Titre : Haustier (animal de compagnie).
Auteur : Sahad
Note : réponses aux reviews !
Laura-067 : Réponse à la plupart de tes questions dans ce chapitre ! )
Welt-hinter-meine-wand : ça me changeait un peu aussi. J'avais envie d'en faire un c*****d. Héhé... Je ne peux pas toujours écrire les mêmes choses...
Darlapowa : Je n'ai pas abandonné An deine Stimme, j'ai même décidé comment j'allais la finir... Faut l'écrire maintenant ! *rire*
Choow77. sky .com : L'histoire en elle-même n'est pas encore finie, le rating pourrait bien changer. ) J'attends de voir avec mon inspiration. J'aime beaucoup aussi ce personnage de Bill. Lol.
Schwarzette : Tu peux me tutoyer. *rire* Merci pour le compliment, ça me fait très plaisir. Et je suis contente que le personnage de Bill te plaise.
Bonne lecture les gens !
Chapitre 2 : Chat errant, chat domestique.
« Un cadeau que l'on vous fait et que vous ne pouvez pas refourguer est un cadeau empoisonné. Donc un animal de compagnie est un cadeau empoisonné. »
J'émerge vaguement de mon sommeil, me sentant doucement secoué par l'épaule le son du radio-réveil me parvient comme de très loin... J'essaye et parviens difficilement à entrouvrir les yeux... Il y a une voix qui m'appelle...
« Bill... »
Cette voix... Je l'ai déjà entendue... C'est... Tom. Je me relève brusquement, assis dans mon lit, les draps ayant encore la décence de couvrir mon bassin. Je me remémore vite fait les évènements de la veille : j'étais sorti à toute vitesse pour le rattraper et, dans la précipitation, j'avais oublié mes clés... Je suis allé chercher le double chez le propriétaire quand celui-ci a enfin daigné apparaître à 23h00 passées... Et je me suis couché. Et lui, il est toujours là. Je le regarde et gronde :
« Qu'est-ce que tu fous dans ma chambre ? »
« Ben... Y a ton réveil qui sonne depuis dix minutes alors j'ai supposé qu'il fallait que tu te réveilles pour aller en cours... » Répond-il.
Il a un large t-shirt, comme lorsque je l'ai rencontré, qui lui descend jusqu'à mi-cuisses, ses dreads sont attachées... C'est vrai qu'il dort dans la pièce qui me sert de débarras... Ce n'est pas très grand mais ça suffit pour un chat. Je le regarde toujours en chien de faïence et décide de commencer la journée en expliquant certaines choses :
« Que ça soit clair : t'es mon chat et je ne laisse pas un chat entrer dans ma chambre. Sors d'ici tout de suite. »
« Heu, ok... » il voit visiblement qu'il ne faut pas insister et s'éloigne, mais il se retourne au pas de la porte. « Au fait, juste une question comme ça... Tu dors toujours à poil ? »
« Pourquoi je mettrais des vêtements pour dormir ? » je lance comme l'évidence que c'est pour moi. « Sors de cette chambre ! »
Il lève les mains en signe de reddition et sort. Je souffle un coup : quel toupet d'entrer dans ma chambre sans y être invité ! Soupirant, je tourne la tête et regarde mon réveil... Merde ! Je saute du lit, attrapant mon peignoir que j'enfile et sort de ma chambre pour aller me jeter dans la salle de bain sous le regard dubitatif de mon nouvel animal de compagnie. Je me glisse sous l'eau chaude et me prélasse un peu avant de me savonner... Comment réagirait ma mère si elle était au courant ? Ce n'est quand même pas banal de traiter quelqu'un comme un animal de compagnie... Mais c'est pourtant ce qu'il est ici : comment qualifier autrement un être vivant qui vit aux dépends de quelqu'un sans payer de loyer ? Je chasse cette pensée et me rince avant de me sécher et de retourner dans ma chambre pour m'habiller... Je n'ai pas le temps de prendre un petit déjeuner, tant pis. Je prends mon sac et sors, m'arrêtant à peine sur le seuil de la porte :
« Sois sage, Tom. »
Et je file. Je dois courir pour ne pas arriver en retard décidément, ça devient une habitude. J'arrive un peu avant le début du cours et vais m'asseoir dans un coin de l'amphi. Amphi dès le matin, c'est hard... Mais bon, je survivrai. Andreas s'installe à côté de moi et me lance un « bonjour » enjoué, je réponds par un hochement de tête mais apparemment, il ne veut pas en rester là :
