Carlisle PDV
Je ne comprenais rien.
Il était à peine 8h00 du matin, et Emmett secouait le jeune homme blond qui venait de le frapper comme un prunier :
« Quoi ? Qu'est ce que tu racontes ? Elle est ou ? »
L'autre hurlait des injures à l'intention de mon fils et les gens ont commencé à s'attrouper.
J'ai attrapé les deux jeunes hommes par le bras et j'ai crié plus fort qu'eux :
« CA SUFFIT ! entrez là-dedans qu'on s'explique ! »
Je les ai poussé vers un snack et ils ont cessé de crier.
Le jeune homme blond avait un air de fureur sur le visage.
Emmett saignait déjà du nez, et avait un air totalement déboussolé.
J'ai mieux regardé le jeune homme et mon œil exercé de médecin a noté sa pâleur, les cernes sous les yeux, l'entaille à la lèvre presque cicatrisée, le coup à peine marqué sur sa pommette gauche, ses joues creusées, et les marques de coups sur ses bras également.
J'ai exigé le silence et j'ai commandé 2 capuccinos pour Emmett et moi et un petit déjeuner complet pour le garçon qui avait l'air d'en avoir besoin.
Il fulminait toujours et des larmes brillaient dans ses yeux.
J'ai interrogé le garçon avec douceur :
« Qui est-tu ? »
« Jasper Hale, le frère de Rosalie ! »
« Que se passe-t-il avec ta sœur ? »
« Emmett l'a mise enceinte l'été dernier ! »
Je me suis sentie mal :
« Vraiment ? »
« Oh oui vraiment ! Elle a accouché le 23 mai ! »
Je suis resté sous le choc.
A coté de moi, Emmett s'est mit à geindre.
J'ai inspiré un bon coup ,tandis que Jasper mangeait de bon appétit. Visiblement, il n'avait pas fait de vrai repas depuis trop longtemps.
« Tu peux nous répéter ça Jasper ? »
« Ma sœur Rosalie a eu un bébé le 23 mai ! »
J'ai dévisagé Emmett qui clignait des yeux ,plus blanc, à présent, que Jasper.
Il a demandé, d'une voix que je n'ai pas reconnu :
« Une fille ou un garçon ? »
« Une fille. Erika »
Je ne réalisais pas, pas vraiment. Le médecin en moi a prit le dessus.
« Comment vont-elles ? »
« Pas trop bien. Rosalie n'est pas remise de l'accouchement et la petite pleure tout le temps ! »
Emmett s'est levé :
« On y va ! Je vais les chercher ! »
Je me suis levé aussi. Je ne réalisai pas encore, mais je savais que je devais rester avec Emmett qui était dans un état tel qu'il était capable de n'importe quoi.
Jasper a prit son beignet et sa tasse de chocolat chaud.
Il nous a guidé dans les rues, jusqu'à une impasse assez sordide.
Il est entré dans la dernière maison.
Emmett m'a prit par la main, totalement perdu. Je l'étais au moins autant que lui.
Un bébé….
C'était une maison basse, décrépie.
A l'intérieur nous avons aperçu un salon en désordre et nous avons suivit Jasper dans les escaliers.
Il a toqué doucement à une porte et nous a demandé d'attendre.
J'ai tenté de mettre un peu d'ordre dans mes idées.
Emmett avait un bébé…Une fille.
Un bébé.
La porte de la chambre s'est ouverte sur une très jolie jeune fille.
Elle était terriblement pâle et paraissait faible,malade.
Elle a regardé Emmett comme s'il était une apparition :
« Tu es là ? Tu es vraiment là ?»
Jasper a sourit pour la première fois.
Emmett a ouvert les bas :
« Ben oui, c'est moi ! »
Elle lui a sauté au cou et Emmett l'a réceptionné contre lui, la serrant dans ses bras.
Ils sont restés enlacés jusqu'à ce que je les secoue :
« Rosalie, tu as vraiment eu un bébé ? »
Elle m'a sourit :
« Oui ! Viens voir Emmett ! »
Elle l'a entrainé dans la chambre et j'ai suivit le mouvement avec Jasper.
C'était une petite pièce très encombrée. Il n'y avait qu'une minuscule fenêtre et il faisait très chaud.
Il y avait un lit une place défait et un canapé dans un coin.
J'ai tout de suite comprit que le frère et la sœur partageaient la même chambre.
Dans un coin, j'ai avisé une cagette posée à terre, qui contenait de touts petits vêtements de bébé, à majorité roses, blancs et violets.
