Lundi 25 Aout 2014 :

Il est 6 heures, la nuit a été calme et j'ai même pu dormir deux petites heures. Un luxe !

Je m'occupe d'un patient qui fait une hémorragie digestive. Il est stable. Perfusé, transfusé et sous pousse seringue d'Omeprazole*. Le gastroentérologue devra le voir ce matin et il en est bon pour quelques jours d'hospitalisation. Je me demande s'il a un ulcère, une varice œsophagienne ou pire. C'est la seule chose qui me frustre parfois dans mon travail aux urgences. Le manque de suivi. Je ne reverrais peut-être jamais Mr Nichols. J'essaierais quand même de me tenir au courant lors de ma prochaine garde. J'aimerais savoir, probablement un ulcère.

La relève arrive. Je prends la desserte sur laquelle repose l'ordinateur portable de mon secteur pour la nuit. Nous sommes deux médecins la nuit et quatre pendant la journée. Les Docteurs Liam Sanders et Paul Tahoe m'attendent. Plus de la moitié des box sont libres. Ça va vite.

Bientôt je suis dans les vestiaires. J'enlève ma blouse et prend une douche rapide, une chose de moins à faire une fois arrivée à la maison. Je sors sur le parking et soupire. Je n'y couperais pas…

« Bonne journée Isabella » Le sourire éblouissant du Dr Black est à la limite du supportable après une nuit presque blanche. Je fais un effort. Je sais être polie, je lui offre donc un sourire bref avec un vague signe de la main en lui souhaitant également une bonne journée.

Je m'engouffre rapidement dans ma voiture, ou plutôt dans mon tank comme le surnomme affectueusement mon père Charlie. C'est lui qui me l'a offert pour mes 17 ans. Il était neuf à l'époque et fonctionne toujours très bien. C'est un Toyota blanc, imposant, mais tellement confortable et agréable à conduire. Sécurisant.

La route jusqu'à la maison est rapide. J'habite à Lakewood à quelques kilomètres au sud de Tacoma. Une petite maison blanche a un étage avec un petit jardin tout autour. Nous ne donnons pas sur le lac. C'était trop cher, mais nous y sommes bien.

Je vois que la cuisine est déjà allumée quand je sors de l'habitacle. A peine le temps de poser ma veste et mon sac que ma mère arrive, tout sourire. Il est à peine 7h30 et elle est radieuse.

« Comment c'est passé ta garde ma chérie. »

« Bien maman. Et toi? »

« Pas de souci. J'ai fait le petit déjeuné. Je dois filer, je vous laisse. Alice est sous la douche je crois. Enfin j'espère. Fait lui encore de gros bisous de ma part et souhaite lui une bonne rentrée. Je vous vois Mercredi ? »

« Oui. A Mercredi maman. Et merci. »

Elle me serre rapidement dans ses bras et je l'embrasse sur la joue.

« Je n'en reviens pas qu'elle entre déjà en dernière année de primaire ! »

« Moi non plus maman. Le temps passe vraiment vite ! Bonne journée.»

« Bonne journée.»

A peine arrivée que la voilà partie. Je ne sais pas ce que j'aurais fait toutes ces années sans elle, et sans Charlie. Après tout ce qu'ils ont dû traverser à cause de moi, ils sont toujours là. Fidèles au poste. Je crois que je ne pourrais rêver de meilleurs parents. Je sais que d'une certaine façon ils se croient responsable. Mais c'est ce que tout parent normal ressent quand il arrive quelque chose de terrible à son enfant non ?

« Bonjour maman. »

La voilà. Ma fille. Ma responsabilité à moi. Mon grand amour. Elle a déjà 10 ans. J'ai parfois du mal à le croire. Tout le monde trouve que nous nous ressemblons. Moi je ne trouve pas. Elle est tellement belle avec ses grands yeux noirs bordés de longs cils, son teint caramel, héritage de son père et ses cheveux bruns foncés qu'elle préfère attacher.

« Bonjour ma chérie »

Elle s'approche et je la serre dans mes bras.

« Alors, prête pour ta grande journée ? » Je dépose un baiser dans ses cheveux. Sa tête est à hauteur de mes épaules maintenant. Elle grandi tellement vite.

« Presque. J'ai juste super faim »

Je ris. Ma fille et son estomac. Une grande histoire d'amour.

« Voyons ce que Renée nous a préparé »

Des pancakes. Nous sommes gâtées.

A huit heures quinze nous partons. L'école est à deux pâtés de maison, nous pouvons nous y rendre à pied.

Il fait encore chaud en cette fin de mois d'Août mais l'atmosphère n'est définitivement plus aux vacances. Les rues sont pleines d'enfants apprêtés pour leur premier jour de classe et de parents attentionnés qui les couvent du regard, la circulation n'est déjà plus aussi fluide qu'elle l'était quelques heures plus tôt. Les bus scolaires, toujours aussi jaunes, ont repris du service. Tout ce petit monde converge vers l'école élémentaire du quartier.

