Et ce texte-ci a été écrit à partir du thème "paratonnerre".


Le cheval

Il tire sur sa corde, renâcle, donne un coup de mâchoire à sa voisine qui secoue sa crinière en signe de commisération. Elle l'a senti aussi : le tonnerre arrive.

La seule ressource contre l'éclair qui déchire le plateau, c'est de fuir loin des arbres aux troncs haut dressés. Tous les chevaux le savent. Mais les hommes ne l'ont pas encore compris. Ils vous cantonnent dans un bosquet pour pas que vous partiez, oubliant qu'il vaut mieux perdre le temps de revenir après s'être éloigné du danger, que donner à la foudre l'occasion de vous atteindre. Aujourd'hui par exemple leurs maîtres, qui se tiennent sur le qui-vive, les ont tous attachés en ligne.

Il en va du tonnerre des hommes comme du tonnerre des nuages. Les cavaliers vous veulent immobiles ou tendus vers votre destination, mais jamais en débandade, et dès qu'il y a de l'action ils ne vous lâchent plus la bride.

Voilà pourquoi lorsque l'homme inconnu s'est infiltré derrière lui, il s'est vite laissé amadouer. Celui-là portait dans son crin l'odeur des petites foudres ; pourtant sa main bougeait comme les pattes des bisons au début du printemps, une fois que la faim hivernale a sapé leur force et leur agressivité. Et surtout, il allait le détacher – pour lui monter dessus, car c'est ce que font les hommes. Au moins ils se dirigeraient ailleurs et ailleurs, quand l'orage presse, c'est la seule direction qui vaille.

Hélas, les explosions retentissent trop tôt et les maîtres, grimpés sur le reste du troupeau, brandissant leurs engins, tirent sur lui et sur son cavalier. Il allonge sa course autant qu'il le peut, ses jambes avalent le terrain, son souffle brûle ses côtes, jusqu'à ce que le sol se dérobe. Sa vitesse et le poids de l'homme sur son dos l'empêchent de se retenir. Le pin immense sur lequel il tombe ne retient pas sa chute ; implanté trop bas pour l'avoir protégé de la foudre des cieux, il ne lui épargnera pas non plus celle des hommes.