« Alors ? Il allait bien ton chat ? »
« Ouais. » je réponds. « Il a fouiné dans le frigo. »
« Ah, ça arrive ! » rigole-t-il. « Il est malin ton chat. Tu lui as déjà donné un nom ? »
« Il s'appelle Tom. » je soupire. « Il prend un peu trop de libertés, mais bon... »
« Bah, si c'est un chat errant, c'est normal : faut un temps d'adaptation. » réplique Andreas. « Tu nous apporteras une photo qu'on le voit ? Ou alors on peut venir chez toi ? »
« Je préfère la photo. » je lance aussitôt, sentant un frisson glacé me parcourir. « Je n'aime pas trop inviter les gens chez moi... »
« Ah, ben, ok. » sourit Andreas. « J'ai hâte de voir quel genre d'animal a suscité l'intérêt du grand Bill Kaulitz qui n'a besoin de rien ni de personne. »
Je ne tique pas à cette appelation, mes pensées se tournant tout de suite vers un certain sujet : qu'est-ce que j'ai été dire ? Je vais lui montrer quoi comme photo ? Je ne peux pas prendre Tom en photo et l'amener à l'école ! Mais quel con je fais ! Je me torture un moment les neurones, ne parvenant pas à fixer mon attention sur le flot de paroles du professeur. Bon, réfléchis, Bill... Je dois bien pouvoir trouver une solution : un chat, ce n'est pas comme si c'était le yéti du coin, ça doit pouvoir se trouver facilement, non ? Je réfléchis à plusieurs possibilités pendant l'heure de cours et attend patiemment la pause pour sortir et appliquer la solution qui me paraît la moins tordue : je sors mon portable et tape un rapide texto.
« Salut Gustav, est-ce que je peux passer chez toi après mes cours ? Je finis à 13h. »
J'envoie et attend à peine avant de recevoir une réponse il doit se faire chier au taf, c'est pas possible autrement. Bon, il est d'accord. Parfait, je n'aurais qu'à prendre son chat, Casimir, en photo... Le tout est de l'attraper : il n'aime pas trop les gens à part Gustav. Bref, peu importe, il me faut cette photo ! Je retourne en cours et cette fois, j'arrive plus ou moins à comprendre de quoi parle le professeur, même s'il fait parfois référence à ce qu'il a dit à l'heure précédente je préfère ne rien demander à personne : je verrai moi-même dans le bouquin chez moi. Je ne vais quand même pas leur montrer que je ne comprends pas un truc qui a l'air assez simple.
Mais les choses que je ne comprends pas s'accumulent peu à peu et j'éprouve de plus en plus de mal à m'accrocher à ce que dit le professeur... Mes paupières menacent de plus en plus de se fermer alors que ma consicence s'émousse, mon esprit partant ailleurs... Mon ventre grogne et me ramène à l'instant présent. C'est vrai que je n'ai pas pris de petit déjeuner... Je me demande ce que fait Tom en ce moment c'est tranquille la vie de chat : tu fais rien, tu dors. J'aimerais bien être à sa place, là... Heureusement pour moi, à force de rêvasser, la fin de l'heure arrive assez vite et je sors.
Gustav n'habite pas très loin, un kilomètre et demi peut-être... Ce n'est pas non plus très loin de notre ancien lycée. En marchant, ce sentier me rappelle quelques souvenirs... Je n'oublierai probablement jamais mes années de lycée. C'est un peu les meilleures années de ma vie : je ne me souciais de rien, c'est tellement facile de se donner une image lorsqu'on n'a pas trente-six mille trucs à penser... Je ne pensais qu'à m'amuser avec Gustav et Georg on s'entendait très bien et on n'avait pas besoin de quelqu'un d'autre. Je les voyais souvent entre les cours car nous n'étions pas dans la même classe... Je m'arrête devant notre lycée, nostalgique... J'aimerais parfois pouvoir revenir en arrière et revivre certains moments de cette période... Cette période où je n'avais pas à penser à mon avenir, où je pouvais m'amuser sans me demander ce que je ferais après, passer les devoirs en sachant parfaitement qu'une bonne note ailleurs pouvait contre-balancer une caisse, faire des conneries à tout va en utilisant mon âge comme excuse pour mon excentricité...
