L'art subtil du retournement de situation

C'était l'effervescence, à Poudlard. Les BUSE étaient enfin terminées ! Neville ne voulait pas se soucier de ses notes, pas encore. Sa grand-mère lui rabattrait suffisamment les oreilles avec ça durant l'été... Non, maintenant, c'était plutôt le moment de se reposer et même de s'amuser. D'ailleurs, c'était aussi l'avis de Dean et de Seamus. Ils avaient décidé d'organiser une fête dans la Salle Commune de Gryffondor et Neville trouvait que c'était une très bonne idée.

Au détour d'un couloir, il entendit brusquement des cris et des bruits de bagarre. Interloqué, Neville se figea. Que se passait-il ? Était-ce la Brigade inquisitoriale qui s'en prenait à quelqu'un ? Il pensa à l'Armée de Dumbledore, sortit sa baguette et fonça.

Effectivement, un grand Serpentard costaud et une grosse fille de la même Maison étaient en train de malmener Ginny. Neville s'écria aussitôt :
— Eh ! Lâchez-la !
— Laisse la Brigade inquisitoriale faire son travail, le rabroua le garçon, on agit sur ordre d'Ombrage.
— Pas question ! Laissez Ginny tranquille ! persista-t-il en courant vers eux, cherchant quel était le meilleur sort à envoyer.

Il s'était décidé pour un sortilège de Bloque-Jambes lorsqu'une jambe, bien réelle celle-ci, le fit trébucher et s'étaler de tout son long, au moment même où la Serpentard bloquait les bras de Ginny dans son dos. Neville n'eut pas le temps de se relever. Crabbe l'avait saisi par le col et le tira vers le haut brusquement.

— On l'embarque ! décida le premier garçon, qui semblait commander.
Les deux autres opinèrent et les traînèrent en direction du bureau d'Ombrage, au milieu du couloir qu'ils venaient d'emprunter. Neville eut alors la surprise de découvrir Ron et Luna, eux aussi maintenus par de robustes Serpentard. Il tenta de se dégager, mais Crabbe semblait prendre un malin plaisir à l'étouffer.

Ginny ne cessait de les invectiver, aussi le grand Serpentard, après une hésitation, décida-t-il de tous les bâillonner, juste avant d'entrer dans le bureau du professeur Ombrage. Celle-ci se montra très satisfaite de leur arrivée. Neville, en revanche, fut stupéfait de découvrir ceux qui se trouvaient dans cette pièce avec elle.

Harry était très pâle. Il avait un peu de cendre sur le visage et ses cheveux noirs étaient encore plus en bataille que d'habitude. Ses lunettes étaient un peu de travers et il semblait particulièrement nerveux, ce qui se comprenait aisément. Malefoy, lui, avait un air narquois. Il jouait avec une baguette, probablement celle de Harry, vu les regards meurtriers que celui-ci lui jetait régulièrement. Lorsque Crabbe le poussa vers un des côtés de la pièce, Neville vit alors que Millicent Bulstrode avait plaqué Hermione contre un mur.

Le jeune homme ne comprenait rien à ce qui se passait, et les paroles d'Ombrage ne l'aidaient pas. Surtout qu'il continuait à suffoquer, bloqué par Crabbe comme il l'était, et ne parvenait pas, du coup, à tout entendre. Tout à coup, elle envoya Malefoy chercher le professeur Rogue. Neville ne put s'empêcher de se demander pourquoi. Il continua à tenter de desserrer les bras de Crabbe, qui l'étouffait littéralement, sans succès.

En entrant dans le bureau, le professeur de potions les regarda à peine, semblant complètement indifférent à leur sort. Il ne se départit pas de son calme face au professeur Ombrage, qui enrageait en réalisant qu'il ne pourrait lui être d'aucune aide. Rogue repartait lorsque Harry s'écria que quelqu'un détenait un certain Patmol. Le professeur s'arrêta et fit remarquer à Harry qu'il fallait parler clairement pour être compréhensible.

Neville fut surpris et soulagé d'entendre Rogue ordonner à Crabbe de desserrer son étreinte sur lui. Quand le professeur précisa que cela ferait une très mauvaise référence à Crabbe s'il le tuait, Neville se dit que de toute façon, il ne pouvait pas avoir dit ça par gentillesse.

Le Serpentard n'obéit pas vraiment à son directeur de Maison mais Neville parvint malgré tout à respirer un peu mieux. Il s'indignait en son for intérieur du comportement du professeur Rogue lorsqu'Hermione cria à Harry de tout dire à Ombrage, avant de se mettre à sangloter, la tête entre les mains. Éberlué, Neville interrompit ses tentatives pour se dégager. Ça ne lui ressemblait tellement pas !

