Etat Critique
Après ma crise de larmes, Draco partit rejoindre ses amis dans la Grande Salle non sans me jeter un regard inquiet au passage. J'allais un peu mieux, du moins moralement. J'avais encore du mal à croire que mon ennemi de toujours était devenu mon ami, mon ange gardien, mais cette idée, loin de me déplaire, me rassurai. J'ignorais pourquoi, mais des sentiments étranges à son égard avaient envahis mon cœur. J'avais pleuré dans ses bras, je m'étais blotti contre son torse fin et musclé, je lui avais montré cette partie de moi que j'avais réussi à refouler jusqu'à lors, cette partie noire et fragile de ma pauvre personne qui demandait juste un peu de sollicitude et de tendresse. Son sourire si chaleureux, ses yeux à l'éclat si doux, ses gestes plein de délicatesse, sa voix rauque et rassurante dans mon oreille, avaient fait revivre mon cœur endormi juste pour un instant.
Lorsqu'il fut partis, je me trainais jusqu'à la salle de cours de Rogue. Le cours avait déjà commencé. Tant pis. Rogue retira 50 points à Gryffondor pour mon retard et je jetais un rapide coup d'œil à Draco, assis au premier rang, si loin de moi. Je vis dans ses yeux cette lueur soucieuse et lui fit comprendre d'un lent clignement des paupières que tout allait bien. Mais c'était faux. Je me sentais de plus en plus mal.
Personne ne le remarqua, du moins je l'espérais. Mon front était si moite que je devais passer chaque minute ma main dessus afin de faire disparaitre l'épaisse pellicule de sueur qui s'y installait. Mes tempes me faisaient atrocement souffrir, comme si un marteau s'abattait sur mon crâne, et je me rendis compte, même sans lunettes, que ma vue était encore plus brouillée qu'avant, parfois la classe disparaissant complétement pour faire place au noir le plus complet. J'avais une terrible envie de tousser et de vomir à la fois, mon ventre et mes poumons me brûlant ardemment, ma respiration profonde et hachée traçant un sillon de feu le long de ma trachée. Les potions de Rogue n'arrangeaient en rien mes nausées et je fus contraint de ravaler plusieurs fois la bile qui retournait mon estomac. Je sentais les yeux de Draco posés dans mon dos et je me retins de lui lancer un regard suppliant afin qu'il fasse partir cette douleur qui était mienne.
Dès que la sonnerie retentit, je me ruais hors de la salle pour me rendre aux toilettes. A genoux, la tête au-dessus de la cuvette, je pus enfin soulager mon estomac. Je vomis plus de bile et, plus inquiétant, un liquide brunâtre qui m'écorcha la bouche de son goût amer. Je restais ainsi plusieurs minutes, dégurgitant ce mystérieux liquide dont la couleur m'angoissait. Enfin calmé, je me nettoyais la bouche, les mains et le visage avec soin, puis contempla mon reflet avec étonnement et horreur. Mon teint, autrefois pâle, était devenu jaunâtre par endroit. Mes lèvres bleuies et mes yeux injectés de sang me firent peur. Les tremblements de mon corps s'intensifièrent tandis que je suivis du regard une goutte de sueur qui glissa le long de ma tempe jusqu'à ma joue. J'étais terrifié. Horrifié de voir ce que j'étais devenu. Mais comment les autres ont-ils fais pour ne rien voir ? Cela me paraissait tant évident pour moi. Les larmes me revinrent aux yeux alors que je songeais à Draco qui aurait pu me rassurer en cet instant, mais qui souffrirait tant si je lui montrais mon corps profané par mes soins, mutilé et à peine plus lourd que celui d'un nouveau-né. Tombant à genoux, je ne pus que sangloter de désespoir…
La journée passa avec une lenteur atroce. Mon état s'aggrava au fil des minutes, et je dû recourir à un sort afin de dissimuler mon état pitoyable. Je sentais le regard de Draco plus d'une fois dans mon dos mais je ne me retournais pas, de peur qu'il voit dans mes yeux cette fièvre qui empirait. Je me rendis plusieurs fois aux toilettes dans le but de soulager mon estomac et pour extraire ce liquide étrange de mon corps. Je remarquais également qu'il sortait lorsque je toussais violement, mes poumons me faisant souffrir à un point que je dû me retenir de rouler sur le sol. Le soir venu, couché dans mon lit, je ne pus encore une fois trouver le sommeil. Ma cicatrice me piquetait, signe que Voldemort essayait d'entrer dans mon esprit. Je savais que si je fermais les yeux, il en profiterait pour m'envoyer des images dans lesquelles je le verrais tuer de pauvres gens, tout comme il avait tué mes parents et Cédric. Alors je gardais les yeux grands ouverts sur le plafond, luttant afin de ne pas aller me blottir dans les bras de Morphée. Mon pyjama était trempé d'une sueur froide et je tremblais de tout mon corps, l'esprit embrumé par la fièvre qui me possédait. Je me levai subitement, sachant que mon combat contre le sommeil était loin d'être gagné. Je sortis des dortoirs, montait les escaliers avec peine et sourit lorsque je fus arrivé à la Tour d'Astronomie. Là, je m'assis sur le rebord de l'immense balcon, les jambes dans le vide et contemplait un long moment le ciel étoilé. Ici, je me sentais chez moi. Ici, j'étais libre. Ici, la lune semblait me sourire telle une vieille amie. Ici, je pouvais décider de vivre ou de mourir. Je m'enfermais dans mon monde imaginaire, là où ma douleur n'était qu'illusion, là où je pouvais courir au milieu de fleurs des champs, loin de la réalité, loin de la souffrance et de la misère. Là où mon ciel était bleu, sans nuages, dans lequel volaient des milliers d'oiseaux colorés. Là où mes parents me prenait dans leurs bras et où ma mère me caressait les cheveux, où mon père volait avec moi sur un balais, et où Voldemort n'était qu'un lointain souvenir. C'était mon monde, mon univers, juste un songe….