Je soupire et reprends ma route. Gustav n'a pas énormément changé, il reste fidèle à lui-même, toujours prêt à aider les autres même s'il est assez solitaire en règle générale... Il est devenu plombier. Au départ, je n'aurais jamais cru qu'il travaillerait là-dedans, mais apparemment, il s'y plaît bien et ça rapporte il s'amuse des fois à faire des trucs un peu farfelus : voulant faire comme les Compagnons du Devoir, il s'est fait une batterie toute en tuyaux. Et le plus incroyable, c'est qu'il en joue. Il adore ça, ça se voit... Je l'envie parfois d'avoir trouvé sa voie. Mes pensées s'arrêtent de vagabonder lorsque j'arrive devant sa porte je sonne. Je n'ai pas besoin d'attendre longtemps, j'entends sa voix grésiller dans l'interphone :
- Oui ? -
« C'est moi : Bill. » je réponds.
- Monte. -
La porte s'ouvre dans l'espèce de bruit de buzzer et j'entre je monte les deux étages, frappe à sa porte et attends. Gustav arrive aussitôt et me salue en souriant je lui réponds et entre à sa suite, refermant la porte avant. Il m'emmène dans son salon et m'offre une bière, puis s'installe à son tour dans un fauteuil.
« Ça fait un moment, qu'est-ce que tu deviens ? » commence-t-il.
« Ben, troisième année d'école de commerce. Tu le sais... » je réponds en soupirant. « J'en ai marre, je voudrais passer à autre chose... »
« Ah... » il connaît mon ras-le-bol depuis trois ans que je lui en parle. « Et tu veux faire quoi alors ? »
« J'en sais toujours rien, c'est bien pour ça que je continue. » je grommelle. « J'en suis à un peu plus de la moitié, ça serait con que j'arrête maintenant... Alors je vais jusqu'au diplôme et je vois après. »
« Je vois... » il hoche la tête. « Pourquoi t'essayes pas le dessin ? T'as toujours été assez bon là-dedans... »
« Pour déboucher sur quoi ? » je soupire. « J'ai pas le niveau pour percer dans ce milieu... »
Il hausse les épaules. Et oui, j'y ai déjà pensé à tout ça... Mais bon... Je bois une gorgée de bière et reste un moment silencieux... Il n'y a que Gustav et Georg qui me voient comme ça... Ils savent que moi aussi, ça m'arrive de douter. Non, en fait, ils savent que mon monde n'est qu'une accumulation de doutes. Mais j'ai appris à voir tout ça comme une sorte de fatalité. Ça passe mieux. Je bois une nouvelle gorgée... Casimir apparaît et tout à coup, tout est balayé de mon esprit : la photo ! J'hésite et attends, ne sachant pas comment dire à Gustav que je veux une photo de son chat. Il se penche et ramasse l'animal pour le caresser... Ils s'entendent bien... J'esquisse un sourire et sors mon appareil numérique :
« Tu permets ? »
« Vas-y. » s'amuse-t-il.
Je les prends tous les deux en photo. Voilà... Je n'aurais qu'à couper Gustav pour qu'on ne voie que Casimir et je pourrais la montrer à Andreas pour qu'il me foute la paix. Je range mon appareil et reste un peu avec Gustav, il me raconte des anecdotes de son travail certaines sont hilarantes et me font presque rire aux larmes. Je regarde alors la pendule et me lève :
« Ah, désolé, j'ai cours à 15h30. Je te vois une autre fois. »
« Ok, pas de problème. A plus. »
Je lui adresse un dernier signe de main et sors de chez lui. J'ai comme un petit poids en pensant que je ne lui ai rien dit de Tom et que j'ai pris sa photo uniquement pour me servir de l'image de Casimir. Mais je me vois mal lui dire que je traite mon frère, que je n'avais encore jamais vu, comme un animal. Il ne comprendrait pas. Je marche assez vite et me rends à mon école j'ai à peine le temps de m'acheter un sandwich à la cafétéria et d'aller en cours. Pendant l'heure, je sors mon ordinateur portable et y met la photo que j'ai prise, je la rogne jusqu'à ce qu'on ne voit que Casimir heureusement, on ne voit pas sa médaille, juste son collier. Ça aurait été galère à modifier... Une fois qu'elle me paraît bien, je tapote l'épaule d'Andreas qui se trouve devant moi et lui montre la photo. Il sourit de toutes ses dents et lève le pouce pour me montrer qu'il aime bien mon chat. Je suis assez satisfait de moi et soupire de soulagement en pensant que ce décoloré me fichera la paix avec ça maintenant. Mais il se retourne vers moi et chuchote :
« Il s'est blessé où ton chat ? »
Merde ! J'avais zappé ce détail ! Je réfléchis à toute vitesse et réponds la première chose qui me passe par la tête en regardant la photo : la patte avant. Comme on le voit de dos, à part pour la tête relevée qui regarde l'objectif, on ne voit pas ses pattes avant et mon histoire reste plausible. Il hoche la tête et me demande alors si je l'ai emmené chez le vétérinaire... Mais c'est pas vrai ! Heureusement pour moi, le professeur demande le silence et Andreas se retourne pour éviter une quelconque réprimande, me laissant tranquille pour le moment. J'essaye de suivre le cours mais mon regard se reporte immanquablement sur la photo du chat sur mon écran... J'essaye de m'imaginer qu'il s'appelle Tom...
