Mot de l'auteur :

Bonjour à tous !
Tout à bord, merci à One blue tail et minimilie pour leurs commentaires ! et vos encouragements pour mon mémoire (horreur malheur et désespoir lol)
J'espère que ce chapitre vous plaira à tous en tout cas ! Bonne lecture !


Doucement, Smoker s'approcha de la silhouette inanimée, sur ses gardes. Il serra les poings, tendant chaque muscle de son corps, regrettant dans l'instant d'avoir sécher les cours d'athlétisme. En effet, le jeune garçon aux cheveux de lune ne jouissait pas d'une impressionnante stature, au contraire. Ces derniers mois, il avait souffert d'une poussée de croissance n'en finissant plus de projeter sa tête vers les cieux mais le laissant un rien amaigris. Cependant, vue le gabarit de la personne allongée le nez contre les rochers, il n'aurait aucun mal à le contrôler, il en était certain.

« Eh, toi. » commença-t-il d'un ton sec et sans appel. « Ça va ? »

Aucune réponse. Les douces vagues venaient mourir sur les jambes écorchées de l'inconnu, ne le faisant pourtant pas bouger d'un millimètre. L'eau devait certainement être glacée pourtant en ce début de décembre. Smoker s'approcha encore de quelques pas, arrivant tout près du corps inconscient, avant de s'accroupir à ses cotés. Il parcouru de ses yeux ambrés les innombrables plaies parsemant les membres faméliques de celui qu'il devinait être un ancien prisonnier du bâtiment pirate abattu ce matin. Vu son état pitoyable qui ne datait assurément pas de la veille, l'adolescent pouvait d'or et déjà rayé de son esprit la possibilité qu'il s'agisse là d'un pirate. Son secours était de ce fait d'autant plus légitime.

« Eh… Tu m'entends ? »

Précautionneusement, le jeune homme posa sa main sur le dos glacé du rescapé, le secouant doucement. Mais une nouvelle, il n'obtint aucune réponse. Cela commençait à être préoccupant… S'il s'agissait là d'un cadavre, aussi triste que cela puisse être, Smoker aurait préféré qu'il aille s'échouer plus loin que dans sa crique. Ayant reçu de sa mère quelques notions de secourisme, le jeune homme vint attraper le frêle poignet de l'inconnu, y cherchant un pouls.

Au début, il ne perçu rien, laissant échapper un soupire légèrement blasé. Cependant il demeura quelques instants de plus, pianotant du bout des doigts sur la peau trop pâle et frigorifiée. Alors qu'il n'y croyait plus, le jeune homme cru saisir une faible vibration, comme un murmure. Instantanément, il se figea, à l'écoute, craignant d'avoir rêvé. Pourtant, le battement était là, au creux de ses doigts, léger, venant à peine frôler sa peau, semblable à une brise, faisant rater une pulsation au cœur de l'adolescent.

Le rescapé était vivant. Et vu son état, si Smoker voulait que cela continue ainsi, il devait agir prestement.

Sans plus perdre un instant, le garçon se saisit de l'inconnu pour le mettre sur le dos. A mis chemin dans son geste, il s'arrêta cependant, comme foudroyé. Le visage du rescapé s'était tourné vers lui dans la manœuvre, laissant apparaitre les traits juvéniles et malmenés d'une fillette qui ne devait pas avoir plus de dix ans tout au plus. Un hématome dévorait presque entièrement le coté droit de son visage et une profonde entaille ouvrait sa lèvre inférieure. Ses cheveux bruns étaient à peine plus longs que les siens, emmêlés et mouillés par l'eau salée et du sang. Ses joues cireuses étaient creusées au possible, témoignant d'une malnutrition prolongée.

Smoker n'osait pas imaginer ce que cette frêle gamine avait du endurer entre les mains de ces maudits pirates. Au moins l'avaient ils payé au prix fort par le biais des canons de la marine… Entre ses bras, elle ressemblait à une poupée brisée et désarticulée. Doucement, l'adolescent frôla du bout des doigts la pommette blessée la fillette, comme perdu dans une douloureuse contemplation qui ne faisait que confirmer ses pires réflexions. La faiblesse n'était pas une chose autorisée dans ce monde, encore moins depuis la mort de GolD Roger et l'emballement effréné de la piraterie. Que pouvait bien faire une enfant comme elle dans ce monde de fous, mis à part se faire broyer par des rouages carnassiers la dépassant totalement ?

Cependant, plus urgent que ses cogitations un rien pessimistes et désabusées, il fallait dans un premier temps lui permettre déjà de vivre. Elle avait réussi à se tirer de ce qui avait du être un enfer, il aurait été malvenu de la part de l'adolescent de la laisser mourir dans ce coin perdu entre terre et mer. Sans plus attendre, Smoker ramena la fillette contre lui, la prenant fermement dans ses bras. Ses vêtements glacés et trempés mouillaient son t-shirt, le faisant légèrement frissonner. Si lui commençait déjà à avoir froid, il n'osait pas penser au degré d'hypothermie dans lequel devait être plongée l'inconnue. Sa mère saurait comment agir.