Je baissais soudain les yeux et vis le sol à quelques mètres de moi. J'eus soudain l'irrésistible envie de savoir ce que cela faisait de se sentir tomber dans le vide, de sentir son cœur battre contre ses côtes d'excitation, de ressentir la gravitation et de trouver le repos, étendu sur les pavés. Je me mis debout sur le muret, mes pieds frôlant dangereusement le vide. La tête en arrière, je savourais la brise nocturne qui agita mes cheveux avec un pur délice. Si les autres m'avaient vu, ils m'auraient pris pour un fou. Au fond, peut-être est-ce ce que je suis. Je suis fou, fou de douleur. Mais à qui la faute ?
Soudain, je sentis une colère sourde déferler en moi. Ils pensent tous que je vais réussir. Que je vais tuer cet être sorti tout droit des enfers. Ce sont eux, les fous….Je ne suis qu'un gamin ! Juste un gamin…
_Mais qu'est-ce qui me prends ?
Je me rassis, sonné par ces pensées que je venais d'avoir. Ils étaient ma famille. Je ne pouvais pas les abandonner. Mais comment puis-je le battre en étant si faible ? Et en étant si lâche ? Comment ? Quelqu'un…donnait moi la réponse !
_Tu es encore là…Harry.
Je sursauter violement en entendant la voix douce de Draco dans mon dos et me retournais pour le voir adossé à la porte en bois, ses cheveux blonds illuminés par les rayons de la lune, et ses yeux d'argent scintillant de mystère.
_Tu es là depuis longtemps ?
_Non. Je viens d'arriver. Je t'ai observé un moment.
_Oh.
_Tu ne vas pas bien, n'est-ce pas ?
_Je…
_Tes yeux.
_Hm ?
_Tes yeux sont tristes. C'est comme ça que je peux savoir si tu vas bien ou non. Tes yeux sont comme un miroir pour moi.
Il s'assit près de moi, gardant toujours ce sourire énigmatique aux lèvres. Sa présence me rassurait, m'apaisait, et son regard me transperçait.
_Tu ne dors pas ?demandais-je.
_J'étais inquiet pour toi.
Il avait dit ces mots avec une telle franchise qu'ils me laissèrent un instant pantois. Ses yeux ne quittaient pas les miens lorsqu'il me dit tout bas, tel un chuchotement :
_Je ne peux effacer la douleur. Je ne peux pas te dire que tout ira bien. Cela serait te mentir. Je ne peux que te promettre d'être là lorsque tu en auras besoin.
Il se leva et se mit face à moi, le visage grave. Il tendit sa main vers moi et ouvrit les doigts. Sur sa paume reposait une simple émeraude, ronde et plate, verte et scintillante, attachée à une ficelle de cuir noire. Elle était banale en apparence, mais si l'on regardait bien, on pouvait constater qu'une étrange aura l'entourait. Chaude et agréable. Draco me la passa autour du cou, son souffle s'égarant dans mes cheveux. Il me déposa un baiser dans le cou, si léger que je le sentis à peine. La pierre se posa sur mon torse, diffusant sa chaleur bienfaitrice dans mon corps affaibli.
