La suite, comme prévu et promis. Sachant que c'est la première fois que je fous ces deux-là en couple, après moult hésitations. Je les préfère Sherlock/John, emmêlés dans leurs histoires sans réussir à s'en dépêtrer, largués sans savoir ce que représente l'autre, noués par une confiance sans faille et un besoin de sentir l'autre à ses côtés pour enfin, enfin ne plus être seul. Ce n'est pas ce qui leur arrive ici. Je m'étais dit bon, j'écris, et je verrai après si je garde ou pas – ils se sont révélés tellement adorables que je n'ai pas eu le cœur de les séparer. A cause d'une seule réplique, en plus. Du coup, une fois n'est pas coutume, les voilà heureux. Qu'ils en profitent, les choses et surtout les gens changent. (Ca m'ennuie un peu de les isoler dans un chapitre, j'aurais aimé que tout s'enchaîne linéairement, mais ça aurait été franchement trop long.)
Et oh my ! Je ne m'attendais pas du tout à ce qu'on me dise ça mais non, cette fanfiction n'est pas un Lavi/Lenalee. Entre eux, rien d'autre qu'une tendre et belle amitié, rien de sexuel ni d'amoureux si on utilise les critères habituels. (Non, sérieusement, je suis la seule à toucher les fesses de mes amis ?) Quoi qu'il en soit, merci à ceux qui prennent le temps de commenter, constructivement qui plus est, c'est franchement agréable. Les prochains chapitres seront constitués de plusieurs scènes et non pas d'une seule comme les deux premier, btw. Bonne lecture !
"Ca s'peut pas", Clarika & Bernard Lavillier
Vulgum pecus
(2)
Vendredi 31 mai 2008 – 18:15
La tasse de café que déposa Komui sur le bureau laissa un cercle brun sur le bois marbré de rainures. Il l'essuya rêveusement du coin de la main, imbibant au passage le bout de sa manche d'une tâche sombre. Les pieds noués derrière le pied de la chaise à roulettes, les yeux fixés sur l'écran de l'ordinateur, le Chinois dégomma sauvagement trois vaisseaux spatiaux de la flotte ennemie avant de réfugier son propre bâtiment derrière une barrière de protection. Ils ne l'auraient pas, non, il ne se laisserait pas faire... Komui Lee avait des couilles, de sacrées couilles, et poutrer de l'extraterrestre le confortait étrangement dans cette perspective. Quatre nouvelles soucoupes volantes rejoignirent le paradis des aliens dans un piou sonore et cramponné à son clavier, l'homme ne put retenir un cri de joie. Il songea une seconde à investir dans un de ces sites internet qui proposaient les meilleurs jeux d'arcade, épargnant aux chefs d'entreprise de son genre la signature de douloureux contrats à longueur de journée, mais une voix l'arracha à ses projets insensés.
« Komui ? T'es là ? »
Il y eut le bruit d'une veste négligemment lâchée sur une chaise, puis celui de pas fermes se rapprochant du salon où jouait Komui, le tap tap des chaussures sur le plancher succédant au glissement des semelles sur le lino couleur melon des escaliers.
« Lena, qu'est-ce que c'est que cette voix ? plaisanta le businessman sans lâcher son écran des yeux, grimaçant lorsqu'un projectile effleura son vaisseau. Quand je t'avais dit que je voulais pas que tu prennes d'hormones, y avait une raison…
— T'es con, souffla la voix dans son cou, et l'air chaud qui roula sur sa peau le surprit assez pour qu'il détache les doigts des touches de son clavier. Faut vraiment faire quelque chose pour ce sister complex, ça devient grave… »
Des lèvres rêches se déposèrent dans sa nuque pour remonter doucement vers sa bouche, tapissant sa joue de petits baisers qui claquaient comme de minuscules ballons de baudruche.
Un sourire de joie pure lui grimpa aux lèvres et si l'écran de l'ordinateur afficha un game over cinglant, lui savait qu'il n'avait rien perdu en troquant un jeu vidéo contre la tendresse de Reever Wenham. Il prolongea le contact entre leurs joues, tournant lentement sa chaise lorsqu'il s'interrompit. Réfugié sur le sofa de cuir qui s'étendait derrière le bureau, l'Australien esquissa un sourire qu'il accompagna d'un agressif lancer de coussin. Le pouf s'écrasa lamentablement sur le plancher et Komui se promit de refuser Reever dans son équipe si l'occasion leur venait de jouer au basket ensemble un jour.
« Coulé, se moqua-t-il en traversant sur sa chaise la distance qui le séparait du scientifique, attrapant au passage le coussin qui gisait au sol. Dieu merci, c'est pas pour tes capacités de lanceur que je t'aime.