Puis j'ai vu l'enfant, qui dormait sur le lit défait.
Et les larmes m'ont brouillé la vue.
Emmett regardait le bébé, lui aussi.
Rosalie nous a sourit :
« Regarde ! Elle est belle, hein ? »
Je me suis penché sur l'enfant.
Vêtue d'un body à fines rayures roses et blanches, elle était minuscule.
Elle avait des cheveux noirs, dressés sur le crane et elle paraissait plus jeune que ses 5 semaines.
Sa respiration était sifflante et l'angoisse m'a prit aux tripes :
« Elle respire comme ça depuis longtemps ? »
« Depuis deux ou trois jours »
M'a répondu Rosalie.
« Ce n'est pas normal ! Et elle est bien trop petite !Combien pèse-t-elle ? »
« Je ne sais pas ! »
« Combien pesait-elle à la naissance ? »
« 2kgs530 ! »
Ca expliquait son aspect très menu, mais pas sa respiration superficielle.
J'ai demandé à Rosalie de la déshabiller.
Jasper s'est interposé :
« Qu'est ce que ça veut dire ?On s'en occupe depuis toujours et vous débarquez en donnant des ordres ? »
« Je suis médecin ,Jasper, et je peux te dire que ce bébé ne va pas bien ! »
Rosalie l'a déshabillée en pleurant.
Quand j'ai noté le tirage intercostal, j'ai sorti mon portable de ma poche :
« Dr Cullen à l'appareil, j'ai devant moi une enfant âgée de 5 semaines en détresse respiratoire ! C'est une urgence pédiatrique, envoyez une ambulance au »
J'ai regardé Jasper, mais c'est Rosalie qui m'a donné l'adresse.
Quand j'ai raccroché, Jasper m'a dévisagé, de la détresse dans le regard :
« j'ai pas les moyens de payer l'hôpital ! »
« C'est moi qui vais payer ! T'en fais pas pour ça ! »
Rosalie sanglotait et je lui ai doucement demandé de préparer des affaires pour le bébé, et pour elle.
Emmett était statufié sur place, et fixait le bébé, sous le choc.
Rosalie a entassé quelques bodies et quelques couches et je l'ai aidée à tout mettre dans un sac à dos.
Elle pleurait sans discontinuer et je l'ai faite asseoir sur le lit.
Délicatement j'ai prit le bébé dans mes mains et l'ai déposé tout contre elle.
« Elle tête bien ? »
« Pas trop je crois. Elle demande le sein tout le temps mais elle ne tire pas vraiment, elle tétouille… »
On a entendu l'ambulance arriver et on est descendu.
Rosalie est monté avec Erika et j'ai appelé un taxi pour Emmett, Jasper et moi.
On est arrivé à l'hôpital 10 mns après les filles.
Rosalie était dans la salle d'attente, le bébé dans les bras.
Personne ne s'occupait d'elles.
J'ai avisé la première bouse blanche passant à ma portée et je me suis présenté :
« Dr Carlisle Cullen, je suis neurochirurgien à Seattle, j'ai ici une jeune fille et son bébé, qui ne vont pas bien du tout, j'exige qu'elles soient prises en charge tout de suite ! »
« Elles ont une assurance ? »
« C'est moi qui paye ! »
Il s'est approché de Rosalie et nous sommes tous monté en pédiatrie.
Mon nom a fait des miracles et le chef de service est venue examiner l'enfant.
Erika a tout de suite été mise sous oxygène et son état s'est tout de suite amélioré.
Emmett est un peu sorti de sa transe pour tapoter le dos de Rosalie, qui était inconsolable.
J'ai gardé mes questions pour plus tard, je suis sorti dans le hall de l'hopital et j'ai appelé ma femme.
Comment lui annoncer ça ?
Esmée PDV
Evidemment, au début, je n'y ai pas cru.
J'ai même enguirlandé Carlisle au téléphone pour la mauvaise blague.
Mais il a tellement insisté que j'ai finit par aller réveiller les enfants et on est monté dans un taxi pour rejoindre l'hôpital.
Edward et Bella étaient sous le choc de l'annonce et seule Alice ,du haut de ses 14 ans et demi était contente :
« C'est vrai ? Emmett il est papa ? Alors ça c'est trop rigolo ! »
Mes jambes me portaient à peine pour marcher dans les couloirs, dans ma tête je me répétais sans cesse:
« Un bébé. Un bébé. Emmett a un bébé…Un bébé… »
J'ai demandé à Edward, Bella et Alice d'attendre dans le couloir et je suis entrée dans la chambre dont Carlisle m'avait donné le numéro au téléphone.