A peine arrive-t-on en vue de l'entrée du bâtiment que j'entends ma fille hurler et se précipiter vers une petite blondinette. Jane Dipasquale, la meilleure amie. La BFF (Best Friend Forever).

Je les vois s'enlacer et crier de joie comme si elles ne s'étaient pas vue depuis plusieurs mois. Jane habite dans la même rue que nous et elles ont passé une partie de l'été l'une chez l'autre. Mais bon, la dernière soirée pyjama doit bien dater de trois Jours. Une éternité !

Je reste à distance et fait un signe de tête à Louise, la maman de Jane. Elle est plus âgée que moi bien sûr, et a eu du mal au début à me faire confiance, à moi, une mère enfant, mais depuis maintenant cinq ans que nos filles se connaissent, nous avons appris à nous entendre. Louise à deux autres enfants, plus jeunes dont un qui entre aujourd'hui au jardin d'enfant. Son mari est pilote et donc souvent absent. Je me demande comment elle fait. Nous avons droit à un petit discours de la part du directeur de l'école mais bientôt les enfants vont rejoindre leur instituteur respectif.

Alice se retourne et me voit. Elle me fait un grand sourire, se penche vers l'oreille de sa copine puis s'élance vers moi.

« A ce soir maman, je t'aime. »

« Passe une bonne journée ma chérie.»

« Tu viens me chercher ? »

« Oui si ça ne te dérange pas. On verra ensuite comment on fait.»

« Ok maman. Essaye de ne pas trop dormir, tu es toujours de mauvais poil quand tu dors trop pendant la journée ! »

Je lève mes yeux au ciel.

« Bisous ma puce »

Elle repart en sens inverse retrouve Jane et ses autres copines. Une joyeuse bande de cinq pré-adolescentes toutes excitées en ce premier jour d'école. Elles finissent par se diriger en piaillant vers leur maitresse.

Je soupire, dis bonjour à quelques parents que je connais et rentre chez moi me coucher.

J'envoie rapidement un message à Renée et à Charlie pour leur dire que la rentrée c'est bien passée. Mes parents sont mes rocs. L'un comme l'autre, je ne sais pas comment je ferais sans eux.

Quand tu apprends que ta fille de dix-sept ans est enceinte, tu n'as qu'une façon de réagir : la colère. En premier, toujours la colère. Mais après, tu peux soit resté borné et les choses ne se passent pas bien, soit réfléchir. Mes parents ont réfléchi, ont accepté et soutenu mon choix de garder et d'élever ma fille. Sans eux, je l'aurais sans doute fait quand même, je suis quelqu'un de têtu, mais je n'en serais surement pas là à vingt-huit ans: Médecin et propriétaire d'une maisonnette dans un quartier calme et résidentiel en périphérie d'une grande ville attractive.

Tyler n'était sans doute pas un mauvais bougre. Mais a dix-huit ans, il n'avait pas envie d'être père, et puis nous n'étions pas amoureux, nous n'étions même pas en couple. Franchement, je ne lui en veux pas. J'étais même soulagée à l'époque qu'il ne veuille pas s'impliquer dans la vie de sa fille. Mon père moins… Il envoie des cartes de temps en temps, mais nous ne le voyons pas souvent. Il est partit faire ses études en Californie où l'université d'État lui a offert une bourse complète pour ses talents de footballeur. Une offre qui ne se refuse pas. Il est dans la finance maintenant. Où la pub, je ne sais pas vraiment.

Moi, je suis resté dans l'état de Washington, j'ai quitté Forks pour Seattle ou j'ai fait toutes mes études : prépa médecine, puis l'école de médecine, puis mon résidanat. Avec un enfant à charge, la stabilité géographique était indispensable. Ma mère a démissionné de son poste d'institutrice et a pris une année sabbatique pour s'occuper de moi et d'Alice. Nous avons vécu dans le même appartement pendant cinq ans avant que je n'achète la maison. Mon père lui est resté à Forks pendant deux ans puis a finalement obtenu son transfert à Tacoma ou il est actuellement commissaire. Nous vivons tous les quatre dans un rayon de quinze kilomètres et parfois, je suspecte mes parents d'entretenir des relations plus qu'amicales. Mais nous sommes pudiques dans la famille, et après leur divorce quand j'étais petite fille et la façon dont c'est terminé le dernier mariage de ma mère, je préfère ne pas m'en mêler. De toute façon, ce n'est pas avec mon expérience en matière de relation humaine que je serais d'une grande aide !

Tout ce que je sais, c'est qu'Alice est le ciment de cette famille. Sans elle, je ne crois pas que je m'en serais sortie. Comme je l'ai souvent dis à ma psy : mon bébé m'a sauvé la vie.


Merci à toutes pour votre soutient après le premier chapitre!

J'espère que la suite vous plaira!

Je ne me souvenais pas que c'était aussi stressant de poster ici!

Bises à toutes.

A bientôt.

*Omeprazole: médicament pour l'estomac (Inhibiteur de la pompe à proton) que l'on prescrit en cas d'ulcère à l'estomac par exemple.