_Cette émeraude n'est pas une pierre ordinaire. Je l'ai fabriquée moi-même et y ai emprisonnée une infime partie de ma magie. Dès que tu seras mal, que tu auras besoin de moi, ou que tu veux juste que je sois là, je le saurais et je viendrais. Tu dois te demander pourquoi je fais tout ça, hein ? Je te le dirais peut-être un jour…Mais pas maintenant. La réponse te ferait peur. Mais j'attendrais le temps qu'il faudra. Bonne nuit…Harry.
Si je ne peux t'aimer…je peux au moins devenir ton ange gardien…Harry…
DRACO
La première fois que je l'ai vu, j'ai tout de suite vu la mélancolie dans ses yeux verts malgré ce sourire un peu idiot qu'il avait collé à ses lèvres. Au fond, plus je recule dans le temps, plus je me rends compte que je l'ai toujours aimé, au plus profond de mon âme. Toujours à le regarder, à le houspiller, à chercher toujours un peu plus de contacts, pour le seul plaisir de voir son regard étinceler, pour le seul plaisir d'entendre sa voix, pour le seul plaisir de sentir sa peau contre la mienne. Ma colère envers lui était réelle. Je lui en voulais d'avoir refusé ma main, mon amitié, mon amour. Je lui en voulais de ne pas me remarquer comme si je n'existais pas. Ce comportement me blessait. Alors je le regardais grandir dans l'ombre, s'assombrir de plus en plus. Et mes insultes étaient pour moi des mots tendres. Mes coups devenaient caresses. Ma colère devenait amour. Blaise, Théo et Pansy devinèrent eux même mon problème. Je crus qu'ils allaient m'abandonner, me hurler dessus et sortir de ma vie pour toujours. Mais non. Ils me parlèrent longuement, me rassurèrent, me promirent qu'ils m'aideraient, et ce furent les premiers à voir mon véritable visage.
Mes parents, contrairement à ce que l'on croit, n'ont jamais voulu devenir Mangemorts. Ils l'ont fait pour Harry et pour moi. Espions depuis de nombreuses années, tout le monde cru qu'ils n'étaient que des criminels. Mais jamais, jamais ils ne se plaignirent de leur sort. Parce qu'ils m'aimaient. Tout comme mes parents, et dans le plus grand des secrets, je fis partis de l'Ordre Du Phoenix malgré mon jeune âge. Je devais surveiller les moindres faits et gestes d'Harry tout en lui cachant mon statut. Lui mentir me répugnait, mais je voulais le protéger, même si je n'aurais que sa colère comme récompense. Et puis j'ai reçu ce don. Ce don, je l'ai accepté car je savais qu'il me servira afin de rendre Harry heureux. Mais lui…l'acceptera-t-il ?
C'est en soupirant bruyamment que je me redressais dans mon lit, les rayons du soleil réchauffant ma peau nue. Je me dirigeais droit vers la salle de bain tout en pensant à mon bien-aimé. Il dormait encore, je le sentais en moi. Il était paisible et je crois bien que je ne le reverrais pas aujourd'hui. C'est exactement ce que je voulais. Lui faire comprendre qu'il n'était pas seul, que je serais toujours là pour lui. Peut-être frôlera-t-il le sol en tombant dans le vide, mais je serais là pour le rattraper à temps avant qu'il ne s'écrase. Et c'est ça qui me rendait heureux.
_Hey Dray ! Tu te dépêche on va être en retard !
_J'arrive Blaise !
Lily, pensais-je. J'espère pour toi que tu sais ce que tu fais…
P. O.V Harry
C'est encore plus mal que jamais que j'émergeais du sommeil, ce matin-là. C'est à peine si je trouvais la force de respirer tant j'étais exténué. La fièvre avait embrumé mon esprit et mes cernes atteignaient presque mes joues tant le sommeil me fuyait. Ma vue était si trouble que je ne distinguais plus rien autour de moi.
C'est alors qu'une nausée me prit soudainement et je bondis hors du lit en voulant atteindre les toilettes. Malheureusement, mes jambes sidèrent et je sentais la bile remonter le long de ma gorge. Un jet acide jaillit de ma bouche et vint éclabousser les tapisseries rouges et or du dortoir. Agenouillé sur le sol, je luttais pour ne pas m'évanouir.
_Harry ? Harry ça va ?
Ron, éveillé, vint près de moi et se mit une main sur le nez en sentant mon vomi. Il me prit par le bras et me fit asseoir sur mon lit pendant que Neville allait chercher de quoi nettoyer les tapis.
_Tu ne veux pas rester ici aujourd'hui ? Tu n'as pas l'air bien du tout.
_Tu…tu as raison…murmurais-je d'une voix rauque. Je…je vais me reposer un peu.