Carlisle était là. Emmett aussi. Tous les deux étaient terriblement pales et se tenaient cote à cote, se ressemblant plus que je ne l'avais jamais remarqué.
Il y avait un très jeune homme blond, à l'air malheureux et perdu, dans un coin.
Et j'ai vu la jeune fille qu'Emmett avait très brièvement fréquenté l'été précédent.
Elle était très pale et pleurait, penchée sur un lit d'enfant.
J'ai fait 3 pas et j'ai regardé l'enfant dans le berceau.
J'ai alors du m'asseoir précipitamment, aidée par Carlisle..
C'était Alice.
La même, exactement, que ma fille à la naissance.
Carlisle a fait entrer un par un Edward, Bella et Alice pour qu'ils voient le bébé.
Bella et Edward ont juste regardé le bébé, impressionnés, et lancé un bref coup d'œil à Emmett avant de ressortir, mais Alice ,elle, a fait des compliments:
« Hé! Mais elle est super mignonne! »
« Merci! »
Lui a répondu Rosalie, souriante à travers ses larmes.
« Elle est brune comme toi Emmett! »
Son frère a hoché la tête, incapable de répondre et j'ai souri à ma fille:
« Elle te ressemble surtout à toi Alice! »
« Cooool! Elle sera géniale alors! »
Nous avons tous ri à sa remarque, même Emmett, sortant de sa transe, même le jeune homme blond tapis dans l'angle le plus reculé de la chambre.
Alice a déposé un baiser sur la joue de Rosalie avant de sortir.
« Elle est super chouette ma nièce! »
Le jeune homme blond a articulé:
« C'est aussi MA nièce! »
Alice l'a regardé et a esquissé un sourire:
« Je sais bien Jasper! Relax! T'as grandi depuis l'été dernier dis donc! »
Le dénommé Jasper a souri à nouveau:
« Pas toi ,par contre t'as prit quelques volts supplémentaires! »
Alice lui a tiré la langue en riant et il lui a rendu la pareille.
L'atmosphère était un peu plus légère grace à Alice et Jasper, mais Rosalie continuait à pleurer en regardant sa fille.
Je ne ressentais rien.
Pas encore.
Carlisle avait l'air dépassé, lui aussi.
Quand le médecin est revenu avec les résultats, il souriait :
« Rien de grave. Elle est très légèrement déshydratée, mais on l'a mise sous perfusion et elle a déjà remonté sa saturation avec l'oxygène. Ca a été prit à temps et dans un ou deux jours elle sera rétablie! »
Le soulagement a été général.
Jasper a avancé vers sa sœur et a posé une main sur son épaule. Rosalie a levé la tête et ils ont échangé un sourire soulagé.
Leur complicité était presque palpable.
J'en ai eu les larmes aux yeux.
Dans son berceau, la petite Erika s'était endormie.
Emmett PDV
Un bébé.
J'avais un bébé.
J'étais papa.
Un père. Moi.
A 19 ans.
C'était trop.
C'était au dessus de mes forces.
J'étais incapable de réaliser.
La petite n'allait pas bien.
Même moi je le voyais.
Rosalie était épuisée.
J'étais inquiet.
Vraiment.
Et une idée fixe me minait. Qu'est-ce que j'avais fait le 23 mai?
Le jour ou Rose avait mit ma fille au monde?
Je ne me souvenais plus, bien sur.
Et ça me rendait dingue.
A quoi avais-je occupé cette journée là, pendant que ma petite amie souffrait pour mettre notre enfant au monde?
Je restais les bras ballants.
Mon père avait prit les choses en main.
Il parlait à Jasper.
Et j'ai comprit que je devais murir et vite.
Mon père parlait à Jasper comme à un homme.
A moi, il n'avait jamais parlé ainsi.
D'égal à égal.
Jamais.
Jasper était plus jeune que moi, il était pale, portait de vilaines marques de coups et ne mangeait sans doute pas à sa faim mais il était un homme.
Ma mère était muette de stupeur.
Rosalie…Rose pleurait, bien que les nouvelles concernant le bébé soient bonnes, et elle était de plus en plus pale.
A tel point que mon père l'a doucement interrogée.
Jasper, encore une fois, a assuré:
« Elle ne dort pas parce qu'Erika pleure toute la nuit. Et …Il faut le dire Rose… »
Rosalie a balbutié:
« Je saigne encore beaucoup…Je ne sais pas si c'est normal »
Mon père a passé sa main dans ses cheveux:
« Non, ce n'est pas normal! »
Il est sorti dans le couloir et 10 mns plus tard une infirmière est venue chercher Rosalie, avec un fauteuil roulant.