A la fin de la journée, je me félicite d'avoir pu éviter Andreas et ses questions exaspérantes sur mon animal de compagnie en quoi est-ce que ça le regarde de savoir si je l'ai amené chez le véto et quel type de croquettes je lui donne ? Il se nourrit tout seul, le mien ! Il ouvre la porte du frigo, regarde et prend ce qui lui chante, ça te va ? Je soupire : non, évidemment, je ne peux pas dire ça... Je veux bien admettre qu'un chat de gouttière est intelligent mais il y a des limites. Je rentre chez moi, fatigué.
A peine ai-je ouvert la porte de l'appartement que je la ferme derrière moi pour m'y adosser et souffler en fermant les yeux. J'ai mal à la tête à force de réfléchir pour contenter la curiosité de ce crétin de décoloré... En plus, il faut que je me souvienne de tout ce que j'ai dit avant sinon ça va buguer... Fait chier. Tom apparaît dans l'encadrement de la porte et me regarde.
« Bonsoir. Ça va ? T'as l'air fatigué... »
« Je le suis. » je réponds. « Sale journée... »
Je vais dans le salon et me laisse tomber sur le canapé. Il prend mon sac et l'amène à la porte de ma chambre puis m'amène un verre de jus de fruits que j'accepte volontiers et boit doucement. Je sens qu'il me regarde et consens à ouvrir les yeux et le regarder... Je me sens me relâcher un peu, m'affalant un peu plus dans le canapé et je soupire :
« T'as de la chance... J'aimerais bien ne rien faire de ma journée plutôt que d'aller dans cette école à chier... »
« T'aimes pas ton école ? » s'étonne-t-il.
« Non... » je réponds, jouant distraitement avec mon verre, faisant tournoyer le liquide orangé.
« Pourquoi t'as choisi cette école, alors ? Ça n'a pas de sens. » murmure-t-il, s'asseyant à même le sol, près du canapé.
Je tourne instantanément mon regard vers lui, pinçant les lèvres. Je ne sais pas pourquoi mais il m'agace... Je pose presque brutalement mon verre sur la table et lui lance d'une voix aussi douce que mon geste :
« Et alors ? Ça te regarde peut-être ? Je fais ce que je veux que je sache ! »
« Ben, apparemment non. Sinon tu ne te plaindrais pas. » marmonne-t-il.
Alors ça, c'est le pompon ! Je prends mon verre et le vide d'une traite avant de le reposer sans douceur sur la table. Non, mais faut arrêter un peu, là ! Il ne cille pas en me regardant mais mon expression doit tout de même faire peur à voir je crache mes mots :
« T'as encore un truc à dire ? Parce que la porte te tend les bras ! »
Et sur ce, je me lève et amène mon verre dans la cuisine pour le remplir d'eau et boire un peu plus... Je m'appuis contre l'évier et essaye de me calmer, mais ça ne semble pas pour tout de suite : qu'est-ce qu'ils ont tous à me poser des questions ? C'est ma vie, merde ! Occupez-vous de vos fesses ! Je laisse mon verre dans l'évier et vais dans ma chambre sans un regard pour Tom : il m'a assez énervé pour la soirée. Je me pose sur mon lit et sors mon agenda... J'ai pas mal de travail, en plus. Un soupir et je m'y colle, sortant un de mes livres et attaquant la lecture.
