-Nathan… Viens ici s'il te plait !

Le bambin de quatre ans chancèle dans le salon d'un pas mal assuré. Sa sœur s'y trouve déjà, en train de dessiner sur la table en bois vernis.

-Qu'est-ce que tu as raconté à tes amis aujourd'hui ?

-Rien… Marmonne l'enfant.

Madame Precott sourit. Elle sait que son enfant n'a pas vraiment mentis. Il a juste embelli la vérité comme le font tous les enfants de son âge. Elle sait qu'il ne sert à rien de s'énerver… Nathan fabule, il ne raconte pas de mensonge. Ce n'est qu'un enfant : il ne démêle encore ni le vrai du faux, ni la réalité de la fantaisie.

Nathan n'a jamais pensé mal faire. Il voulait juste s'intégrer, se faire des copains et ne plus être seus dans la cour, alors que les autres enfants jouent. Il ne veut pas être différent. Il veut être comme les autres. Alors, il a cherché à les impressionner… Cela lui permettait d'être reconnu parmi eux. Ce n'était pas conscient… Et puis, ce qu'il a dit est vrai ! Ses yeux bleus plantés dans ceux de sa mère, il secoue la tête pour appuyer ses propos.

-Tu es certain que papa à créer la ville à lui tout seul, avec l'aide de Superman et Batman ?

-Bha oui !

Nathan souris, innocemment. Bien sûr que oui son papa connait des supers héros qui l'ont aidé à construire Arcadia Bay ! Pourquoi sa maman met-elle ceci en doute ? Cette dernière est attendrie. Cet enfant idéalise trop son père pour son propre bien. Kristine, qui colorie maintenant sa maison de papier, rit :

-T'es un menteur Nathan !

-Non d'abord ! Pourquoi tu dis ça !

Nathan a ses petits bras croisés sur sa poitrine. Il est prêt à défendre son père ! Il est presque certain d'avoir entendu sa mère dire à son père qu'il était le plus fort… Nathan a vite fait le lien ! Il devait connaître tous les supers héros de la terre ! Et il savait aussi que son père était important dans la ville… Son mensonge n'en était pas un : il raconte la vérité !

Madame Prescott rappelle ses deux enfants à l'ordre. Elle ne veut pas qu'ils se disputent… Tous les enfants embellissent la vérité, c'est normal. Elle explique calmement à son fils que non, papa ne connait ni Superman, ni Batman, et qu'il est encore moins à l'origine de la ville dans laquelle ils habitent.

-Mais… Mais je t'ai entendu dire que papa était le plus fort l'autre jour !

La maman abandonne. Elle préfère laisser Nathan dans ses illusions. Il n'a que quatre ans, et tant qu'il ne ment pas pour cacher la vérité, Madame Prescott ne s'en préoccupe pas. Tous les enfants mentent de cette façon. Cela fait partie de leur développement. Et puis, c'est adorable et mignon de croire son père capable de telles choses !

Sean rentre de la maison, embrasse chastement sa femme, prend sa fille dans les bras et ébouriffe les cheveux châtains de son fils unique. Le soir venu, leurs enfants couchés, sa femme l'informe de la petite histoire que son fils raconte à tous ses camarades du jardin d'enfant, en riant, dans leur lit.

« Il va falloir faire attention. Cet enfant vit trop dans son monde… Un peu de réalité ne lui ferait pas de mal. Il n'en manque pas une pour se faire remarquer… Je n'aimerai pas que mon fils devienne un menteur pathologique. Et c'est ridicule, cette histoire de super héros. »

Le ton froid de son mari lui fait comprendre qu'il prend la chose trop sérieusement. Nathan, lui, qui écoutait derrière la porte pour réclamer un dernier baiser avant de se coucher, repart penaud dans sa chambre. Il prend ses figurines de Spiderman, Hulk et autre héros qu'adorent tous les enfants. Il les range dans une boîte et du haut de ses quatre ans, il se promet de ne plus jamais l'ouvrir.

Les adultes mentent pour dissimuler la vérité. Les enfants mentent pour embellir la vérité ou parce qu'ils confondent l'imaginaire de la réalité. Nathan était comme les autres. Il ment sans connaître la notion du bien ou du mal.

Les joues refroidies par les larmes, Nathan se dit qu'il a dû mal comprendre quelque chose. Il n'a jamais voulu faire de la peine à son père. Il n'a jamais voulu mentir.