parrain adulte, tout comme la frimousse angélique du petit Severus jurait fortement avec le masque grimaçant de la terrifiante chauve-souris des cachots qu'ils connaissaient tous.

- « Qu'est-ce qu'il s'est passé ?, interrogea une Tonks aux cheveux bleu layette.

- J'y suis pour rien !, s'exclama Mondingus, qui effectivement n'avait pas fait grand-chose.

- Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ?, » reprit Hermione, toujours pragmatique, ignorant les suppliques désespérées du pauvre escroc qui plaidait sa cause à qui voulait bien l'entendre. Il va sans dire qu'il ne trouva pas beaucoup d'auditeurs. En désespoir de cause, il se tourna vers Pattenrond, qui détourna aussitôt la tête. Chienne de vie !

Hermione, comme les autres, attendait maintenant une réaction de Dumbledore, qui était resté calmement à étudier la scène. Se rendant soudain compte qu'il était le centre d'attention de nombreux regards, il eut un sourire magnanime et s'exclama, ravi :

- « Attendons simplement qu'ils se réveillent ! »

La réponse obtenue n'était pas celle escomptée, mais les membres de l'Ordre s'en contentèrent. Ils attendirent donc patiemment et aussi silencieusement qu'ils purent. Environ cinq minutes.

Un léger mouvement en contrebas attira une attention collective.

Sirius fut le premier à s'éveiller. Lentement, il papillonna des paupières, puis entrouvrit la bouche avant de s'étirer longuement comme un gros chat alangui. Enfin, sa vision se fixa.

Il cligna trois fois des yeux devant tous ces visages inconnus penchés sur lui. Mais comme les visages étaient toujours là, il se frotta longuement les yeux de ses poings menus.

Rien n'avait changé. Pourtant, le petit garçon qu'était devenu Sirius ne semblait pas terrifié, tout au plus un peu curieux.

- « Et maintenant, Albus ?, s'enquit Fol'Oeil.

- Vous croyez qu'il sait qui il est ?, interrogea Fred avant de se reprendre devant les regards d'incompréhension qui lui répondirent. Je veux dire… qui il est maintenant, aujourd'hui, enfin qui il était, il y a pas dix minutes… enfin, s'il se souvient de Poudlard, des Maraudeurs, d'Azkaban, de sa vie quoi ! George laissa échapper un rire léger devant l'empêtrement des explications de son frère.

- Je pense pas, finit-il par répondre, secourable.

- Pourquoi pas ?, questionna à son tour Ron.

- Il aurait déjà tenté d'abuser de la situation pour sauter sur Snape, répondit George comme si c'était l'évidence même.

- Le professeur Snape, reprit McGonagall machinalement.

- Chhuuuttt !, » s'exclamèrent en chœur Harry, Hermione et Ginny, alors que Remus s'agenouillait au côté de son mini meilleur ami avec un sourire rassurant.

L'enfant rendit le sourire spontanément. L'homme aux yeux d'or avait l'air tellement gentil.

- « Bonjour. Remus parlait d'une voix calme et profonde pour ne pas effrayer l'enfant.

- B'jou', répondit joyeusement celui-ci, les yeux encore lourds de sommeil.

- Je m'appelle Remus, et toi ?

- Si'us ! L'assemblée laissa échapper un sourire attendri devant l'enthousiasme de l'enfant. Celui-ci n'attendit pas la prochaine question de l'homme aux yeux d'or et prit les devants. Elle où mè' ?

- « Mai » ? C'est quoi ça ?, » demanda Harry captivé par la vision de son parrain en mode miniature.

Remus, lui, comprit presque immédiatement. Après tout qu'est-ce que pouvait demander un enfant qui se réveillait aux côtés de parfaits étrangers ?

- « Tu veux savoir où est ta mère ?, » s'assura-t-il. Un acquiescement vigoureux lui répondit.

Après avoir tourné la tête vers Dumbledore et avoir obtenu un sourire confiant, Remus se pencha sur le petit Sirius pour lui expliquer que ses parents avaient dû s'absenter pour quelques temps et qu'ils avaient été obligés d'emmener avec eux le petit Regulus qui n'était encore qu'un poupon, mais qu'il ne devait surtout pas s'inquiéter parce que lui et ses amis – là, Remus désigna d'un large geste du bras les autres occupants de la pièce – seraient là pour s'occuper de lui et pour le dorloter.

- « Tu es d'accord, Sirius ? »

Un grand sourire accueillit la nouvelle.