Rose ne voulait pas laisser le bébé mais Jasper et ma mère lui ont promit de veiller sur elle.
Alors, je suis allé avec Rosalie et mon père.
Mon père a parlé avec le gynécologue qui allait examiner Rosalie et pendant ce temps je l'ai aidée à se déshabiller et à enfiler une blouse d'hôpital.
On était seuls et je ne savais pas quoi lui dire.
Elle m'a sourit:
« Elle est belle, tu as vu? »
« oui, elle est belle… »
J'étais totalement abruti par les derniers événements.
Le médecin est entré et a fait un examen gynécologique à Rosalie.
Il a grimacé et a secoué la tête.
Puis il lui a prit la tension et l'a auscultée.
Il lui a demandé de se rhabiller et je l'ai aidée.
Puis, un peu hésitant, je lui ai prit la main pour aller dans le bureau du médecin.
Elle l'a serré très fort dans la sienne.
Mon père nous attendait avec le gynécologue.
Ils ont posé des questions à Rose et les réponses m'ont fait mal.
« Tu as une assurance? »
A commencé le médecin, et m'ont père l'a interrompu:
« C'est moi qui paye, alors je veux ce qu'il y a de mieux, l'argent ne compte pas, d'accord? »
L'autre a hoché la tête.
« L'accouchement a duré combien de temps? »
« 17 heures »
A répondu Rose.
« tu as eu une péridurale? »
« non, je n'ai pas d'assurance »
J'ai frissonné, la culpabilité me tordant le ventre.
« Tu es restée combien de temps à l'hôpital après la naissance? »
« 3 heures »
« le bébé a été vu par un pédiatre? »
« pas avant aujourd'hui! »
« tu as une tension à 9, et un début d'infection, je te marque des antibiotiques compatibles avec l'allaitement, tu dois manger de la viande, tu es très anémiée… »
Rosalie n'a rien répondu.
J'ai regardé mon père.
A sa bouche serrée et ses sourcils froncés j'ai comprit qu'il était passé en mode combatif et j'ai su que Rosalie aurait de la viande deux fois par jour à partir de tout de suite.
On est remonté voir le bébé.
Elle était réveillée, elle pleurnichait et Jasper l'avait prise contre lui et la berçait en lui chantonnant une berceuse.
Rosalie a foncé sur sa fille et l'a mise au sein.
Mon père a parlé à ma mère et ils m'ont fait signe de les rejoindre dans le couloir.
J'ai remarqué que ma mère avait les larmes aux yeux.
Mon père m'a fixé, intransigeant: :
« Emmett, tu vas aller avec ta mère chercher les médicaments pour Rosalie et les choses qu'il faut en urgence pour ta fille. »
Il avait insisté sur les deux derniers mots et j'ai déglutit, incapable de répondre.
On est sorti, ma mère et moi, sous le soleil implacable.
Quelques heures plus tôt, j'étais un gamin de 19 ans qui essayait de retrouver la fille avec qui il avait couché l'été précédent.
Et je me retrouvais papa d'un bébé malade….
Je me suis laissé tomber sur le banc le plus proche, au bord du malaise.
Ma mère s'est assise à coté de moi.
Nous sommes restés quelques minutes ainsi, sans parler.
Puis ma mère s'est levée et m'a tiré par le bras.
« Allez, il faut y aller. Rosalie et Erika ont besoin de nous! »
J'ai suivit ma mère.
A la pharmacie j'ai payé.
Ma mère m'a laissé faire.
Puis, on est allé acheter des sandwichs pour Jasper et Rosalie.
Je commençais à entrevoir les conséquences à long terme.
Sans y voir aucune solution.
Je ne savais qu'une chose: je ne pouvais pas laisser tomber Rose.
J'ai prit ma mère par le bras:
« Maman! Qu'Est-ce qu'on va faire? »
Elle m'a regardé, ses yeux étaient rouges, mais déterminés:
« Assumer. »
A l'hôpital, Rosalie s'était endormie , la tête posée sur le lit de la petite, qui dormait aussi.
Elle était toujours sous oxygène, mais paraissait bien mieux.
Jasper a mangé le sandwich. Un grand pli soucieux barrait son front.
Edward, Bella et Alice étaient repartis pour l'hôtel.
Quand je suis entré, Jasper et mes parents sont sortis de la chambre.
Alors je me suis assis à coté de Rosalie, et j'ai attendu.