— Ni moi pour ton assiduité au boulot, t'inquiète pas, répliqua l'autre la tête baissée, détachant le premier bouton de sa chemise qui lui avait donné toute la journée l'impression d'avoir une corde autour du cou. T'as pas mieux à faire ? Je sais pas, moi, des pays à acheter pour les transformer en Komuiland, tout ça ? Surtout vu les scores que tu te tapes, c'est triste de s'acharner comme ça…
— Fallait pas venir m'emmerder avec ton amour, se vanta-t-il d'une voix qui laissait comprendre qu'il n'en pensait pas le moindre mot. Sans rire, t'as passé une bonne journée ?
— A chier, les laborantins avaient pas nettoyé ce qu'il fallait, je me suis retrouvé à faire leur job au lieu d'entamer la montagne de rapports que j'avais à relire… »
Les yeux du Chinois suivirent religieusement la paume de Reever qui s'égarait désormais sur ses joues, ses cernes creusés et la peau de son front plissée par la fatigue. Les rideaux de la fenêtre qui éclairait habituellement le dos de l'ordinateur étaient fermés pour éviter tout contre-jour, mais d'entre les deux morceaux de tissu coulaient quelques centilitres de coucher de soleil. Le rai de lumière orangée qui se déversait sur la silhouette de l'Australien ne suffisait pas à illuminer sa mine exténuée. Komui lâcha un soupir en souriant, laissant tomber sa paire de chaussons sous le canapé.
« Et t'as vu Brigitte. »
Ce n'était clairement pas une question. Reever sembla s'amuser de la perspicacité de son ami, plongeant son regard dans le sien comme s'il avait l'intention d'arracher ses prunelles à la seule force de ses yeux. Il ouvrit le second bouton de sa chemise, dévoilant la naissance du duvet brun dans lequel Komui avait de nombreuses fois fait glisser ses doigts.
« Bravo Sherlock. Au self, vers treize heures – gratin de chou-fleur. Je sais pas si elle m'a vu, mais si oui elle a dû me lancer un beau regard noir, fit-il d'une voix qui semblait presque amusée, tapotant d'une main le coussin que lui avait adroitement renvoyé Komui pour l'aplatir.
— Et ça t'étonne ? Il doit te manquer un quart d'heure à feu doux, mon grand, t'as pas été super cool avec cette nana… Bon, c'est vrai, elle est chiante, admit le Chinois en ignorant le pouffement de rire qu'il avait provoqué, et c'est vrai que t'avais carrément raison de la laisser tomber pour un mec aussi formidable que moi. Mais quand même. Je crois qu'elle s'attendait à autre chose qu'un sms de rupture… Dans le genre chevaleresque, on a vu mieux.
— Ta gueule, » gloussa Reever en poussant d'un pied la chaise de bureau qui, dans son embardée à reculons, se délesta de Komui.
Le brun se ramassa par terre, se rattrapant de justesse aux genoux de l'Australien.
« T'as pas à te plaindre, il me semble, sourit Reever tandis que Komui posait lascivement sa tête contre ses cuisses, s'imprégnant d'amour comme un chat se shoote à la lessive en s'enfouissant sous la pile de linge propre. Nan ?
— Si, je crois.
— Je préfère ça. Et puis je m'en fous, de Brigitte, elle a pas voulu qu'on se revoit pour mettre les choses au point, je peux plus rien faire pour elle. J'attendrai qu'elle se retrouve un mec pour lui demander des nouvelles, je crois, par mesure de sécurité. T'imagines pas ce qu'elle est capable de faire avec un tube à ess… Woah, tu me fais quoi, là ? »
Penché sur ses chaussures, Komui semblait mener un rude combat avec ses lacets que la pollution de Cardiff avait rendus gris.
« Tes saloperies de Converse sur le plancher propre, gronda-t-il doucement en achevant de le déchausser. Lena voulait que j'aspire alors maintenant que c'est fait, je veux pas une crotte de mouche par terre. D'ailleurs tu devrais les jeter, ces pompes, elles ont mal vieilli. Je sais pas dans quoi t'as marché récemment mais je suis incapable de te dire de quelle couleur elles étaient au début...
— Normal, c'était avant, » répondit le scientifique en passant une main chaleureuse dans les cheveux de Komui.
Il n'y avait rien à ajouter. Le menton posé sur ses genoux, Komui leva ses yeux bridés sur son petit ami. La lumière du crépuscule irradiait à présent. Dans le vieux fauteuil aux pieds finement courbés et au velours criblé de clous de tapissier, le chat esquissa un miaulement silencieux avant de s'étirer en froufroutant, sautant lestement sur le parquet. Komui ignora la bestiole qui vint bientôt se frotter contre sa taille en geignant.
« Avant qu'on… ?
— "Avant qu'on", ouais. Tu trouves qu'on vieillit mieux qu'elles ?