Merlin !, pensa Remus, déjà à cet âge-là, Sirius ne semblait pas particulièrement s'émouvoir du sort de sa famille. Il comprenait mieux son aversion de quelques années plus tard.

- « Voilà une bonne chose de faite, mais que fait-on pour Severus ?, » demanda anxieusement Minerva à une assemblée toute aussi ignorante.

Personne n'eut le temps d'émettre la moindre proposition.

Comme si la question avait été un quelconque signal, le petit Severus ouvrit de grands yeux. Aussitôt, il croisa de nombreux regards inquisiteurs qui l'examinaient de haut en bas.

Si le réveil de Sirius avait été calme et détendu, celui de Severus fut nettement moins reposant et attendrissant.

Devant tant de visages inconnus, dans ce lieu qu'il ne reconnaissait pas, l'enfant prit peur et, terrifié, voulut s'éloigner le plus loin possible. Mais dans sa précipitation, il s'emmêla dans les larges robes noires du Severus adulte et retomba, tremblotant, après trois pas. De grosses larmes glissaient sur ses joues, mais aucun son ne parvenait à sortir de sa bouche entrouverte. Au prix de gros efforts, il se traîna dans un des coins de la pièce, haletant, repoussant les mains secourables qui ne demandaient qu'à le rassurer, pour y finir sa course, replié sur lui-même, dans un état pathétique et désolant, le torrent de larmes ne s'étant pas tari.

Sirius avait assisté au réveil de l'enfant avec de grands yeux incompréhensifs. Pourquoi l'autre enfant pleurait t-il comme ça ? N'avait-il pas vu l'homme aux yeux d'or ? De quoi avait-il peur ? Lui, il n'avait pas eu peur ! L'autre n'était qu'un gros bébé, comme son frère Regulus. Et puis, tous les adultes ne s'intéressaient plus qu'à lui maintenant. C'était pas juste d'abord ! Il était là le premier ! Fort de ses conclusions naïves, Sirius décida que l'autre enfant pleurnichard ne serait jamais son ami, na !

De leur côté, les adultes non plus ne comprenaient pas le comportement du petit Severus. Il pleurait tellement que sa respiration se faisait laborieuse. Dumbledore s'approcha à pas vifs de l'enfant pour le rassurer, mais dans sa peur démesurée, celui-ci donnait de grands coups de bras désordonnés tout autour de lui dans le vain espoir que tout disparaisse. Lorsqu'il atteignit le coin du mur, coincé entre un gros buffet et la cheminée, les sanglots redoublèrent. D'une voix douce, le vieux directeur tenta de calmer l'enfant, il lui dit des mots réconfortants, tout en restant à distance respectable pour ne pas l'effrayer davantage.

Petit à petit, les pleurs finirent par s'espacer, mais le regard terrifié que lui renvoyait le petit déchira le vieux cœur de son futur mentor, qui décida de remettre à plus tard cette confrontation inéluctable.

Retirant sa baguette de sa manche, Dumbledore envoya un sort informulé sur l'enfant tremblant, dont la tête retomba mollement une seconde plus tard sur son torse recouvert de la longue robe noire.

La scène resta figée encore quelques instants. Tous étaient encore sous le choc de la réaction démesurée de l'enfant et de ce dernier regard qu'il avait lancé, tellement perdu, tellement déchirant.

- « Pourquoi… »

Molly laissa la fin de sa phrase en suspens. Les larmes aux yeux, elle s'approcha de l'enfant magiquement endormi pour le prendre dans ses bras et lui communiquer de sa chaleur.

Les autres restèrent interdits quelques instants de plus avant de se mettre à chuchoter entre eux des réminiscences étonnées sur la scène à laquelle ils venaient d'assister. Dumbledore ne quittait pas du regard l'enfant au teint diaphane. Minerva tenta de l'apaiser de quelques mots réconfortants : il avait déjà su apprivoiser une fois cet enfant sauvage par le passé, il n'y avait pas de raison pour que la version miniature lui résiste. Tout allait bien se passer, du moins l'espérait-elle.

Fatigué du manque d'attention dont il était l'objet, Sirius se raccrocha au pantalon de l'homme aux yeux d'or.

Remus se baissa pour le prendre dans ses bras. Aussitôt, le petit se cala confortablement, sa tête reposant au creux de son épaule. Attendri et inquiet à la fois, Remus câlina longuement le dos de Sirius, mais celui-ci, au lieu de s'endormir paisiblement, commença à chouiner, murmurant des monosyllabes incompréhensibles. A l'écoute, Remus finit par capter son attention suffisamment longtemps pour lui demander ce qu'il voulait. Mais les paroles entrecoupées de sanglots rendaient la communication difficile.