Elle expliqua ensuite à Ombrage que Harry et elle tentaient de joindre Dumbledore pour lui dire que son arme était prête. Neville se demandait de quoi elle voulait bien parler. Il n'y avait pas d'arme, dans l'Armée de Dumbledore, en dehors de leurs baguettes ! Qu'est-ce qu'elle était en train de raconter ?

Mais Hermione se remit à pleurer de plus belle. Elle refusait que les Serpentard voient cette arme, puis déclara qu'il fallait qu'eux et toute l'école la voient, afin de mieux pouvoir la retourner contre Ombrage. Soupçonneuse, celle-ci les observa. Neville ne put s'empêcher de sourire, en son for intérieur, en remarquant qu'elle avait bien noté l'expression d'avidité apparue sur le visage de Malefoy.

Convaincue par Hermione, Ombrage décida de la suivre et d'emmener aussi Harry. Elle déclina sèchement la proposition que lui fit Malefoy de l'accompagner et lui ordonna de soigneusement garder les prisonniers. À peine la porte fermée, celui-ci se mit à fulminer. Lui, un Malefoy, repoussé ainsi ? Son père allait en entendre parler !

Neville arrêta de se débattre et tenta de capter le regard des autres prisonniers. Il fallait profiter de l'absence du professeur rose bonbon. Il s'aperçut vite que Ron et Ginny faisaient de même et échangea un regard de connivence avec eux. À la première occasion... Luna, en revanche, ne paraissait absolument pas concernée par la situation dans laquelle ils se trouvaient.

Le grand Serpentard costaud s'était approché de Malefoy.
— On fait quoi, maintenant ? Tu crois qu'elle va utiliser l'arme contre nous ?
— La ferme, Warrington ! Laisse-moi réfléchir ! Je me méfie surtout du Balafré et de sa Sang-de-Bourbe... Je suis sûr qu'ils préparent quelque chose... Et Ombrage qui refuse mon... Notre aide !

Malefoy passa devant Ron en le narguant, s'attendant à le voir réagir. Il se détourna cependant très vite et se tourna vers la fenêtre, scrutant la grande pelouse menant à la forêt. Peut-être aurait-il dû se méfier : c'était justement ce qu'attendaient les Gryffondor.

Neville lâcha les bras de Crabbe, qu'il tenait jusque-là pour essayer de se dégager physiquement, et glissa la main dans sa poche pour attraper sa baguette. Quel sort pouvait-il utiliser pour faire lâcher prise au solide Serpentard sans se faire étrangler au passage ? Ginny et Ron mirent fin à son dilemme en lançant chacun un Sortilège de Stupéfixion sur le Serpentard qui retenait l'autre, se libérant tous les deux au passage.

Au grand plaisir de Neville, Crabbe se mit alors à réagir très bêtement. Il le lâcha, l'oubliant totalement, pour accourir à la rescousse de ses camarades de Maison. Ravi de l'aubaine, le Gryffondor ne lui laissa pas le temps de réfléchir et lui lança aussitôt un Maléfice d'Entrave. Dans la foulée, Neville s'empressa de jeter le même Maléfice à tous ceux qu'il pouvait atteindre, tandis que Ron faisait la même chose de son côté.

Le jeune homme ne put s'empêcher de sourire lorsqu'il entendit Ginny envoyer un Maléfice de Chauve-Furie à Malefoy. Bien fait pour lui ! Elle accompagna d'ailleurs celui-ci de quelques mots bien sentis sur le statut du sang. Neville ressentit un élan de fierté à l'idée de faire partie de la même Maison que la jeune fille, qui se mêla à sa poussée d'adrénaline.

— Il va falloir les ligoter solidement ! s'exclama-t-il lorsque tous les Serpentard furent à terre. Pas question qu'ils se libèrent et nous poursuivent pendant que nous partons à la rescousse de Harry et d'Hermione !

Ginny et Ron l'approuvèrent et les trois amis se chargèrent de cette tâche pendant que Luna regardait par la fenêtre. Tout à coup, celle-ci se mit à parler de sa voix rêveuse habituelle.
— Hermione et Harry sont déjà en train de revenir... Je me demande bien où ils ont pu laisser le professeur Ombrage...

Neville et les deux Weasley sursautèrent et se précipitèrent à la fenêtre pour vérifier les dires de la jeune Serdaigle. Elle avait raison. Mais franchement, peu importait l'endroit où se trouvait le crapaud rose. Il fallait rejoindre leurs amis, et vite !


Je tiens à vous remercier pour les reviews que vous me laissez. Chacune d'entre elles me fait vraiment plaisir. Merci à chacun de mes lecteurs, nouveau ou ancien, silencieux ou qui commente, merci d'être là et d'avoir suivi cette histoire sur Neville, un personnage que j'aime énormément.