Le soleil se leva dans cette grande ville qu'est Londres : il n'était que huit heures moins le quart, et pourtant, certains quartiers étaient déjà en effervescence. Les gens se brusquaient pour aller au travail. Les commerçants ouvraient petit à petit leurs boutiques, certains clients étant même déjà présents. Tout commençait à s'agiter de plus en plus : chose propre à cette ville, cette éternelle routine.

Un peu plus loin, à la très célèbre université de Gressenheller, un homme s'éveilla et se redressa sur son canapé brun, en plein milieu de son bureau. Ce lieu était un peu comme sa deuxième maison : en effet, il y passait plus du trois quart de ses journées. Il prit le joli haut-de-forme noir entouré d'un bandeau rouge qui était posé sur la table et le posa sur sa tête. Soudain, quelqu'un toqua à la porte : il se hâta d'enfiler sa veste.

« Entrez ! » dit-il.

Une femme vêtue d'une robe bleue recouvrant un haut orange ainsi que des collants rouges entra dans la pièce. Elle tenait un plateau-déjeuner sur lequel Hershel Layton pouvait apercevoir une tasse de thé ainsi qu'une mystérieuse lettre.

« Vous avez encore passé une nuit de plus sur ce canapé, professeur ! Ce n'est pas bon pour votre santé, il vous faudrait rentrer de temps en temps pour vous reposer, vous savez, lui dit-elle.

- Je le sais. Mais j'ai beaucoup de travail et je tiens à tout terminer pour mes prochains cours. Je rentrerai bientôt, quand je serai libéré.

- Vous répétez cela chaque matin. »

Souriante, elle le détaille de ses yeux noirs puis pose son plateau sur la table basse, en face du canapé.

« Merci, Rosa.

- Il y a également une lettre pour vous. Je l'ai posée à côté de votre boisson. Je vous laisse déjeuner, je reviendrai plus tard. Et ne tâchez pas de partir comme la dernière fois ! » plaisanta-t-elle.

Il rit en affirmant que non, remercia sa femme de ménage une seconde fois, puis il prit sa tasse de thé d'une main, buvant quelques gorgées de ce liquide fumant. De son autre main, il saisit la lettre posée à côté de la tasse et regarda à l'endroit où était censé être indiqué l'expéditeur. Il n'y en avait aucun. « Etrange », pensa alors cet homme.

Il reposa son bol sur la petite table, et prit un couteau pour ouvrir soigneusement l'enveloppe. Il en sortit un papier plié en quatre et le déplia immédiatement, emporté par la curiosité mais aussi un certain sens du devoir. Peut-être était-ce important ?

« Hershel Layton, Si je vous écris, c'est parce que la situation est grave. Vous ne devez certainement pas me connaître, mais moi, j'en sais suffisamment pour vous implorer de venir nous aider. Je sais que vous êtes un homme très intelligent et que vous savez résoudre tous les mystères qui vous sont imposés. Je vais m'expliquer brièvement.

La ville où je vis depuis déjà quelques années, du nom de Genovia, située au nord de l'Angleterre et à la frontière Écossaise connait ces temps-ci d'affreux événements. Des scientifiques et des touristes sont enlevés tous les soirs depuis plus d'une semaine. Personne ne sait qui en est l'auteur. Des rumeurs affreuses circulent, mais moi seule, je serais bien incapable d'affirmer si elles sont fondées.

Je vous promets d'en dire plus si vous acceptez de m'aider. Je sais que vous devez vous méfier, mais il faut à tout prix que vous veniez. Vous en apprendrez certainement plus que vous ne le pensez. Retrouvez-moi sur la place centrale de la ville, mardi soir à la tombée de la nuit. »

Le professeur était perplexe à la lecture de ce courrier. Il ne savait quoi penser. Et si c'était une blague ? Mais quel intérêt pouvait-il y avoir à mentir au sujet de telles choses ? De plus, toutes les lettres reçues depuis plusieurs années avaient toujours été sérieuses. Seulement, cette fois, ce n'était pas une de ses connaissances qui la lui avait écrite. Ce n'était même pas signé, il ne savait pas qui implorait son aide. Et rien dans le journal qu'il se procurait pourtant chaque matin n'avait évoqué de tels évènements. Il connaissait cette ville de nom car elle avait connu une évolution fulgurante ces dix dernières années. En effet, du jour au lendemain, elle s'était développée incroyablement vite et les touristes ne cessaient de s'y rendre, certains y résidaient même par la suite. Les commerces et les hôtels étaient devenus de plus en plus nombreux et très fréquentés. Malgré tout, elle était à l'écart de toute autre ville d'Angleterre.

En regardant encore un peu, il put trouver un itinéraire pour s'y rendre au dos de la lettre.

Il était très hésitant, mais après quelques longues minutes de réflexion, il décida d'aller en parler avec Luke Triton, son fidèle apprenti. Lui ne serait certainement qu'enchanté à l'idée de vivre une nouvelle aventure en compagnie de celui qu'il considérait son « mentor », malgré son jeune âge.

Le jeune garçon avait déménagé avec ses parents à Londres dernièrement pour le travail de son père, Clark – un ami de longue date de Layton – et cela permettait au professeur de pouvoir leur rendre visite plus souvent.

Ce matin-là, une fois qu'il eut fini sa tasse de thé, il sortit dans les rues de Londres afin de prendre un bus qui le mènerait chez les Triton. Il y arriva quinze minutes plus tard, et ce fut Clark qui lui ouvrit la porte. Il l'invita à entrer et après quelques minutes de discussion, il lui accorda le droit d'aller voir son fils dans sa chambre.

Il frappa trois coups à la porte de Luke.

« Luke ? C'est moi, informa le professeur à son jeune ami, qui le reconnaîtrait certainement à sa voix.

- Professeur ? Entrez ! » répondit-il d'une voix joyeuse.

Layton s'exécuta alors. Le garçon fut très heureux de le voir, comme il l'avait suspecté.

« Je suis ici pour te parler d'une lettre mystérieuse que j'ai reçue ce matin.

- Vraiment ? demanda-t-il, étonné. Montrez-la-moi ! »

Il sortit la lettre de son fameux blouson noir qui virait au gris et la déplia afin de la faire lire à Luke. Le jeune garçon eut la même réaction que lui. Pendant sa lecture, Layton repensa à une phrase qui l'avait plutôt étonné, bien plus que le reste.

« Vous en apprendrez certainement plus que vous ne le pensez. »

Elle était pleine de sous-entendus.

L'apprenti du professeur le tira de ses rêveries.

« Vous pensez que c'est une blague, professeur ?

- Je ne sais pas, Luke. Mais quelque chose me dit qu'il faut qu'on s'y rende.

- C'est encore votre célèbre intuition qui parle ? ricana le jeune garçon.

- Sans doute, mon garçon » affirma le professeur.

Et c'est ainsi que les deux s'en allèrent pour Genovia avec l'accord des parents de Luke.

Layton était persuadé que quelque chose les attendait là-bas, quelque chose d'important. Quelque chose qui allait certainement changer leur vie, mais surtout la sienne. Certes, le professeur avait été méfiant après avoir découvert le contenu de la lettre, mais son intuition n'avait jamais trompé personne.

Ils étaient en route vers de nouvelles aventures, une fois de plus.