- « Po… Pô…ôoo…, Sirius reniflait misérablement.

- Po-po ? Je ne comprends pas, intervint Harry.

- Pôôoo…

- Il essaye peut-être de dire « Papa », » tenta Arthur.

Ce fut finalement Remus qui trouva la solution.

Après quelques temps à tenter de réconforter le petit, il se rappela de sa première nuit dans le dortoir des Griffondors. Il se remémora ses années de gamin puis d'adolescent. Il se rappela les lourdes tentures rouges et les tapis moelleux, les quatre lits disposés en demi cercle et là, juste à côté de celui de Sirius, trônant sur la table de chevet au milieu de mouchoirs usagés, de papiers froissés et d'un réveil d'un autre temps – une marguerite aux grosses lunettes de soleil qui dansait sur « Money Honey » d'Elvis Presley lorsque le moment était venu de se lever – se trouvait une vieille peluche élimée, aux oreilles mordillées et à l'œil gauche manquant, le vieux doudou de Sirius qui ne l'avait jamais quitté, « Poppo l'Hippo » dans toute sa splendeur.

Remus sourit.

Que de bons souvenirs et de tendres moments de complicité, ils avaient partagé avec cette stupide peluche !

D'un coup de baguette, le lycanthrope entreprit de transformer un vieux gobelet en le doudou tant convoité. Il se doutait bien que la peluche n'avait pas toujours été aussi ravagée qu'à son entrée à Poudlard, et encore moins qu'à sa sortie. Aussi Remus entreprit-il de créer une version améliorée de Poppo l'Hippo.

Peu à peu, le gobelet prit la forme voulue. Il se transforma d'abord en une grosse boule duveteuse d'une trentaine de centimètres d'un beau bleu foncé. La boule finit par se diviser en deux parties, la supérieure légèrement plus petite que la base. Un museau rebondi en émergea, sur lequel se dessinèrent presque instantanément deux grosses narines. Deux toutes petites oreilles poussèrent au sommet du crâne de l'animal, et deux billes brillantes d'un noir profond jaillirent au-dessus du museau. Sur la boule inférieure, le ventre se colora d'un bleu pastel, la peau se perça d'un petit trou qui forma le nombril et quatre pattes rondouillardes et d'égales dimensions se greffèrent au tissu. Enfin, dans un « pop » sonore, deux grosses dents poussèrent. L'hippopotame en peluche avait un air niais et sympathique dont Remus se félicita.

Parfait, Poppo était presque prêt.

D'un mouvement sec et précis, Remus arracha l'un des yeux, le gauche. Quelques mordillements magiques aux oreilles plus tard, ce fut un Sirius au comble du bonheur qui s'endormit au creux de l'épaule de son futur meilleur ami, serrant tout contre son cœur son doudou retrouvé.

L'incident clos, Minerva fit apparaître dans la cuisine deux petits lits identiques en tous points, sauf que l'un portait une parure de lit bleue turquoise, et l'autre une bleue outre-mer. Remus coucha son fardeau dans le premier, et Molly se chargea de l'autre.

Une conversation animée débuta alors. La réaction du petit Severus étant évidemment sur toutes les lèvres, mais l'on se demanda aussi comment deux hommes matures, ayant presque atteint leur quarantième année, avec la corpulence et l'expérience dues à leur âge, avaient bien pu se transformer en gamins de maternelle au cœur en bandoulière.

Il s'avéra bien vite que le mélange d'un baume pour les brûlures, d'une potion raffermissante et d'une autre, à la composition inconnue, étaient à l'origine de leur situation pour le moins inhabituelle. Dumbledore préleva un peu du liquide jaunâtre qui s'était répandu sur le sol pour en analyser la composition. Il espérait simplement que les effets ne soient pas permanents. Il craignait pour la survie de ses deux petits protégés si Voldemort apprenait l'incident par il ne savait quel moyen. Nul doute qu'il mettrait à profit une telle découverte. Et puis, qu'adviendrait-il de Severus lorsqu'il déciderait d'appeler à lui son « fidèle Mangemort » ? Albus espérait sincèrement que le lien n'interagissait pas avec le Severus miniature.

D'ailleurs, portait-il encore la marque ?

Pris d'une idée subite, Dumbledore se leva sous le regard étonné des membres de l'Ordre qui n'avaient pas pu suivre le cheminement de ses réflexions internes. Ils le regardèrent s'approcher à pas de loup des deux enfants endormis. Il s'arrêta quelques temps au-dessus de leurs visages, scrutant leurs traits enfantins comme s'ils étaient un indice vers la résolution d'une énigme particulièrement complexe, avant de soulever les draps outre-mer.