— Grave, » confirma le plus âgé en grimpant sur le canapé pour déposer un baiser furtif sur les lèvres de Reever, s'étirant ensuite pour s'allonger sur sa proie et lui faire oublier toute chance de s'échapper.
Le silence confortable qui s'installa fut comblé de regards complices, de doigts jouant les uns avec les autres et de sourires étouffés par des mains pudiques. Le chat vint se lover contre le flanc de son maître, s'acharnant à battre son corps de délicats coups de queue qui partaient nerveusement pour retomber tout en caresse. Ils restèrent un moment ainsi, assez longtemps en tous cas pour que l'ordinateur déploie son flamboyant écran de veille, la photographie d'une Lenalee en minishort au milieu d'une passe décisive, prête à se jeter dans les cages de hand, balle à la main.
Une main sur le front de son petit ami, Reever laissa son regard s'égarer dans les recoins de ce salon qui avait vu s'éparpiller beaucoup de ses affaires ces derniers temps.
La pièce était un véritable patchwork de différents styles de mobilier, mêlant le traditionnel au design ultramoderne. L'horloge comtoise cohabitait avec le Mac flambant neuf, la table basse couverte de lettres avec la bibliothèque en verre pleine à craquer, le vieux piano avec un tapis dessiné par un créateur italien en vogue… et des tasses vides poussaient sur tous les supports possibles et imaginables, « oubliées » par leur propriétaire qui n'avait jamais été un grand féru de vaisselle. Cette organisation chaotique ressemblait tout à fait à Komui Lee. Les cadres regroupés rituellement sur le buffet de peuplier donnaient à voir de nombreux portraits de famille et de proches. Reever se sentit étrangement bien lorsqu'il vit que les photos sur lesquelles il faisait une apparition aux côtés du brun étaient couvertes d'une bonne couche de poussière.
Le chat, qui n'avait jamais vraiment eu de nom malgré les deux ans qu'il avait déjà partagé avec la famille Lee, émit un ronronnement paresseux. Le silence ainsi brisé, Komui prit la parole d'une voix endormie, bercé par la chaleur et les caresses de l'Australien :
« Faudra quand même finir par le dire à Lena, un jour. Pour nous, je veux dire.
— Quoi ? fut tout ce que Reever eut le courage de répondre, fronçant doucement les sourcils – ce qui coulait de source pour Komui paraissait rarement aussi limpide au reste de la planète.
— Bah tu la connais, elle va se vexer si elle apprend qu'elle est la dernière au courant.
— Komui, elle vit ici. Tu veux me faire croire qu'elle a rien grillé alors que ton armoire est pleine à craquer de mes fringues ? C'est beau, l'insouciance fraternelle… Elle a forcément compris, je crois plutôt qu'elle attend que tu lui dises toi-même pour pas avoir l'air de trop fouiner dans tes affaires.
— Tu crois ? Je sais pas… Je me demande ce qu'elle en penserait. Elle t'aime bien, tu sais. Pas une grosse surprise, on a du mal à te détester tant on n'est pas une furie du nom de Brigitte Fey, railla Komui avec un plaisir qu'il ne prit pas la peine de dissimuler. Mais bon, ça va quand même changer des trucs…
— Changer quoi ? Ca fait déjà trois mois, Komui. Les changements, on les a déjà quasiment tous traversés. Les questions, les regards, le cul, les rendez-vous, les nuits chez l'autre, la clé de chez toi, les petits déj au lit… Je vois pas ce qui pourrait changer de plus, sachant qu'on est pas exactement prêts à avoir un gosse.
— Attends, tu déconnes ? » s'exclama le businessman en s'asseyant brutalement.
Reever détacha maladroitement son dos du dossier en cuir, croisant immédiatement le regard de Komui sans parvenir à l'analyser. Il sentit son cœur cesser de battre, faire trois salto, une vrille arrière et rebondir contre sa cage thoracique avant de pouvoir reprendre son souffle correctement. De grands panneaux portant l'inscription « DANGER » s'affichèrent devant ses yeux, clignotant comme des guirlandes de Noël endiablées, mais il s'efforça néanmoins de formuler une réponse un minimum constructive.
« Komui Lee, attention à ce que tu vas me sortir, articula-t-il soigneusement, alerte, les yeux grands ouverts malgré les lourds cernes qui les bordaient. Pas spécialement envie d'entamer la grande discussion du nombre d'enfants maintenant, si tu vois ce que je veux dire…
— Rah, mais non, pesta le Chinois d'un air complètement largué, décidemment sur une toute autre longueur d'onde que son petit ami. Je parle de la clé de la maison ! Depuis quand tu l'as ? T'as fait des doubles dans mon dos ou quoi ? Ou Lena te l'a filée ? Non pas que ça me dérange mais elle m'a rien dit, elle aurait pu me…
— Hé ! »
L'interruption fut efficace, figeant Komui dans son élan. Les deux mains dégainées comme pour réclamer un temps mort, Reever partagea un long regard circonspect avec son ami, regroupant ses pensées pour en tirer un raisonnement logique. Il enchaîna :
« T'es singulièrement débile ou tu le fais exprès ? Je suis rentré comment, à ton avis ? »
Le Chinois eut subitement l'air d'un gamin pétrifié devant le tableau noir face au regard de trente gosses et d'une institutrice, cherchant à se souvenir du résultat de l'infernal six fois sept.