Le chapitre parle de stratégies pour entrer sur un marché donné, ce qu'il faut que je sache avant de lancer mon entreprise dans un pays étranger, quelles étapes je dois respecter, et gnagnagnagnagnagnagnagnagna… Bref ! Je me penche sur ma feuille et commence à répondre aux questions. Ce n'est pas particulièrement compliqué, une fois qu'on a compris l'inconvénient, c'est que je ne comprends que la moitié lorsque c'est en anglais. Je griffone mes réponses les unes après les autres, relisant certains passages de mon livre.
Lorsque je relève finalement la tête de mes feuilles, il est presque 22h30... Mon ventre râle. C'est vrai que je n'ai pas mangé. Je soupire et me lève pour sortir de ma chambre et aller dans la cuisine je m'arrête à la porte de ma chambre : il n'y a pas un seul bruit dans l'appartement... Je regarde autour de moi, il n'y a personne... Je hausse les épaules et vais dans la cuisine, mon geste en direction du frigo s'arrête et mes yeux se posent sur la table : il y a un wok posé sur un dessous de plat, rempli de pâtes, légumes, bouts d'omelette, viande... ça sent bon. Je reste un moment à regarder le plat sur la table. Il n'y a que Tom qui ait pu cuisiner ça, puisqu'il n'y a que nous deux ici...
Je me retourne et regarde sur le canapé mais ne le vois pas. Les portes de la salle de bain et des toilettes sont ouvertes... Je me détourne, vais jusqu'à cette pièce qui me servait de débarras et ouvre doucement la porte il est là, allongé sur la couverture que je lui ai passée. Elle n'est pas très épaisse... Je ne sais pas combien de temps je suis resté à le regarder, ni si c'est parce qu'il a senti ma présence, mais il ouvre les yeux et redresse légèrement la tête pour me regarder. Je n'ai pas l'impression de lire un quelconque ressentiment dans ses yeux, juste une question muette... Je le regarde et me baisse pour m'accroupir... Est-ce que j'ai le droit de le traiter comme ça... ? Il s'appuie sur un coude et me fixe, attendant que je bouge, que je parle... Doucement, je lève la main et vais noyer mes doigts dans ses dreads, lui caressant la tête, il me regarde en silence je commence à lui gratouiller le crâne et murmure :
« On va manger ? »
Il m'observe quelques secondes et hoche doucement la tête. Je me lève et l'attends pour partir dans la cuisine je prends les assiettes et le laisse mettre les couverts. Il remplit nos assiettes et s'installe en face de moi. Ce n'est pas dérangeant mais j'avoue que ça fait un certain temps que je n'ai plus mangé avec qui que ce soit, je le regarde un moment puis décide de me concentrer sur mon assiette, prenant ma fourchette et m'enfournant une bouchée.
« C'est bon... » je lâche.
« Tant mieux. » il lève les yeux vers moi et sourit. « Ça aurait été embêtant que tu n'aimes pas. »
J'esquisse un sourire en imaginant effectivement cette éventualité : nous aurions eu l'air bien cons tous les deux. Mais j'avoue qu'il cuisine bien... Je me régale et mange bien plus que d'habitude, presque jusqu'à en avoir mal au ventre. Tom finit son assiette et lève les yeux vers moi, souriant :
« Bien mangé ? »
« Très. » je réponds en souriant à mon tour. « Où t'as appris à cuisiner comme ça ? »
« Mon père sait pas cuisiner... Il a essayé mais c'était toujours immangeable, alors c'était ça ou bouffer des conserves à longueur de journée. »
J'éclate de rire alors qu'il commence à me raconter comment son père a failli mettre le feu à la maison juste en essayant de faire griller du bacon ou encore lorsqu'ils s'étaient finalement résolus à commander des pizzas plutôt que de manger la bouillie carbonisée qui était sensée être de la purée de pommes de terre. Tom m'explique qu'il a finalement décidé d'apprendre à cuisiner et, le temps aidant, il a fini par s'améliorer suffisamment pour pouvoir préparer de bonnes choses. J'approuve d'un signe de tête et avoue que je suis loin d'être un cordon bleu :
« Moi, dès que ça devient un peu compliqué, c'est plus la peine, ça devient un truc non identifiable. »
« Je t'apprendrai, si tu veux. » sourit-il.