Ron hocha la tête et refit mon lit avec soin. Seamus me coucha doucement entre les draps rouges tandis que Dean allait fermer les rideaux et je sentis quelque chose d'humide sur mon front. C'était Neville qui me tamponnait le visage avec un gant de toilette.
_Tu ne veux pas qu'on appelle Madame Pomfresh, Harry ? Tu ne vas pas bien du tout.
_Ça va…Neville….Ne t'inquiète pas…Allez en cours…Après tout…Je suis le Survivant…, souris-je.
Les autres me regardèrent puis, estimant que cette raison suffisait, ils partirent, me laissant seul. Une fois que je fus sûr qu'ils furent loin, je cachais mon visage dans mon oreiller, et me mit à hurler comme jamais je n'avais hurlé. Mon cœur semblait être déchiré et d'énormes sanglots secouaient mes épaules. C'est alors que ma cicatrice se mit à me brûler sauvagement, mon front me donnant l'impression de se fendre deux. Je vis défiler le visage de Voldemort devant mes yeux, ses yeux rouges flamboyant dans les ténèbres, son sourire cruel déformant ses traits hideux.
_Tu me déçois Narcissa. Ta dévotion pour ta famille m'écœure, moi qui pensais que tu faisais partie de ceux qui ne me trahiraient jamais. Tout comme toi, Lucius. Tu as choisi le mauvais camp. Regarde Lucius…Regarde ce que je fais lorsque l'on me trahit, moi, Le Seigneur des Ténèbres…
Il tendit une main pâle vers une jeune femme aux longs cheveux blonds comme les blés, ses grands yeux bleus le suppliant vainement.
_Meurs, traîtresse !
Un éclair vert jaillit de sa paume ouverte et toucha la jeune femme qui poussa une dernière plainte d'agonie.
_NARCISSA !
Je revins à moi, haletant, les larmes dévalant continuellement mon visage. Je venais de voir le meurtre de la mère de Draco, ses grands yeux bleus tels des saphirs bravant ceux de son maître avec toute la dignité d'une femme de son rang, des yeux qui me contemplaient pas plus tard que le nuit dernière sous les traits de son fils. Pris à nouveau de vomissements, je basculais sur le côté afin de ne pas tâcher les draps et rejeta une nouvelle fois ce liquide qui m'angoissait. Je voulus me lever, mais encore une fois, mes membres faiblirent. Abandonnant toute dignité, je me mis à ramper jusqu'à la salle de bain, n'ayant plus qu'un objectif : sentir la lame de mon couteau caresser ma peau diaphane.
J'en ai assez. Je suis désolé Draco…mais cette vie n'est pas pour moi. Peut-être souffriras-tu…mais sache que c'était mon choix…Je ne veux plus…survivre…
Lily ! Protège Harry !
Je ne veux plus voir de corps tomber….
NARCISSA !
Entendre leurs cris qui m'écorchent les oreilles…
Tu as les mêmes yeux que ta mère…
Plonger dans leurs regards où scintillent milles et unes prières…
Tu dois vivre…
Prières…que je ne peux exaucer…
J'ouvris le placard où reposait mon ignoble secret et prit le couteau qui allait me délivrer de cette maudite vie. Je n'aurais plus jamais mal, je ne verrais jamais plus leur visage qui reflétait toute la douleur du monde. Jamais je n'aurais à tuer….Jamais…
La lame m'écorcha les bras sans que je ne pousse la moindre exclamation de douleur. Je ne la sentais même plus. Je voyais tout ce liquide pourpre sur le sol qui coulait, coulait, coulait….Lorsque plus aucune parcelle de peau ne fut présente sur mes avant-bras, j'eus un sourire soulagé. Encore quelques minutes à vivre…Déjà je ne pouvais plus rien distinguer à part le noir atour de moi. Les ténèbres m'engloutissaient avec délectation et lenteur. Ils savouraient ma venue, depuis le temps qu'ils m'attendaient.
Je me mis à genoux sur le carrelage froid, la tête levée vers le plafond.
_On dirait que je ne verrais plus le ciel….une dernière fois….Draco…
Je pris le manche de mon poignard à deux mains, ce sourire ne quittant pas mes lèvres. Je levais haut mon couteau au-dessus de ma tête et l'abaissa d'un coup.
_Pardon…Draco….
Il s'enfonça en plein dans ma poitrine alors que je poussais un dernier cri, et ma magie se libéra d'un coup, cassant les verres, vitres, lits, armoires, vases….Je sentais que je partais cette fois, pour de bon. Couché à plein ventre sur le sol, noyé dans mon sang, je crus entendre Draco hurler mon nom avant que le mort ne m'accueille.