« J'avais pas, euh… Oublié de fermer la porte, comme d'habitude ? tenta-t-il en devinant qu'il ne s'agissait pas de la bonne réponse.
— Komui. Tu m'as filé un double il y a deux jours. A la Congrégation, pour nos trois mois. T'avais pas mal bu mais quand même, de là à ce que t'aies oublié ce que t'as fait – et dit, Seigneur – ce soir-là…
— Tu déconnes… ? La Congreg… Ah putain, oui ! Le bar sur Queen Street, là ? »
Quarante-deux. Six fois sept, quarante-deux.
« J'y suis ! Les trois mois…
— Ouais, les trois mois mon grand, confirma Reever d'un air soulagé, basculant finalement la tête contre le dossier du sofa. T'en avais marre de devoir toujours descendre pour m'ouvrir, t'as même ajouté que j'avais pas intérêt à la perdre parce que la prochaine, c'était moi qui me la payais. »
Mais que tu t'assurerais que je m'en refasse faire une, continua mentalement Reever en écoutant distraitement Komui lui répondre qu'il s'en souvenait vaguement, que ça lui ressemblait bien de dire ça, qu'il avait raison.
Le ton sérieux et gêné du Chinois lui revint en tête.
Et puis que tu savais pas où on allait mais que ça avait l'air d'être un endroit vachement chouette, un endroit que t'avais envie de découvrir de fond en comble. Que trois mois ça te faisait presque peur, car si t'étais déjà resté autant de temps avec quelqu'un, c'était la première fois que ça se passait comme ça, et que par « comme ça » tu voulais dire parfaitement. Que tu croyais pas à ces conneries d'âmes sœur, que Platon pouvait aller se faire foutre, que tout ce qui t'intéressait c'était pas de savoir si j'étais « l'homme » mais de continuer le plus longtemps comme ça. Et par « comme ça », tu voulais toujours dire parfaitement. Que t'avais sûrement l'air con de me dire ça comme une midinette de collégienne droguée aux films à l'eau de rose – et j'ai jamais pensé ça de toi – mais que tu croyais franchement être tombé amoureux.
Et là par contre, j'ai pensé la même chose.
Le sourire qui avait fleuri sur les lèvres de Reever ne fana pas.
« Alors c'est bon, j'ai ton autorisation personnelle pour garder ma clé ?
— Je crois bien que oui, m'sieur. Tu préviendras quand même Lena, qu'elle s'étonne pas si tu débarques en pleine nuit à la maison... Ou pas, d'ailleurs, réflexion faite tu débarques déjà en pleine nuit à la maison. Mais par pitié, m'oblige pas à te signer un papier pour confirmer que je suis ok, je vais choper une tendinite au poignet si je signe un truc de plus.
— Bon…
— "Bon" comme "bien" ou comme "bon, merde, il a pas changé d'avis" ?
— Comme "bien", comme "très bien".
— Tant mieux, bailla Komui en s'étirant sur les genoux de Reever, virant d'un coup de fesse la boule de poils gris qui, dépliée, s'avéra être le chat. Bah ça me fait bizarre, moi, d'un coup, de me dire que ça fait deux jours que tu vis officiellement avec moi sans que je m'en sois rendu compte…
— Ca veut dire que t'as eu raison de me filer une clé.
— Ca veut dire que j'ai eu raison de te filer une clé, confirma Komui avant de s'arrêter brutalement, comme foudroyé par un éclair de génie. Oh putain. Attends une seconde.
— Hm ?
— T'as dit quoi, tout à l'heure ? Le nombre d'enfants ? Mon Dieu, Reever Wenham, t'as conscience des putains de déclarations d'amour que tu peux balancer comme ça, parfois ? »
La seule réponse qu'il obtint fut un « Ta gueule » empreint d'autant de gêne que d'affection, suivie de près par un coussin qui n'épargna pas cette fois-ci le sourire idiot qui lui collait aux lèvres. Le bonheur était affreusement délicieux.
Queen Street est l'une des rues principales du centre-ville de Cardiff. Sherlock Holmes est le héros fictif de l'œuvre de Sir Arthur Conan Doyle, détective aux fantastiques capacités de déduction apparaissant pour la première fois aux côtés du Dr John H. Watson dans Une étude en rouge (1887). Platon (424-423 avant JC – 348-347 avant JC) est un philosophe grec.