« Je suis un cas désespéré. » je soupire. « En plus, je dois bosser pour réussir mon année. »
« Ah... Dans ton ''école à chier''. » se rappelle-t-il.
Je marque un temps de pause... Les chats ont-ils tous aussi bonne mémoire ? Je soupire et hoche la tête je suis fatigué et n'ai pas envie de m'énerver une nouvelle fois. Il me regarde, semblant attendre une réaction de ma part... Je réfléchis quelques instants avant de murmurer :
« Cette école... Je l'ai choisie parce que le programme me permettait de partir à l'étranger et d'avoir un pc portable... Ma mère voulait pas spécialement que j'en aie un alors... Mais plus ça va et plus je me dis que je perds mon temps... Déjà, j'aurais plutôt dû suivre une filière littéraire au lycée. J'aime bien les langues... Plutôt que l'économie... Mais ma mère disait que le commerce, c'était un avenir sûr... Alors je n'ai pas trop réfléchi... »
Mon regard s'est posé sur mon assiette que je scrute en essayant de ne penser à rien mais ce n'est pas vraiment le cas. Je me demande ce que ça aurait changé si je n'étais pas allé dans cette école... Si j'avais séché ce forum au lycée, comme Georg ou Gustav... Si j'avais été moins crédule... Je me sens encore terriblement stupide en y repensant. Mais... Qu'est-ce que j'aurais fait si je n'avais pas fait ça ? Qu'est-ce que j'aurais choisi ? Est-ce que ça aurait été mieux que cette école ? Est-ce que j'aurais été plus heureux ? Est-ce que je n'aurais pas connu ces mêmes crises d'angoisse ? Est-ce que... Je serais devenu quelqu'un de mieux ?
Je n'ai pas de réponses à ces questions. Je me les pose depuis assez longtemps pour le savoir... Mes yeux se reposent sur Tom, il ne sourit plus, il ne dit rien, s'abstenant de tout commentaire je l'en remercierais presque. Je finis mon verre, prends mon couvert et vais porter le tout dans l'évier. Le froid qui s'est installé dans la cuisine est presque palpable, lourd... J'entends Tom ouvrir la bouche dans mon dos, il doit chercher quelque chose à dire. Je me détourne :
« Te fatigue pas. Je veux plus en parler... » m'entends-je dire.
« Bill... » souffle-t-il.
« J'ai dit que je voulais plus en parler ! » je m'énerve. « Mêle-toi de ce qui te regarde ! »
Et sur ce, je le plante là, retournant dans ma chambre en claquant la porte je me laisse tomber dans mon lit, dégageant mes cours et mes livres. Je n'ai même pas envie de pleurer... Juste cette boule qui m'écrase douloureusement la gorge... Comme à chaque fois que j'ai un moment de cafard. Ça m'arrive souvent depuis que je me suis inscrit dans cette école... Ces moments où je broie littéralement du noir, me demandant ce que je fais et pourquoi.
Les minutes passent. Je les fixe défiler sur la projection murale... Qu'est-ce que je ferais de mon temps si j'avais choisi un autre chemin ? Le silence de ma chambre fait écho à l'absence totale de réponse dans mon esprit. J'ai horreur d'être dans cet état... Surtout que, aussi con que cela puisse paraître, j'ai l'impression d'être le seul à être comme ça, à avoir autant de doutes... Ce n'est sûrement pas Andreas qui se sentirait comme ça...
J'entends un grattement contre ma porte. Lançant un coup d'œil vers la fente de dessous, je me doute bien que c'est Tom et pas seulement mon imagination. J'entends à nouveau le petit grattement... Je ne sais pas spécialement si je veux le voir... Je veux être seul. Mais en même temps... Ne cherchant pas trop, je me lève péniblement et vais jusqu'à la porte que j'ouvre. Tom est là, il me regarde. Je hausse les épaules, las, et me détourne pour aller m'asseoir, ou plutôt me laisser tomber, sur mon lit il attend quelques secondes, m'observant, puis entre et s'approche de moi. Je grogne :
« Qu'est-ce que je t'ai dit au sujet des chats dans ma chambre... ? »
Il hausse les épaules, esquissant un sourire gauche et s'assoit sur mon lit, à environ un mètre de moi. Je ne dis rien, le regardant faire en haussant un sourcil remarquant probablement mes yeux interrogateurs, il hausse à nouveau les épaules, sourit et pousse un petit miaulement. Je ne peux pas m'empêcher d'éclater de rire, suivi d'un rire plus léger de sa part sourire aux lèvres, je lève la main pour la porter à sa tête, la lui caressant gentiment.
