Popote et papotage
-Je meurs de faim ! déclara Mahana avec énergie.
La sonnerie venait d'annoncer le début de la pause méridienne. Tandis que quelques élèves restaient dans la salle de classe pour déjeuner, leurs camarades sortirent du lycée et s'égaillèrent dans les environs du bâtiment.
Hinata et ses amies rejoignirent la pelouse le long du terrain de sport. C'était leur lieu de repas favori. L'endroit, situé à l'écart du lycée, était paisible. L'herbe était confortable et un bouquet d'arbres leur offrait une ombre bienvenue, car le soleil tapait déjà dur bien qu'on ne soit qu'en mai.
Le groupe de filles s'assit en rond et commença à déballer son déjeuner. Tatsuki fronça les sourcils d'un air soupçonneux devant le repas d'Orihime.
-C'est quoi, ça ? demanda-t-elle d'un ton suspicieux.
-C'est une de mes inventions, annonça Orihime fièrement. Je l'appelle le gâteau équilibre, car il contient un repas complet : il y a de la viande, des légumes, du fromage et des fruits dedans.
Tatsuki prit un air navré à l'énoncé du menu. Michiru verdit notablement tandis que Mahana et Chizuru restaient de marbre : elles étaient habituées aux excentricités culinaires de leur amie. Hinata se pencha vers Orihime et examina le gâteau d'un air intéressé.
-Ça ressemble un peu au genre de plats que fait mon père.
-Ton père fait la cuisine ? s'étonna Mahana.
-C'est son métier. Il tient un restaurant dans le centre-ville, précisa Hinata.
-Et il fait quoi comme genre de cuisine ? demanda Orihime vivement intéressée.
-Oh ! C'est un mélange de cuisine japonaise et étrangère. Il aime bien tester de nouvelles saveurs.
-Par exemple ?
-Eh bien ! Pour mon bentō d'aujourd'hui, il m'a préparé des sushis au pamplemousse et au tabasco.
-Wouah ! Ça a l'air délicieux ! s'enthousiasma Orihime, tandis que leurs camarades faisaient la grimace.
-Tu veux goûter ? proposa Hinata.
-Oh oui ! s'extasia Orihime. Et toi, tu veux un morceau de mon gâteau ?
Les deux filles échangèrent leurs parts sous l'œil consterné de leurs amies.
-J'en reviens pas que tu sois encore en vie avec les cochonneries que tu es capable d'avaler, déclara Tatsuki à Orihime.
-En fait, ça lui réussit assez bien, fit observer Mahana.
Chizuru promena un regard approbateur sur les courbes d'Orihime.
-On devrait peut-être suivre le même régime qu'elle, poursuivit Mahana avec entrain.
-Plutôt mourir, marmonna Tatsuki.
-Même si ça te permettait d'avoir tous les garçons du lycée à tes trousses comme Orihime ?
-Je ne vois vraiment pas l'intérêt.
-Allez, il en a au moins un dans le lot qui t'intéresse…
-N'importe quoi, s'énerva Tatsuki. Comme si j'avais du temps à perdre avec ces imbécillités.
-Crache le morceau, Tatsuki-chan ! l'asticota Mahana. Tiens, j'ai une idée : chacune de nous va dire quel garçon elle trouve le plus séduisant. Je commence : moi, c'est Murata, le capitaine de l'équipe de foot.
Ses camarades approuvèrent son choix du regard. Murata était beau garçon et populaire même si l'intelligence n'était pas sa qualité première. Mahana poursuivit :
-Chizuru-chan, tu es hors concours. Pour Orihime, c'est pas la peine de lui demander quel garçon elle préfère…
-Ah bon, pourquoi ? s'étonna cette dernière en toute innocence, tandis que ses amies s'écroulaient de rire.
-Et toi, Hinata-chan ? demanda Mahana.
-Ishida, répondit Hinata avec franchise.
Ses amies se tournèrent vers elle et la dévisagèrent comme si elle venait de dire une énormité.
-Mais il a des lunettes !
-En plus, tu as vu sa coiffure ? Totalement ridicule !
-Et il est si désagréable ! Il ne parle jamais à personne !
-Et quand il le fait, il n'est même pas aimable !
Les critiques fusaient.
Hinata trouvait Ishida le plus beau garçon du lycée, lunettes ou pas lunettes. Il avait des traits fins et réguliers, des yeux d'un bleu extraordinaire, au regard singulièrement perçant, une silhouette mince et souple. Il se mouvait toujours avec une sorte de grâce aérienne qui lui était propre. En outre, Hinata était persuadée qu'il s'intéressait à elle, même si elle n'avait aucune preuve pour corroborer son impression. Il ne lui parlait jamais, ne la regardait jamais directement, mais elle sentait souvent son regard peser sur elle, en classe ou dans le club de travaux manuels.
Un peu déprimée, la jeune fille se demanda s'il fallait se réjouir qu'aucune de ses amies n'ait de vues sur Ishida, ou au contraire s'inquiéter de leur réprobation unanime. Enfin, presque unanime. Orihime n'avait émis aucune critique contre Ishida, or c'était d'elles toutes celle qui le connaissait le mieux. Elle faisait partie des rares personnes auxquelles le garçon parlait. Hinata remarqua qu'Orihime la regardait d'un air de tranquille approbation, et s'en sentit rassérénée.
-Et toi, Michiru-chan ? poursuivit Mahana.
Michiru piqua un fard, baissa les yeux vers sa boîte à bentō, se tortilla d'un air mal à l'aise, et finit par lâcher :
-Suzuki Kōtarō.
-C'est marrant, commenta Mahana, c'était pas sur Kurosaki que tu craquais l'année dernière ? Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?
-Eh bien… Je trouve Suzuki plus beau, et il est très gentil… et aussi très intelligent… balbutia Michiru.
-Et c'est pour ça que tu le laisses te raccompagner chez toi après la classe ? demanda sa camarade.
L'atmosphère se tendit brusquement, et Hinata comprit que tout ce que Mahana avait dit jusqu'ici n'était qu'une entrée en matière. La question qui l'intéressait réellement, elle venait de la poser.
-Il ne me raccompagne pas vraiment, protesta Michiru les joues en feu. On habite dans le même coin, alors on fait la route ensemble, c'est tout.
-Tatsuki habite à côté de chez Kurosaki, mais il ne rentre jamais avec elle, fit observer Mahana avec justesse.
-Moi, je veux bien raccompagner Orihime chez elle-même si ça me fait faire un détour, déclara Chizuru.
-Toi, on ne t'a pas sonnée, répliqua Tatsuki.
-A propos de sonnerie, il va bientôt falloir retourner en classe, observa timidement Hinata.
-Alors, Michiru-chan ? poursuivit Mahana implacablement. Tu sors avec Suzuki, oui ou non ?
-D'abord, ça ne vous regarde pas, dit Michiru en se drapant dans ce qui lui restait de dignité. Et puis, même si c'était le cas, qu'est-ce que ça change pour vous ?
-Je trouve juste que tu aurais pu nous tenir au courant, répondit Mahana d'un ton neutre, puis elle se releva, imitée par ses camarades.
Avertissement: l'auteur ne garantit pas la comestibilité des plats qui seront cités dans sa fiction. Si néanmoins un de ses lecteurs tentait l'expérience, elle serait intéressée par un retour sur le sujet.