Le jeune homme se releva périlleusement après deux tentatives infructueuses, décidant intérieurement de se mettre au sport dès le lendemain. Si ce monde était fait pour les puissants, il ne survivrait lui-même pas bien longtemps s'il n'était même pas capable de soulever une brindille décharnée telle que la demoiselle inconsciente. Une fois relevé et assuré de sa prise, Smoker entama le chemin de retour qui le mènerait à son domicile. Il savait pertinemment que sa mère s'y trouverait. Depuis le décès brutal de son père, elle s'était totalement refermée sur elle-même, ne sortant plus de la maison qu'à de rares occasions qu'elle ne pouvait éviter. Elle s'était mise à travailler de nuit dans une petite clinique, afin de se soustraire au maximum au contact avec les gens qu'elle ne parvenait plus à supporter. Le reste du temps, elle restait prostrée sur le canapé du salon, fixant le mur lui faisant face avec un regard vide qui terrorisait l'adolescent malgré lui. Il lui semblait voir là un zombie ayant revêtu le corps de sa mère. Et il craignait par-dessus tout qu'une chose semblable ne lui arrive aussi…

Sécher les cours, fuir la maison, laisser sa chambre dans un capharnaüm monstrueux, fumer sans même se donner la peine de s'en cacher… Tout ça, s'il s'agissait aussi de sa façon de rester en vie était également une tentative jusqu'à présent infructueuse de faire réagir sa mère. Autrefois, une simple tâche sur ses vêtements suffisait à la faire démarrer.

« Je veux que tu sois beau, mon fils ! Tu n'es pas un sauvageon ! Pourquoi ne pas vivre nu tant que tu y es !»Disait-elle à cette époque qui lui semblait bien lointaine alors qu'elle remontait seulement à une poignée de mois.

Aujourd'hui, il aurait pu sortir un caleçon sur la tête et une seringue de drogue planté dans le coude qu'elle n'aurait pas bougé d'un millimètre. Néanmoins, elle demeurait dans ce monde la dernière personne en qui il avait confiance. Et dans la situation actuelle, il était persuadé que ramener cette enfant chez eux était la meilleure chose à faire.

Bientôt, totalement essoufflé, il arriva au portail de leur petite propriété familiale dans un quartier retiré du village. Autrefois, le jardin entourant la maison n'était qu'un immense parterre de fleurs où se mêlaient toutes les couleurs de l'arc en ciel. A présent, les végétaux étaient tous morts et seule l'herbe folle recouvrait encore le sol. La bâtisse en elle-même semblait être en deuil, avec ses volets constamment clos et ses feuilles mortes s'entassant le long des murs. Smoker avait du mal à croire que le printemps reviendrait un jour ici.

Arrivant à la porte, le jeune homme se trouva dans une posture somme toute des plus délicates. Face à la porte close, tenant toujours contre son torse la petite endormie, il était incapable de se saisir des clés dans sa poche. Soupirant, un rien énervé, et pestiférant de tout son être intérieur contre cette maudite habitude qu'avait pris sa mère de toujours fermer la porte à double tour, Smoker n'eut d'autre choix que de tambouriner dans cette dernière avec le pied, espérant de tout cœur qu'elle s'extirperait de sa torpeur en l'entendant.

Rien ne vint cependant dans un premier temps. Comment pouvait-elle ne pas bouger avec le vacarme qu'il faisait ? L'adolescent redoubla alors ses coups.

« M'man ! C'est moi ! Je peux pas ouvrir la porte, vient, c'est urgent là ! M'man ! »

Après encore quelques coups et jurons supplémentaires, du bruit se fit enfin entendre de l'autre coté du panneau de bois malmené. Un bruit de clé retentit dans la serrure, au grand soulagement du jeune homme totalement à bout de souffle. Lentement, la porte s'ouvrit, laissant entre voir à l'adolescent sa mère dans un piteux état. En effet, elle revêtait encore l'ancien peignoir de son défunt mari, bien trop grand pour elle, dont les rayures grises et bleues délavées faisaient d'autant plus ressortir ses profonds cernes. Ses cheveux châtains auraient eut besoin d'un bon shampoing, ou au moins d'un coup de peigne tant ils formaient des nœuds autour de son visage cireux. Ses yeux noisettes étaient brumeux, agars, presque morts, détail horrifiant et énervant le plus Smoker parmi tous les autres. Il ne reconnaissait plus celle qui autrefois était une femme vive et coquette, dynamique et forte. Elle avait été brisée, elle aussi…

Dans un premier temps, la quarantenaire ne régit pas en voyant son fils sur le pas de la porte. Il la fixait avec une sorte d'urgence qu'elle ne parvenait plus à saisir. Qu'est ce qui pouvait bien mériter un tel émoi de sa part ?