« T'es bête. » je murmure.
Il ne prend pas la mouche, loin de là : il a même l'air amusé. Il prend appui sur ses bras et se soulève pour se rapprocher un peu de moi, la tête légèrement baissée, ses yeux ancrés dans les miens... Son regard et la fluidité de ses gestes me font vraiment penser à un chat, j'en ai un sourire qui se dessine sur les lèvres. Doucement, il se rapproche et vient frotter sa tête contre le coin de ma mâchoire... Je baisse les yeux sur lui, lui gratouillant le crâne il émet même un bruit proche du ronronnement félin. J'étouffe un petit rire amusé et continue de lui gratouiller la tête. Il me regarde et frotte son nez contre ma joue.
Lentement, je passe mes bras autour de lui et l'attire contre moi, mes doigts s'emmêlent dans ses dreads et lui caressent doucement le cuir chevelu. Je peux sentir son souffle sur mes clavicules... Sa présence me tranquillise, son calme est reposant, son mutisme m'apaise... J'appuie ma joue contre sa tête, fermant les yeux en nous berçant très légèrement ma voix n'étant qu'un chuchotement :
« Gentil, Tom... Tu es un bon garçon... »
Sa douce chaleur est agréable, je me sens bien comme ça... Je relève les yeux vers le mur et regarde l'heure : il est presque minuit, je sens que ça va être gai de se lever demain... J'ai envie de le garder dans mes bras, de garder cette présence réconfortante contre moi... Mais...
« Je dois me lever assez tôt demain, Tom. Je dois aller me coucher. »
Il hoche la tête et attend que je le lâche, ce que je fais au bout de quelques instants il me regarde et me donne un petit coup de nez dans la joue. Je souris et lui gratte une dernière fois la tête avant qu'il se lève et sorte de ma chambre en fermant la porte.
Je lâche un profond soupir, écoutant le silence... Depuis combien de temps ne m'étais-je pas senti aussi bien ? Aussi calme... J'esquisse un sourire puis me lève et vais me laver les dents et me démaquiller avant de revenir régler mon réveil, me déshabiller et me glisser dans mes draps. Je ne vois pas ma main dans le noir, mais je sais qu'elle est devant mon visage... J'ai encore l'impression de sentir le contact de ses dreads contre mes doigts... En les rapprochant de mon visage, je peux sentir son odeur... Un sourire étire mes lèvres et je m'allonge confortablement, fermant les yeux, me sentant apaisé...
OoOoO
Le réveil me tire brutalement des bras du sommeil et je me redresse d'un bond avant de réellement réaliser que je suis dans mon lit. Je grogne et éteins mon réveil, j'ai trop de mal le matin... Je me lève et sors de ma chambre et vais prendre une douche. Ça fait du bien et ça réveille... Je me prélasse sous l'eau chaude pendant un moment avant de finalement en sortir, enroulé dans mon peignoir. En sortant, je vois Tom dans la cuisine, son regard croise le mien, il sourit :
« Bonjour, Bill. »
« Bonjour. » je réponds. « Je vais m'habiller et j'arrive pour le petit déjeuner, d'accord ? »
« D'accord. C'est presque prêt. » m'informe-t-il.
Je souris et retourne dans ma chambre pour m'habiller. Une fois prêt, je fais rapidement un tour devant le miroir pour me maquiller et me coiffer puis retourne vers la cuisine. Tom me tend une assiette avec des tartines grillées recouvertes de beurre et de confiture je souris et le remercie d'un signe de tête.
« Il n'y a plus grand-chose. » m'annonce-t-il. « Va falloir faire les courses. »
« Ah, ok... »
J'avale mon petit déjeuner, me lève et vais me laver les dents avant d'aller prendre mon sac et d'aller ouvrir la porte d'entrée je me retourne et lance :
« J'y vais. Sois sage, Tom. »
« Bonne journée. » répond-t-il en souriant.
Je souris à mon tour et m'en vais en direction de mon école... Je crois que c'est la première fois que j'y vais le sourire aux lèvres...
A SUIVRE...