Alors qu'elle avait fait apparaître pour Sirius un mignon pyjama orné de petites baguettes lumineuses, Molly avait couché Severus dans les robes qu'il avait portées adulte. Le Serpentard était tellement frigorifié qu'elle avait préféré lui laisser cette couverture supplémentaire, en plus de son sort de réchauffage.

Dumbledore prit délicatement le bras de l'enfant dans sa large main. Il pouvait sentir la chaleur de sa peau au creux de sa paume. Doucement, il retroussa le lourd vêtement faisant apparaître, petit à petit, une fine main blanche, un poignet délicat et un avant bras sur lequel aucun tatouage ne s'étalait.

Par contre, ses sourcils se froncèrent brusquement.

Cette réaction inquiéta Minerva qui accourut à ses côtés pour se pencher au-dessus de son épaule.

Une larme d'indignation coula presque aussitôt sur sa joue.

Dumbledore ne vit ni crâne ni serpent sur la peau laiteuse, mais les reliquats d'une large main d'homme qui s'était incrustée dans la chair tendre de l'enfant.

Bien sûr, il l'avait toujours soupçonné, cette enfance bafouée, mais le Severus adulte n'avait jamais voulu confirmer ses doutes.

Le miniature s'en chargea pour lui.

D'un coup de baguette magique, le vieux directeur fit disparaître la lourde robe de sorcier, révélant aux yeux de tous un corps amaigri, à la blancheur presque irréelle et portant les stigmates d'une innocence volée.

Une large bande rougeâtre s'étalait en travers du maigre torse qui se soulevait à intervalles réguliers, au rythme de la respiration de l'endormi. Trois coupures d'environ cinq centimètres chacune et parallèles les unes aux autres se dessinaient sur son épaule. Quelques brûlures çà et là, sans doute provoquées par une cigarette, complétaient ce désolant tableau.

Le silence qui suivit cette découverte fut bien plus éloquent que n'importe quelle parole.

Incompréhension.

Indignation.

Colère.

Dumbledore soupira avant de s'attaquer aux soins que nécessitaient les blessures du petit Severus. Son visage était sombre alors qu'il passait sa baguette au-dessus du corps meurtri. Si cet homme n'avait pas hésité à agresser un enfant de quatre ans, qu'avait-il bien pu faire subir à l'adolescent ? Sans doute n'aurait-il jamais la réponse. Severus Snape gardait précieusement ses secrets, enfouis au plus profond de lui, et personne n'était jamais parvenu à briser la muraille qu'il avait érigé entre le monde et lui, pas même le vieux directeur.

Après avoir accompli sa besogne et avoir bordé l'enfant entre ses draps bleus, Dumbledore se contenta de dire aux autres :

- « Vous devriez aller vous coucher, il se fait tard. Nous verrons demain matin comment la situation évolue. »

Puis il transplana avec les deux lits d'enfants dans la chambre de Sirius sans ajouter un mot de plus. Remus le rejoignit sans plus attendre, Minerva sur les talons. Les autres se regardèrent sans rien dire avant que Molly ne décide de reprendre les choses en main.

- « Hop Hop Hop ! Tout le monde au lit ! Vous avez entendu Dumbledore ? Ca ne sert à rien de rester là à cogiter. Nous verrons bien demain. Et je ne veux rien entendre, c'est compris ?, rajouta-t-elle en direction des adolescents. Il ne manquerait plus que vous réveilliez les petits ! Puis voyant que personne ne bougeait, elle mit ses mains sur ses hanches et d'une grosse voix, rajouta : et ne me forcez pas à me répéter ! »

En deux temps trois mouvements, les jumeaux, Ron, Ginny, Harry et Hermione montèrent dans leurs chambres respectives. Les adultes discutèrent encore un peu sur le pas de la porte des évènements de la soirée. Tonks promit de revenir le lendemain après son service. Fol'Oeil emmena avec lui Mondingus pour l'interroger sur la provenance des objets du délit. Kingsley jeta un dernier regard vers les étages avant de s'éloigner dans la chaleur de cette nuit estivale. Bill salua son père, embrassa sa mère et referma la porte derrière lui. Molly et Arthur se regardèrent longuement, aussi indécis l'un que l'autre. Puis la matriarche remonta les escaliers, bien décidée à coucher les jeunes récalcitrants.


Note finale : J'avais prévenu que ça allait être gagatisant… à la semaine prochaine !