« M'man ! J'ai besoin de toi là ! »

D'un geste maladroit qui trahissait sa fatigue, le garçon réajusta sa prise sur la gamine blessée qu'il tenait toujours, portant son regard d'ambre inquiet vers elle. Sa mère suivit ses yeux, découvrant alors la raison de cet empressement soudain. Une fillette. C'était une fillette visiblement mal au point, trempée et blessée, inconsciente de surcroits. L'épais voile tapissant les prunelles marron de l'infirmière se dissipa légèrement, ses automatismes de professionnelle reprenant légèrement le dessus sur sa douleur indicible. Doucement, elle porta sa main sur le front glacé de l'enfant, dégageant une mèche brune poisseuse de sang.

« Smoker… Qui est ce ? »

Un rien exaspéré par cette réponse qu'il jugea inadaptée à la situation, l'intéressé resserra sa prise avant de pousser sa mère, pénétrant dans le salon baigné d'obscurité de la maison.

« On s'en fout de qui c'est ! Je l'ai trouvé au bord de mer, et elle pête pas la forme. Elle a besoin de soins là ! »

Sans plus attendre, Smoker alla allonger précautionneusement l'inconnue sur le canapé, déposant avec douceur sa tête sur un coussin. Il la scruta quelques instants tout en malaxant ses bras endoloris, scrutant le léger mouvement de ses narines qui témoignait d'une respiration.

Sa mère s'était approchée à pas de loup, observant elle aussi ce petit être blessé que son fils lui avait ramené.

« On devrait peut être l'amener à l'hôpital tu ne penses pas ? » murmura-t-elle d'une petite voix à peine audible, exaspérant dans l'instant l'adolescent.

« Pourquoi, t'es pas infirmière ? Tu peux pas la soigner toi ? » répondit il d'une voix sèche et sans appel.

« Smoker… »

« Avant de te délester d'elle, maman. » reprit-il en encrant son regard obstinément sur l'enfant inconsciente « peut être pourrais tu l'ausculter pour voir si elle a vraiment besoin de soins à l'hôpital. Tu crois pas qu'elle a du assez en baver pour en plus se réveiller dans un couloir qui pu l'antiseptique avec des tuyaux de tous les cotés et des gens qui la prenne pour un numéro de dossier ? »

Il avait énoncé cette dernière tirade en braquant son regard d'ambre dans les yeux fuyant de sa mère. Il faisait bien entendu référence à un incident qu'il avait lui-même vécu quelques semaines plus tôt. En effet, il avait cherché la bagarre dans un coin un peu malfamé de la ville, se retrouvant pas mal cabossé de part le fait qu'il bien plus en colère que musclé. Il avait fini par aller à l'hôpital avec deux cotes fêlées, une légère commotion cérébrale et aucun moyen de joindre son seul parent encore en vie. Il était resté des heures assis en ravalant sa douleur, voyant passer devant lui un personnel médical surbooké et totalement déshumanisé. Il ne voulait assurément pas que sa nouvelle protégée finisse dans la même situation. Il était peut être apte à affronter ça, mais pas elle…

Smoker s'était alors relevé, fixant toujours sa mère dont il égalerait bientôt la taille.

« Ausculte là. Si elle a besoin de soins plus poussés, je l'amènerai moi-même à l'hôpital. »

Ravalant difficilement sa salive face au ton sans appel de sa progéniture, Martika opina doucement du chef, allant s'assoir près de l'enfant assoupie. Elle pouvait sentir le lourd regard de l'adolescent dans sa nuque, la stressant quelque peu. Elle savait qu'il lui en voulait pour son attitude depuis la mort de son père. Il la trouvait faible, et il détestait les faibles. Délicatement, elle vint caresser la joue blessée de la petite fille. Quel âge pouvait-elle bien avoir ? 10-12 ans ? Sa maigreur faussait certainement son estimation. Elle aussi avait été brisée par ce monde de dingues. Toutes deux avaient été broyées par la piraterie. Elle avait perdu son époux. Et cette enfant sa liberté.

Un immense élan d'empathie la saisit à son égard. Smoker avait raison, si c'était dans ses cordes, elle devait au moins essayer de la soigner. Entre poupées désarticulées, elles ne pourraient que se comprendre…

« D'accord, Smoker. Je vais voir ce que je peux faire. Si je peux m'occuper d'elle, je le ferai. »

Intérieurement, l'adolescent senti une petite lueur d'espoir naitre. Il porta son regard orangé vers l'inconnue qui avait déjà réussi à faire pour sa mère plus que lui en plusieurs mois. Sa venue dans leur vie était peut être une bonne chose pour eux trois finalement…